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Les champs de bataille de trois guerres modernes (1870, 1914-1918, 1939-1945) sont jonchés de quantités incalculables de munitions innovantes, performantes, perforantes, insidieuses et polluantes. Les combattants ont utilisé des quantités incalculables de munitions innovantes, performantes, perforantes, insidieuses et polluantes.

L'héritage toxique des munitions

Les déchets de guerre n’ont pas de filière. Les vieilles munitions tuent, polluent et sont les ennemis de la biodiversité. Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres équivalant à 15 millions de tonnes de métaux ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 1.700 communes françaises ont été bombardées. 14% des bombes anglaises et 16% des bombes allemandes n’ont pas explosé et ont pénétré pour la majorité d’entre elles jusqu’à 4 mètres de profondeur, pour 20% jusqu’à 6 mètres, pour 10% jusqu’à 7 mètres et 1% au-delà de 9 mètres de profondeur.

Dans les 7 régions du nord et de l’est de la France, 25 millions de personnes vivent et travaillent sur un sol truffé de munitions non explosées ou cachées et morphologiquement déformé par les cratères, les boyaux, les sapes, les tranchées, les trous de bombe, les cratères, les entonnoirs de mines. « A chaque printemps, dans un secteur que l’on croyait nettoyé, les grenades, les obus repoussent, sortent du sol, font ça et là quelques victimes peu glorieuses. En temps de paix, l’éclatement d’un obus s’appelle un accident du travail » (Pierre Mac Orlan). Pire, ils sont parfois qualifiés d’erreur de manipulation.

Les dangers des munitions non explosées

En avril 2007, deux démineurs de la Sécurité civile de Metz ont été tués dans l’explosion du dépôt de vieilles munitions de Ressaincourt. Ils étaient en train de manipuler des obus datant de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Deux démineurs de la Sécurité civile de Marseille ont été au mois de mai de cette année 2012 très gravement blessés et mutilés dans une carrière du Vaucluse. En binôme esseulé, ils détruisaient des vieux obus et grenades instables qui venaient d’être mis au jour dans le Lubéron.

La pollution chimique des sols

Près de Verdun, dans les forêts de chênes, des taux considérables d’arsenic ont été repérés par des universitaires allemands là où des obus chimiques ont été détruits par incinération au lieu-dit La Place à Gaz. Les composés d’arsenic ont été utilisés par les troupes françaises dès 1915. Ils rentraient dans la composition du phosgène et dans la composition d’une autre arme chimique à base d’acide cyanhydrique. A partir de septembre 1917, les troupes allemandes ont utilisé des obus à l’arsenic. L’existence de La Place à Gaz a été officiellement reconnue en 2007. Le gibier et les produits végétaux issus des forêts de guerre peuvent être pollués par le plomb, d’autres métaux et des composés chimiques.

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Le perchlorate : un perturbateur endocrinien

Les munitions chimiques ne sont pas les seules à polluer. Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols. Une corrélation est relevée entre les teneurs maximales et les régions les plus sinistrées par les deux dernières guerres. C’est notamment le cas pour les agglomérations d’Arras, de Lens et de Douai. Le perchlorate était utilisé comme explosif dans les obus par l’armée allemande. C’est un perturbateur endocrinien. Avant de parvenir au robinet et d’être consommés, les sels de perchlorate polluent les masses d’eau souterraines.

Autres composés toxiques

Les autres munitions dégradées et rouillées ou leurs fragments enfouis dans le sol contiennent des explosifs ou des résidus d’explosifs comme le trinitrotoluène (TNT), le dinitronaphtalène et le trinitrophénol ou acide picrique. En cours de dégradation, ils libèrent dans l’environnement des substances toxiques, écotoxiques, herbicides, insecticides, biocides, solubles dans l’eau. Il ne faut pas oublier le mercure. Un seul détonateur d’obus de la Première Guerre mondiale contenait 2 grammes de mercure.

Impact sur la faune et la flore

Les études sur les pollutions résiduelles et les effets de la guerre sur les espèces animales et végétales autour de Verdun sont rares. Les meilleures d’entre elles sont du Muséum d’histoire naturelle… du Luxembourg. Elles décrivent l’extinction des salamandres, la raréfaction et la recolonisation très lente par les tritons, les crapauds, les grenouilles et les reptiles. Les mêmes études, sans démontrer une corrélation formelle avec l’usage des gaz de combat autour de Verdun, constatent des anomalies génétiques et des variations importantes de couleur dans plusieurs espèces et stations végétales.

