L'histoire des armes à feu en Égypte est riche et variée, marquée par des acquisitions et des productions locales influencées par des événements historiques majeurs. Cet article explore les caractéristiques techniques du pistolet mitrailleur égyptien de 1956, tout en contextualisant son développement dans l'histoire militaire égyptienne et régionale.
Pour nos jeunes lecteurs à qui cet épisode de l'histoire de France n'est peut-être pas familier, il est peut-être bon de rappeler, sous une forme succincte, les raisons qui ont motivé la campagne d'Égypte. Au départ, il y a le refus des Américains de financer la construction du barrage d'Assouan. Le Raïs (tel était le titre donné à Nasser) jouait un jeu de bascule entre les États-Unis et l'URSS. C'était d'ailleurs, il faut le dire, la seule possibilité laissée aux pays du tiers monde en dehors de l'alignement pur et simple. Il se tourna donc vers l'URSS.
Le canal de Suez était à l'époque une entreprise à capitaux français et britanniques. C'était faire payer à la France et à la Grande-Bretagne les décisions américaines et soviétiques. Nous étions encore en plein dans l'ère coloniale. Nasser avait annoncé sa décision en public, devant une foule en délire, avec un grand rire de dérision à l'égard des démocraties occidentales. Il y avait là non seulement un préjudice mais une insulte. La France et la Grande-Bretagne décidèrent de réagir. La France surtout y avait intérêt car l'Égypte était la base arrière (une des bases arrières) du FLN qui menait l'insurrection en Algérie. Dans ces conditions la tentation était grande de se servir d'Israël dont on connaissait les relations conflictuelles avec l'Égypte.
Dans le cadre de la phase amphibie de l'opération Mousquetaire (intervention franco-britannique sur le canal de Suez), la flotte française stationnée à Limassol (Chypre) appareille et prend la direction de l'Egypte. Le 6 novembre, les troupes françaises, esentiellement les légionnaires du 1er REP (régiment étranger de parachutistes), débarquent à Port-Fouad pour investir la ville, en présence du général de brigade Massu, commandant la 10e DP (division parachutiste), et du contre-amiral Lancelot, commandant la FNI (Force navale d'intervention).
Le Libanais - surtout dans la montagne - a toujours eu une passion pour la mousqueterie : noce, naissance, élection, le moindre événement de la vie quotidienne lui est une occasion de vider quelques chargeurs. Comment décrire l'extraordinaire variété des panoplies que j'ai pu contempler au cours de mon séjour ? La mitraillette la plus moderne voisinait avec les escopettes laissées pour compte des armées ottomanes, la carabine de luxe avec les pistolets d'abordage. Tout le pays est pratiquement en armes : policiers et soldats équipés de neuf par les livraisons massives de l'Amérique, Druzes corsetés de cartouchières, civils aux poches de derrière renflées. Au restaurant l'étranger ne peut manquer de loucher vers la ceinture garnie de chargeurs de ses voisins. Le chauffeur de taxi, pour rendre la monnaie, repousse dans sa boite à gants la crosse luisante d'un 7,65. La grande mode - pour les gens d'importance - est l' " abadaye ", le garde du corps traditionnel, moustache en croc, regard terrible, coiffé le plus souvent d'un tarbouche en bataille, qui suit son maître pas à pas, et que signale le cliquetis d'un cran d'arrêt sans cesse enlevé et remis.
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C'était en fin juillet, début août, je ne sais, de l'année 1956. Aux commandes de la vieille traction de mon père je remontais vers Ajaccio les lacets des calanques de Piana. Il était 2 h de l'après-midi. Chaleur, odeur exaspérée du maquis, immobilité totale sous le poids écrasant du soleil. Au détour d'un virage j'aperçus au milieu de la route un homme à cheval. Il m'arrêta d'un geste large et lent d'empereur romain. Il portait un uniforme vert que je regardai avec curiosité. Ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre un garde forestier en grande tenue avec képi, cors de chasse sur les parements et tout le saint frusquin.
