Le littoral provençal, entre le Rhône et le Var, n'est devenu un « bastion » du royaume de France qu'après le rattachement de la Provence en 1481. La rade de Toulon fait figure d'exception dans ce panorama, étant vaste et protégée naturellement contre les houles du large.
À la fin du XVIe siècle, Henri IV concède aux Toulonnais la libre jouissance des terrains gagnés sur la mer, stipulant qu'une place sera réservée pour la « fabrique des vaisseaux ». On peut y voir l’acte fondateur d’un port de guerre à Toulon. Les galères seront d’ailleurs basées à Toulon en 1610. C’est avec Richelieu que la notion de marine d’État, royale et permanente, prend tout son sens.
Le « Parc de marine », berceau du futur grand arsenal, est implanté en partie nord-ouest de la darse créée par l’ingénieur de Bonnefons au début du XVIIe siècle. Un chantier de construction navale occupe le terre-plein maritime. Des magasins et ateliers sont édifiés le long du rempart qui couvre la darse face à la petite rade.
En 1670, l’intendant Matharel s’efforce de gagner en commodité, rationalité et sécurité. Il fait construire, hors les murs, un « petit parc », sorte d’annexe dotée de halles pour les bois de mâture et de construction et de divers ateliers et magasins. Ce n’est qu’un pis-aller, dans l’attente d’un projet d’agrandissement de l’arsenal digne de sa vocation.
Les projets succèdent aux projets. Les ingénieurs ou architectes Clerville, Puget, Gombert, en fournissent pratiquement dix. En trois semaines, Vauban démêle l’écheveau toulonnais. Son puissant sens de la synthèse, joint à une grande force de persuasion, lui permet d’enlever la décision. Toulon entre alors dans une vague de grands travaux qui dureront quinze ans pour l’essentiel.
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Tant que dure la marine à voiles, l’arsenal se tient et se développe à l’intérieur du corset de pierre dont Vauban le dote. Toulon devient de fait un objectif stratégique pour les adversaires de la France en Méditerranée, au premier rang desquels les Anglais. Le littoral circonvoisin se couvre ainsi d’ouvrages de défense côtière destinés à interdire toute incursion navale dans la petite rade.
À la veille de l’attaque conduite en 1707 par le duc de Savoie, en pleine guerre de succession d’Espagne, 150 canons répartis dans 28 ouvrages côtiers veillent à la sécurité du port de guerre. Ce front de mer s’étend du cap Carqueiranne à Bandol, en passant par Saint-Mandrier et l’isthme des Sablettes.
Au cours du XVIIIe siècle, l’arsenal est pourvu des moyens qui lui faisaient défaut au terme du chantier, inachevé, lancé par Vauban. La première forme de radoub française en Méditerranée est mise en service en 1778.
La véritable modernisation de l’arsenal prend corps dès les débuts de la révolution industrielle. Celle-ci bouleverse la marine de guerre, dont les vaisseaux seront désormais construits en fer, propulsés à la vapeur et dotés d’une puissance de feu inédite. Le temps n’est plus au remaniement des installations portuaires à périmètre constant. C’est vers l’ouest que l’arsenal doit s’agrandir.
Le projet est essentiellement centré sur une nouvelle darse de 250 m de long à l’ouest de la darse Vauban et en abord de laquelle sont disposés de vastes terre-pleins industriels et portuaires. La construction navale doit ainsi bénéficier d’un ensemble d’ateliers pour les bâtiments à vapeur : fonderie, ajustage, montage, forges et chaudronnerie.
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La nouvelle darse de Castigneau prend sa configuration actuelle : elle dessert trois grands bassins de radoub, dont un double, construits entre 1855 et 1869. Pour permettre l’embarquement rapide d’un corps d’armée de 40 000 hommes avec 7 700 chevaux et 900 voitures, le front de Castigneau est pourvu de 9 appontements permettant l’amarrage de 18 navires de transport.
En 1793, Bonaparte commande l'artillerie de l'armée républicaine assiégeant Toulon, livrée aux Anglais par les royalistes. Après de longs mois de siège, le plan du "capitaine canon" est adopté, et les forts à l'extérieur de la ville sont capturés par les Français en décembre. Les Anglais et leurs alliés doivent quitter la rade pour échapper au feu des canons français.
Le 28 août, les royalistes livrent Toulon aux Anglais. On confie à Salicetti la reconquête de la ville, aidé par le général de division Carteaux. Pour remplacer le chef de bataillon Dommartin, blessé, Salicetti choisit le capitaine Napoleone Buonaparte.
Le 17 septembre 1793, Bonaparte rejoint le quartier-général à Ollioules. Il relève minutieusement les positions coalisées, tenues par des Anglais, Sardes, Espagnols et Napolitains. Les soldats de la République ne sont que 12 000.
