Les munitions utilisées pour la chasse contiennent des métaux lourds très toxiques, comme le plomb par exemple, qui occasionnent de sérieux dommages sur l’environnement et des risques sanitaires sur la faune sauvage et l’ensemble de la population. En général, la grenaille utilisée est de la grenaille de plomb.
Chaque année, selon les données de l’industrie citées par l’EChA (l’agence européenne des produits chimiques), 30 000 à 40 000 tonnes de plomb sont utilisées en Europe dans des munitions de types variés. Sur ce total, précise l’EChA, « 21 000 tonnes sont utilisées par les chasseurs. 7 000 tonnes de plomb se retrouvent ainsi dispersées dans les zones humides et 14 000 tonnes sur la terre ferme ».
Le plomb n’étant pas biodégradable, la grenaille se délite ou s’oxyde ou est peu à peu érodée ou enfouie, mais elle reste accessible ou biodisponible pendant des décennies, voire des siècles ou des millénaires. En Espagne, pays où la grenaille de plomb est interdite depuis octobre 2001, le delta de l’Ebre (au sud de Barcelone) présente encore en 2014 une densité allant de 97 à 266 grenailles de plomb par mètre carré dans les 20 premiers centimètres de sédiments, rappellent Mateo Soria, de l’institut de recherche sur les ressources cynégétiques de Ciudad Real, et ses collègues.
Le plomb peut également migrer vers d’autres compartiments environnementaux. Une étude réalisée sur le prélèvement du plomb présent au sein d’un sol contaminé dans des cultures de fèves et tomates a en effet montré un transfert de ce métal au sein du système racinaire de ces cultures. L’étude n’est malheureusement pas allée jusqu’au stade « fruit » des cultures limitant une évaluation plus poussée des risques.
Les cartouches à grenailles de plomb sont responsables d’intoxications et d’un nombre conséquent de cas de saturnisme aviaire. Les oiseaux d’eau n’ayant pas de dents recherchent et mangent normalement des petits cailloux arrondis, qui sont stockés dans leur gésier où ils broient les aliments. Ils ingèrent par la même occasion du plomb (ou d’autres métaux lourds toxiques tels que le bismuth).
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À titre d’exemple, 6 billes de plomb ingérées avec du maïs le matin sont parfois le soir en totalité déjà solubilisées et passées dans le sang de l’oiseau qui pourra en mourir.
Il faut savoir que tous les charognards et en particulier les vautours se nourrissent de cadavres. Dans tous les pays, les chasseurs de « grand gibier » ont l’habitude de se débarrasser des parties non comestibles (entrailles en particulier, peau, mais aussi certains os) dans la nature. Ces restes animaux contiennent souvent des quantités non négligeables de minuscules particules de plomb qui se sont dispersées dans tout le corps de l’animal au moment où la balle a explosé (NB : le grand gibier est généralement tué avec des balles dont l’ogive est en plomb et qui explose lors de l’impact. Ce type de munition est interdite pour la guerre par les conventions internationales !).
De l’animal à l’homme qui le mange, il n’y a qu’un pas, particulièrement rapide à franchir chez les chasseurs qui mitonnent le produit de leur chasse. « De récentes recherches suggèrent que des fragments de plomb se dispersent largement dans les tissus sous forme de particules microscopiques, potentiellement de taille nanométrique, écrit l’EChA. Enlever la chair autour de la blessure ne suffit pas à ôter tout le plomb qui pourrait être absorbé par le consommateur ».
Or le plomb est un puissant neurotoxique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la teneur en plomb dans l’eau du robinet a été revue à la baisse par une directive européenne de 1998. Etant donné que le plomb peut également se disperser au sein d’autres compartiments environnementaux tels que l’eau ou les plantes, on peut craindre une contamination de l’ensemble de la population.
Des substituts moins toxiques ou non toxiques existent. Le 6 octobre 1999, le Conseil National de la Chasse et de la Faune Sauvage (CNCFS) a souhaité que la France prenne des mesures concrètes pour tenir ses engagements de l’Accord sur la Conservation des Oiseaux d’Eau Migrateurs d’Afrique-Eurasie. Ainsi la grenaille de plomb est interdite en France depuis 2005 par un arrêté du 21 mars 2002.
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« Les autres métaux comme l’acier sont beaucoup plus durs et légers. Ils ricochent sur le moindre obstacle, ce qui multiplie les risques d’accidents », confirme Willy Schraen. En outre, l’acier est plus pénétrant mais moins létal.
