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Il est des histoires qui semblent avoir été écrites pour défier l’oubli, pour s’insinuer dans les recoins de la mémoire collective et y déposer leur lot de mystères, de légendes et de vérités cachées. L'histoire de la statue de la Liberté, colosse de cuivre et d’acier, en est l’exemple parfait. Si aujourd’hui elle trône fièrement à l’entrée du port de New York, accueillant des millions de visiteurs chaque année, peu savent que c’est à Paris, au cœur du 17e arrondissement, que cette icône mondiale a vu le jour.

Naissance d'une Idée Franco-Américaine

La Statue de la Liberté est née dans l’esprit de deux hommes au cours des années 1860 : Édouard René de Laboulaye - admirateur des États-Unis, abolitionniste et républicain convaincu - et son disciple Frédéric Auguste Bartholdi - sculpteur alsacien fasciné par les colosses de l’ancienne Égypte. Ensemble et contre vents et marées, les deux Français ont réussi à imposer leur projet mais il aura fallu plus de vingt ans entre le rêve et sa concrétisation.

L’histoire de la Statue de la Liberté commence lors d’un dîner chez Édouard René de Laboulaye à Versailles en juin 1865. Âgé de 54 ans, Laboulaye est alors un professeur renommé, expert de la politique américaine ; il a aussi été président de l’association pour l’abolition de l’esclavage dans le monde. Ce soir-là, il invite ses collègues et ses amis pour célébrer la fin de la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage qui s’en est suivie. Les convives décident de faire un geste envers les États-Unis pour fêter l’événement mais aussi pour exprimer leur douleur après le meurtre d’Abraham Lincoln : le président américain a été assassiné en avril par un déçu de la défaite des sudistes, moins d’une semaine après la fin des combats.

Parmi les invités, un sculpteur est présent : Frédéric Auguste Bartholdi. À 30 ans, ce dernier est originaire de Colmar en Alsace et a réussi à se faire un nom. Aux quatre coins de la France, les maires font appel à lui lorsqu’ils souhaitent ériger la statue d’un héros local sur la place communale. Mais Bartholdi voit bien plus grand : depuis son voyage en Égypte en 1855 et 1856, le sculpteur est revenu fasciné par les colosses de l’Antiquité.

Dans un premier temps pourtant, le projet américain reste en suspens et Bartholdi se fait la main sur un autre dessein : une statue monumentale qui devait camper sur l’entrée sud du canal de Suez alors en construction par Ferdinand de Lesseps. Ce projet de statue colossale de Suez - qui devait représenter une paysanne arabe - ne vit finalement pas le jour car l’Égypte n’avait pas les moyens de payer.

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Un Symbole de Liberté et d'Indépendance

Un siècle après le soutien décisif apporté par les troupes de Rochambeau et La Fayette aux insurgents américains, les Français décident d’accomplir un geste fort pour commémorer le centenaire de l’indépendance de 1776. La Liberté éclairant le monde est censée non seulement consolider les liens historiques entre Français et Américains, mais surtout rappeler le triomphe des idées des Lumières en Amérique et en France. Bartholdi imagine dès 1871 implanter la statue de la Liberté sur l’île Bedloe, dans la baie de New York. Elle sera tournée vers l’Europe, en souvenir de la traversée depuis les États-Unis des principes désormais réalisés de liberté personnelle et collective.

Après la répression sanglante de la Commune à Paris, Bartholdi quitte la France et met le cap sur l’Amérique au début de l’été 1871. “Quand il débarque à New York, il avait presque terminé les nouvelles esquisses de ce qui allait devenir la Statue de la Liberté”, explique Edward Berenson, auteur d’un livre sur le sujet. Arrivé sur place, il trouve très vite l'emplacement idéal : l'île de Bedloe dans la baie face à Manhattan. Pas d'hésitation, c'est là qu'elle se dressera.

Allégorie s’il en est, elle recèle de nombreux symboles. Les sept pointes de sa couronne seraient soit les continents, soit les océans - et figurent donc le monde. Les tablettes tenues sur le bras gauche portent l’inscription de la date de l’indépendance, le 4 juillet 1776, et correspondent au triomphe du droit. La flamme rappelle quant à elle les Lumières, et par conséquent l’exigence de liberté qui marquait cette pensée.

Les Défis Techniques et la Construction

La construction de la statue est un défi technique sans précédent. Pour donner forme à ce géant de 46 mètres de haut, Bartholdi s’entoure des meilleurs ingénieurs. Eugène Viollet-le-Duc, architecte visionnaire ayant déjà rénové la cathédrale de Notre-Dame de Paris, conçoit la structure de la main et du flambeau, premiers éléments achevés et exposés à Philadelphie lors de l’Exposition universelle de 1876. C’est alors Gustave Eiffel, futur père de la tour éponyme, qui reprend le flambeau. Il imagine une armature métallique révolutionnaire, souple et résistante, capable de supporter les 300 plaques de cuivre martelées qui composent la carapace statue.

La structure métallique servant de support à l’habillage en cuivre fut confiée à Gustave Eiffel, déjà connu pour la réalisation d’infrastructures, et bientôt mondialement célèbre pour la tour qu’il dresse dans le ciel parisien en 1889. En 1877, le comité américain en faveur de la Statue est créé, équivalent du club français. Un an plus tard, la tête est achevée et est exposée à Paris pendant tout l’été : les curieux sont nombreux à monter les 43 marches qui mènent à la couronne.

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En 1884, la Statue est montée en intégralité dans les ateliers de Bartholdi au 25 rue de Chazelles à Paris : c'est l'une des attractions touristiques de la capitale de juillet à décembre.

Voici un aperçu des dimensions de la statue :

Élément Dimension
Hauteur totale 93 mètres
Hauteur de la statue 46 mètres
Nombre de pièces démontées pour le voyage 350

Un Projet Franco-Américain

Au moment de l’exposition universelle de Philadelphie, le projet de la statue est enfin devenue réaliste. La France s’est relevée économiquement et Bartholdi peut faire appel à la générosité des Français : “Il faut d’ailleurs préciser que la Statue est un cadeau des Français aux Américains et pas de la France à l’Amérique”, insiste Edward Berenson, “car ni le gouvernement français, ni le gouvernement américain n’ont contribué à sa réalisation”.

À l’été 1875, Bartholdi réunit des personnalités américaines et françaises dans son atelier parisien et l’affaire démarre : un comité est créé, l’Union franco-américaine, présidé par Laboulaye et une grande campagne de collecte de fonds est lancée, soutenue par les journaux. En 1883, les Américains commencent à s’émouvoir et à donner pour financer le piédestal, dont la réalisation est à leur charge mais les travaux s’arrêtent, faute de d’argent suffisant.

Le 28 octobre 1886, la statue de la Liberté est enfin inaugurée, en présence du président Grover Cleveland et d’une délégation française. Les festivités sont grandioses : fanfares, feux d’artifice, défilés militaires et civils. Bartholdi, très ému, prononce ces mots : « Le rêve de mon existence est accompli.

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