La pollution causée par les anciennes munitions est un problème environnemental persistant en France, notamment dans les zones ayant été des champs de bataille durant les guerres mondiales. Ces munitions, souvent enfouies ou immergées, peuvent libérer des substances toxiques contaminant les sols et les eaux.
Classé parmi les stocks les plus importants de France, le gouffre de Jardel recèle des obus datant de la Première Guerre mondiale. À 128 mètres sous la surface de la terre, sur la commune de Chaffois, des munitions jonchent le sol. Une véritable décharge souterraine toujours en l’état et d’où s’écoule une partie des sources de la Loue. L’histoire de ce dépôt sauvage est vieille d’un siècle.
En 1919, le professeur Fournier, hydrogéologue de renom, est consulté par les autorités pour trouver un endroit idéal où déverser ces tonnes d’obus. Après diverses réflexions, c’est le gouffre de Jardel qui est choisi au vu de sa profondeur et de son accès facile. « Ensuite, ils les convoyaient par camion jusqu’à Chaffois, puis du village, de petits wagons sur rail permettaient de les jeter directement dans le gouffre », détaille le maire de Chaffois, Raymond Perrin. Ainsi, plus de 500 tonnes de munitions ont été déversées, dans les entrailles de la terre.
Cent ans plus tard, cet arsenal continue de pourrir, sans qu’aucune solution ne soit trouvée. L’un des derniers scientifiques à y être descendu de manière officielle en 2010, Pascal Reilé, y a effectué de nombreux travaux. « J’ai été délégué par la préfecture pour y faire des prélèvements. On a fait un programme global avec la protection civile, les spéléologues et des démineurs. »
Ces obus sont heureusement désamorcés et ne constituent pas un réel danger de ce côté. En revanche, bon nombre d’entre eux se sont fracturés dans cette chute abyssale, laissant émaner leur composant chimique. « La pollution dégagée par la mélinite est dérisoire vu qu’elle est insoluble dans l’eau froide. Mais on ne peut pas dire que c’est égal à 0 », précise l’hydrogéologue. Sans parler des tonnes de métal sur lesquelles coulent chaque jour d’importantes quantités d’eau qui se déversent ensuite dans la Loue.
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Depuis ces études, rien n’a changé dans le gouffre de Jardel. Le problème est complexe, il s’agit en fait de déchets industriels sortis d’usine et non militaires. Si ces munitions venaient à être sorties du gouffre, elles ne pourraient pas être « transportées par camion », car trop instables et dangereuses. La dernière solution serait de les faire exploser dans un endroit dédié à cet effet, aux abords de la commune. En attendant une hypothétique décision des autorités, ces tonnes d’acier continuent de polluer sol et rivière.
500 C’est, en tonnes, le poids total des obus qui ont été déversés dans les profondeurs du gouffre de Jardel.
La pollution par le plomb, issue notamment des munitions, affecte également la faune. L’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, la Tour du Valat révèle, dans une étude publiée en décembre 2020 dans la revue Science of the Total Environment, que le microbiome des flamants roses est affecté par le plomb.
Pour mener cette étude, des poussins de flamants roses ont été prélevés dans trois sites méditerranéens, les marais de l’Odiel et la lagune de Fuente de Piedra en Andalousie, et les salins d’Aigues-Mortes, en Camargue gardoise. « En Espagne, on observe que certains flamants roses sont intoxiqués surtout à cause de l’ancienne exploitation minière (vieille de plus de 3 000 ans av. J.-C., NDLR), présente sur les marais de l’Odiel. En revanche, ceux qui sont présents en Camargue sont atteints à cause des munitions de plomb », pointe Arnaud Béchet.
Lorsqu’ils s’installent dans les marais de Camargue, les flamants roses ingèrent des billes de plomb qu’ils confondent avec les graines de plantes aquatiques. L’organisme est ensuite atteint. Cette intoxication dégrade les facultés d’orientation, les capacités de mobilité rapide.
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La préfecture de l'Aube a interdit la pêche à l'aimant dans certains cours d'eau du département en raison des risques de remonter de vieilles munitions, voire carrément des obus, qui peuvent toujours exploser ou émettre des substances dangereuses. Le mercredi 2 mars, un obus de 40 centimètres de long a justement été pêché dans l'un des cours d'eau du département de l'Aube.
Dans l’océan de trous et de bosses des anciens champs de bataille disséminés partout dans le nord-est de la France, la Première Guerre mondiale a laissé dans son sillage des monceaux d’épaves de guerre : stocks de munitions, obus enfouis… dont les traces sont encore présentes, un siècle plus tard. La Grande Guerre devient celle d’une invraisemblable grêle métallurgique : environ un milliard d’engins d’artillerie classique et autant d’artillerie de tranchée ont été tirés sur le front occidental causant 70 % à 80 % des pertes et blessures.
