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La chasse, par définition, est l’action de défendre, combattre pour l’obtention d’un bien et plus précisément d’un Graal recherché. Beaucoup de personnes ont eu la désagréable surprise de collisions avec des chevreuils, des dégâts dans leurs jardins par les sangliers ou d’innombrables fientes de pigeons sur leurs pare-brises. Par souci économique, l’homme a depuis longtemps supprimé les grands prédateurs qui étaient nécessaires à l’autogestion de la faune.

La chasse-gestion : un cadre officiel

Les fédérations départementales des chasseurs, dans le cadre du schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC), doivent ainsi mettre en place une série de dispositions, comme le plan de chasse, qui détermine le nombre maximum et minimum d’animaux qui peuvent être prélevés, l’aménagement du territoire et la création de réserves de chasse. Le respect de ces mesures, d’après le site internet de la Fédération nationale des chasseurs, permet au chasseur de « redevenir prédateur comme à l’origine mais, progrès social aidant, un prédateur conscient, mesuré, raisonnable. »

La question qui guide mon analyse n’est pas celle de savoir si les chasseurs sont ou ne sont pas gestionnaires (question mal posée, du fait qu’elle ne prévoit que deux réponses closes), mais celle de savoir, étant donné que tout chasseur doit par la loi être gestionnaire, dans quelle mesure la chasse-gestion s’entremêle avec des propos qui ne semblent pas répondre aux instances gestionnaires officielles.

Évolution de la chasse à Semot

Avant les années 1970 l’activité cynégétique à Semot était peu pratiquée. Le travail agricole ne permettait pas aux villageois de s’adonner régulièrement à la quête d’animaux sauvages. La chasse en battue aux grands gibiers tels que le sanglier, le cerf et le chevreuil, aujourd’hui la plus pratiquée à Semot et dans l’ensemble des Pyrénées-Orientales, n’était pas connue. Les sangliers étaient rares sur le territoire, et les cerfs et les chevreuils totalement absents.

Aujourd’hui, la battue de Semot rassemble vingt-sept chasseurs, dont seulement quatre résident au village. Parmi les autres, cinq y sont liés par des liens de parenté, alors que les dix-huit restants, souvent fils de paysans, proviennent des « couches populaires d’urbains » résidant dans les petites villes de la plaine. Si nous devions nous conformer aux typologies développées par Jean-Claude Chamboredon, l’appellation chasse populaire conviendrait à la représentation de la battue de Semot.

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Néanmoins, et bien que depuis une dizaine d’années le nombre des membres de l’équipe soit resté à peu près stable, fluctuant entre vingt-cinq et trente individus, les chasseurs affirment que le nombre des prélèvements de gibiers sur la même période a augmenté. Cela n’est pourtant guère surprenant, si on jette un coup d’œil sur les mêmes données, concernant cette fois l’ensemble des Pyrénées-Orientales. En regardant les tableaux, on se rend bien compte qu’à une diminution du nombre des chasseurs sur le département correspond une augmentation du nombre des prélèvements d’animaux.

L’un des changements entraînés par la chasse-gestion sur le long terme est donc l’augmentation du nombre des prélèvements, du moins pour les espèces soumises au plan de chasse, comme le cerf et le chevreuil. Le paradoxe vient du fait qu’un nombre toujours mineur d’individus prélève un nombre toujours croissant d’animaux.

Effectivement, dans une région de montagne très peu peuplée et particulièrement giboyeuse comme celle de Semot, la gestion du gros gibier consiste principalement dans la mise à mort des animaux. Gestion et mise à mort sont ainsi fatalement liées : pas de gestion sans mise à mort, et pas de mise à mort sans gestion.

La mise à mort : une fin en soi ?

Pour les chasseurs de Semot toutefois, l’acte de la mise à mort semble être considéré comme une fin en soi, pas comme un moyen pour atteindre un autre résultat, comme pourrait l’être celui de la gestion de la faune sauvage. Certes, lorsqu’ils parlaient avec moi, les chasseurs recouraient spontanément et bien volontiers au thème de la gestion, à laquelle ils se référaient comme à une tâche inéluctable.

Cependant, lorsque la pratique cynégétique était en acte, ce qui semblait les intéresser était l’appropriation des animaux sauvages, indépendamment de sa finalité gestionnaire : la mise à mort en tant que telle, pas en vue de la gestion. On comprend alors que, pour ces chasseurs, la logique gestionnaire ne semble pas être capable d’épuiser le sens qu’ils donnent à l’acte de la mise à mort, qui est probablement imprégné d’un caractère émotionnel profond. Ainsi, quand un animal est abattu, aucun chasseur ne félicite son collègue en lui disant : « Bien joué mon vieux, c’est un joli coup pour la gestion du biotope. » Lorsque la chasse est en cours, en somme, les préoccupations gestionnaires semblent s’éclipser.

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Points de vue indigènes sur la gestion

Lorsqu’ils se disent gestionnaires, les chasseurs de l’équipe de Semot entendent-ils tous le terme gestion de la même manière ? Au cours de mes recherches, je me suis rendu compte que, si les chasseurs partageaient l’idée de la gestion entendue comme une régulation des animaux sauvages, les opinions concernant la manière dont cette gestion devait être mise en place pouvaient être divergentes.

Indiquons d’abord que la pratique de l’agrainage du grand gibier, l’acte de nourrir des animaux sauvages artificiellement, est interdite dans les Pyrénées-Orientales. Cependant, le chasseur en question ne se montre pas intéressé par ces questions. Ce qui semble le préoccuper est que les sangliers puissent se reproduire copieusement, que les nouveau-nés survivent et qu’ils ne soient pas maigres, de façon à devenir de belles proies. La logique semble être celle de gérer pour tuer, plutôt que de tuer pour gérer.

Ce qui est intéressant est que les deux chasseurs concernés se déclarent tous les deux gestionnaires. Cela n’est pourtant guère surprenant.

Les causes possibles

Les hommes sont effectivement équipés de carabines à lunettes, de fusils, de balles, de vêtements camouflés et de télémètres, mais aucune de ces technologies ne peuvent contrarier Mère Nature, qui a la main sur la météo, la direction du vent, les mœurs nocturnes du gibier, les facultés de celui-ci. Il faut avouer que nous avons un avantage certain au niveau de la létalité de nos armes, mais faut-t-il encore savoir s’en servir (arc ou carabine). Ce n’est pas parce que l’on croise un brocard dans le réticule de sa lunette qu’il est dans l’assiette du chasseur.

Dans l’action d’une chasse à l’arc, il faut être près, très près de l’animal, une vingtaine de mètres et c’est déjà loin ! Imaginez-vous quand vous repérez un animal à 150 mètres et que vous devez l’approcher à 15 mètres, la lutte entre l’animal et vous s’engage alors. En vous se réveilleront des instincts oubliés, puissants. N’oubliez jamais que les animaux sont très bien équipés pour survivre, des millénaires de sélection naturelle leurs ont fournis tout ce qui est nécessaire.

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Ils peuvent vivre et survivre seuls, contrairement à la très grande majorité des hommes, et sont résistants, courageux, forts, savent se reposer, et de ne s’apitoient jamais sur leur sort, ce que nous avons perdu. Leurs quelques défauts les font mourir.

Tableau récapitulatif des prélèvements de gibiers dans les Pyrénées-Orientales

Espèce Tendance des prélèvements
Sangliers Plus ou moins stables, avec des pics et des saisons plus sobres
Cerfs Augmentation considérable
Chevreuils Augmentation considérable

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