L’animal, de tout temps, a tenu une grande importance dans la vie de l’homme, et, par conséquent, a été, dès l’origine des arts, un thème privilégié du décor. Dès que les premiers hommes exprimèrent leur sens artistique, ce sont des animaux qu’ils peignirent sur les parois des cavernes, qu’ils sculptèrent ou qu’ils modelèrent dans l’argile, ou dont ils incisèrent les silhouettes sur des os ou sur la pierre.
La Préhistoire nous livre de remarquables œuvres d’art qui attestent déjà d’un sens de l’observation très poussé des diverses postures de ces bêtes et d’un grand réalisme dans leur représentation. Autant de qualités que nous retrouverons au Moyen Âge, chez les potiers décorateurs de la céramique Valencienne, objet de cette étude.
L’utilisation du bestiaire qui apparaît dans la céramique Valencienne correspond aux goûts d’une époque et s’inscrit dans un contexte culturel et artistique bien connu. En effet, le Moyen Âge ne conçoit le décor que comme un rappel permanent, sous les yeux de l’individu, de la réalité de la vie, de ses valeurs, et de ses défauts. L’animal reflète ou symbolise alors vices ou vertus.
Mais sa signification n’est pas toujours évidente et bien des thèmes animaliers ont des aspects multiples et souvent antinomiques. Le décor animalier de la céramique Valencienne ne peut être abordé qu’en tenant compte de ses divers aspects symboliques, de ses origines et du cheminement accompli pour parvenir sur ce support.
Dans son ouvrage sur la céramique du Levant espagnol, M. Gonzalez Marti a dressé, en son temps, le premier catalogue des principaux décors animaliers utilisés dans la céramique Valencienne. Il y constate l’emploi d’un certain nombre de thèmes favoris, dont certains sont l’objet d’une plus grande affection de la part des potiers qui les utilisent plus volontiers.
Lire aussi: Bouteille de fusil en verre : histoire et fabrication
On ne peut cependant pas écarter le fait que l’aspect esthétique particulièrement gratifiant de certaines formes animales jouera un rôle évident dans le choix des motifs. Il en est ainsi du cervidé, du paon, de l’aigle, du lion, et des animaux fantastiques. Il convient d’ajouter à ce premier groupe, celui plus réaliste, des animaux d’ascendance moins « noble », comme le chien, le sanglier, le lapin, le coq, les oiseaux divers, ou le poisson.
Le but du présent travail n’est donc pas d’établir un répertoire de ces thèmes animaliers, ce qui a déjà été fait, mais plutôt d’aborder quelques aspects nouveaux, plus spécifiquement centrés sur les origines iconographiques, et les techniques de composition et de représentation de ces thèmes.
Rappelons enfin qu’il existe trois types de supports céramiques dans les productions Valenciennes. Le premier, et le plus courant, est celui constitué par le groupe des pièces de forme : écuelles, plats, grands bassins, albarelles, constituant la vaisselle de table ou d’ornementation. Le second support est celui des azulejos. Malgré cette appellation, ce groupe comprend des pièces, certes décorées au bleu de cobalt, mais aussi en vert et brun ou en bleu et doré. Leur production dans les ateliers de la région Valencienne fut considérable. Ils offrent un éventail très large de décors animaliers.
C’est surtout parmi les azulejos que nous puiserons nos exemples, ainsi que parmi les socarrats, décorées d’oxyde noir de manganèse ou d’ocre-rouge appelé almazarron, dans la province de Carthagène, du nom du village d’Almazarrón. Ces socarrats sont une exclusivité des ateliers de Patema, qui semblent avoir été, au XVe siècle, les seuls à en avoir fabriqué.
En général, la technique picturale utilisée sur l’ensemble des supports est identique. Peut-être demande-t-elle plus de finesse pour les décors sur les pièces de forme, mais cela n’est pas certain. On a coutume de dire que, durant l’époque mudéjare, le travail de décoration peinte sur la céramique, comme celle des plafonds peints (techumbres) était confié à des femmes.
Lire aussi: Guide Complet: Pistolet Fibre de Verre
Le peintre ne possède pas une grande variété de pinceaux : en général, un assez fin et un autre plus gros suffisent. De même, les couleurs employées sont limitées à trois ; elles sont obtenues à partir des oxydes de cuivre, de manganèse et de cobalt. Le cuivre, s’il est oxydé, donnera le vert, s’il est réduit, le doré ; le manganèse donne une teinte qui peut varier du violet au noir le plus profond ; le cobalt donnera le bleu. Ce sont les premières faïences.
