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Les armements utilisés en Ukraine font l’objet de nombreux commentaires, mais aussi de questions qui montrent leur méconnaissance. Notre société s’est (beaucoup) désintéressée des questions militaires et la culture du silence de l’armée française a réservé à de rares initiés la compréhension de l’affrontement opérationnel qui se joue en Ukraine.

Je propose d’apporter quelques explications simples, que les experts en armement me pardonneront, pour permettre de juger par soi-même de l’importance et du sens de certaines informations, notamment sur les livraisons d’armes ou sur l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine.

Les MANPADS : Missiles Portables Anti-Aériens

J’ai commencé ma carrière militaire par l’expérimentation de ces systèmes et je les connais bien pour les avoir utilisés et aussi pour avoir chassé ceux qui en utilisaient contre nos avions.

Ces missiles MANPADS sont légers en comparaison de leur « grands frères » qui peuvent peser plusieurs tonnes, mais ils font en général entre 15 et 20 kg avec le système de tir. Il ne s’agit donc pas, comme dans les James Bond, d’ouvrir un sac à dos pour en sortir un tube, mais plutôt d’équiper avec précaution un engin sophistiqué dont l’utilisation est loin d’être intuitive.

Utiliser un MANPADS revient à mettre en action un système sophistiqué et fragile, avec de multiples sécurités. C’est aussi différent de l’usage d’un fusil, que la moto d’un vélo… Autrement dit, ça s’apprend, et surtout cela requiert une maîtrise encore plus longue à acquérir de bien savoir l’utiliser.

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Théoriquement quelques jours de formation suffisent pour arriver à tirer un MANPADS, mais en pratique des semaines, voire des mois d’entraînement sont nécessaires pour les utiliser au mieux de leur capacité et être capable d’intercepter en vol un hélicoptère ou un avion de combat.

Complexité d'utilisation des MANPADS

Le MANPADS est alimenté par une pile batterie dont l’autonomie ne dépasse pas la minute et il faut donc la déclencher exactement au bon moment. Seulement alors, le système de guidage (« l’auto directeur ») est capable de repérer une source de chaleur correspondant à un avion ou un hélicoptère.

Il prévient par un signal sonore et lumineux qu’il a accroché une cible, il faut aller vérifier que ce soit la bonne cible - et pas un reflet du soleil contre un immeuble lorsqu’on vise un hélicoptère - avant de pouvoir déclencher le tir. La portée du missile étant réduite à quelques km, il faut s’assurer dans le même temps que le lancement s’effectue bien dans cette « fenêtre de tir », sinon le missile retombera inexorablement faute d’avoir rattrapé sa cible.

Globalement, un tireur de MANPADS dispose d’une minute de « fenêtre de tir » (ce qui correspond d’ailleurs à l’autonomie de sa batterie), il n’est donc pas question de tirer « au jugé », il faut bien au contraire un dispositif d’alerte et de repérage pour déterminer quand la cible est réellement à portée.

Ce sont soient des radars sophistiqués montés sur des camions, soit un réseau d’observateurs placés à des endroits clefs, capables de repérer l’entrée des avions dans le périmètre de tir.

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Une fois toutes ces conditions remplies, il faut encore surélever la ligne de mire pour éviter que le missile ne tombe au sol, faute d’avoir acquis une vitesse suffisante lorsqu’il est sorti du tube, grâce à un éjecteur dont le rôle est d’éviter de brûler le tireur.

Un long panache de fumée suit alors le propulseur du missile, indiquant dangereusement d’où vient le tir, et il vaut mieux avoir prévu un dispositif de couverture mutuelle pour que le tireur de MANPADS ne soit pas immédiatement pourchassé pour un autre hélicoptère ou avion.

On comprend la longue route qui sépare la livraison de missiles aux Ukrainiens de la capacité de les utiliser efficacement.

Utilité des missiles portables anti-aériens

S’ils sont bien utilisés (« servis » dans la langage militaire), les MANPADS peuvent causer de gros dégâts contre les hélicoptères et les avions qui volent à basse altitude, en dessous de 10,000 ft (soit 3 km au dessus du sol).

Les hélicoptères militaires russes sont principalement utilisés en Ukraine pour le transport (une équipe de combat, du ravitaillement léger, évacuer des blessés) ou pour l’attaque (hélicoptères armés). Ces derniers sont redoutables car ils peuvent rester un certain temps sur la zone de combat (1 à 2 heures contre ...