Lorsque je lui assurai que j'allais me rendre chez les gendarmes, je crus déceler une sorte de regret dans son regard. Les choses sans doute n'étaient plus ce qu'elles étaient autrefois. Il n'aurait pas fallu le pousser beaucoup pour qu'il me dirige vers une bonne planque dans le "Palazzo verde" comme on désignait autrefois le maquis. Au village de Piana, les gendarmes me recherchaient activement autour d'une table de belote. Le soir même je sautai dans un avion (place réquisionnée, s'il vous plait) et après une bonne suée entre Orly et la gare de l'Est je grimpai dans le train de nuit. Le lendemain matin, brûlant d'une ardeur belliqueuse, je me présentais à mon chef.
De façon à être sûrs qu'Israël l'emporte dès les premiers jours du combat la France lui fournissait une aide aérienne. Un escadron de la 2ème Escadre sur Mystère IV assurait la couverture aérienne du pays à haute altitude et un escadron de la 1ère Escadre sur F-84F faisait la même chose à moyenne altitude et devait par la suite intervenir en missions air-sol contre les forces et l'infrastructure égyptienne. Le fait que ces F-84F appartenaient à l'OTAN et non à la France ne semblait gêner personne. Ces deux escadrons étaient des escadrons lourds fortement renforcés.
Ce génial scénario s'est déroulé comme prévu, à une petite exception près. Israël a envahi le Sinaï après avoir disloqué l'armée de Nasser. Cela a duré quelques jours, trois, quatre, je ne sais. Encore une fois je ne suis pas un historien. C'est alors que les alliés se sont précipités sur le canal. Le débarquement et le parachutage se sont bien déroulés. Mais on a un peu traîné dans nos affaires. Les Anglais dont le prestige en matière d'opérations amphibies était indiscutable et indiscuté avaient programmé une progression rationnelle et inexorable. Ils se croyaient en Normandie. C'était superbe mais lent. Les Français auraient préféré aller plus vite. Ce qui était possible compte tenu de la décomposition de l'armée égyptienne. Mais ils n'ont pas pu. Ce qui fait que lorsque l'ultimatum soviétique est arrivé nous ne disposions pas de la totalité du canal. Cet ultimatum était sévère. Il a cloué sur place les forces alliées. Les troupes furent stoppées au moment où on allait cueillir les fruits de la victoire. Et toutes ces belles combinaisons cousues de fil blanc aussi gros que des câbles de marine se retrouvèrent au tapis. Et monsieur Guy Mollet aussi par la même occasion (Monsieur Guy Mollet, socialiste, était le Premier ministre de l'époque).
Par contre sa valeur personnelle ne pouvait avoir aucune influence sur l'état des avions qui provenaient de tout le commandement aérien tactique. Les escadres de Luxeuil, Friedrichshafen se dépouillaient de leurs avions à potentiel complet en notre faveur et en faveur du détachement de la 3ème Escadre de Reims qui, lui, s'arrêtait à Chypre. Chaque chef mécanicien soupçonnait son homologue de lui avoir envoyé ses avions à problèmes et ses moins bons équipements. L'autre évidemment hurlait à la spoliation. Mais c'était bon ! Ça sentait terriblement la poudre. Les personnels tant mécaniciens, basiers, etc... que pilotes nageaient dans le bonheur à l'idée d'aller casser la gueule à Nasser. Mais je me souviens pourtant de cette époque comme d'un immense désordre dont les subordonnés n'étaient pas responsables. Les ordres succédaient aux contrordres.
