Symbole de l’identité aristocratique et objet par excellence de la transmission héréditaire, autrefois siège du pouvoir seigneurial et centre de production, le château a vu son statut changer considérablement au cours du XXe siècle, à mesure qu’a décliné sa fonction économique et que s’est affaibli le rôle social de son propriétaire dans les campagnes. L’effondrement progressif de la rente foncière au cours du XXe siècle, la réduction des exploitations agricoles ou forestières au centre desquelles il se trouvait autrefois ont contraint son propriétaire à trouver d’autres sources de revenus que celles de la terre, l’amenant à diversifier son capital et à entrer dans la vie professionnelle, souvent urbaine.
Aujourd’hui, le château tend à devenir une simple maison d’agrément dont l’entretien est ressenti comme un poids de plus en plus lourd. Pourtant, lorsque la famille le possède depuis plusieurs générations, persiste une conception lignagère du patrimoine qui implique le devoir de conserver, puis de transmettre intact l’héritage reçu. Afin de pouvoir garder le château et ne pas rompre avec les valeurs familiales fondées sur le principe de la continuité, de nouvelles ressources pécuniaires doivent être recherchées, contraignant les châtelains à un effort de fidélité inventive.
L’une de ses principales manifestations est l’ouverture au public, selon des modalités variables, dans le but que le château « parvienne à vivre sur lui-même ».
De multiples détails s’unissent pour faire éprouver aux visiteurs qu’ils ne se trouvent pas « dans un musée rigide, figé, derrière des cordes qui ne bougent pas », mais bien, selon la formule consacrée, « dans une maison toujours habitée ». La présence de « meubles, de fauteuils, de portraits qui ont traversé quelques générations depuis le XVIIe siècle » signe l’appartenance du château à une même famille depuis de nombreuses générations.
Le château présente une suite de chambres, salons, galeries... où sont exposés tableaux, meubles, tapisseries de différentes époques (du XVIe au XVIIIe siècle principalement) donnant à cette demeure le côté vivant d’une habitation familiale et non d’un musée figé sur une seule période de l’histoire. Les souvenirs de famille, au contraire, « veulent dire quelque chose par eux-mêmes » : non seulement ils invitent le visiteur à découvrir l’histoire d’un château et un art de vivre, mais ils donnent aussi à lire, à travers eux, des généalogies et des parentés.
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Parfois, la présence de certains objets décoratifs, inhabituels dans un château, n’est justifiée que par les goûts personnels, plus ou moins excentriques, des propriétaires actuels ou de leurs ancêtres ; leur caractère « exotique » résulte, par exemple, de leur attrait pour les voyages lointains. C’est ainsi que sont parfois exposées des collections originales. Certaines anecdotes, racontées par les guides, mettent en exergue le lien étroit qui existe entre l’histoire du château et celle de la famille.
Enfin, dans la chapelle, sont parfois déposées des stèles funéraires, restes d’anciennes sépultures familiales, ou accrochée une plaque à la mémoire des membres de la famille morts pour la France au cours des deux dernières guerres. Parfois une collection de mémentos est exposée sous verre. Dans le parc, on peut trouver quelques pierres tombales, une chapelle sépulcrale, voire un véritable mausolée.
De nombreux détails visent à donner au château « un air habité », à suggérer la présence de maîtres de maison attentifs, soucieux d’avoir « un intérieur impeccablement tenu », où la poussière est absente sur les sols comme sur les meubles, où les vitres sont régulièrement nettoyées, où les parquets dégagent une bonne odeur de cire. Des artifices faciles, « une foule de sensations visuelles, auditives, olfactives », permettent d’éviter l’atmosphère « un peu glacée » d’un musée et apportent « une note de convivialité », une touche chaleureuse et familiale, qui « aident à faire travailler l’imaginaire du visiteur ».
Certains châtelains préfèrent prendre le risque de voir les visiteurs s’approcher des meubles, les toucher, s’asseoir sur les sièges, plutôt que de tendre systématiquement une corde en travers des sièges ou au milieu des pièces, ou pire encore à l’entrée de celles-ci, ce qui oblige alors les visiteurs à jeter un bref coup d’œil sur l’ensemble du mobilier.
Plus fréquemment, ils évitent de disposer les chaises « comme pour un enterrement » et s’efforcent de réduire « l’isolement ridicule » d’une pièce de mobilier dans un espace trop vaste, par exemple en installant, derrière un canapé qui trône au milieu d’un salon, un bureau ou une table sur lesquels ils posent un livre, un encrier et une plume, un sous-main armorié en maroquin, du papier à lettres, un bouquet ou des photos. Les plantes vertes et les fleurs, fréquentes au moins dans l’entrée ou dans les pièces de réception contribuent au charme intimiste : plantes en pots, grands bouquets mélangés dont les couleurs sont en harmonie avec les tons dominants de la pièce, petits bouquets ou « poufs de table » posés plus discrètement sur de petits meubles, sur des dessertes ou sur la table dressée de la salle à manger, fleurs fraîches à la belle saison (rose, lilas, iris, tulipes, glaïeuls, hortensias le plus souvent, parfois du muguet au début du mois de mai), fleurs artificielles en automne ou en hiver, pot-pourri de fleurs séchées...