Les naturalistes luxembourgeois estiment que « la Zone Rouge de Verdun n’est pas sans rappeler l’exemple souvent cité de l’île de Guam dans l’archipel des Mariannes où la dizaine d’espèces de l’avifaune endémique avait survécu au bombardement de l’île pendant la Seconde Guerre mondiale et fut décimée plus tard après l’introduction du serpent brun importé d’Australie pour éliminer les rats de plantation ». D’après eux, des décharges sauvages, des empierrements d’ornières, des assèchements de zones humides, des plantations de résineux sur des landes, des tracés de route ont fait disparaître 50 ans après la Première Guerre mondiale les sites les plus intéressants en voie de recolonisation par des espèces de faune et de flore endémiques. L’Association des Botanistes Lorrains souligne que les plantes obsidionales arrivées dans la Zone Rouge de Verdun sont en quelque sorte des invasives.

Les armes chimiques : un danger persistant

Au cours de la Première Guerre mondiale, 112.600 tonnes de munitions chimiques ont été employées. En été 1918, la production française d’ypérite est supérieure à la consommation de l’artillerie. La France est alors devenue exportatrice d’ypérite.

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L'ypérite

C’est la pire des armes chimiques utilisées pendant 14-18. Elle est insidieuse. Ses effets toxiques persistants se déclarent plusieurs heures après l’exposition et vont en s’aggravant. Le simple contact de la peau avec des vêtements ou autres objets souillés par l’ypérite provoque des brûlures des 2ème et 3ème degrés très difficilement réversibles. L’ypérite est soluble dans les graisses et poursuit sa migration dans l’organisme. Elle détruit les muqueuses, peut aboutir à la cécité et à la mort. C’est un liquide huileux, incolore à jaune brunâtre, dégageant une odeur apparentée à la moutarde ou à l’ail. Cette signature olfactive est le premier moyen d’en soupçonner la présence dans un engin de guerre abandonné ou autour. Au dessous de 7°C, elle gèle et sa présence n’est pas décelable. L’empoisonnement se produira quand la température ambiante remontera. L’apparition retardée des premiers symptômes favorise l’extension de la contamination chez les victimes et la transmission aux proches et à toute la chaîne des secouristes et des soignants.

Le phosgène

Le phosgène a de multiples utilisations industrielles, en pharmacie, dans la chimie fine, dans la fabrication des matières plastiques,… C’est un gaz incolore et lui aussi insidieux. A faible concentration, son odeur est plutôt agréable. Elle s’apparente à celle du foin frais. Les symptômes apparaissent plusieurs heures après l’inhalation. Ça commence par de l’essoufflement, de la toux, se poursuit par des vomissements et des douleurs thoraciques, une asthénie extrême, une désorientation totale et ça se finit dans les cas les plus graves par la mort. Les doses sub-létales peuvent provoquer des pneumonies plusieurs mois après l’inhalation. Liquéfiable sous pression, le phosgène permet d’atteindre des concentrations létales de gaz dense sur les théâtres de guerre.

Le phosphore

C’est un agent incendiaire. Le phosphore s’enflamme au contact de l’air et brûle à des températures très élevées, de l’ordre de 1.300°C. La combustion du phosphore produit une flamme éblouissante et une épaisse fumée généralement blanche. Les fumées de trioxyde de phosphore sont toxiques et corrosives. Les brûlures sont très douloureuses. Les dommages tissulaires sont à la fois thermiques, chimiques et corrosifs. Les yeux et les muqueuses sont particulièrement vulnérables. La peau brûlée doit être recouverte d’eau froide pendant le transport vers les services d’urgence ou en attendant leur arrivée. Des particules de phosphore dispersées sur la peau ou dans les vêtements peuvent s’enflammer plusieurs minutes ou plusieurs heures après l’événement initial. Les secouristes ou les témoins proches peuvent être touchés. Après la Seconde Guerre mondiale, des munitions au phosphore blanc ont été immergées en Mer Baltique. Les années suivantes, des résidus de phosphore étaient ramenés par les courants et les vagues sur les plages. Ils étaient ramassés par des pêcheurs à pied qui à tort croyaient pour leur plus grand bénéfice ramasser de l’ambre. L’usage du phosphore blanc dans les munitions est toujours autorisé. Il n’est pas considéré comme un agent chimique.

Exemples de découvertes de munitions

Ecartelés entre les obligations de balisage des découvertes fortuites et de discrétion pour ne pas attirer les curieux et les collectionneurs, les autorités à tous les niveaux et parfois les journalistes restent très flous dans la localisation des munitions.

