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L’Argonne est surtout connue du grand public pour les batailles qui y ont eu lieu pendant la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, dans le nord de l’Argonne, la présence chronique des tiques est un problème important pour la santé des agriculteurs et forestiers, mais aussi pour le développement du tourisme.

Les tiques : un problème de santé publique et environnemental

Les tiques sont des acariens qui se nourrissent du sang des animaux et/ou des hommes. On les trouve habituellement en forêt ou dans les hautes herbes. Lorsqu’elles sont infectées, elles transmettent la maladie de Lyme à leurs « hôtes » involontaires. Le « tire-tiques » est le principal outil pour les retirer.

Pendant longtemps, les tiques ont été considérées uniquement sous l’angle vétérinaire et/ou médical. La dissémination des tiques sur des zones étendues de l’Argonne entraîne de nouvelles questions : l’écologie et l’environnement seraient-ils eux aussi en cause ? Le problème tiendrait-il à un excès ou une insuffisance d’animaux sauvages ? Actuellement, il n’y a pas de réponse faisant l’unanimité : les chasseurs, les forestiers et les écologistes ont des visions opposées, sur ce point comme sur bien d’autres. Avec l’expansion des tiques, une question plus radicale émerge aujourd’hui : l’humanité serait-elle à l’origine de son malheur ?

La Zarg : une approche participative pour comprendre et agir

La Zarg (pour « Zone atelier environnementale rurale en Argonne ») est la dernière-née des Zones Ateliers du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ces Zones Ateliers ont l’ambition de développer les sciences participatives en associant chercheurs universitaires et acteurs locaux dans des programmes de recherche présentant un intérêt local et/ou régional. L’éventail des acteurs du développement territorial est très large : les communes et communautés de communes, les agriculteurs, artisans et commerçants, les syndicats d’initiative (pour le tourisme), les associations sportives et culturelles, les clubs de chasse, etc.

Lutte contre les tiques : une question complexe et multifactorielle

L’ouvrage de Philippe Hamman et Aude Dziebowski présente les résultats d’une étude approfondie de la zone rurale argonnaise face aux tiques. Il montre que la lutte contre les tiques n’est pas seulement une question technique et/ou médicale. La deuxième partie du titre, « chronique d’une nature habitable », souligne que l’habitabilité est une question existentielle qui mobilise les décideurs politiques et économiques, comme l’ensemble des citoyens, qu’ils soient forestiers, chasseurs, agriculteurs ou simples promeneurs. Toutes les sciences sont concernées, mais, contrairement aux approches traditionnelles, les sciences humaines et sociales occupent le devant de la scène. Les témoignages individuels ne comptent guère pour les scientifiques. Il faut chercher à rapprocher les registres en conciliant l’inconciliable. C’est très proche de la complexité du social chez Edgar Morin.

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Les sociétés de chasse sont des actrices importantes dans la lutte contre les tiques, même si la formation des chasseurs ne fait aucune place aux questions sanitaires. Pour les auteurs, c’est tout le problème des sciences participatives qui veulent « enrôler » les citoyens dans les dispositifs d’enquête : « les problèmes traités ne sont pas ceux des chercheurs, mais bien ceux de leurs partenaires » (p. 34-35). Parfois, « Le problème est rendu invisible par les outils qui devaient permettre de le quantifier » (p. 65).

Savoirs populaires et prévention : un enjeu crucial

La société du risque est de nouveau un thème d’actualité et chacun a son avis sur la façon de se protéger. Les savoirs populaires sont aussi importants, voire plus, que les savoirs scientifiques. À plusieurs reprises, l’ouvrage montre que les conseils de prévention donnés par les médecins ou diffusés par la presse et la télévision ont moins d’impact que la présence d’un malade atteint par la maladie de Lyme dans son cercle familial, amical ou professionnel, et même parmi ses animaux de compagnie (p. 143). La contamination des animaux de compagnie est plus vivement ressentie que celle du bétail dans les exploitations agricoles (p. 150). Pour les premiers, les familles sont souvent prêtes à payer très cher pour les soigner.