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Les Roquettes Guidées Laser (RAIGL)

Du 19 au 22 juillet 2021, au centre d’essais de DGA EM Landes à Biscarosse, la DGA et Airbus Helicopters ont procédé à trois essais de tirs de Roquettes activées par induction et guidées laser (RAIGL) depuis un hélicoptère TIGRE Mark II sur cibles fixes et surtout… mobiles.

Ces trois tirs, conduits dans le cadre de la qualification de l’évolution du TIGRE Mk II, ont été un franc succès avec un impact au but à chaque tir, effectués à une distance de 4 000 mètres.

La réussite de ces essais répond ainsi aux besoins opérationnels des aérocombattants. La qualification de la RAIGL sur TIGRE souligne que cette roquette sera la seule actuellement capable d’atteindre à grande vitesse, et avec une extrême précision, une cible mobile sur une longue distance.

C’est une capacité d’armement supplémentaire pour les forces, offrant des performances de frappes précises pour le traitement d’une grande partie des cibles du champ de bataille. Cette roquette guidée armera également le drone PATROLLER de Safran (avec un panier roquettes bi-tube ou quadri-tube permettant des frappes d’opportunité lors des missions de surveillance) ainsi que le futur hélicoptère interarmées léger GUÉPARD (H160M).

Technologie d'activation par induction

Le développement par Thales LAS-VTS France du système innovant d’activation par induction présente de nombreux avantages par rapport aux roquettes conventionnelles d’ancienne génération de 70 mm. La roquette est plus légère et plus précise.

Elle n’a aucun branchement externe engendrant des débris à l’allumage du propulseur pouvant endommager le fuselage. La roquette, complètement inerte jusqu’au moment du tir, est activée par un signal à induction codé depuis le lanceur vers la munition (tête militaire et propulseur).

L’absence de liaison électrique filaire permet une sécurisation optimale de la munition : elle est insensible au rayonnement électromagnétique et inviolable, ne pouvant pas être transformée en engin explosif improvisé (EEI) et ne pouvant pas être tirée à partir d’un lanceur autre qu’un lanceur à induction.

Cette insensibilité au ROEM est un atout supplémentaire lors d’opération amphibie depuis les porte-hélicoptères amphibie (PHA). La roquette guidée laser activée par induction permet aux forces françaises d’être dotées d’une munition beaucoup moins couteuse qu’un missile.

Avec ce système innovant d’activation par induction, la numérisation du champ de bataille se fait également dans la munition.

Le Système STRIKE : Stabilisateur de Tir

Appelée STRIKE [pour Stabilisateur de Tir Réglable d’Intervention Kinésique Équilibré], elle consiste à installer à bord d’un hélicoptère un bras stabilisé qui « sert de support d’armements pour le tir de haute précision à longues distances ».

Si, il y a peu, les hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle pouvaient en être équipés, ce n’était pas le cas des autres appareils de l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT], notamment ceux du 4e Régiment d’hélicoptères de forces spéciales [RHFS].

Aussi, en février, le Groupement aéromobilité de la Section technique de l’armée de Terre [GAMSTAT] a fait savoir qu’il avait effectué une évaluation technico-opérationnelle du système STRIKE, depuis un hélicoptère de manœuvre AS532 Cougar. Et cela avec l’appui de tireurs de précision du 1er Régiment de Parachutistes d’infanterie de Marine [RPIMa].

Le NH-90 TTH « Caïman » pourra également être équipé du STRIKE. « Après son intégration précédente sur Gazelle, Cougar et Fennec, la DGA a mené des essais en vol pour assurer la compatibilité du [système] Strike avec le NH90 de l’Aviation légère de l’armée de Terre dans plusieurs configurations », a-t-elle en effet indiqué.

Le Strike « permet aux tireurs embarqués de rester précis sans être contraints par le poids de l’arme mise en œuvre et les vibrations de l’hélicoptère » et « peut aussi accueillir un appareil photo avec téléobjectif pour les missions de renseignement », a par ailleurs rappelé la DGA.

Lors des essais qu’elle a menés, le Strike a été évalué avec une mitrailleuse M3M de 12,7 mm qui, fournie par FN Herstal, a une portée maximale de 6 500 mètres et une cadence de tir de 1 000 coups par minute, un fusil d’assaut HK417, un fusil de précision PGM Hecate II et un appareil de photographie.

« Les essais ont confirmé l’aptitude de ce système à être installé à bord d’un NH90 », s’est ensuite félicitée la DGA. « Cette ouverture de domaine a été réalisée par DGA Essais en vol en collaboration avec le GAMSTAT […] qui effectuera prochainement une évaluation opérationnelle de ce système », a-t-elle conclu.

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