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Les États-Unis sont confrontés à une problématique complexe concernant la vente et la possession d'armes à feu. Largement documentés, les problèmes liés à cet arsenal en circulation au sein de la population outre-Atlantique sont légion, au premier rang desquels la fréquence effroyable des tueries de masse.

L'augmentation constante du nombre d'armes à feu

Les fusillades dans les milieux scolaires ne cessent d’augmenter ces dernières années aux États-Unis. L’année 2021 détient ainsi le triste record du nombre de violences par armes à feu (42) dans les lieux d’enseignement, malgré deux mois de fermeture liée à la pandémie de Covid-19. Plus généralement, le nombre des morts par arme ne cesse de croître dans le pays.

Selon le Pew Research Center, 45 222 personnes en ont été victimes en 2020, dont 19 384 lors de meurtres. Là encore, un record. Cette tendance se calque sur la croissance du nombre d’arme à feu entre les mains de la population civile américaine. En 2007 le Small Arms Survey estimait le ratio d’armes à 85 pour 100 habitants. La proportion a explosé depuis passant à plus de 120 armes pour 100 habitants en 2018, y compris en comptant les enfants.

Au total, 393 millions de pistolets, fusils d’assaut ou autre engins meurtriers seraient détenus par les Américains. Un nombre très élevé, dû à une législation permissive et qui rend très difficile de prévenir des violences devenues endémiques.

Une croissance frénétique

Pour mieux saisir l’ampleur du phénomène, le président Joe Biden a commandé l’année passée une série de rapports. Publié le 17 mai dernier, le premier volet de l’étude est sans appel et montre une tendance à l’armement toujours croissante. « Entre 2000 et 2020, le nombre d’armes à feu relevant de la loi sur le contrôle des armes qui ont été fabriquées dans le pays, exportées par des fabricants américains ou importées aux États-Unis a augmenté respectivement de 187 %, 240 % et 350 % », conclut l’étude.

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Le rapport souligne que la production américaine alimente en grande partie le marché intérieur. Sur cette même période, les États-Unis ont de surcroît importé dix fois plus d’armes à feu qu’ils n’en ont vendues à l’étranger. Toujours selon le rapport, le pistolet est devenu le principal type d’armes produites ou importées sur le sol américain.

Plus de 18 millions d'armes ont ainsi été vendues sur la seule année 2021, selon les calculs de la NICS Firearms Checks. Mais ce chiffre est sous-estimé car il repose sur les « background checks » (vérification d'antécédents criminels) effectués par le FBI, qui ne sont pas obligatoires dans tous les Etats et sont peu demandés en ligne.

De plus, pratique en pleine expansion, les armes « fantômes », vendues en kit, permettent au client de finir lui-même l'assemblage d'une arme sans numéro de série, intraçable. Si les armes ne nécessitent pas d'être souvent remplacées, les fabricants parviennent à vendre sans relâche des produits de plus en plus puissants. Le secteur représente aujourd'hui 375.819 emplois, en hausse de 126 % par rapport à 2008. Les recettes fiscales à hauteur de 7,9 milliards de dollars ne manquent pas non plus d'être soulignées par les lobbys « pro-gun ».

"Symbole de liberté politique"

Les ventes ces dernières années fluctuent beaucoup selon le climat politique du pays. Car l'économie des armes, anciennement centrée sur la chasse, a pris vers les années 2000 une nouvelle trajectoire. Pouvoir se défendre est une responsabilité individuelle de chaque citoyen ancrée dans la culture américaine. Conséquence, « les armes à feu sont devenues un symbole de liberté politique, une iconographie parfois accolée au nom des candidats en campagne », assure Timothy Lytton, professeur de droit, santé et société à la Georgia State University. « Pour beaucoup, l'achat de multiples armes est un acte attestant leur engagement en faveur d'une liberté fondamentale », ajoute-t-il.

Les pics de ventes coïncident ainsi avec l'adoption de politiques défavorables à la limitation d'armes. « A chaque annonce de projet de loi pour encadrer davantage les armes, on voit les acheteurs se précipiter pour en acquérir de nouvelles avant qu'il soit trop tard », observe Didier Combeau, spécialiste des Etats-Unis et auteur des ouvrages « Des Américains et des armes à feu » et d'« Etre Américain aujourd'hui ».

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De même, en réaction aux mesures de lutte contre la pandémie Covid-19, et par peur que les restrictions de libertés se propagent à d'autres droits, les Américains se sont rués sur les armes. Entre 2019 et 2020, les ventes ont augmenté de 69 %. La tendance est similaire en réaction aux tueries de masse : certains achètent des armes dans le but de se protéger des prochaines, d'autres parce qu'ils y voient le préalable à de nouvelles restrictions.

A l'inverse, lorsque le contexte politique est favorable à une protection du marché, la demande s'affaiblit. Ainsi, lors de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, pro-arme, les ventes ont diminué de 6,1 % et les fabricants d'armes ont chuté en Bourse, illustrant le sentiment général que ce droit constitutionnel était protégé politiquement.

