Pour se rendre au SOFINS, il faut affronter le périphérique bordelais aux heures de pointe et prendre la direction ouest vers Martignas-sur-Jalle.
Il faut ensuite montrer patte blanche à l'entrée sud du camp de Souge, bastion du 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP) et traverser le camp entre pinèdes, champ de tirs et vieux blindés de l'ONU à moitié démantelés.
Le SOFINS est le salon professionnel le plus confidentiel de France.
Au milieu des Landes, loin des regards, industriels de la défense et militaires se sont rencontrés durant trois jours cette semaine, du 1er au 3 avril, à l'occasion du Salon des Forces spéciales Sofins organisé sur le camp de Souge à Martignas-sur-Jalles (Gironde).
Ici, pas de badauds, ni de démonstrations grand public loin des 320.000 visiteurs du salon du Bourget, le Sofins se veut ultra-sélectif.
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Le Cercle de l'Arbalète, qui organise l'événement, n'a accrédité que 4.200 participants: des commandos évidemment, des unités d'intervention type GIGN ou Raid, des industriels de l'armement, des start-up, et une grosse quarantaine de délégations étrangères, des Etats-Unis comme du Ghana ou d'Arabie saoudite.
Même les exposants sont triés sur le volet: 256 exactement, une quarantaine de postulants n'ayant pas été acceptés.
Depuis sa création en 2013, le Sofins s’impose comme le rendez-vous incontournable pour les forces spéciales et les industriels de défense.
L’événement est organisé par l’association du Cercle de l’Arbalète, au bénéfice du Commandement des opérations spéciales (COS).
En Gironde, s'est tenu cette semaine un salon professionnel qui est d'ordinaire très confidentiel où se rencontrent industriels et forces spéciales. Une équipe de TF1 a pu s'infiltrer dans les allées pour découvrir certaines des innovations présentées.
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« Pour sa 7e édition, le Sofins affirme son positionnement unique en tant que salon haut de gamme, dédié aux besoins spécifiques des forces spéciales, explique à L’Essor Benoît de Saint-Sernin, président de l’École européenne d’intelligence économique et président du Cercle de l’Arbalète.
Créé en 2013, SOFINS, nom issu de l’acronyme Special Operations Forces Innovation Network Seminar, est organisé par le Cercle de l’Arbalète au profit de Commandement des Opérations Spéciales (COS).
Parallèlement à cette activité dans l’enseignement, je préside le Cercle de l’Arbalète, qui est la fédération des équipementiers des forces spéciales et unités spéciales (GIGN et RAID).
En 2023, le salon biannuel “dédié aux opérateurs” et porté par Le Cercle de l’Arbalète fête ses dix ans.
SOFINS fête donc ses 10 ans.
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L’année dernière a été marquée par l’invasion de l’Ukraine. D’après vous, quel impact cela a-t-il eu sur le monde des forces spéciales, tant du point de vue des opérateurs que de celui des industriels ?
L’impact de la guerre en Ukraine est clair : aujourd’hui, les forces spéciales ne doivent plus seulement lutter contre des menaces asymétriques, de type terroriste, mais doivent également affronter des adversaires lourdement équipés, possiblement dotés de technologies équivalentes, voire supérieures.
En témoignent, les drones aux mille déclinaisons présentés dans le reportage en tête de cet article, enseignement de la guerre en Ukraine, aux côtés de tenues de camouflage couleur neige et de brouilleurs de réseaux.
L'événement incarne la priorité absolue donnée à l'innovation par les forces spéciales, ces unités d'élite spécialisées dans les opérations en terrain hautement hostile.
Les forces spéciales servent donc souvent d'éclaireurs sur l'innovation.
Depuis la création du COS en juin 1992, elles disposent même d'une direction dédiée, la CIEPCOS (Commission interarmées d’études pratiques concernant les opérations spéciales), qui finance une soixantaine de projets par an, portés par des équipes mixtes entre opérationnels et industriels.
