La perception des armes a évolué, et si nous sommes les seuls à pouvoir les utiliser dans la nature, c’est un droit qui implique des responsabilités, au premier rang desquelles figure le devoir de sécurité. Toute activité comporte des risques, et la chasse ne fait pas exception. C’est pourquoi les chasseurs ont développé une culture de la sécurité.
Dans une logique de responsabilité, la loi consacre plusieurs articles à la sécurité à la chasse. Il ne s’agira pas d’un examen mais d’une formation pour reprendre les gestes de la sécurité à la chasse, rappeler les situations d’accidents et les comportements à adopter lorsque l’on rencontre un usager de la nature non-chasseur, l’adaptation de l’arme au gibier chassé, etc.
Cette commission va permettre de demander au Préfet la rétention ou la suspension du permis de chasser d’une personne qui aurait commis un incident matériel grave ayant pu mettre en danger la vie d’autrui, ou en cas d’accident ayant entraîné la mort d’une personne ou involontairement causé une atteinte grave à l’intégrité physique d’une personne à l’occasion d’une action de chasse ou de destruction.
Pour la chasse, cette évolution s’est traduite par l’examen pratique du permis de chasser, par des campagnes de sensibilisation à la sécurité, par l’établissement de règles et de codes, ainsi que par une analyse très fine des accidents de chasse. Le nombre d’accidents de chasse diminue, c’est bien, mais un accident sera toujours un accident de trop. Nos sociétés modernes veillent à réduire au maximum les risques d’accidents et cherchent systématiquement des responsables.
Pour commencer à chasser, il faut avant tout avoir un permis de chasse. Il peut s'obtenir dès l'âge de 15 ans, bien que la chasse ne soit autorisée qu'à partir de 16 ans. Il faut aussi fournir un certificat médical attestant que son "état de santé physique et psychique est compatible avec la détention d'une arme". Une formation théorique et pratique est ensuite dispensée, suivie d'un examen.
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La loi du 24 juillet 2019 a mis en place des règles nationales pour garantir "la sécurité des chasseurs et des tiers" lors d'une action de chasse. Elle instaure "le port obligatoire du gilet fluorescent pour les chasseurs en action collective de chasse à tir au grand gibier" et oblige la pause de panneaux de prévention (de type "chasse en cours") "à proximité immédiate des voies publiques lors des actions collectives de chasse à tir au grand gibier". Elle met également en place l'obligation tous les dix ans pour les chasseurs de faire une remise à niveau "sur les règles élémentaires de sécurité".
Nicolas Rivet, directeur de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC), souligne la règle des 30 degrés, qui a notamment pour but de protéger les autres chasseurs. Il s'agit de déterminer une zone entre deux chasseurs côte à côte, "et il ne faut pas tirer dans cet angle" afin de protéger son voisin.
Sur son site, la Fédération Nationale de Chasse rappelle également "qu’on ne tire que vers un gibier clairement identifié, pas une simple forme" car "derrière la haie, le champ de maïs, le coin du bois, peut se trouver une personne totalement ou partiellement soustraite à la vue du tireur." Et bien évidemment, il ne faut "pas tirer un gibier en direction des habitations et des routes."
"Le tir ne se fait jamais à hauteur d’homme, ni sans s’être assuré que la zone balayée par les canons est déserte et sans risque", écrit également l'Office Français de la Biodiversité qui ajoute que l’arme ne doit être "chargée que lorsque le chasseur est en instance de tir. Le reste du temps, l’arme est déchargée et ouverte."
D'autres règles sont également en place au niveau départemental, avec des règlementations propres à certains territoires "car on ne chasse pas avec les mêmes pratiques partout, et le biotope est différent" d'une région à l'autre explique Nicolas Rivet.
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Il est évident qu’on ne tire que vers un gibier clairement identifié, pas une simple forme. Derrière la haie, le champ de maïs, le coin du bois, peut se trouver une personne totalement ou partiellement soustraite à la vue du tireur.
Certains gibiers se font un malin plaisir à vous offrir les plus belles occasions… en volant à moins de 2 mètres de haut, pour des tirs à l’horizontale. C’est le perdreau qui vous part dans les bottes ou dans la culotte dans les betteraves, c’est le faisan qui décolle d’une haie et ne veut pas monter, la bécasse crochetant malicieusement entre les baliveaux.