Le climat de tension actuel sur la question des armes à feu laisse les experts partagés quant aux futures tendances du marché. La médiatisation des nombreuses tueries pourrait ouvrir la voie à des restrictions, provoquant de nouveaux pics d'achats.

Personnalisation des armes

« Voici donc le nom de son fils et sa date de naissance » gravés sur un fusil, montre le patron de RTD Arms & Sport sur son téléphone, dans son atelier situé à Goffstown, dans l’État du New Hampshire. Parfois, les clients demandent que soit gravé un passage de la Bible ou le drapeau américain. « C’est comme si vous cousiez votre nom sur votre gant de baseball ou que vous faisiez faire des rayures personnalisées sur votre voiture », explique le patron, en ajoutant que la possibilité de personnaliser l’objet attire une clientèle qui n’aurait « auparavant jamais pensé » s’acheter une arme.

Production triplée

Les millions d’armes à feu produites chaque année aux États-Unis le sont en majorité par les mastodontes du secteur, mais de plus en plus de petits opérateurs ont afflué sur un marché dont la production a presque triplé entre 2000 et 2020, pour atteindre 11,1 millions d’unités annuelles.

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Les conséquences tragiques de la violence armée

Les récentes tueries de Buffalo et de l’école primaire d’Uvalde au Texas ont rouvert le débat sur le fléau des violences par armes à feu, qui cause environ 40 000 morts par an dans le pays, dont près de deux tiers de suicides. En conséquence, le marché est tentaculaire. Selon une organisation professionnelle du secteur, NSSF, l’industrie américaine des armes à feu et des munitions a représenté 70 milliards de dollars en 2021. Chez RTD Arms & Sport, un fusil peut coûter entre 1 295 et 1 695 dollars.

Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés. Mais ces mass shootings ne sont que la partie visible du chaos engendré par les armes à feu. En effet, bien que les fusillades de masse dans les écoles/supermarchés/églises attirent davantage l’attention des médias, les dégâts causés par les armes à feu sont bien plus nombreux au sein des foyers et des maisons.

Les armes à feu sont donc un véritable fléau aux États-Unis (qui connaît un taux d’homicide par armes à feu en moyenne 25 fois plus élevé que celui d’un autre pays développé). Il est aujourd’hui nécessaire de faire face à cette violence.

Le 14 mai, le pays a été secoué par la tuerie de Buffalo. Dix personnes, dont une majorité d’Afro-Américains, ont été abattues par un jeune suprématiste blanc de 18 ans. Le 24 mai, un autre jeune de 18 ans a tué 21 personnes (dont 19 enfants) dans une école d’Uvalde au Texas. Le 1er juin, un homme d’une trentaine d’années a tué au moins quatre personnes dans un hôpital de Tulsa, dans l’Oklahoma. Le 9, une autre tuerie a provoqué la mort de trois personnes à Smithburg dans le Maryland.

Les causes profondes de la violence armée

Plusieurs facteurs contribuent à la persistance de la violence armée aux États-Unis :

  • Le droit d’accéder aux armes à feu est un droit constitutionnel garanti par le Second amendement.
  • Les armes à feu font partie intégrante de la culture américaine.
  • Le lobbying pour les droits des armes à feu est bien plus fort que celui pour le contrôle des armes à feu.

Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années :

  1. Un sentiment d’anarchie/de désordre qui découle notamment de la violence policière.
  2. Un sentiment d’isolement et de frustration, sentiment qui a été exacerbé par la pandémie.

Solutions envisagées

Pour lutter contre la violence armée, plusieurs mesures sont envisagées :

  • Appliquer des « buyback programs » pour racheter les armes en circulation.
  • Vérifier plus efficacement les antécédents pour résoudre la faille du système américain.

Le bilan au sujet des armes à feu est dans l’immédiat assez décevant. Le 11 avril 2022, Joe Biden a durci la réglementation des armes dites « fantômes ». Le 24 juin 2022, Joe Biden signe une loi qui permet enfin de renforcer le contrôle des armes à feu dans le pays.

Descendre dans les rues pour lutter contre les armes à feu, c’était le projet des manifestations « March for Our Lives » qui se sont déroulées en 2018, en réaction à la fusillade de Parkland. Ce mouvement a été amplifié sur les réseaux sociaux grâce à des hashtags tels que #NeverAgain, #MarchForOurLives, #WhatIf et #IWillMarch. Le mouvement « March for Our Lives » a bel et bien eu un impact.

Les cinq plus grands marchands d'armes dans le monde en 2021

Voici les principaux exportateurs d'armes dans le monde en 2021 :

Pays Pourcentage des ventes mondiales Principaux clients
États-Unis 39% Arabie saoudite (23%), Australie (9.4%), Corée du Sud (6.9%)
Russie 19% Inde (28%), Chine (21%), Égypte (13%)
France 11% Inde (29%), Qatar (16%), Égypte (11%)
Chine 4.6% Pakistan (47%), Bangladesh (16%), Thaïlande (5%)
Allemagne 4.5% Égypte (14%), États-Unis (6.1%)

Ensemble, ces pays ont totalisé 78 % des exportations mondiales.

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