Pour les socarrats, la technique est un peu différente. Il s’agit ici de céramique architecturale et finalement, d’une sorte de simple brique rapidement décorée. Le dessin sera donc plus grossier, car le décor est, en effet, destiné à être vu d’assez loin, contrairement aux pièces de vaisselle que l’on a en main. Ces pièces subissent une préparation des surfaces par une application d’un enduit à base de lait de chaux. C’est sur cette couverte que les décors seront posés. Le tout sera cuit en une seule fois. Les oxydes utilisés sont ceux de manganèse qui donnera, dans ce cas précis, une couleur noire, et l’ocre rouge ou almazarrón.
À l’examen, les décors révèlent une technique relativement simple qui n’est pas celle du pochoir, mais dont les effets sont identiques. Il s’agit de remplir des espaces ou les contours d’une silhouette plutôt que d’obtenir véritablement un effet figuratif très détaillé. En fait, le petit détail compte peu, ce que cherchent les peintres, c’est à évoquer l’animal dans une de ses attitudes les plus caractéristiques, et ceci avec des moyens peu sophistiqués et limités, qui permettent cependant d’obtenir de riches effets décoratifs, c’est là tout le mérite et tout l’art de ces artisans.
Les peintres savent croquer les attitudes ou les postures des animaux dans une sorte de cliché « instantané », plutôt que dans un mouvement. Cependant, ceci n’est pas toujours vrai, et nous verrons que sur certaines pièces l’élan d’une bête est traduit avec un grand réalisme et une grande vigueur ; c’est le cas des scènes dites « de chasse ».
Par ailleurs, les décorateurs insistent sur l’aspect esthétique particulier que peut rendre un des attributs spécifiques de l’animal. C’est ainsi qu’ils vont jouer avec les pennes des ailes qu’ils allongeront particulièrement pour les paons, les aigles ou les griffons ; il en sera de même pour les cerfs, dont les bois feront l’objet d’un développement particulier.
Lire aussi: Fonctionnement du verre pare-balles expliqué
Également pourvues d’un grand réalisme sont les représentations des sangliers, le groin au ras du sol, à la recherche de glands, ou au contraire, tête levée, la défense proéminente, prêts à attaquer. Enfin, nous soulignerons que les représentations des oiseaux, sont tout aussi réalistes et très figuratives ; on y reconnaît sans peine le hibou, la pie, le héron et le perroquet, le coq. On représente non une espèce mais un animal bien individualisé.
Ces représentations animales obéissent à des règles de composition très simples. On peut les observer de façon plus précise sur les azulejos et sur les socarrats. Le premier système de composition consiste à placer l’animal sur l’un des axes de l’azulejo, soit vertical, soit horizontal, soit sur l’axe en diagonale. Ces trois dispositions sont les plus courantes. Cela permet des compositions simples, mais aussi parfois plus élaborées, de figures en parallèle, de part et d’autre de ces axes.
Dérivée de la composition en diagonale, le modèle s’établit sur la base d’un triangle inférieur ; sur l’exemple que nous donnons, le sommet du triangle est occupé par la tête et les aigrettes du paon, alors que les autres parties du corps sont disposées sur les côtés du triangle que forme l’une des pattes à droite, les ailes et la queue à gauche.
Lorsque les azulejos sont posés sur la pointe, nous ne trouvons qu’un même type de disposition, celle qui utilise la diagonale. Autour de cette composition verticale, on peut trouver des dispositions parallèles, plus exceptionnelles, d’animaux affrontés, inscrits eux-mêmes, non plus dans des triangles opposés par le sommet, comme c’est le cas du modèle n° 5, mais dans des demi cercles ou des « S ».
Dans certains cas, on peut observer que l’artiste a dû se plier à la loi du cadre, ou plutôt, que le motif lui a imposé un cadre particulier. Mais ces exemples sont finalement assez rares. Ils apparaissent cependant très clairement sur quelques pièces, notamment sur les azulejos de la Albufera.
tags: #verrerie #décorée #scènes #de #chasse #gibier