Les commandos sont aussi souvent les unités qui testent les nouveaux équipements en premier, apportant un précieux retour d'expérience aux industriels, start-up ou aux trois armées.
Elles ont ainsi adopté le fusil d'assaut allemand HK416 cinq ans avant que les forces conventionnelles ne s'y convertissent.
Les commandos avaient aussi été pionniers dans l'utilisation des petits drones tactiques, largement adoptés depuis.
Quelles seront les prochaines innovations adoptées?
A voir les allées du salon, la compétition s'annonce rude.
Au détour d'un stand, on découvre un système de caméra embarquée destinée aux chiens des brigades cynophiles, K9 Vision System.
L'attirail fait ressembler les vaillants bergers allemands, équipés de lunettes et bardés d'équipements électroniques, à des sortes de canidés augmentés.
Quelques pas plus loin, place aux drones de Novadem ou Drone Volt, puis aux buggys du constructeur français Booxt et de l'américain Polaris.
L'engin français, baptisé Booxt Assaut et codéveloppé avec les forces spéciales, pourra atteindre une vitesse de 160 km/h sur les pistes des terrains d’opérations actuels avec 4 personnes et leurs équipements, assure l'industriel.
Sous la grande verrière, les "bateaux volants" présentés par le spécialiste SEAir font aussi leur petit effet.
Les blindés sont aussi à la fête, avec les Hawkei (Thales), Titus (Nexter) et autres Bastion (Arquus).
Les fans de robots en ont aussi pour leur argent.
Le français Shark Robotics présente son robot Colossus, qui a troqué son équipement habituel de robot pompier pour un fusil d'assaut.
Mais l'innovation pour les forces spéciales ne se réduit pas à l'armement.
La PME Medicalem expose ainsi des mannequins dédiés à l'apprentissage des gestes de premier secours, y compris sur des blessures très graves, comme des jambes arrachées.
Le français Photonis expose ses équipements intensificateurs de lumière, le composant clé des jumelles de vision nocturne prisées des commandos.
La société Alseamar expose son tracteur sous-marin Murene, dédié aux nageurs de combat.
FLY-R dévoilera son drone autonome (R2-120 RAIJIN) conçu pour le rôle de munition rôdeuse.
C’est une vraie réussite française !
Il y a aussi Namma, qui propose une imprimante 3D hybride, multi-matériaux et grand format.
« Ici on a quatre tubes, ce qui permet d'avoir un champ de vision qui est quasiment trois fois plus grand que les anciennes », explique dans la vidéo ci-dessus, Sandrine, responsable de l'optronique soldat chez Thales, qui présente des jumelles à vision nocturne.
Particularité de ce salon : les militaires peuvent tester en conditions réelles ce matériel dernière génération avant de passer commande.
« On a un confort visuel qu'on n'a pas d'habitude, très agréable. Pas si lourd que ça, mais c'est très très très bien », commente l'un d'eux, que notre équipe a suivi en caméra thermique pendant cet essai.
Dans les allées, les records sont partout, même en matière de conservation de denrées alimentaires.
« 25 ans de durée de vie, qui vous permet d'anticiper un stock stratégique d'alimentation en toute catastrophe », illustre Caroline Lignat, directrice commerciale du groupe Nutridy.
Le soldat du futur pourra aussi peut-être un jour être sauvé grâce à une simple caisse.
« Un caisson qui va permettre de gérer le froid et de transporter sur le terrain en toute autonomie énergétique, des vaccins, des médicaments, des poches de sang », détaille Bruno Le Sech, dirigeant de BRC au sujet de ce produit.
Côté grands matériels, l’une des « stars » de SOFINS sera le tout nouvel hélicoptère NH90 FS, spécialement conçu pour les opérations spéciales et produit par le site Airbus Helicopters de Marignane pour l’armée française.
Cet appareil, présenté en statique, sera accompagné du nouveau véhicule de ravitaillement dans la profondeur (VRP) développé par Scania France.
Des villages de tests et stands de tir permettront d’effectuer des démonstrations de matériels.
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