La chasse, un thème ancestral, a inspiré les artistes à travers les siècles, des peintures rupestres aux œuvres contemporaines. Avec la religion et la guerre, la chasse est sans doute le thème le plus représenté dans l’art, à commencer par les peintures rupestres de la grotte de Lascaux en Dordogne représentant gibiers chassés (cerfs, aurochs, bisons, bouquetins et mammouths) et armes de jet.
L’une des principales sources d’inspiration des peintres antiques mais aussi modernes, est l’épisode mythologique de la chasse au sanglier de Calydon décrit comme « un sanglier si énorme que l’Épire herbeuse n’a pas de taureaux plus grands ». On retrouve cette célèbre chasse chez les peintres Peter Paul Rubens, Frans Snyders, Paul Bril, Nicolaes Berghem, Pellegro Piola, Diégo Vélazquez et Alexandre-François Deportes.
D’autres scènes de chasse sont également représentées sur toiles. Le personnage-même du chasseur a lui aussi inspiré nombres d’artistes-peintres. A la Renaissance, c’est le portrait royal en tenue de chasse qui est particulièrement répandu ; le premier ayant initié cette mode étant François Ier, roi de France. Au XVIIème et au XVIIIème siècle, la tendance est plutôt à la peinture animalière. Louis XIV fait peindre ses chiens de chasse par Alexandre-François Desportes tandis que Jean-Baptiste Siméon Chardin préfère peindre du gibier mort.
Commençons notre périple au Pavillon de chasse dans la forêt de Dreux en Eure-et-Loir. Le comte d’Eu, Louis-Charles de Bourbon le fit bâtir en 1756 pour accueillir ses rendez-vous de chasse à courre et à tir, d’où sa forme octogonale.
Poursuivons notre promenade au Château-Musée de Gien. Construit en 1482 par la fille de Louis XI, il figure parmi les tous premiers châteaux de la Loire. Son architecture, mi médiévale et mi Renaissance lui confère la protection au titre de monument historique dès 1840.
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Autre Musée : l’Hôtel particulier de Guénégaud situé dans le quartier des Marais à Paris qui est l’une des rares constructions civiles de François Mansart datant du XVIIème siècle. Accueillant tour à tour des logements, des boutiques ou des ateliers, il abrite aujourd’hui le Musée de la Chasse et de la Nature ainsi que le siège de la Fondation de François Sommer.
Enfin, nous ne pouvions terminer notre tour opérateur des édifices cynégétiques sans parler du Château de Chambord qui est sans conteste, le monument le plus emblématique des amoureux des arts et de la chasse. Edifié à partir de 1519 par François Ier, son escalier à doubles révolutions demeure l’élément architectural le plus spectaculaire rappelant le génie de Léonard de Vinci.
La Fondation François Sommer a l’honneur d’annoncer qu’une œuvre majeure rejoint les collections du Musée de la Chasse et de la Nature : Scène de chasse dans la neige de Gustave Courbet, datée de 1864. Il s’agit du premier Courbet à entrer dans les collections de l’institution parisienne. Conservée dans une collection privée, la même depuis plus de 100 ans, elle était jusqu’à présent inconnue des spécialistes et du grand public.
Gustave Courbet, né à Ornans en 1819, fut l’un des chefs de file de la peinture réaliste au XIXe siècle. Outre ses œuvres emblématiques, telles qu’Un enterrement à Ornans ou L’Origine du monde, son corpus comprend plus de 130 scènes de chasse - sujet qui suscite un intérêt croissant chez les historiens de l’art, notamment depuis l’exposition Les chasses de monsieur Courbet en 2012 au musée Gustave Courbet d’Ornans dont la Fondation François Sommer était partenaire.
Très attaché aux paysages de la Franche-Comté de son enfance, et plus particulièrement aux vallées de la Loue et du Lison où il possédait un atelier, Courbet y revenait souvent pour peindre et chasser. On découvre dans ses tableaux une connaissance très fine de la nature dans laquelle il a grandi. Son abondante correspondance relate de nombreux souvenirs de chasse.