Divisions sociales et pratiques de chasse : des enjeux territoriaux

Il faut aussi tenir compte des divisions internes à chaque groupe social. Par exemple, les chasseurs locaux ont souvent des moyens limités et ils se réclament d’une chasse traditionnelle « artisanale ». Les chasseurs « étrangers » viennent de Paris ou de Belgique, ils sont vus localement comme très riches et ils exigent la présence d’un gibier nombreux (donc nourri) pour réaliser un tableau de chasse impressionnant. Un interviewé local les traite de « viandards » (p. 49) et tout oppose ces deux catégories de chasseurs. Les agriculteurs aussi sont divisés : la nourriture du gibier (appelée « agrainage ») est une pratique qui a ses partisans et ses adversaires. Pour certains, elle est nuisible, car elle attire le gibier à la lisière des forêts, l’invitant à pénétrer dans les champs. Pour d’autres, au contraire, c’est une bonne chose, car le gibier se nourrit dans la forêt ou ses abords et il ne saccage plus les champs (p. 96). Qui a raison et qui a tort ?

Maladie de Lyme et responsabilités : une frontière mouvante

Pour les forestiers de l’Office national des forêts (ONF), le statut juridique de la maladie de Lyme fait débat : s’agit-il d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail ? La frontière est difficile à tracer. Or la prise en charge est différente selon la réponse donnée (p. 126), ce qui entraîne des conséquences financières importantes. Pour autant, l’ONF s’engage de façon incitative vis-à-vis de ses salariés : s’ils décident d’appliquer un traitement préventif, l’Office prend en charge le coût et « veille à ce qu’il n’y ait pas d’impact financier de cette décision » (p. 169). De même, un préventeur (professionnel de la prévention) déclare : « On n’oblige pas les gens à en mettre [un répulsif], on le met à disposition » (p. 183). Ce sont des formes intéressantes de transaction sociale. Il y a aussi des « transactions avec soi-même », comme celle-ci : « [Les tire-tiques] on s’en sert, moi j’en ai toujours.

Dans la lutte contre les tiques et la maladie de Lyme, comme dans celles contre d’autres épidémies, la frontière se déplace entre ce qui relève de l’individu et ce qui relève du collectif. Se protéger des tiques est du ressort de la responsabilité individuelle. La collectivité peut encourager à la prudence et aux précautions, mais il lui est impossible d’imposer un traitement standard qui n’existe pas ; une vaccination est aujourd’hui possible pour le cas particulier de l’encéphalite à tiques, mais elle ne peut être exigée.

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Incertitudes scientifiques et compromis territoriaux

Chez les humains comme chez les animaux, on constate d’incontestables différences individuelles sur un même territoire : les uns sont couverts de tiques et les autres sont épargnés. Mais les scientifiques ne sont pas en mesure de les expliquer ni de dire si ceux qui sont aujourd’hui épargnés le seront encore demain (p. 157). Il faut agir dans l’incertain. Pour P. Hamman et A. Dziebowski, cela passe par des compromis pratiques, issus de transactions territoriales. Ils distinguent « la transaction de second rang, localisée et non conventionnalisée, suivant un intérêt mutuel » et « la transaction de premier rang, les intérêts apparaissant divergents à une échelle élargie et davantage en prise avec des dispositifs institués » (p. 202). Mettre en garde contre les risques sans nuire à l’attractivité du territoire relève de la transaction de second rang. Elle est moins institutionnelle, donc plus fragile, mais plus féconde.

