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L’usage des armes de guerre se généralise-t-il dans la région ? Assassinat à Montpellier, tirs à répétition à Nîmes, rafales en vidéo le 31 décembre à La Paillade, coups de feu à Perpignan, ces armes de guerre, aussi robustes qu’efficaces, ne sont plus l’apanage des cités marseillaises.

L'ascension des armes de guerre dans le narcobanditisme

Traditionnellement, le Milieu réglait ses comptes avec des armes de poing, 11.43 ou 357 Magnum. Le narcobanditisme des cités, avec des trafiquants jeunes, grisés par l’argent et habitués aux rivalités de bande a tout bouleversé.

"La Kalachnikov, c’est l’arme de guerre par excellence, explique un commandant de police de Montpellier. Dans les quartiers, quand tu as une Kalach’, tu es un guerrier, et ça veut dire qu’il faut pas t’emmerder.

Ça crache des balles énormes, c’est impressionnant, et on n’a pas besoin de savoir tirer pour tuer quelqu’un : il suffit d’arroser comme un bourrin.

Fabriquée par millions à l’Est, icône de certaines guérillas (elle figure sur le drapeau du Mozambique) cette arme aussi terrible que rustique résiste au temps.

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"Il y a toujours eu autour de cette arme un effet de mode et de loupe, analyse Stéphane Quéré, criminologue fondateur du site Crimorg.org.

Chez les malfaiteurs, l’impact médiatique et sur l’entourage d’un type tué à la Kalachnikov à Marseille est plus fort que celui d’un gars tué à Pantin au fusil de chasse.

Au-delà de ce côté marketing et m’as-tu-vu, il y a une réalité : quand on débarque dans un quartier avec une Kalachnikov, ça impressionne, ça pose son homme.

Facteurs contribuant à la prolifération des armes

Une partie du phénomène pourrait être liée à une modification de l’implantation des trafiquants de drogue sur le littoral méditerranéen. "L’an dernier, sur nos enquêtes, nous avons saisi 4 tonnes de cannabis, dont près de trois tonnes autour de Montpellier, explique le commissaire Fougereau, directeur du SRPJ.

Trafic, rivalités, convoitises : les chiffres d’affaires estimés des points de deal dans les cités de Perpignan, Nîmes ou Montpellier sont vertigineux : entre 15 000 € et 50 000,00 € par jour, selon les estimations.

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"Il y a tellement d’argent, tellement de jeunes désœuvrés, reconnaît un policier. Mais pour prendre la place sur un point de deal, il faut pousser les autres. Et pour ça, il faut des armes.

"Elles ne sont pas chères parce qu’il y en a eu beaucoup de fabriquées, elles sont visiblement faciles à dénicher.

"La mécanique est simple, il n’y a que peu de pièces. Elle est très rapidement démontable, et elle marche qu’elle soit mouillée ou pleine de sable.

"Elles ont une vitesse de tir de l’ordre de 700 m à la seconde. Il suffit donc de trois secondes pour vider un chargeur, qui contient 30 balles. L’arme peut aussi tirer au coup par coup.

"En rafale ou pas, ce sont des armes qui sont très précises jusqu’à 300 ou 400 m, précise Alain Artuso. À 300 m, on tue." Ces fusils d’assaut peuvent aussi être approvisionnés avec des chargeurs qui s’adaptent facilement à des modèles différents.

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" À l’origine, la Kalachnikov a été adaptée par Mikhaïl Kalachnikov, un ingénieur de l’armement russe, à partir d’un fusil d’assaut allemand de la Deuxième Guerre mondiale.

La AK47 russe (Automatique Kalachnikov de 1947) a ensuite été fabriquée massivement dans tous les pays du bloc de l’Est et en Chine.

Origine et trafic des Kalachnikovs

"Les Kalachnikovs proviennent principalement des Balkans, et le trafic est surtout contrôlé par des voyous serbes de Belgrade et d’ailleurs", explique Jérôme Pierrat.

"Depuis la fin de la Yougoslavie, ils ont raclé tous les stocks qu’ils ont trouvés, en Serbie, Bosnie, en Croatie, en rachetant quasiment au porte-à-porte, à 300 dollars pièce, les armes qu’il y avait presque chez tout le monde.

Le trafic vers la France se fait au goutte-à-goutte. Selon Jérôme Pierrat, il n’est pas si facile de s’en procurer : "Il y a plus de demande que d’offre.

C’est du bouche-à-oreille, il faut être dans le circuit, connaître un bon intermédiaire. Le tarif, contrairement à ce qu’on lit parfois, n’est pas donné. Pour moi, il est toujours le même : 3 000 € pour une kalachnikov quasiment neuve, avec un chargeur.

Impact sur les quartiers et la société

Ici à Nîmes comme à Montpellier, les places de deal sont structurées. MIDI LIBRE - Y. Miguel (*), Montpelliérain, ne se défile pas quand on aborde la question de la prolifération des armes de guerre à Nîmes ou Montpellier.

"Oui, il y a beaucoup plus d’armes, ce n’est pas un fantasme et tout est lié à l’arrivée de la cocaïne. Elle se vend de manière industrielle à Nîmes et Montpellier, il se brasse beaucoup plus d’argent qu’avant, analyse-t-il.