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Les opérations de chargement durèrent un mois. Il fallait travailler de nuit. On chargeait des trains qui partaient vers Marseille. Pour ce faire on alignait une cinquantaine de wagons les uns derrière les autres. En abaissant les ridelles on constituait une surface continue de plusieurs centaines de mètres. On adossait le dernier wagon (ou le premier, c'était symétrique) à une sorte de plan incliné. On hissait "à bras fermes" le groupe électrogène ou la remorque technique en haut du plan incliné et il ne restait plus qu'à le faire rouler à toute vitesse (toujours à bras fermes) jusqu'au bout du train. Lorsque le train était entièrement chargé on s'apercevait que le matériel chargé sur le premier wagon (celui du bout) aurait du être chargé sur le dernier, ou le cinquième etc. Il ne restait plus qu'à décharger et à recommencer.
J'anticipe un peu mais je vais parler du renfort de Bordeaux. La quatrième région aérienne devait nous envoyer en Israël des personnels en grand nombre pour assurer quelques-unes unes de nos servitudes. Ils posaient un réel problème à notre chef. Par la suite on devait les voir rarement sauf pour toucher la solde et le tabac. C'est du moins ce qu'on dit, les gens sont méchants et moi aussi qui rapporte ces ragots. Mais j'ai appris à cette occasion comment on risque de tuer une équipe par hyper-alimentation.
Le terrain était en permanence occupé par des Nord 2500. C'était un avion qui était alors dans sa prime jeunesse. La vue de ces avions flambants neufs nous remplissait d'un sentiment de puissance. Les équipages du GMMTA (Groupement Militaire de Moyens de Transport Aérien) puisque c'est ainsi qu'on appelait le transport à l'époque, enfin libérés de leur vieux JU-52 et autres DC-3.
Mais nous eûmes aussi la visite d'avions plus curieux. Comme par exemple le Breguet "Deux Ponts" ainsi nommé parce qu'il avait deux étages. Deux vrais étages et non pas comme le Boeing 747 un étage et un quart. Ce formidable brontosaure ne passait pas inaperçu.
Ricanement du responsable. Le train du deux ponts était constitué de deux diabolos à deux roues chacun. Des roues plus hautes qu'un homme. Ça ne disparaît pas comme ça. Il fallut pourtant se rendre à l'évidence. Il manquait une roue. Le pilote consulté affirma n'avoir rien senti ni au décollage ni à l'atterrissage. Je dois dire qu'il m'arrive souvent de rêver au sort de cette roue. Je me perds dans des abîmes de suppositions : Figure-t-elle à l'inventaire de quelque brocanteur, sert-elle de margelle à quelque énorme puits, ou bien animé d'une énergie giratoire inépuisable continue-t-elle de rouler jusqu'à la consommation des siècles ? La disparition pure et simple d'un objet aussi formidable, c'est quelque chose, vous en conviendrez, qui touche à la métaphysique.
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Un jour enfin nous reçûmes l'ordre de partir. Cela se fit dans un grand enthousiasme. Le père Gavoille, le Cdt de la base, vieux compagnon de Saint-Exupéry, se mit au bord du taxiway et salua chacun des avions qui passaient. Moi, ça me faisait bien plaisir d'être salué par mon colonel. Nous emmenions avec nous, surprise de dernière heure, le commandant Perceval, commandant de l'escadre. Il n'avait pas pu résister au désir de venir avec nous. Cela mettait Vaujour son subordonné dans une position délicate.
Notre première escale était Brindisi. Nous descendîmes de l'avion et ayant dépouillé nos combinaisons nous nous retrouvâmes ... en civil. Et les mécaniciens qui nous attendaient au sol étaient en civil eux aussi, avec par-ci par-là quelques pièces d'uniforme. La théorie officielle était en effet que nous étions des pilotes civils convoyant quelque part vers Chypre des avions militaires. Le spectacle de ces civils bariolés s'agitant autour de nos jets était du plus haut comique.