Dans les zones humides, où il est interdit d’utiliser des balles en plomb depuis 1986, les chasseurs ont recours à de la grenaille contenant des billes d’acier pour le petit « gibier ». Non seulement il en faut beaucoup dans les munitions pour arriver au même poids, mais l’acier a tendance à blesser les animaux sans les tuer. « On retrouve ainsi beaucoup d’oiseaux agonisants, ce qui n’est pas l’idéal en termes de bien-être animal », affirme très sérieusement Willy Schraen.
Selon l’ancien directeur du Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) , Michel L’Hour : “pour chacune des deux guerres mondiales, on estime que 2500 bateaux ont été envoyés par le fond. […] Sans compter les avions, les tanks, les tonnes de munitions. C’est une masse considérable.” A cela s’ajoute la difficulté de leur localisation car au gré des tempêtes et des fortes marées, les munitions se déplacent.
Ainsi, la Manche, la Mer du Nord et les côtes d’Europe du Nord sont particulièrement polluées par les munitions immergées. Les eaux douces du continent n’ont pas été épargnées, et il n’est pas rare de retrouver des munitions non explosées dans les lacs français et suisses. Ces restes de guerre constituent une menace importante pour la faune et la flore marines et pour les populations de la région.
Les munitions en Mer du Nord et en Mer Baltique sont les plus problématiques car elles sont immergées à faible profondeur. Depuis, l’immersion des munitions en mer est interdite grâce à la Convention de Londres entrée en vigueur en 1975.
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L’Ospar (La Convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est, dite Convention OSPAR) et le Conseil de l’Europe ont alerté et exprimé leur inquiétude sur l’absence de cartographie fiable, l’insuffisance de surveillance et de récupérations des munitions et matières polluantes dans les épaves.
A ce jour, il demeure encore des milliers de tonnes de munitions immergées issues de la seconde guerre mondiale. Les munitions immergées ont des conséquences humaines, environnementales, économiques, sanitaires et touristiques nuisibles pour la population et de nombreuses collectivités françaises et européennes.
Geomines dispose d’un département géophysique expert dans le domaine subaquatique, ainsi que d’une équipe de scaphandriers, anciens plongeurs démineurs de la Marine nationale. Les équipes de Geomines interviennent en France et à l’étranger afin d’atténuer la menace explosive subaquatique.
Tout le travail de nos équipes est mené dans le respect de la gestion du risque environnemental.
Au large de Dunkerque, régulièrement, des scientifiques plongent dans une des "zones interdites" par les autorités. Son président, Lionel Rard raconte que : "sur ce site ont été déversées entre 10 et 15 000 tonnes de munitions, à la fois de la munition conventionnelle et de la munition chimique. Dans les années 1920-21, ces munitions étaient chargées à bord d'un navire, le "Ville de Gand", qui a fait plus d'une centaine d'aller-retours."
Loin de la Côte d'Opale, dans l'Avesnois, l'historien accompagne Charlotte Nithart, la présidente de l'association de défense de l'environnement Robin des bois.Dans la forêt de Trélon (Nord), il lui montre ce qui ressemble à une clairière. Pour preuve, une bouteille d'arsine trouvée sur place. "Ces bouteilles étaient prises dans le corps de l'obus, pris dans la gangue d'explosifs, et donc quand il était tiré, au moment où l'obus explosait, ça vaporisait l'arsine. Cent ans plus tard, rien ne repousse.
La défenseure de la nature, montre un ruisseau, proche de l'endroit où étaient détruits des obus contenant des gaz. "Voilà un siècle que ça ruisselle. Ça se déverse dans ce petit ruisseau". Puis, elle affirme : "C’est un site qui expose l'environnement, les animaux sauvages, voire les promeneurs, à des poussières, à une pollution. Il y a l'empreinte sur les sites, à cause des activités de destruction et de brûlage des munitions, mais bien au-delà, justement à cause des transferts par les eaux météorites, les eaux de pluie et les petits cours d'eau et les nappes phréatiques aussi, c'est susceptible de se retrouver jusque dans les eaux destinées à la consommation humaine".
Depuis 2019, la métropole européenne de Lille déconseille la consommation d'eau du robinet pour les nourrissons. Daniel Hubé, ingénieur hydrogéologue, affirme : "Le Nord-Pas-de-Calais a été la région en fait pionnière. C'est là qu'on a découvert la présence d’ions perchlorate, en 2011, dans les eaux souterraines et dans les autres boissons. Et c'est là que les premières questions sur l'origine, d'où ça vient, ont émergé. C'est là où se sont déroulés les plus importants duels d'artillerie de la Première Guerre mondiale. Et donc à la fin de la guerre, il y a des quantités absolument colossales de munitions qui ont été abandonnées par les Allemands".
