Résultat d’un dialogue fructueux et continu pendant quatre ans entre Barbara Cassin et les équipes scientifiques des Musées de Marseille, « Objets migrateurs - Trésors sous influences » est remarquable à plus d’un titre.
Elle l’est d’abord par l’actualité et la pertinence de son propos :
« Rien de moins immobile qu’un objet : les objets migrateurs ont toujours existé, qu’il s’agisse d’hommes, de dieux, d’idées, de langues ou de choses. Aujourd’hui où, particulièrement en Méditerranée, l’accueil de ceux que l’on nomme “migrants” est à l’ordre du jour, nous voulons dédiaboliser l’idée de migration et montrer comment les objets migrateurs servent à constituer cette civilisation que nous disons nôtre, à la diffuser et à la faire évoluer.
C’est à l’évidence un projet politique que cette exposition.
Elle se tient au cœur cosmopolite de Marseille, à la Vieille Charité, où un musée d’archéologie et un musée d’arts africains, océaniens et amérindiens ouvrent au maximum l’arc du temps et de l’espace.
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La première originalité de l’exposition est de faire dialoguer l’antique et le contemporain, l’ici et l’ailleurs, entre objets d’art très précieux et objets du quotidien.
Ainsi, on verra côte à côte dans la chapelle une coupe jamais sortie de l’Ashmolean Muséum, avec Ulysse sur son radeau fait de deux amphores, et un « ecoboat » en bouteilles de plastique… Avec, comme un fil tout au long, les biographies d’objets - du très classique cartel muséal aux biographies subjectives faites par des poètes et des musiciens.
Le commissariat complice de Barbara Cassin avec Muriel Garsson et Manuel Moliner s’est très largement appuyé sur l’ensemble des collections des Musées de Marseille.
Cette sélection perspicace d’œuvres et d’objets a été enrichie par des prêts choisis auprès d’institutions régionales.
La remarquable construction du parcours s’appuie dans un premier temps sur l’idée de « faire l’inventaire des types de transformation dus aux migrations ».
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Il s’agit de faire l’inventaire des types de transformation dus aux migrations.
L’accrochage multiplie avec clairvoyance les rapprochements souvent révélateurs, parfois inattendus et de temps en temps un peu espiègles.
Il est difficile d’en citer ici les plus pertinents tant ils sont nombreux.
On renvoie donc aux regards sur le parcours ci-dessous.
On passe de l’unique - un objet-mémoire parfaitement singulier - au multiple, avec le commerce et la diffusion, en croisant les problèmes de la copie, du faux, de la contre façon, du réemploi.
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Qu’est-ce qu’une hybridation, un syncrétisme, un métissage avec un Vajrapani Héraclès du Gandhara, ou un Marx qui abrite dans sa barbe le peuple hindou ?
Et une appropriation, une inspiration avec le motif de nautile minutieusement reproduit sur une robe de Fortuny, ou un presque tanagra aux seins dévoilés par Picasso ?
Les modalités de reinvestissement de l’objet remettent en travail les idées de centre et de périphérie, d’original et de copie, de même et d’autre.
La première transformation et la plus manifeste liée à la migration des objets est le rapport au nombre.
Il y a des objets uniques, qui migrent avec les individus et font comme partie d’eux-mêmes : des objets de mémoire.
Il y a, d’autre part, les objets de commerce, que l’on produit et reproduit, liés à la monnaie et à des infrastructures comme l’emporion, lieu de négoce.
Mais cette différenciation est instable et poreuse : un objet de mémoire peut devenir une « œuvre d’art », unique et porteuse d’histoire.
On a voulu saisir ici sur des exemples la manière dont les motifs, tels l’œil prophylactique, les formes, les matières, les cultes n’ont cessé de se diffuser et de se transformer parfois jusqu’à aujourd’hui.