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Comme l’exprime ce témoignage, l’atmosphère peut être rendue plus chaleureuse par un fond musical dans l’une des pièces ou encore par un feu allumé dans une cheminée. Quand il est éteint, des bûches, parfois enrichies de grosses pommes de pin, sont disposées sur les chenets ; un coffre à bois ouvert en laisse apparaître d’autres, prêtes à être jetées dans l’âtre. De multiples détails sont destinés à suggérer la vie : pendules à l’heure, partitions posées sur un clavecin, chandeliers garnis de bougies.
Certains châtelains cultivent avec succès l’art de créer « un faux désordre », « un désordre arrangé ». Dans le vestibule, des cannes de battue semblent attendre des chasseurs. Une pile de revues, des livres, un jeu de société, un service à café, une boîte à cigares, une cave à liqueurs dont on voit la carafe et les verres, une petite malle de voyage, sont posés sur un guéridon ou une commode. Des objets de petite taille des plus variés contribuent à donner vie aux pièces visitées. Étant donné que « les visiteurs, ça “piquote” un peu », ils sont protégés par une vitrine s’ils ont une certaine valeur.
Recommandée par la Demeure historique, la disposition de photos, fréquentes, voire surabondantes dans certains intérieurs, et parfois reproduites dans la brochure vendue à la boutique du château, a une quadruple fonction. La première est de prouver aux visiteurs - qui, disent les propriétaires, « aiment savoir qui habite » - qu’il s’agit bien d’une demeure familiale. La seconde est d’exalter la pérennité de la famille en montrant réunies les différentes générations vivantes : grands-parents, parents, enfants, petits-enfants. La troisième fonction des photographies exposées est de signaler le maintien, dans le château, d’une vie sociale intense, en conformité avec les traditions aristocratiques.
De plus en plus fréquemment sont ouvertes à la visite des pièces à fonction utilitaire, comme la lingerie et surtout la cuisine, moins fréquemment visibles dans les châteaux qui ne sont pas des propriétés privées, et surtout des pièces qui sont encore habitées quotidiennement par la famille, ce qui était impensable il y a quelques décennies. Parfois le guide insiste sur le fait que « c’est habité et que ça vit » en commentant avec une pointe d’humour la présence d’objets anachroniques qui « servent au confort moderne de la famille », tels un canapé contemporain agrémenté de coussins à fleurs, un téléphone ou une boîte de disques compacts dans un salon dont le mobilier date du XVIIIe ou du XIXe siècle, ou encore des œuvres d’art très modernes, telles qu’une sculpture abstraite ou un portrait réalisé à partir de morceaux de carton peints (Menetou-Salon, Cher).
L’utilisation quotidienne des pièces ouvertes au public est parfois rendue visible par la présence d’une coupe de fruits frais sur la table de la salle à manger, par l’oubli plus ou moins volontaire d’une raquette de tennis ou d’un appareil photo sur une console. Dans le hall d’entrée, on peut trouver des parapluies, un chapeau de paille, voire un casque de moto. Un ballon, une corde à sauter, une bicyclette, une poussette traînent dans la cour, une balançoire est installée dans un coin du parc, des voitures sont garées dans la cour des communs, une porte-fenêtre s’entrouvre pour laisser sortir un labrador : le visiteur sent que la maison abrite une famille et qu’en été y séjournent des « palanquées d’enfants ».
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Exceptionnelle table à gibier ou table de chasse en noyer, sculptée de fleurs, de feuilles d'acanthe, de rinceaux asymétriques, d'un cartouche ajouré dans lequel une scène de combat entre deux bouquetins est représentée. Les pieds sont sculptés en feuilles et terminés par une forme dite escargot inversée. Le marbre est un rouge royal à bec de corbin. Nous trouvons deux modèles similaires, l'un au Musée de la chasse à Paris, l'autre au château de Versailles.
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Matériaux | Noyer, merisier (structure) ; pierre grise (plateau) ; bronze (pieds) |
| Dimensions | h = 87 cm ; la = 180 cm ; pr = 90 cm |
| Décoration | Sculptée de moulures et de palmettes, pieds galbés terminés par des sabots |
Table à gibier d'époque Louis XIV. Quand encore elles quittent le mur pour prendre place au centre de la pièce, on parle de «tables de milieu». Destinées à présenter toutes sortes d'objets décoratifs, elles étaient placées entre les fenêtres et les portes sous les miroirs, en pendants aux cheminées, trônant dans les chambres, les salons ou les boudoirs. Conçues en même temps que les boiseries dont elles constituent en quelque sorte un prolongement, elles sont en bois sculpté, quelquefois en bois naturel le plus souvent peint ou doré, plus rarement en fer forgé. Le plateau, qui seul alors désignait la table, était généralement de marbre.
Le buffet de chasse, également appelé “armoire de chasse” ou “dressoir de chasse”, est un meuble qui remonte à l’époque médiévale. Il était initialement utilisé pour stocker les armes et les équipements de chasse, sur les étagères de la partie basse protégée par des portes massives. Sur le plateau, on y présentait les trophées de chasse. Les buffets de chasse étaient souvent fabriqués à partir de bois de chêne massif, avec des portes à panneaux sculptés et des ferrures en métal.
Située au rond-point de 16 chemins forestiers dans les bois de Cassan (actuel carrefour de l'étoile Conti), cette table de vénerie est constituée d'un monolithe de calcaire. Son origine remonte probablement au 18e siècle. A l'issue de la chasse, on exposait le gibier tué sur cette table.
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