Il poursuit : "Où est-ce qu'elles ont été abandonnées ces munitions ? Dans les arrière-lignes allemandes, à l'est de la ligne de front, précisément là où on retrouve les perchlorates".
Cet ingénieur précise que "localement, dans le Nord-Pas-de-Calais, on monte à 30, 40 ou 50 microgrammes par litre dans l'eau de boisson et dans la nappe". Et que dans l'Aisne, il a mesuré "un captage d'eau potable jusqu'à 200 microgrammes par litre.
Depuis 2006, les bénévoles de U Cavallu di Bisinchi ramassent et collectent les cartouches usagées. Une volonté de protéger le patrimoine et puis, explique la présidente : « Il est fort désagréable, quand on se promène, de voir les chemins jonchés par ces déchets. Collecter les munitions au nom de la santé, de la nature, des paysages, du bon sens tout simplement s’est alors avéré un vrai casse-tête.
C’est ainsi qu’en avril 2008, 50 kg de cartouches ont pu être expédiés sur le continent pour être revalorisés : la collecte de trois années. Aujourd’hui certains chasseurs rapportent leurs cartouches, sinon ce sont les promeneurs qui les ramassent au grès de leur balade.
L’association envisage d’entreposer des bacs récupérateurs sur les sites de regroupement des chasseurs sur la commune, afin de les sensibiliser davantage encore à ramener leurs cartouches usagées. Rappelons qu’une cartouche moyenne contient 200 à 300 billes de plomb soit 30 à 35 g de plomb toxique. Si chaque chasseur en Corse (il y en a 17 000) ne tirait que dix cartouches par an, ce serait déjà 5 tonnes par an plomb toxique dispersés dans l’environnement.
Pêcheurs, chasseurs, pratiquants du tir sportif et biathlètes manipulent régulièrement des lests ou munitions de tir qui contiennent du plomb.
L’exposition au plomb et son intensité dépend du loisir pratiqué. L’exposition au plomb des chasseurs est liée au rechargement des munitions, à leur manipulation mais aussi à la consommation du gibier qui peut contenir du plomb provenant des munitions de chasse. Il convient donc de limiter la consommation de gibier.
Ainsi, les personnes pratiquant le tir sportif, le biathlon ou la chasse sont exposées à ces poussières de plomb. Les munitions utilisées pour la chasse, le ball trap et les activités militaires contiennent des métaux lourds très toxiques pour l’environnement, comme le plomb, qui occasionnent de sérieux dommages sur l’environnement et une mortalité accrue de la faune sauvage essentiellement chez les petits gibiers.
Le plomb est le métal le plus utilisé pour la fabrication des munitions et grenailles en raison de ses caractéristiques (poids, malléabilité et disponibilité). Mais, c’est également un métal extrêmement toxique pour les animaux et pour l’Homme.
Les oiseaux d’eau qui n’ont pas de dents recherchent et mangent normalement de petits gravillons (grit) qui sont stockés dans leur gésier et qui amélioreront l’action mécanique de celui-ci sur les aliments. L’ingestion accidentelle de billes de plomb de chasse par les canards et les effets induits sur leur santé ont fait depuis plus d’un siècle l’objet de nombreuses études.
La réponse de l’organisme à une intoxication au plomb se traduit par des symptômes cliniques typiques tels que des diarrhées, le manque d’appétit et de vigueur, une perturbation de la locomotion (dégénérescence des muscles et du système nerveux) ainsi qu’un amaigrissement prononcé ou accéléré. En revanche, la sensibilité des canards à ce toxique est quant à elle très variable selon les individus, la quantité de plomb ingérée et la qualité de la nourriture.
Actuellement, plusieurs pays européens (Pays-Bas, Norvège, Finlande, Royaume Uni, Danemark Suède, France) ont choisi d’interdire totalement ou partiellement l’usage des grenailles de plomb pour la chasse des oiseaux d’eau.
En revanche, les risques semblent beaucoup plus importants pour les prédateurs tels les rapaces (Busard des roseaux, Autour des palombes, Epervier, Gypaète barbu), qui peuvent consommer des tissus concentrant davantage ce toxique (foie, rein) ou qui ingèrent du muscle dans lequel peuvent se retrouver impactées des grenailles entières de plomb.
Il a été récemment démontré que des vautours et des condors s’intoxiquent par ingestion de billes de plomb présentes dans la chair des cadavres qu’ils consomment ou en consommant la chair enrichie en plomb autour des blessures par balles qu’ils consomment.
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