Comment regarder une tapisserie? Quelle histoire raconte le motif central? Que disent les symboles?
«Parce que, jadis, elles étaient l'âme de ce lieu!» s'exclame Patrice de Vogüe, propriétaire du château de Vaux-le-Vicomte. Il faut en effet imaginer les pièces de ce superbe édifice, bâti pour le surintendant des Finances Nicolas Fouquet, en 1661, entièrement recouvertes de tentures. On utilisait celles-ci pour réchauffer les murs, décorer, séparer les espaces?
Mises bout à bout, elles auraient constitué un ruban de 350 mètres de longueur, soit cinq fois la longueur du château! Objectif des De Vogüe? Réunir à Vaux des tapisseries contemporaines de Nicolas Fouquet, afin de recréer l'atmosphère de l'époque. Aujourd'hui, une vingtaine de pièces ornent les murs du château, dont six ont été acquises en avril dernier auprès d'un marchand anglais.
Tissées dans la première moitié du XVIIe siècle, ces dernières appartiennent à un ensemble de huit, commandé par le cardinal Barberini, légat du pape auprès de Louis XIII. A quoi tient leur caractère exceptionnel? «Au fait qu'elles forment un ensemble, répond Daniel Alcouffe, conservateur en chef du département des objets d'art au musée du Louvre.
Installées à touche-touche dans le salon des Muses et le salon d'Hercule de Vaux-le-Vicomte, ces tapisseries content l'histoire d'Aminte et de Sylvie, inspirée du drame pastoral Aminta, de l'Italien Torquato Tasso (le Tasse), rédigé en 1573. Le livre, qui narre les aventures effroyablement complexes des deux héros, eut un succès considérable. petit-fils du dieu Pan, qui aime Sylvie, petite-fille du fleuve.
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Sur la cinquième* tapisserie, Sylvie et Nerine, accompagnées de deux chiens, partent à la chasse aux loups? L'histoire se poursuit: sur la sixième, Aminte veut se donner la mort - car il croit que Sylvie a été dévorée par les loups. Sur la septième, Sylvie (qui a échappé aux loups) pense qu'Aminte s'est jeté dans un précipice? Enfin, sur la huitième (la dernière), Sylvie et Aminte se retrouvent.
Il faut distinguer l'auteur du carton - une maquette grandeur nature réalisée par un peintre - et le lissier. Comme l'indique le «P» suivi de la fleur de lys, cette tenture d'Aminte et Sylvie a été tissée à Paris, dans l'un des ateliers du faubourg Saint-Marcel, du faubourg Saint-Germain ou de la rue de la Chaise, qui seront plus tard réunis au sein de la Manufacture des Gobelins.
Les cartons sont certainement de Claude Vignon, un artiste né à Tours à la fin du XVIe siècle. «Mais d'autres grands peintres, comme Raphaël, Oudry, Boucher, Vouet ou Charles Le Brun, ont également travaillé à des tapisseries, précise Nicole Depazzis-Chevalier, experte en tapisserie ancienne et directrice de la galerie Chevalier. «D'abord, la joliesse de l'ensemble, juge Daniel Alcouffe. Cette ?uvre est un hymne à la nature, tout à fait dans l'esprit en vogue sous Louis XIII.
«Il est étroit et compte peu de collectionneurs, notamment à cause de l'encombrement que représente une tapisserie, explique Nicole Depazzis-Chevalier. Le prix - de 10 000 ? à 1 million - se fixe en fonction de la rareté du sujet, de sa beauté et, bien sûr, de son état de conservation.»
Combien s'est négociée la tenture Barberini? Sur la question, Patrice de Vogüe reste muet comme une tombe. Il avoue avoir, pour l'occasion, nettoyé ses «fonds de grenier» et dit simplement que c'est son «dernier grand coup».
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En Picardie, les spectacles de marionnettes sont un élément fort de la culture régionale. La conservation et la transmission de cette tradition de près de trois siècles sont notamment assurées par le théâtre Chés Cabotans. Mais parallèlement à celle-ci, se développe en Picardie depuis plus de trente ans, un théâtre de marionnette contemporain.
Cette démarche de modernisation et d'évolution a notamment été initiée par la compagnie Ches Panses Vertes, créée en 1979 à Amiens par Michèle et Georges Baillon. Travaillant d'abord autour de marionnettes à fils et à tringle, la compagnie s'ouvre rapidement à d'autres types de marionnettes et d'objets et prend le chemin de l'expérimentation.
Si la compagnie met en scène 1980 un conte picard, La soupe à cailloux , elle fait le choix d'un répertoire moins folklorique et plus contemporain comme le montre le reportage avec l'adaptation de Dieu est absent des champs de bataille de Blaise Cendrars, mis en scène par Sylvie Baillon, fille des fondateurs.
La compagnie se donne dès sa création trois objectifs : développer l'art de marionnette par sa diffusion la plus large possible ; contribuer au renouvellement de la marionnette et développer les publics par le biais notamment de diffusion dans des lieux originaux.
En quelques années, la compagnie se professionnalise et obtient le soutien des collectivités locales. En 1985, Ches Panses Vertes participe par exemple au premier festival de marionnette en Picardie où elle fait forte impression par sa démarche singulière. L'année suivante marque l'arrivée de Sylvie Baillon comme metteur en scène de la compagnie.
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Celle qui en deviendra la directrice à partir de 1991, infléchit le travail de création vers des spectacles pour adultes et participe de la sorte à sortir la marionnette de l'imagerie enfantine. Dès lors, le Tas de Sable accueille dans sa réflexion toutes les formes d'art plastique et ouvre l'espace scénographique de la marionnette, traditionnellement circonscrit au castelet.
Durant les années 90 et 2000, la compagnie accroît son audience et sa notoriété nationale (présences au festival d'Avignon, ou au festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières), et international (représentations en Angleterre, Allemagne, Pologne ou Lituanie). Elle développe alors deux types d'approche.
La première consiste à monter des spectacles en collaboration avec des auteurs contemporains comme Raymond Godefroy, Catherine Zambon ou encore François Chaffin... à qui Ches Panses Vertes commande des textes autour des thèmes qui lui sont chers comme le corps, le vieillissement, la guerre, la monstruosité.
D'autre part, la compagnie travaille également autour de la mémoire collective des picards. Des spectacles, comme A l'émancipation, pourvu qu'il n'arrive rien, sur les ouvriers de l'entreprise Saint-Frère ou Les terres fortes à propos des souvenirs des employés de la sucrerie de Crisolles sont par exemple l'aboutissement de démarches sur le long court et de résidence artistique dans les territoires.
Parallèlement et en lien avec ce travail de création, Ches Panses Vertes s'est développé comme un espace d'accompagnement et de transmission. En 2009, après notamment la définition d'un projet de lieu-compagnie et la fusion avec l'association Marionnettes en Chemins, qui donnera son nom au festival bi-annuel des arts de la marionnette et du théâtre d'objet, la compagnie devient Le Tas de Sable - Ches Panses Vertes.
Sylvie Baillon et Ches Panses Vertes ont suivi un chemin différent avec une tout autre vision esthétique et une autre dynamique (tournée vers des formes et un répertoire très contemporains) que celle de leurs prédécesseurs.
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