Selon Bonaparte, la seule façon de chasser les Anglais consiste à s'emparer des forts de l'Eguillete et du Balaguier, qui permettraient de tenir la rade sous le feu des canons et d'en chasser la flotte anglaise. Carteaux rejette d'abord cette proposition.Les Anglais, avertis de l'intérêt stratégique de la colline, s'attachent à la construction d'un ensemble de fortifications rattachées autour du fort Mulgrave, ensemble bientôt surnommé "Petit Gibraltar".
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Bonaparte s'évertue au renforcement de l'artillerie. Il fait acheminer de nouvelles pièces jusqu'à former une batterie digne de ce nom, restée dans l'Histoire sous le nom de "batterie des Sans-Culottes". La rade résonne bientôt du fracas des canons et les vaisseaux britanniques doivent trouver refuge derrière le fort de la Tour Royale.
Le 16 décembre 1793 a enfin lieu l'assaut général. Sous une pluie battante, les 6 000 Français se mettent en marche vers les positions ennemies à la faveur de la nuit. Ils atteignent le Petit Gibraltar où les défenseurs, pris de court, ne leur opposent pas moins une résistance farouche. Bonaparte est blessé à la cuisse gauche, mais le drapeau français flotte au sommet du fort.La flotte anglaise riposte avec ses redoutables pièces d'artillerie, inondant pendant plus de trois heures le fort d'un flot continu de boulets. Rien n'y fait, les soldats républicains tiennent leurs positions. Les forts de l'Eguillette et du Balaguier capitulent à leur tour.Le 19 décembre, les troupes républicaines foulent à nouveau les rues pavées de Toulon et se livrent à un terrible pillage répressif contre les habitants qui ouvraient quatre mois plus tôt leurs portes aux coalisés.
La ville est rebaptisée "Port de la Montagne" et Napoléon, à qui la Convention doit la victoire, promu général de brigade le 22 décembre.
Le 27 novembre 1942, la rade de Toulon se transforme en théâtre d’une tragédie volontaire et spectaculaire. La flotte française, menacée d’être capturée par l’Allemagne nazie, est détruite par ses propres marins. Depuis l’armistice, Toulon est le cœur battant d’une flotte bridée, immobilisée mais redoutée.
La base navale de Toulon abrite alors la majorité des grands bâtiments encore opérationnels : cuirassés, croiseurs, contre-torpilleurs. L’invasion alliée en Afrique du Nord change tout. Le 11 novembre, les troupes allemandes franchissent la ligne de démarcation et occupent la zone libre. Toulon devient un objectif prioritaire.
Les marins savent que le danger est imminent. Mais depuis des mois, un plan secret existe : si l’ennemi franchit les grilles de l’arsenal, les navires devront être détruits, sans hésitation. Des consignes techniques détaillées circulent sous le manteau. Les soutes à explosifs sont préparées, les équipages entraînés à saboter en urgence.
À l’aube, les chars allemands de la 7e Panzerdivision avancent vers la rade. Ils espèrent surprendre les marins endormis. Mais dès 4 h 30, l’alerte est donnée. Les sirènes hurlent, les ordres claquent. L’amiral de Laborde, depuis son pavillon hissé sur le Strasbourg, active le signal tant redouté : « Exécutez le sabordage. »
Alors commence une course contre la montre. Dans les coursives des navires, les marins se précipitent, ouvrent les vannes d’inondation, percent les coques, mettent le feu aux soutes. Des charges explosives sont déclenchées dans les chaufferies, les munitions sont immergées, les moteurs irrémédiablement détruits. Ce qui se déroule ce matin-là est à la fois chaotique et méthodique.
En trois heures, la rade se couvre d’épaves fumantes. L’air est saturé d’odeurs d’huile brûlée et de cordite. Au total, 77 navires disparaissent :
Pour les Allemands, c’est une douche froide. Ils espéraient capturer une flotte moderne et redoutable. Ils trouvent une rade transformée en cimetière naval.
La bataille pour la libération de Toulon a commencé le 19 août 1944 à partir du moment où les unités françaises de l’Armée B, commandée par le général de Lattre de Tassigny et débarquée à partir du 16 août dans le golfe de Saint-Tropez et dans le secteur Cavalaire-La Croix-Valmer, ont pris le relais des troupes américaines sur la « ligne bleue » correspondant à la vallée du Gapeau, petit fleuve se jetant dans la rade de Hyères.
Ce fut la plus difficile et la plus meurtrière des batailles de la campagne de Provence. Comme à Marseille, les troupes allemandes qui s’y retranchèrent avaient reçu l’ordre d’Hitler de se battre jusqu’à la dernière cartouche. L’objectif était d’empêcher le contrôle de la rade par les Alliés et de constituer une poche comme celles qui allaient s’incruster sur la côte atlantique jusqu’en avril 1945.
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