Barack Obama a cherché à faire avancer le contrôle des armes à feu et la réduction des armes nucléaires pendant sa présidence. Cependant, il a rencontré des obstacles importants dans les deux domaines.
Barack Obama a dévoilé mardi la nouvelle doctrine nucléaire des États-Unis. Washington s'engage à ne jamais utiliser l'arme nucléaire contre un adversaire qui ne la détient pas et qui respecte les règles du traité de non-prolifération. Mais "toutes les options restent ouvertes" dans les dossiers iranien et nord-coréen.
Fin septembre 2009, à la tribune des Nations unies, Barack Obama avait souhaité que la communauté internationale "cherche à bâtir un monde sans elles [armes nucléaires]". Et annoncé la tenue en avril 2010 d'un sommet sur la sécurité nucléaire. Celui-ci se tiendra la semaine prochaine à Washington.
Entre-temps, les États-Unis et la Russie ont annoncé fin mars la signature d'un nouveau traité de réduction des armes stratégiques, comprenant notamment la réduction de 74% du nombre d'ogives nucléaires détenues par les deux pays. Le nouvel accord Start doit être signé jeudi à Prague.
Cette "Nuclear Posture Review" [Révision de la posture nucléaire], demandée par le Congrès à chaque nouvelle administration, était d'autant plus attendue que Barack Obama s'est vu décerné le Nobel de la paix en partie en raison de ses projets en faveur de la lutte contre la prolifération nucléaire.
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Cette nouvelle "posture nucléaire" tient en quelques points: Washington s'engage à ne jamais utiliser l'arme nucléaire contre un adversaire qui ne la détient pas et qui respecte les règles du traité de non-prolifération. Les États-Unis s'engagent également à ne pas utiliser l'arme nucléaire en réplique à une attaque chimique ou biologique.
L'administration américaine se réserve toutefois le droit de modifier ce dernier point en cas d'attaque potentiellement dévastatrice. Il s'agit d'une clause dite "option de révision". Ce nouveau dispositif ne devrait par ailleurs pas s'appliquer à la Corée du Nord et à l'Iran, sur la sellette sur la scène internationale en raison de leur programme nucléaire respectif.
La nouvelle stratégie américaine exclut en outre le développement de nouveaux armements atomiques. "La menace la plus grande à la sécurité des Etats-Unis et du monde n'est plus un échange nucléaire entre pays, mais le terrorisme nucléaire de la part d'extrémistes violents et la prolifération nucléaire de la part d'un nombre croissant d'Etats", écrit Barack Obama dans un communiqué pour justifier ces choix.
Pour le New York Times, cette nouvelle orientation du nucléaire américain souhaitée par le président américain constitue "un brusque changement" par rapport à celle mise en œuvre par ses prédécesseurs. "Il cherche à réorganiser le dispositif nucléaire de la nation pour que celui-ci s'adapte à une nouvelle ère dans laquelle les Etats voyous et les organisations terroristes représentent des menaces plus importantes que les puissances traditionnelles, comme la Russie et la Chine", analyse le quotidien américain.
En revanche, Barack Obama tranche avec la doctrine Bush, qui prévoyait une riposte nucléaire à une attaque chimique ou biologique. Sauf à sauf à invoquer l'option de révision, bien sûr.
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La presse américaine tente de tirer les enseignements de l'échec de la régulation du port d'armes à feu. Mercredi 17 avril, le Sénat américain a rejeté une mesure qui devait rendre obligatoires les vérifications d'antécédents avant l'achat d'une arme sur Internet et dans des foires. Un échec cuisant pour la réforme promue par Barack Obama depuis quatre mois.
"Jamais auparavant le président Barack Obama n'avait mis autant de force morale et de moyens politiques durant son mandat sur un sujet aussi important - et aussi nettement perdu", poursuit le site Politico. L'émotion et la colère qu'a exprimées le président dans son discours sont à la mesure de la déception et de la surprise ressenties face à cet échec.
"Le peuple américain tente de comprendre, a ainsi commenté M. Obama, comment quelque chose peut être soutenu par 90 % des gens et ne pas se réaliser ?" La proposition était, il y a peu encore, soutenue par une écrasante majorité d'Américains et une majorité bipartisane au Sénat, explique le New York Times.