Dans le premier cas, le tir est envisageable car la plaine est un milieu ouvert, offrant une bonne visibilité. Dans les autres cas, si l’on tient compte du fait que quelqu’un, pas forcément en fluo, peut se trouver caché par l’écran de végétation, mieux vaut s’abstenir. Nous sommes ici dans les circonstances typiques où le chasseur devra particulièrement tenir compte de l’environnement, ne pas se laisser aveugler par le gibier, ni tirer vers des habitations ou lieux ouverts au public.
La meilleure façon d’accroître la sécurité à la chasse est de ne pas causer d’accidents ! C’est la sécurité active. Mais on peut craindre la seconde d’inattention d’un chasseur qui ne tiendra pas compte de l’environnement, et prévenir l’accident en portant des vêtements qui nous rendront visibles de loin, même à travers un écran de végétation. C’est la sécurité passive.
Le fluo, pour le chasseur, est parfois un déchirement. En effet, nous avons tous particulièrement aimé un chapeau d’un noble tissu délavé par les pluies, une vieille veste aux teintes d’automne usée par les ronces, nous donnant la sensation de nous fondre dans la nature… Et nous voici affublés de vêtements industriels criards. Dur… Et pourtant, porter un vêtement fluo lors des chasses en groupe est gage de sécurité !
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La moitié des accidents de chasse surviennent lors d’une battue de grand gibier ! Nombre de ces accidents pourraient être évités en respectant une règle de base : celle des 30°. Le chasseur ventre au bois, ne doit pas tirer dans la traque - du moins, c’est généralement énoncé lors des consignes - mais seulement lorsque le gibier aura sauté l’allée, au-delà d’un angle de 30° qui garantit la sécurité des voisins.
Pour matérialiser un angle de 30° vers la droite, le chasseur effectue 5 pas vers la droite puis 3 pas perpendiculairement et la même chose côté gauche. A la fin du troisième pas, il plante un repère (bâton ou autre). Le gibier sortant de l’enceinte traquée ne pourra être épaulé et tiré qu’après avoir franchi l’angle des 30°. En cas d’accident, la responsabilité du chasseur ayant tiré dans l’angle des 30° est systématiquement engagée ! Parfois, le layon est très étroit ou le bois très sale, rendant le tir quasiment impossible. Dans ce cas, mieux vaut s’abstenir !
Tout acte de chasse, dès qu’il est pratiqué par plus d’une personne, comporte forcément un responsable. Pour la chasse en battue et en particulier au grand gibier, ce responsable doit énoncer clairement, à tous les participants, les consignes de sécurité et de tir. Ces consignes sont données lors d’un rituel précédant la chasse, celui du rond, auquel tous les participants, chasseurs et traqueurs sont conviés.
Les consignes verbales sont maintenant de plus en plus souvent doublées par des consignes écrites, remises au chasseur qui reconnaît en avoir pris connaissance et s’engage à les respecter en signant le registre de battue. En cas d’accident, la responsabilité du responsable de chasse n’ayant pas donné les consignes est systématiquement engagée.
Depuis les années 1980, il s’est multiplié mais la fièvre du sanglier reste forte et conduit parfois les chasseurs à perdre leur sang-froid et à commettre des imprudences. Les chiffres sont éloquents : 69% des accidents en action de chasse au grand gibier concernent le sanglier alors qu’il ne représente que 49% des prélèvements. Pour établir une comparaison, le chevreuil représente 46% des prélèvements, pour 25% des accidents.
Bien que très répandues, elles sont parfois mal vues car elles ne se « cassent » pas, et la tentation est grande chez certains responsables de chasse de les bannir. S’il faut garder à l’esprit que ce n’est pas l’arme qui est dangereuse mais l’usage qui en est fait, force est de reconnaître qu’elles sont plus adaptées aux chasses au poste, en solitaire, qu’aux chasses actives, en groupe.