Nous n’avons pas choisi de faire pleurer - nous aurions pu installer avec art des objets qui ressemblent à ceux que l’on retrouve sur les corps des noyés de la Méditerranée, ou encore ceux qui sont nécessaires à la survie, chaussures, portables… Nous proposons plutôt, comme dans toute l’exposition, de décaler le regard en assemblant les amulettes antiques et les porte-bonheur d’aujourd’hui.
Et de travailler les objets de mémoire en fonction des objets dont on se souvient, qui vous définissent et qui vous manquent lorsque le cours de la vie est dérangé et qu’on se retrouve en prison : un jouet, une bague, et leur équivalent antique qui se retrouve soudain chargé d’affect comme par contagion…
L’exposition s’achève en déployant la question des objets à l’arrêt dans les musées - objets de curiosité, de science, d’art, objets patrimoniaux - et celle, très actuelle, des objets restitués et des objets partagés.
C’est peut-être une nouvelle idée de musée qui se fait jour avec l’expérience pilote des muséobanques, autour d’objets-récits portés par des acteurs du territoire, liés à des projets qui trouvent leur financement grâce à un micro-crédit.
Artistique et politique, elle aide à penser autrement l’idée de valeur, et aboutit à une salle participative qui présente un dispositif inventé par La Revue Sonore, et les œuvres de ces « Nouveaux Commanditaires » que sont les Collèges du Vieux Port.
Tout commencerait avec la mer.
Ici, trois objets phares : la barque égyptienne du soleil, migration des astres et des âmes ; Ulysse sur son radeau d’amphores, en pleine tempête ; et un ecoboat, embarcation précaire en bouteilles de plastique.
Nous embarquons pour le ciel du dieu soleil d’Égypte, et pour les fleuves souterrains des Enfers grecs et latins.
Les premiers à partir sont des héros, contraints de quitter leur patrie.
Ulysse, parce qu’il se lance avec les Grecs à la poursuite d’Hélène.
Énée, parce que les Grecs ont vaincu.
Mais les trajets de l’un et de l’autre sont très différents.
Ulysse est aimanté par le « jour du retour » et retrouve après vingt ans son royaume et son lit.
Énée quitte Troie en flammes, avec son père sur les épaules, et ne parvient à s’arrêter que dans un ailleurs absolu, contraint de changer de langue pour fonder ce qui deviendra Rome.
Les migrants qui traversent la Méditerranée sur des embarcations de fortune sont plutôt comme Énée, même si les bouteilles de plastique d’un ecoboat sont de contemporaines amphores.
Cet écoboat, construit sur place par Madiba & Nature, sert au Cameroun aux petits déplacements et au tourisme, mais il rappelle les embarcations de qui servent aux migrants à passer sur la côte d’en face.
« Quand il pleut au Cameroun, il pleut aussi des bouteilles en plastique.
Elles remplissent les rivières et obstruent les ponts.
Elles empêchent les pêcheurs de faire leur travail.
Quand j’avais 21 ans, je rentrais de l’université en marchant sous la pluie.
J’ai vu un raz-de-marée de plastique qui étouffait les rivières près de chez moi.
Mais dans ce problème, il y avait aussi une solution.
Étudiant en ingénierie, j’ai vu dans les bouteilles en plastique un matériau de construction potentiel.
J’ai démissionné de mon travail dans une ONG internationale pour fonder ma propre organisation: Madiba & Nature.
Ma vision était d’utiliser les déchets de bouteilles en plastique pour créer des écoboats qui pourraient soutenir les villages de pêcheurs nécessiteux menacés par la pollution sur le littoral camerounais.
La mise en pratique de certaines connaissances traditionnelles de la culture des Sawa, peuple de pêcheurs du Cameroun, jointe à quelques règles simples d’ingénierie, m’a permis d’assembler environ mille bouteilles en plastique d’un litre pour fabriquer une embarcation écologique.
Cet écoboat, comme je l’ai baptisé, fait 5 mètres de long et peut porter jusqu’à trois personnes plus une charge de 100 kilos.
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