Pourtant, mercredi, la majorité requise des 60 sénateurs (sur 100) n'a pas été atteinte : 41 sénateurs républicains et quatre démocrates ont voté contre. Ces sénateurs ont tué "le dernier et meilleur espoir qui existait pour instaurer une loi faisant sens pour la réduction de la violence par les armes" après la tuerie de Newtown, le 14 décembre 2012, estime le New York Times. Avant cela, l'interdiction des armes d'assaut avait été rejetée par 60 sénateurs et 54 d'entre eux avaient également rejeté une proposition visant à limiter la capacité des chargeurs d'armes à feu.
Pour le NYT, la raison de cet échec est simple : "La mesure n'a jamais eu aucune chance de passer." Au même titre que l'ensemble des tentatives de réglementation depuis l'expiration de l'interdiction sur les armes d'assaut en 2004. Si le débat sur la question a évolué dans la société, la dynamique politique, elle, n'a pas changé, estime le quotidien.
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Pour le dire simplement, estime Bloomberg, "les industries de l'armement, la National Rifle Association (NRA), une petite bande d'idéologues du droit au port d'armes à feu et, à un moindre degré, les 16 % d'Américains qui vivent dans les zones rurales, ont été bien représentés dans le vote. La plupart du public américain ne l'a pas été."
"Finalement, même une modeste proposition de loi n'a pas fait le poids face au bon vouloir du lobby des armes", regrette Dana Milbank, du Washington Post. Pour cette "minorité de sénateurs qui a cédé à cette peur", la députée démocrate Gabrielle Giffords, gravement blessée dans la fusillade de Tucson (Arizona), le 8 avril 2011, n'a qu'un mot : "Honte à eux !"
"Ces sénateurs ont pris leur décision sur la base de la peur politique et de calculs froids quant à l'argent de certains intérêts spéciaux comme la NRA, qui lors de la dernière élection, a dépensé près de 25 millions de dollars en donations, lobbying et dépenses extérieures", accuse-t-elle encore dans une tribune du New York Times. Dans son discours, Obama a vilipendé les sénateurs républicains qui ont "délibérément menti" en invoquant des arguments tout droit empruntés au lobby des armes, à savoir que cela donnerait lieu à la création d'un registre fédéral sur les armes ou à une hausse des impôts.
Comble de l'histoire, estime le New York Times : la NRA était par le passé favorable à une extension des vérifications d'antécédents avant l'achat d'une arme sur Internet et dans des foires. Mais, "ce groupe, et d'autres encore plus militants, ont voulu s'assurer qu'aucune proposition de loi ne soit votée dans le sillage de la tuerie de Newtown et ils ont eu gain de cause".
Dans le concert de critiques qui s'exprime ainsi dans la presse américaine, certains médias pointent quant à eux l'excès d'optimisme de Barack Obama. Ainsi, pour le quotidien new-yorkais The Sun, opposé à la loi, le président américain et les partisans de la limitation des armes à feu ont péché par aveuglement.
Le premier est que Newtown n'a pas changé les choses. "Pendant des semaines après le massacre du Connecticut, il y avait une même perception, tant chez les démocrates que chez les républicains, que quelque chose de fondamental avait changé dans le débat sur la place dévolue aux armes dans la société. (...) Mais du temps a passé. Et, alors que Newtown perdait peu à peu le statut d'enjeu prioritaire dans les esprits, il en a été autant des prédictions voulant que ce qui était survenu dans le Connecticut avait changé la donne concernant les armes", analyse le quotidien.
Deuxième enseignement : les élections de 2014 sont plus importantes que les sondages nationaux. "La vérité est que cet amendement était autant condamné par l'opposition républicaine que par la réticence des démocrates devant remettre en jeu leur mandat en 2014 à s'engager sur ce terrain", analyse encore le Washington Post.
Dernier enseignement : la passion est la condition sine qua non de la politique. Certes, une écrasante majorité d'Américains soutient le contrôle des armes à feu. Mais, "si les pro-armes à feu sont un groupe plus petit, ils sont beaucoup plus bruyants et plus actifs que ceux qui veulent plus de restrictions sur les armes".
Les démocrates espèrent désormais que la colère d'Obama se transmettra à tout le pays, et lui vaudra éventuellement une victoire législative, tandis que pour le lobby anti-armes, la bataille est pour le moment terminée.
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