Prévention et bonnes pratiques : se protéger des tiques

La meilleure prévention actuelle consiste à se protéger contre les morsures de tiques lors d'une promenade en forêt, en particulier entre avril et septembre. Voici quelques conseils :

  • Porter des vêtements longs et fermés, les chaussettes recouvrant le bas des pantalons.
  • Appliquer des insectifuges à base de DEET (diéthyltoluamide) sur la peau exposée.
  • Pulvériser des produits à base de perméthrine sur les vêtements, en particulier chaussures, pantalons, chaussettes. Idem sur les tentes.
  • Prendre l’habitude de prendre une douche ou un bain dans les deux heures qui suivent la fin de la promenade.
  • Examiner le corps minutieusement, ainsi que les animaux qui vous ont suivi en forêt, les vêtements, les sacs.

En cas de morsure : comment retirer une tique ?

A l'aide d'une pince fine (pince à épiler) ou d'une pince spéciale vendue en pharmacie, agripper la tique le plus près possible de la peau et tirer doucement mais fermement vers l’extérieur. Ne pas faire tourner la tique ni la secouer, ce qui risque de détacher le corps de la tique de la partie qui mord la peau. Si cela arrive, détacher la partie restante avec la pince à épiler. En cas d’échec, la laisser en place et laisser la peau cicatriser.

Surveillance et symptômes : l'importance d'être vigilant

Dans les 3 à 30 jours on peut repérer l’apparition éventuelle d’un érythème migrant (EM). Il s'agit d'une lésion rouge circulaire, d'au moins 5 cm de diamètre qui a pour centre la zone mordue. Elle peut s’accompagner de fièvre et de douleurs articulaires. La présence d'une petite zone d'érythème autour de la piqûre immédiatement ou dans les 24 premières heures après la morsure est le résultat d'une réaction aux composés salivaires de la tique. Consulter un médecin même en l'absence d'érythème migrant.

Répartition géographique et facteurs de risque

La maladie de Lyme a été identifiée partout en France. Elle est généralement absente en altitude (au dessus de 1 500 mètres). Elle est très présente dans les régions boisées et humides, où le gibier est nombreux, en particulier dans l’Est (Alsace, Lorraine) et au Centre (Limousin, Auvergne), mais aussi et c'est plus récent, dans le Pyrénées. Selon le ministère de la santé, il y aurait 9,4 cas de Lyme pour 100 000 habitants, mais 180 pour 100 000 en Alsace.

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Programme CiTIQUE : collecte d'informations et recherche

Créé il y a plusieurs années, le programme CiTIQUE, qui dépend de l’INRAE (institut national de recherches agronomiques et environnementales) collecte des infos sur les tiques. Comme on peut s’y attendre, la plupart (55 %) de ces piqûres ont été signalées en forêt. Mais aussi à 21 % dans les jardins privés, et à 10 % dans des prairies. Dans de moindres mesures (2 à 3 % des cas), certaines piqûres ont été recensées à l’intérieur d’un domicile, dans un parc public, un plan d’eau ou une zone agricole.

L'humain est considéré comme un "hôte accidentel" de la tique, qui se nourrit habituellement du sang des animaux sauvages (hérissons, chevreuils, renards, oiseaux, lapins, écureuils...).

Depuis la création du programme CiTIQUE, “nous avons reçu plus de 1 000 tiques de la Bourgogne”, indique Jonas Durand, ingénieur de recherche. Pour comprendre combien d'entre elles sont porteuses de maladies, le laboratoire a mené une étude sur 157 tiques reçues entre 2017 et 2019, qui avaient mordu des humains. Nous avions trouvé 43 % de tiques porteuses d’au moins un microbe potentiellement pathogène pour l’humain, et plus particulièrement 19 % de tiques porteuses de Borrelia burgdorferi, la bactérie responsable de la borréliose de Lyme.

Jonas Durand nuance toutefois : “Attention, cela ne veut pas dire que toutes les personnes piquées par ces tiques ont été infectées et sont tombées malades.” D’autres facteurs sont à prendre en compte.