Décollage le lendemain matin vers Chypre (Akrotiri). J'étais sanglé dans l'avion, bardé de tuyaux et bien incapable de me mouvoir. J'attendais l'heure de mettre en route. Mon avion se trouvait dans une longue rangée de 84F et il y en avait d'autres en face. Il y avait sur la piste un capitaine que je ne connaissais pas et qui dirigeait les opérations. J'ai appris par la suite que c'était un basier.
Tout à coup le RF-84 en face de mon avion se mit à brûler. Un feu vraiment sérieux, qui menaçait toute la rangée. Ce capitaine qui n'avait pour toute protection qu'un blouson bleu marine sauta sur un extincteur et se jeta dans le feu comme un lion. Je commençais à me dégrafer en toute hâte craignant de voir toute la rangée sauter d'un instant à l'autre. Mais il avait fini avant que j'aie pu descendre d'avion. Il nous regarda alors, hilare, le pouce levé. Je regrette encore de n'avoir pas par la suite écrit au général qui nous commandait pour lui signaler l'exploit de ce brave. Mais ce n'était pas l'habitude à l'époque pour un subalterne d'écrire à son chef. Je n'y ai à l'époque même pas pensé.
Décollage Jato sans problème pour Akrotiri. Les Jato étaient des fusées d'appoint pour décoller à pleine charge. On les allumait vers 100 nœuds et cela donnait un fabuleux coup de pied au cul. Par un malheureux coup du sort, au cours d'un de ces largages l'un de ces "paniers Jato" devait tuer un pécheur italien.
Nous arrivâmes à Akrotiri vers 2 h de l'après midi. Le temps passe vite lorsqu'on marche vers l'Est. Le terrain était couvert d'avions et de camions. Il y en avait partout même en bout de piste laquelle servait de parking sur 300 m. Je rêvais à ce qu'aurait pu donner une attaque de chasseurs ennemis. Grosse déception : le mess était fermé. En attendant sa réouverture on but du vin de Chypre à 25 degrés et tous n'en sortirent pas intacts. Le moral par contre était excellent.
Départ le lendemain aux aubes pour une destination inconnue. Sitôt après le décollage je fus assez déçu de trouver cette seule mention : "LOD" suivie d'un numéro indiquant la fréquence de la balise de Lod, le terrain de Tel-Aviv. Notre destination était depuis plus de quinze jours un secret de polichinelle. Pour la première instruction personnelle et secrète de ma carrière ça manquait totalement de romantisme.
Le voyage me parut extrêmement court et nous descendîmes vers la Terre Sainte dans la gloire du soleil levant. La lumière était fantastique de limpidité. Les montagnes arides déployaient à l'horizon leurs fastes sévères. Tous les reliefs apparaissaient avec une netteté cruelle. Au sud, le Sinaï dressait vers le ciel des sommets agités d'une sorte de violence. Je ne suis pas très perméable aux sentiments religieux mais je ressentais quand même une émotion profonde. S'y ajoutait le poids de l'histoire. Aucun pays au monde n'en était plus chargé. Des milliers d'années de luttes, d'espoirs, de massacres, de péripéties. Un raccourci d'histoire de l'humanité. Histoire traversée de personnages fulgurants, depuis Moïse jusqu'à Lawrence d'Arabie en passant par Bonaparte. Peut-être quelqu'un de mes lointains et innombrables ancêtres avait combattu sur ce sol, légionnaire ou centurion dans les armées de Titus. J'allais à mon tour participer, à mon échelle, au déroulement de l'Histoire. Dans le fond de moi-même j'avais peut-être l'espoir de la marquer définitivement de mon empreinte. Ah !
À l'arrivée au parking de Lod avant même que l'avion ne soit arrêté des individus sautèrent sur mes ailes. Un véritable assaut de pirates. Ils déployèrent des sortes de cartons et à l'aide de pistolets à peinture ils peignirent mes cocardes aux couleurs israéliennes. Lorsque je descendis de l'avion il était israélien. On nous réunit dans les locaux réquisitionnés d'un...
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