Résumé d’une découverte dans un journal local : Dans le Territoire de Belfort, un promeneur découvre sous les branches mortes « dans une forêt du pays sous-vosgien que nous éviterons de localiser pour éviter aux petits malins d’essayer de retrouver le site une caisse de 26 obus et une caisse de poudre ».

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  • En juin 2008, sous la surveillance des services de déminage de Colmar, le cours de la Feschotte fait l’objet de curages précautionneux. 150 détections ressemblant à des munitions viennent d’être repérées à l’occasion de travaux de voirie. Plusieurs fois auparavant des obus avaient été retrouvés à cet endroit.
  • Saulnot (70). Un conducteur de tractopelle découvre un obus de 155 mm « en parfait état de conservation » alors qu’il travaillait aux fondations d’une maison au lieu-dit Roselychamp. C’est la 4ème fois en 25 ans que des vestiges de guerre sont défouis dans la commune. Il semblerait que l’engin date de la Seconde Guerre mondiale et ait été tiré par les forces alliées le 7 novembre 1944 pendant la libération du village.
  • Nevy-lès-Dole (39). Les agents de la société d’autoroute procèdent à un débroussaillage sous des arbres et découvrent une grenade offensive datant de la Seconde Guerre Mondiale. L’aire d’autoroute de la Vouivre est restée ouverte au public sous la surveillance de la gendarmerie et dans l’attente de l’intervention d’urgence des démineurs. Ils arrivent de Lyon. Ils mettent la grenade dans une caisse de sable pour la transporter vers le lieu de destruction. Ils inspectent les alentours pour voir s’il n’y a pas d’autres grenades.
  • Reppe (90). Une caisse de TriNitroToluène américaine et 80 détonateurs datant de la Seconde Guerre mondiale sont découverts dans la grange d’un particulier. S’ils ne sont pas reliés, la dynamite et les détonateurs ne sont pas dangereux selon les gendarmes, une affirmation qui ne tient pas compte d’une explosion en cas d’incendie.
  • Sainte-Suzanne (25). Lors des travaux de terrassement pour la réalisation d’un terrain de football, un obus de mortier est découvert. Il mesure 6 cm de diamètre pour 24 cm de long. Alerte auprès de la gendarmerie qui avertit la sous-préfecture.
  • Pontarlier (25). Un obus de 105 mm est retrouvé par des enfants du quartier dans le lit du ruisseau qui descend du Larmont. L’obus gisait au milieu du lit du cours d’eau à sec. Il était enrobé dans une gangue de terre. Le père du jeune découvreur appelle les pompiers pontissaliens qui balisent le site dans l’attente de la gendarmerie. « Seuls les démineurs seront juges de la dangerosité de la découverte du vestige de guerre ».
  • Argillières (70). Une cinquantaine d’obus français datant de la Première Guerre mondiale sont mis au jour.

Inventaire et gestion des munitions

L’inventaire de Robin des Bois n’est pas exhaustif. Les découvertes ne font pas systématiquement l’objet de communiqués ou de relations dans la presse.

  • l’information préventive sur les dangers des déchets de guerre est sous dimensionnée.
  • les démineurs de la Sécurité civile ne sont pas assez nombreux.
  • la corporation des démineurs de la Sécurité civile est vieillissante.
  • dans l’état de la réglementation, une vieille munition abandonnée n’est pas considérée comme un déchet. Son brûlage ou « pétardage » à l’air libre se fait sans étude d’impact. Le Ministère de l’Ecologie souhaite en finir avec cette habitude. Le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Défense, de leur côté, ne veulent pas en entendre parler.
  • l’immersion des munitions ne pouvant être éliminées à terre sans présenter des risques graves est autorisée par le Code de l’environnement. La prolongation potentielle de cette pratique prohibée et condamnée dans le monde entier s’explique par l’incapacité technique et surtout financière de la France à se doter d’une usine de destruction des armes chimiques. Le projet Secoia (Site d’Elimination et de Chargements d’Objets Identifiés Anciens) est constamment différé. Dans la plus optimiste des hypothèses, Secoia pourrait être opérationnel à la fin de cette décennie.
  • Robin des Bois n’a pas obtenu de réponse à son courrier de mai 2003 aux ministres de la Défense, de l’Intérieur et de l’Ecologie demandant un rapport public annuel exhaustif et cartographié sur les récupérations des vestiges de guerre. Bien au contraire le verrou s’est encore refermé grâce à un amendement qui s’est glissé dans la loi de 2008 sur les archives.

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