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Le revolver réglementaire modèle 1873 Chamelot-Delvigne est une arme très moderne de conception pour son époque. Il s’agit du premier revolver à cartouche métallique adopté par l’armée française. Conçu avec un minimum de pièces, sensées être « interchangeables » par le biais d’une fabrication standardisée, il se démonte pour l’entretien sans aucun tournevis ou autre accessoire. En effet, l’axe de barillet est équipé d’un « méplat » qui fait fonction d’outil.

Le mécanisme est facile d’accès, et donc d’entretien, via une plaque de recouvrement. La portière de chargement (de type ABADIE) permet un rechargement aisé. Enfin, l’arme fonctionne en simple et en double action, et elle est équipée d’un « chien rebondissant » supprimant (normalement) les risques d’enclouage du percuteur sur les amorces, améliorant notablement la sécurité et la fiabilité du fonctionnement de l’arme.

Ce beau révolver connaîtra surtout son « Heure de Gloire » sur des théâtres d’opération extérieurs, durant l’époque de la « colonisation », un peu partout dans le monde, particulièrement en Afrique et en Orient. Il servira encore longtemps, en particulier en « seconde ligne » ou au sein des forces de gendarmerie. Il aura été remplacé entre temps au sein des forces armées par le dernier révolver réglementaire de l’armée française, à savoir le révolver réglementaire modèle 1892…mais ceci est une autre histoire…

Genèse et Adoption du Revolver 1873

Avant le modèle 1873, le revolver LEFAUCHEUX modèle 1854 a largement été adopté par les officiers français (et parfois étrangers). Sa version adoptée officiellement par la « Royale » (la marine de guerre française) le sera sous la dénomination « modèle 1858 ». Les deux modèles avaient déjà largement été utilisés lors de la guerre de 1870.

Dès 1872, après avoir écarté différents modèles de conception variés, il reste en lice 2 armes, conçues respectivement par l’armurier GALAND avec son modèle 1872 « de guerre » et les associés CHAMELOT & DELVIGNE avec leur modèle 1871. C’est ce dernier qui sera adopté, après que différentes modifications « mineures » soient apportées à la conception de l’arme dans le but de simplifier au maximum sa fabrication et son entretien.

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La fabrication est lancée fin 1873, raison pour laquelle il portera l’appellation « Modèle 1873 », l’adoption officielle se faisant en Août 1874. L’arme porte de nombreux poinçons et ses pièces sont presque toutes numérotées, entièrement ou partiellement avec la fin du numéro de série. Il s’agit entre autre des poinçons des « contrôleurs », figurant dans un petit cercle sur le coté gauche de la partie octogonale du canon. Sur le pan droit symétrique figue l’année de fabrication. Sur le pan supérieur est gravé le nom du modèle de l’arme en lettres cursives (Mle 1873).

Les Munitions du Revolver 1873

La cartouche que tire cette arme n’est pas celle prévue initialement par les concepteurs de l’arme. Pour une raison encore difficile à expliquer, le « Comité de l’armée » chargé de l’adoption des matériels militaires a demandé à CHAMELOT & DELVIGNE de redessiner une cartouche moins puissante que celle prévue initialement ! Le calibre de 11 mm ne change pas, mais la cartouche sera plus courte et contiendra de ce fait moins de poudre (noire, bien entendu, vu l’époque…). Un « chanfrein » est même prévu dans la chambre du barillet, déterminant la longueur maximum de la cartouche.

La Marine de Guerre, fidèle a sa réputation d’indépendance vis à vis de l’armée de terre, aura une exigence non négociable. Elle exigera que la cartouche utilisée par ses nouveaux révolvers soit de puissance au moins équivalente à celle qu’elle utilise actuellement dans ses armes ! En conséquence de quoi les barillets des Modèle Réglementaire 1873 de la Royale ne seront pas chanfreiné, et la cartouche utilisée par la Marine sera plus puissante que celle de l’armée de terre…supprimant de ce fait le plus grand reproche fait à cette arme très moderne et magnifiquement fabriquée : une munition plutôt « anémique ».

Pour pouvoir distinguer les armes de la « Royale » ne chambrant pas la même cartouche, les révolvers de la Marine porteront sur le pan supérieur une indication légèrement différente de celles de l’armée de terre, à savoir « Mle 1873 M ». Ce « M » supplémentaire sera longtemps interprété comme voulant dire « Marine » ; on parle maintenant de « Modifié »… A terme, l’armée de terre adoptera à son tour une cartouche un peu plus vitaminée, et le « M » disparaitra sur les dernières fabrications, les armes étant alors identiques.

Les armes de la Marine portent en général, en plus, un poinçon en forme d’ancre de marine sous la calotte, mais pas de façon systématique. Certaine arme de fabrication « terre » porte également ce poinçon indiquant possiblement une utilisation par l’infanterie coloniale.

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Production et Variantes

La production du modèle 1873 pour l’armée de terre sera de 325.659 exemplaires (et 2332 exemplaires connus comme « série X » armes non acceptées pour le service, et utilisée pour l’instruction) pendant la période de 1873 à 1885. La version « marine » sera fabriquée à 13.188 exemplaires entre 1877 et 1886.

Une version « officier » verra le jour, sous la dénomination Modèle 1874, en version « terre » et bien sur « Marine ». Ce modèle sera une sorte d’aboutissement en terme de « pièce d’armurerie » fabriquée en série. C’est une version allégée et bronzée du modèle 1873. Elle est dotée d’un barillet cannelé.

Ces armes seront également largement copiées et fabriquées par l’industrie privée, en France comme à l’étranger, et particulièrement en Belgique, avec des niveaux de qualité variables.

Tableau récapitulatif des modèles 1873 et 1874

Modèle Caractéristiques Production
1873 (Armée de Terre) Modèle standard pour l'armée de terre 325 659 exemplaires
1873 (Marine) Cartouche plus puissante, indication "Mle 1873 M" 13 188 exemplaires
1874 (Officier) Version allégée et bronzée, barillet cannelé Environ 35 000 exemplaires

Tentatives de Modification et Re-chambrage en .45 ACP

Il existe des récits concernant des modifications apportées au revolver 1873, notamment par la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, pour chambrer des cartouches de .45 ACP. Cette modification aurait permis d'utiliser des munitions plus facilement disponibles à cette époque. Cependant, il est important de noter que ces modifications étaient marginales et n'étaient pas une pratique courante.

Le chambrage en .45 ACP n'était pas sans risque, car la structure du revolver 1873 n'était pas conçue pour supporter les pressions générées par cette munition plus puissante. L'utilisation de cartouches .45 ACP dans un revolver 1873 pouvait entraîner une usure prématurée, voire une rupture de l'arme.

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Il est crucial de souligner que l'utilisation de munitions non conformes aux spécifications d'origine d'une arme à feu peut être dangereuse et doit être évitée. Il est toujours préférable de consulter un armurier qualifié avant d'apporter des modifications à une arme à feu ou d'utiliser des munitions différentes de celles pour lesquelles elle a été conçue.

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