Borréliose de Lyme : chiffres et symptômes

Selon Santé Publique France, on a recensé plus de 68 000 cas de borréliose de Lyme en France en 2018, année la plus "prolifique" pour la maladie. En 2023, on a recensé 39 000 cas. Dans plus de 97 % des cas, les malades infectés par Lyme présentent un érythème migrant. Il s'agit d'une tache visible sur la peau, en forme de cible ou d'anneaux, qui apparaît 3 à 30 jours après la piqûre de tique. Elle est indolore. Santé Publique France ajoute cependant que l'érythème "ne doit pas être confondu avec une réaction à la salive de tique qui apparaît plus précocement et ne s’étend pas de manière centrifuge".

Autres maladies transmises par le gibier : un risque à ne pas négliger

Les chasseurs et plus particulièrement à cette époque les piégeurs et les déterreurs, sont une « population à risques" en raison de la possibilité de contracter des maladies parfois dangereuses, peu connues, souvent difficiles à diagnostiquer. Parmi elles, sept figurent dans le viseur. Voici leur description et les moyens de s’en prémunir. Les informations sont tirées du Petit Livre Vert 2015, édité par la Fédération nationale des chasseurs (FNC).

  • La trichinellose : Maladie parasitaire principalement transmise par le sanglier, le porc et le cheval.
  • L’échinococcose alvéolaire : Maladie parasitaire, l’échinococcose alvéolaire est transmise par le renard (porteur sain) et autres carnivores y compris domestiques.
  • La leptospirose : Maladie bactériene la leptospirose est principalement transmise par les mammifères vivant en milieux humides (rats…).
  • L’influenza aviaire : Maladie virale sous sa forme H5N1. Jusqu’à présent zoonose très rare sous sa forme H5N8. L’influenza aviaire est principalement transmise par les volailles d’élevages provenant d’Asie.
  • La tularémie : Maladie bactérienne, la tularémie est principalement transmise par le lièvre.
  • La peste porcine africaine : Maladie virale, la peste porcine africaine survit dans une toute petite quantité de sang ou de chair, très contagieux, ne touchant que sangliers et porcs.
  • La maladie de Lyme : Maladie bactérienne par les tiques.

Tableau récapitulatif des maladies transmises par le gibier

Maladie Agent Pathogène Principaux Vecteurs/Hôtes Mode de Transmission Prévention
Trichinellose Parasite (Trichinella) Sanglier, porc, cheval Consommation de viande crue ou mal cuite Cuisson à cœur de la viande (min. 65°C)
Échinococcose alvéolaire Parasite (Echinococcus multilocularis) Renard, chiens, chats Ingestion d'aliments contaminés par les excréments d'animaux infectés Lavage soigneux des fruits et légumes sauvages, vermifugation des animaux domestiques
Leptospirose Bactérie (Leptospira) Rats, mammifères vivant en milieux humides Contact avec l'eau ou les animaux contaminés Éviter la baignade en eaux suspectes, port de gants lors de la manipulation d'animaux
Influenza aviaire Virus (Influenza A) Volailles d'élevage, oiseaux migrateurs Contact avec des animaux infectés ou leurs sécrétions Respect des mesures sanitaires en élevage, baguage et registre des appelants pour la chasse au gibier d'eau
Tularémie Bactérie (Francisella tularensis) Lièvre Contact avec des animaux infectés, morsure de tiques ou de mouches Port de gants lors de la manipulation d'animaux, éviter le contact avec des animaux malades
Peste porcine africaine Virus (Asfarvirus) Sanglier, porc Contact avec des animaux infectés ou leurs produits (sang, viande), matériel contaminé Nettoyage et désinfection du matériel de chasse, interdiction de ramener de la viande de zones infectées
Maladie de Lyme Bactérie (Borrelia burgdorferi) Tiques Morsure de tique infectée Port de vêtements longs et clairs, utilisation de répulsifs, inspection du corps après une promenade en forêt

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