« Méfiez-vous des jeunes chasseurs : ils manquent d’expérience et sont plus dangereux que les anciens ! » Cette affirmation péremptoire, nous l’avons tous entendue et pourtant, dans les faits, c’est tout le contraire ! A cela deux raisons principales : les plus jeunes chasseurs ont passé le permis avec une épreuve pratique ; la majorité des plus de 62 ans n’ont passé aucune épreuve puisque l’examen a été instauré en 1976. Ensuite, avec la pratique, on acquiert certes de la sagesse mais aussi des habitudes, et des automatismes, on a davantage confiance en soi et on oublie parfois les règles élémentaires. A la chasse comme au volant, l’expérience n’autorise pas la négligence.
Les autres usagers de la nature, de plus en plus nombreux, ne sont pas forcément informés des jours de chasse. Pour les prévenir, n’hésitez pas à poser des pancartes sur les chemins traversant les zones de chasse avec un message du type « Aujourd’hui, nous chassons : ensemble, soyons vigilants ». Elles doivent être posées le matin de la chasse et enlevées dès la fin. Vous pouvez également afficher le calendrier des jours de battues.
Il est obligatoire pour tout organisateur d’une action collective de chasse à tir au grand gibier d’apposer des panneaux de signalisation temporaires sur l’accotement ou à proximité immédiate des voies publiques pour signaler les entrées principales de la zone de chasse. L’apposition est réalisée, avant le commencement effectif de la chasse, le jour même. Le retrait des panneaux intervient le même jour, une fois l’action de chasse terminée.
Le directeur de la FNC souligne qu'il existe des agents pour la police de la chasse, venant de l'OFB, mais aussi de la police et gendarmerie nationale, ou encore de l'Office national des forêts. Mais ces contrôles sont "quand même assez rares", déplore Nicolas Rivet, "on considère qu'il n'y en a pas assez".
"Les agents ne sont pas assez nombreux pour les contrôler" abonde auprès de BFMTV.com Marc Giraud, naturaliste et porte-parole de l'ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages).
Au quotidien, lors d'une partie de chasse, ce sont les chasseurs qui se contrôlent donc majoritairement entre eux. Cela commence par ce qui est appelé "le rond", un regroupement entre les participants avant la chasse lors duquel les règles de sécurité sont réexpliquées à tous par un des chasseurs, nommé responsable de la chasse.
"Sur la saison 2020-2021, 80 accidents de chasse ont été recensés, dont 7 mortels concernant 6 chasseurs et 1 non-chasseur", écrit le ministère de la Transition Ecologique, précisant que "le nombre de victimes d’accidents de chasse a diminué continuellement depuis plus de 20 ans. D'après l'organisme, la principale cause des accidents de chasse vient du non-respect de la règle de l'angle des 30 degrés, "il représente à lui tout seul 60% des accidents lors des chasses au grand gibier."
D'autre part "les auto-accidents (29%) restent toujours aussi élevés", note l'OFB et "les tirs en direction des routes ou habitations qui sont à l’origine d’accidents, mais également d’incidents (pas de victimes physiques) restent encore trop nombreux."
Les accidents ont lieu pendant l'automne et l'hiver, principalement entre 12h00 (45 %) et entre 14h00 et 17h00 (35 %).
69% des accidents en action de chasse au grand gibier concernent le sanglier alors qu’il ne représente que 49% des prélèvements. Pour établir une comparaison, le chevreuil représente 46% des prélèvements, pour 25% des accidents.
Voici un tableau récapitulatif des causes d'accidents:
| Cause d'Accident | Pourcentage |
|---|---|
| Non-respect de la règle de l'angle des 30 degrés | 60% (lors des chasses au grand gibier) |
| Auto-accidents | 29% |
| Tirs en direction des routes ou habitations | Fréquent |
En cas de manquements au règlement, "il y a des contraventions en fonction de la gravité des faits" explique Nicolas Rivet. Et "si quelqu'un est dangereux, il peut également y avoir un retrait du permis de chasse, pour une période donnée ou plus longtemps", explique-t-il, rappelant qu'il s'agit de décisions de justice.
Pour des actes graves, ayant par exemple engendré la mort, des peines de prison peuvent être prononcées. En novembre dernier, un chasseur de 77 ans a ainsi été reconnu coupable d'homicide involontaire, et condamné à un an de prison avec sursis, après avoir mortellement blessé un autre chasseur, rapporte Le Parisien. L'homme n'avait pas respecté la règle des 30 degrés.
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