Les fusillades de ces dernières semaines inquiètent beaucoup de monde, de La Paillade à Montpellier où un jeune a été abattu mardi soir, jusqu’à Pissevin, à Nîmes, où les tirs de Kalachnikov ont retenti à plusieurs reprises.

À y regarder de plus près, ces deux endroits affichent des similitudes criantes. Quartier en déshérence, ghettoïsé, pauvreté sociale, et place de deal, appelée point chaud ou “four”, de plus en plus structurée.

"J’ai entendu les tirs de Kalachnikov, les gens partaient en courant, c’était hallucinant ", rapporte un résidant nîmois, habitant près de la galerie Wagner, témoin des deux récentes séries de tirs.

En bas de chez lui, ce vendredi 28 février, le “chouffeur” - le guetteur - de la passerelle, s’enquiert du nombre de supporters de l’OM présents pour Nîmes-Marseille. Surréaliste.

Cet habitant a connu un quartier vivant où, dans les années 80, tout le monde venait de l’extérieur pour le magasin Motobécane. Il ne reste que des fast-food prisés des jeunes le midi. Et des dealers le soir.

"Il y a des petits charbonneurs (revendeurs, NDLR) qu’il n’y avait pas avant, l’autre fois, on m’a même demandé ma carte d’identité pour savoir si j’habitais bien là… Franchement, ça dérive, les Kalachnikovs, il n’y en avait pas, il va y avoir des morts et les gamins qui jouent peuvent prendre une balle ", s’inquiète cet habitant.

À 60 km de là, aux halles Saint-Paul de La Paillade, les enfants marchent sur des bris de verre qui traînent sur le bitume. Les dernières traces de l’assassinat d’un jeune individu, abattu mardi soir, d’une rafale d’arme lourde.

Comme à Nîmes, sous une galerie, les jeunes proposent cigarettes et cannabis. "Y’a pas de Kalach’ici, c’est pas Marseille, le jeune qui est mort venait fumer des cigarettes ici, mais il est pas du quartier assurent deux jeunes, survêt et casquette, joint à la main.

Cette posture, Miguel la balaye d’un revers de la main. Le contrat serait lié à la guerre pour les places de deal. "Certains savent qui c’est, personne ne dira rien."

Comme les tirs de Kalachnikov, le 31 décembre, déjà à La Paillade, à Montpellier : "C’est les petits contre les anciens, les jeunes ont gagné. Avant, seuls les gros dealers avaient des Kalach, moi j’en avais acheté une 3 000 €, j’ai jamais tiré, je la sortais pour faire peur.

Aujourd’hui, c’est un nouveau monde, les jeunes montent vite en grade et n’hésitent pas à tirer pour faire le vide autour d’eux". Oui.

Augmentation des saisies d'armes

Les saisies de ce type d’arme ont explosé dans la région. Sur une année normale, on récupère en moyenne une dizaine d’armes de guerre sur le ressort du SRPJ de Montpellier, qui va de Perpignan à Avignon.

En 2019, on y a saisi 75 fusils d’assaut, et on a doublé les saisies d’armes de poing, de 40 à environ 80. Cette tendance sur l’ensemble du territoire est encore plus palpable dans le sud : à Toulouse aussi, les saisies d’armes de guerre sont fréquentes.

Cela va de pair avec une hausse de la violence. On traite ici en moyenne 30 à 35 homicides par an.

À Avignon, on a eu des luttes pour le contrôle des stupéfiants, avec 6 ou 7 assassinats en 2017 et 2018 et une grosse opération en janvier 2019 qui a permis de neutraliser les clans et de stabiliser la situation.

À Carpentras aussi on a eu des fusillades, sans mort, ce qui ne signifie pas qu’il n’y avait pas de volonté de tuer. À Nîmes, on avait déjà eu des tirs sur le quartier Pissevin, avant les derniers épisodes.

On avait interpellé ceux qui étaient derrière, on était sur du trafic de stupéfiants, et on peut penser que c’est toujours la même problématique. À Montpellier, avant l’assassinat de ce mardi, on a eu des fusillades pour du trafic de stupéfiants, et d’autres autour des bars à chichas, dont les gérants, de fait ou de paille, comme les clients, gravitent dans le milieu des stupéfiants.

On a eu des fusillades à Béziers, à Agde, à Narbonne et Perpignan : ça fait quand même pas mal d’endroits où ça bouge beaucoup. On a une vraie montée de la violence et de l’emploi de ces armes, et vu leur cadence de tir et leur pouvoir de pénétration, il y a de quoi avoir peur.

Le rôle des stands de tir en Thaïlande

"C’est un peu le symbole des mecs de cités " explique Jérôme Pierrat, journaliste spécialisé dans le banditisme. " Ils s’en étaient procurés depuis longtemps, et beaucoup avaient appris à s’en servir pendant leurs vacances en Thaïlande.

En France, les armes automatiques sont interdites dans les stands de tir, mais à Pattaya, pour 50 dollars, tu pouvais vider des chargeurs. C’était un passage obligé pour les lascars, il n’y a pas besoin de sortir du GIGN pour savoir s’en servir.

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