Au cours des dix dernières années, des recherches archivistiques ont montré qu’environ 1,7 million de tonnes de munitions en surplus sont restées abandonnées à l’issue de la guerre dans des dépôts, sur le front comme à l’arrière. Dans la période qui suit, ces stocks ne cessent d’enfler à mesure que s’y ajoutent les projectiles obsolètes découverts sur les champs de bataille à la faveur des travaux de remise en état et aussi progressivement découverts dans des caches. La reprise des labours après la guerre fait remonter d’autres engins que la terre ne veut digérer. Des dépôts de rassemblement sont créés pour accueillir et stocker les engins.
La neutralisation de cet arsenal hérité de la guerre s’est rapidement imposée comme non seulement une nécessité mais aussi une urgence. Ce sont d’abord les armées encore mobilisées, françaises, américaines, qui s’y attellent en 1919 en détruisant les munitions par éclatement en tas et à distance (« pétardement »). Un changement radical s’opère en 1920 avec la démobilisation et la prise de conscience qu’on ne peut abandonner les matières constitutives des munitions, si chères à produire en temps de guerre.
Avec la passation de contrats par le ministère de la Guerre et le ministère des Régions libérées vers des entreprises privées, la destruction des engins en excès, obsolètes et hors de service s’industrialise et se taylorise. Des méthodes de destruction, de démolition, de démontage, de déchargement spécifiques à chaque type d’engins sont développées pour récupérer selon une approche tayloriste, toutes les matières constitutives des engins valorisables pour les réinjecter dans le circuit économique, qui en manque tant en ces temps de reconstruction. Les matériaux, fer, laiton, nitrates, etc. sont cédés par l’État aux entreprises moyennant une redevance versée à la tonne récupérée. Il s’agit d’une des toutes premières opérations de recyclage à grande échelle.
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De récentes recherches estiment à 2,5 à 3 millions de tonnes de munitions anciennes ont été détruites dans l’entre-deux-guerres.
Les conséquences de ces opérations sont d’abord humaines. En Meuse, en date de 1929, 127 récupérateurs et artificiers ont été tués dans leurs périlleuses missions et 294 ont été blessés. Les chiffres nationaux ne sont pas encore consolidés. Elles nous ont également légué de sévères pollutions des sols et des eaux. Sur certaines aires de brûlage, voilà 100 ans que pas un brin d’herbe ne pousse.
La caractérisation de ces pollutions polymorphes et extrêmes s’avère délicate et complexe du fait de la combinaison de risques chimiques en lien avec la toxicité des composés présents (comme l’arsenic, les toxiques de guerre et les dioxines) et de risques pyrotechniques du fait de la forte probabilité d’y côtoyer des engins de guerre. Les enjeux intrinsèques à ces sites sont d’abord sanitaires. Des techniques de mesure, d’échantillonnage et d’analyse spécifiques ont été développées pour évaluer les risques pour la santé et l’environnement associé à ces sites en concertation avec des experts en toxicologie.
Depuis 2011, d’autres questions émergent après la découverte d’ions perchlorate dans l’eau du robinet le long ou à proximité des lignes de front de 14-18. Des travaux de recherche originaux, notamment isotopiques, sont en cours au BRGM pour faire la lumière sur les liens entre la Grande Guerre et dégradation de la qualité des eaux. Cent ans plus tard, la recherche sur les liens entre Grande Guerre et environnement ne fait que commencer.
Pour les munitions chimiques, c’est le site de traitement SECOIA d’Ariane Group qui permettra de les éliminer. Les réserves de munitions à éliminer sont titanesques. Mais les munitions ne sont pas les seules à polluer nos sols et mers. Les sols des usines de fabrication de munitions ont accumulé des quantités de matières dangereuses, notamment de la nitrocellulose et de la nitroglycérine.
L’élimination des munitions et des pollutions pyrotechniques a donc encore un bel avenir.
Une étude de l’Agence européenne des produits chimiques ECHA pointe du doigt la pollution causée par les munitions au plomb. Et c’est pas une petite pollution : 30.000 à 40.000 tonnes de plomb polluent les écosystèmes européens, nous apprend Le Monde, qui a consulté le rapport. Dans le viseur, la chasse et le tir sportif. Dans le premier cas, l’effet du plomb est évidemment encore plus grave dans les zones humides, prisées des chasseurs, puisque ce sont les ressources en eaux qui sont touchées. Dans le second ce sont les mêmes terrains sont constamment soumis au plomb. Or, cela représente un risque pour l’environnement et pour la santé humaine. Deux millions d’oiseaux mourraient chaque année d’une intoxication au plomb.
« Le plomb est un poison non-spécifique qui affecte la plupart des fonctions de l’organisme, avec des effets négatifs sur l’état de santé général, la reproduction ou encore le comportement, pouvant conduire à la mort », dit l’ECHA. Pourtant, des alternatives existent : les munitions en acier.
| Période | Quantité de Munitions Détruites | Conséquences |
|---|---|---|
| Entre-deux-guerres | 2.5 à 3 millions de tonnes | Pollution des sols et des eaux, risques sanitaires |
| Aujourd'hui | Titanesque (réserves à éliminer) | Nécessité de développer des techniques de dépollution avancées |
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