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La culture des armes à feu est-elle inévitable aux Etats-Unis ? C’est la question que de nombreuses personnes se posent actuellement.

L'omniprésence des armes à feu aux États-Unis

Depuis le 1er janvier 2022, il y a eu près de 250 tueries de masse et 300 morts sur le sol américain. Au-delà de ces chiffres, l’organisation Everytown For Gun Safety confirme qu’en moyenne 40.620 personnes meurent chaque année par arme à feu aux États-Unis (suicides inclus).

Impossible, en abordant ces chiffres, de nier l’impact de la libre circulation des armes. La question du contrôle des armes revient quotidiennement, les sondages révèlent que plus de 60 % des Américains exigent une loi fédérale limitant les ventes d’armes.

Aux États-Unis, les fabricants d’armes en ont produits plus de 139 millions à destination du commerce sur les vingt dernières années (dont 11,3 millions pour l’année 2020), selon un rapport du ministère de la justice publié mardi 17 mai.

L'attachement historique aux armes à feu

Les Américains ont un profond respect pour certaines valeurs : leur Histoire, la liberté, le sens du sacrifice. Malheureusement, l’arme à feu a toujours été pour eux le symbole de liberté, et d’émancipation. Il n’est pas rare de recevoir une arme comme cadeau d’anniversaire et ce à n’importe quel âge.

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Le second amendement de la constitution américaine ratifiée en 1791 (l’équivalent de notre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen) protège le droit de posséder des armes. Revenir aux fondations même des États-Unis est considéré comme un sacrilège pour beaucoup.

«…the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.»

C'est aux origines de la nation américaine que naît l’association entre droit aux armes à feu et identité américaine. Il s’agissait à la fin du XVIIIe siècle « d’assurer aux citoyens le droit de posséder des armes de manière à pouvoir en faire un usage collectif ».

L’association entre droit aux armes et américanité est encore « naturalisée » par le poids de la mémoire de l’Ouest. Les travaux des historiens de la « frontière » de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, comme Frederick Jackson Turner, ou encore la culture populaire élaborée dans les westerns à partir du début du XXe siècle ont servi de réservoir idéologique aux partisans du droit aux armes qui ont formalisé leurs arguments dans les années 1960, c’est-à-dire après l’invention de ce passé mythique.

Disparités législatives entre les États

C’est la Californie qui possède les législations les plus restrictives à ce sujet. Pour obtenir le droit de posséder une arme en Californie, une personne devra faire une demande écrite et payer une certaine somme, puis passer un test, le permis n’est alors valable que 5 ans, la vente d’armes est également très encadrée. De plus, la constitution de la Californie, contrairement à celles des autres états ne dispose pas du droit de posséder une arme.

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L’État ayant le moins de restrictions est l’Alaska (avec un pourcentage de possession d’armes à feu de 64% contre 24% pour la Californie ce qui représente respectivement 15 824 armes contre 344 622). Le taux de décès par arme à feux est généralement plus bas dans les états ayant les législations les plus restrictives.

Tableau comparatif : Californie vs Alaska

État Pourcentage de possession d'armes à feu Nombre d'armes
Californie 24% 344 622
Alaska 64% 15 824

Tentatives de régulation et obstacles politiques

En tant que président démocrate récemment élu, pourquoi Joe Biden rencontre-t-il tant de difficultés à durcir la réglementation quant à la circulation des armes dans le pays ?

Un accord a minima a été signé dimanche 12 juin entre des sénateurs républicains et démocrates pour un meilleur encadrement des armes à feu, en quoi consiste plus précisément cet accord ? Cette proposition, réponse au massacre d’Uvalde au Texas, a pour but d’empêcher les jeunes adultes entre 18 et 21 ayant un passé criminel ou une santé mentale reconnue fragile de ne pas avoir accès à quelque arme que ce soit. Les États qui mettront en place cette loi dite « red flag » se verront allouer une aide monétaire. Cependant, cette proposition doit encore être rédigée et votée au Sénat.

Si cette proposition l’emporte, les activistes aimeraient voir s’étendre les contrôles à la fois sur les personnes et sur la vente des armes mais cela prend beaucoup de temps notamment à cause des lobbies qui restent très puissants.

Évolution de la culture des armes à feu

On pense généralement que les propriétaires d’armes à feu sont des hommes blancs, conservateurs et plutôt âgés, et ce n’est pas faux. Mais la situation est en train d’évoluer. Aujourd’hui, les Américains qui achètent une arme pour la première fois viennent d’horizons bien plus divers et ils sont en train de transformer la culture des armes.

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Avec la pandémie de Covid-19, la multiplication des homicides, des mouvements sociaux et de la violence politique, le danger semble de plus en plus omniprésent. La méfiance envers les institutions s’intensifie, et les citoyens sont moins enclins à s’en remettre au gouvernement pour assurer leur protection. Beaucoup d’Américains considèrent désormais que c’est à eux de se défendre, par leurs propres moyens.

Ce changement de point de vue a entraîné une hausse des achats d’armes chez ceux qui n’en possédaient pas encore et une diversification du profil des acheteurs. Et cette diversité a fait naître de nouvelles aspirations quant à la culture des armes, notamment l’envie d’appartenir à une communauté.

“Chez les propriétaires d’armes issus des minorités, on voit clairement que l’esprit de groupe est plus marqué”, analyse Jennifer Carlson, sociologue à l’université d’Arizona. D’après une étude réalisée en décembre 2021, la moitié des nouveaux détenteurs d’armes à feu sont des femmes, et la moitié sont issus des minorités ethniques. C’est une rupture radicale avec l’image traditionnelle des propriétaires d’armes.

Motivations et autodéfense

Depuis dix ans, les motifs qui poussent les Américains à se procurer une arme évoluent : l’autodéfense a largement supplanté la chasse. Les femmes, par exemple, estiment parfois que la police n’arrivera pas à temps pour les protéger en cas d’agression. Certaines personnes de couleur ont quant à elles l’impression que les forces de l’ordre ne les défendront pas.

Les risques liés à la possession d'armes

Mais s’approprier le deuxième amendement n’est pas sans risque. La présence d’une arme à feu au sein du foyer augmente le risque de se blesser ou de blesser un proche, signale Matthew Miller, chercheur à l’université Northeastern. Puisque des millions d’Américains ont décidé de se procurer une arme à feu pour la première fois, ce sont des millions d’adultes et d’enfants supplémentaires qui se retrouvent exposés à un tel risque.

Mais les armes ont leurs limites : elles ne peuvent résoudre le racisme, et dans un affrontement, utiliser son arme n’est presque jamais la bonne solution.

“Beaucoup de nos membres n’auraient jamais envisagé d’avoir une arme avant de prendre conscience de la nature de la société américaine. Ils ont eu peur, conclut P.B. Gomez. Ils se sont tournés vers les armes, convaincus que c’était presque devenu ‘indispensable’.”

tags: #arme #à #feu #et #culture #américaine

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