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Courbet, grand chasseur, traite ici le sujet en connaisseur : il sait exactement quel moment il faut peindre pour tenir le spectateur en haleine et animer la scène. Il est loin des peintures de chasse décoratives généralement exécutées à l’époque par des peintres de commande. En fin connaisseur, il sait que la chasse par temps de neige est interdite depuis 1844. Pourtant, à l’image de sa peinture, Courbet s’affranchit volontiers des règles, préférant suivre son propre instinct plutôt que les lois établies.
Dans un paysage d’une blancheur éblouissante, où contrastent des arbres aux troncs sombres et aux feuilles mortes, un cerf dévale une pente et s’élance sur un lac gelé. Le ciel est radieux, la lumière vive. Trois lévriers le suivent de près. On va sans doute sonner le bat-l’eau. Le cerf, à bout de souffle, poursuit sa course.
Le tableau acquis par la Fondation François Sommer date de 1864. Il est tout à fait dans la lignée de ses prédécesseurs, et rassemble tous les éléments chers à Courbet : un gibier noble, des chiens courants, une neige d’une blancheur éblouissante et une forêt sombre. C’est une période où il peint de nombreuses scènes de chasse dans la neige, dans des formats similaires.
Une grande attention est portée aux détails, aux reflets dans la neige, au miroitement du lac, à l’ombre des forêts, aux oiseaux perchés à contre-jour : le paysage est ici aussi important que le gibier, suivant l’habitude de Courbet. Ce n’est pas la première fois que l’artiste peint un cerf forcé se jetant à l’eau. Mais au contraire d’une version datée de 1861, centrée sur un animal isolé et donc beaucoup plus tragique, l’épisode représenté ici fait partie d’un tout qui s’inscrit dans une continuité en harmonie avec la nature…
Aux côtés d’Alfred de Dreux et de Carle Vernet, déjà présents dans les collections du musée, Courbet impose ici son style singulier, où la matière picturale épouse la force du sujet. Son entrée au musée n’est pas seulement une acquisition : c’est un événement qui consacre une nouvelle lecture de l’héritage cynégétique dans l’art du XIXe siècle.
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Comme le souligne Rémy Provendier-Commenne, responsable des collections du musée, l’œuvre est « restée dans la même famille depuis le début du XXe siècle et n’avait jamais été exposée ni cataloguée. Sa reconnaissance par le Comité Gustave Courbet en juin 2024 et son intégration au catalogue raisonné de l’artiste viennent consacrer son importance.
Au Moyen Âge, ce sont les cornures informant les chasseurs, qui font office de musique avec la quête, le lancé et l’hallali. Au XVIIème et au XVIIIème siècle, l’invention du cor en cuivre ou en laiton élargirent le répertoire. Avec le marquis de Dampierre, grand veneur de Louis XV, de nombreuses fanfares décrivant les circonstances de chasse sont ensuite créées. En 1709, Jean-Baptiste Morin crée un ballet intitulé « La Chasse du cerf » dans lequel la trompe de chasse tient le registre principal. Corrette, Mouret, Rameau et Haendel l’imitent. Au XIXème siècle, tous les grands orchestres d’Europe comptent au moins deux cornistes.
A droite, on distingue également plusieurs plans successifs : ce qui semble être un arbre mort au premier plan, puis un chien, puis un homme qui semble évidé du gibier, suivi d’un autre qui dépèce une bête au sol près d’une tente à droite et enfin au fond la foule des soldats réunis. Ce tableau offre une composition fascinante et détaillée, mettant en scène es chasseurs, leurs chevaux et un paysage dense et animé. Ces nombreux personnages en pleine activité autour d'un campement en pleine nature apportent dynamisme et profondeur à l'ensemble.
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