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L’histoire du PA 1935A est indissociable du choix de son calibre. Pourquoi, après de longues études (des dizaines de modèles de tous calibres évalués), avoir décidé d’écarter la 9 mm parabellum au profit de la 7,65 mm long ? Ce qui nous apparaît de nos jours invraisemblable ne l’était pas tant que ça au regard des outils disponibles à l’époque pour évaluer le pouvoir vulnérant d’une munition.

Certains critères capitaux aux yeux des militaires français des années 20 quant au futur pistolet mitrailleur ont aussi joué un rôle prépondérant et comme le PA devait avoir le même calibre que le PM… l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

L'histoire de la 7,65 mm Long et le Pedersen Device MkI

Commençons donc par une petite histoire de la 7,65 mm long et donc du Pedersen device MkI. Le 8 octobre 1917, John Pedersen, un inventeur assez connu travaillant pour Remington, fit une démonstration secrète devant un panel de parlementaires américains et d’officiers du service du matériel US (US Ordnance), dont son chef, le général William Crozier. Après avoir tiré quelques coups de feu tout à fait normalement avec le Springfield 1903 qu’il avait amené avec lui, il démonta rapidement la culasse, la laissant tomber dans une cartouchière qu’il avait sur lui, et remplaça la dite culasse par un étrange dispositif qu’il venait de tirer d’un fourreau fixé à sa ceinture. Il verrouilla alors en place sur le dessus du fusil un long chargeur de pistolet. Il commença à tirer aussi vite que lui permettait son index. En un rien de temps, il avait vidé les 40 cartouches du chargeur.

La démonstration de Pedersen avait époustouflé les témoins. Il était possible, en modifiant légèrement le Springfield 1903 (en particulier en ménageant une fenêtre d’éjection ovale sur le côté gauche du boîtier de culasse), de le transformer en carabine semi-automatique chaque fois que cela était désirable. Qu’il s’agisse d’arrêter une vague d’assaut allemande ou, au contraire, d’appuyer le rush vers la tranchée adverse, il paraissait intéressant d’avoir la possibilité de doter chaque soldat d’une arme, certes de puissance limitée, mais à grande cadence de feu dans certaines phases du combat. Qui plus est, l’arme pouvait revenir à son état de fusil destiné à tirer certes plus lentement mais à longue distance quand ces circonstances particulières n’avaient plus cours.

La munition mise au point par Pedersen avait une balle d’un diamètre permettant son tir dans le canon du Springfield 1903 (soit environ 7,8 mm de diamètre réel), un poids de 5,2 grammes qui, tirée dans le fusil, sortait avec une vitesse à la bouche de 400 m/s. Inutile de prendre vos calculettes, ça fait une énergie d’un peu plus de 42 kgm, soit peu ou prou la valeur d’une 9 mm Para ou d’une .45 ACP tirée dans un pistolet. Par ailleurs, elle a un pouvoir de perforation supérieur à une 9 mm para, même perfo.

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Or, à l’époque, en Europe continentale tout au moins, les critères essentiels d’évaluation de la « puissance d’arrêt » d’une munition sont l’énergie et la perforation.

Le « Pedersen Device MKI » est présenté au Général Pershing, commandant le corps expéditionnaire en France. Il trouve la conversion du plus haut intérêt et signe un memorandum le 11 décembre 1917 qui en recommande l’adoption. Springfield armory se charge d’apporter les modifications nécessaires pour transformer le 1903 en 1903 MarkI, ce dernier marquage étant porté sur les armes transformées.

Mais il apparaît rapidement qu’on ne produira pas assez vite les quantités nécessaires pour la grande offensive du printemps 1919. On décida donc de modifier de manière similaire le fusil US 17, qui prit le nom de Mark II. 500 000 sont prévus. On se pencha aussi sur d’autres armes produites par Remington, comme le Mosin-Nagant (au moins un prototype) ou le fusil Berthier 07/15 (resté à l’état de projet).

Le 11 novembre 1918, la guerre prit fin avant que le Pedersen Device ait pu entrer effectivement en service, mais 65 000 avaient été produits ainsi que 1,6 millions de chargeurs et 65 millions de cartouches.

Des tests menés sur une assez grande échelle (au moins 4 000 fusils transformés) entre 1919 et 1920 à fort Benning, fort Riley et la zone du canal de Panama concluront à l’abandon du Pedersen Device : trop compliqué, peu puissant, problème d’avoir deux types de cartouches sur soi. En avril 1931, les Pedersen devices sont massivement ferraillés et les Springfield modifiés sont ramenés au standard, à l’exception de la fenêtre d’éjection et du marquage « Mark I ». Ils sont versés pour l’essentiel à la Garde Nationale.

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Néanmoins, les militaires français vont faire revivre la cartouche de .30 Pedersen pour des raisons bien à eux. En 1921, un programme destiné à remplacer l’armement de la guerre est défini.

Le Choix du Calibre : 9 mm Parabellum vs 7,65 mm Long

Par ailleurs, on pense qu’il n’est pas impossible que les hostilités reprennent assez rapidement avec les allemands. On va hâter les choses en s’inspirant directement de ce qui marche, en particulier dans « le camp d’en face ». La munition retenue pour le futur P.S.A. « en attendant éventuellement mieux » sera donc la 9 mm Parabellum. Il est même envisagé, si les choses se remettaient à chauffer avec nos voisins, de mettre en production le P.08. que « l’ADR » avant la lettre va faire son retour.

Au milieu des années 20, un document va tenter de fixer en France la doctrine d’emploi du pistolet-mitrailleur (de la méthode ! aurait dit Descartes). On y évoque la conception ayant eu cours chez les allemands pendant la première guerre mondiale d’arme automatique collective légère. Elle colle à la vague d’assaut et permet d’assurer le volume de feu en attendant d’être rejointe par la mitrailleuse légère qui ne peut pas toujours suivre.

L’auteur ajoute que la France disposant d’une mitrailleuse réellement légère (le FM 1924), pouvant faire pleinement partie de la vague d’assaut, il s’agit de trouver un meilleur emploi à cette nouvelle arme qu’est le PM. Il met en avant que le STA 1924 a, à poids presque égal, des caractéristiques balistiques médiocres comparées au fusil ou au mousqueton. Il s’agit donc d’une arme individuelle visant à fournir un fort volume de feu de manière provisoire dans les moments de crise où l’ennemi est proche. On ne saurait la confier à des militaires dont la fonction habituelle est de faire le coup de feu avec des armes de pleine puissance. On destine donc l’arme aux gradés, aux servants d’une pièce ou d’un engin. En-dehors des moments de crise, il faut donc que cette arme se fasse oublier, n’encombre pas. Voilà qui est finement raisonné (finassé?) et explique la grande compacité des prototypes à partir du milieu des années 20, même en 9 mm Parabellum (MAS S.E. type 1, type 3, 1925). C’est aussi au final ce qui va expliquer en partie le choix de la 7,65 long au détriment de la 9 mm Para : possibilité de faire un PM encore plus petit, moindre poids et encombrement des cartouches.

Mais revenons à notre .30 Pedersen. En 1918 est développée une version de la cartouche à balle lourde (5,8 grammes) qui frôle les 60 kgm à la bouche(!) tirée dans un canon de fusil ou de carabine. En réponse au programme de PM français de 1921, Browning présente en 1922 une carabine Browning modèle .30-18 tirant par rafale et chambrée pour cette munition améliorée connue alors sous le nom de .30 BAR. La carabine, trop longue et trop lourde, n’intéresse pas, mais la cartouche « miracle » est mise en exergue et commence à être envisagée pour plus tard.

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Les essais comparatifs de 1925 entre les mêmes PM (canon de 22 ou 23 cm) en 9 mm Parabellum et en .30 Browning trouvent cette dernière cartouche au zénith : énergie à la bouche de 44 kgm, meilleure perforation jusqu’à 100 m, équivalente jusqu’à 400 m, meilleure rasance, meilleure précision (H+L). La 9 mm Parabellum garde néanmoins de chauds partisans, la dualité 7,65 Long pour le PM et 9 Para pour le PA est même envisagée.

On ajoutera que la 7,65 Long produite en France n’aura jamais ces performances, plafonnant à 360 m/s et 37 kgm. Qui qu’il en soit, en juillet 1926, le programme du PM est modifié et le calibre de 7,65 mm définitivement choisi.

Si officiellement ce calibre n’est pas rendu obligatoire dans le programme concernant le P.A., on note que la référence explicite au 9 mm Parabellum de juillet 1922 est abandonnée dans le rectificatif de juin 1927 et que l’énergie minimale à la bouche est abaissée de 35 à 30 kgm, donnant toutes ses chances à la 7,65 Long.

A partir de 1925, les prototypes présentés par les manufactures de l’Etat vont d’ailleurs abandonner le 9 mm Parabellum au profit de celle que l'on appelle encore la « .30 BAR ».

On passera sur le concours de 1930-1933, qui n’était qu’un simulacre visant à permettre aux services de raffiner les critères de choix, mais qui a montré clairement la préférence de la commission d’expérience pour le 7,65 Long. On notera que ce calibre y montre encore une fois une santé que l’on ne lui connaîtra plus jamais par la suite : V10 de 400 m/s ! On peut se poser quelques questions sur l'étalonnage des instruments de mesure, à moins qu'il se soit agi d'un canon d'essai plus long uniquement destiné à comparer les différentes fabrications de cartouches entre elles.

En 1935-1936, nouveaux essais, mais on a lassé les patiences et seuls trois prototypes sont proposés contre plus d’une quinzaine en 1933. On a compris d’où venait le vent et tous sont en 7,65 Long. L’un est proposé par la SACM (le futur PA 1935 A), l’autre par la MAS (le futur PA 1935 S). Le dernier, c’est le Browning 1936, présenté par la Manufacture d’Armes de Paris (MAP) que contrôle la FN Herstal. Ce pistolet présente une parenté évidente avec le GP 35 pour l’avant et avec le Radom Vis 35 pour l’arrière. Les deux PA français sont finalement adoptés en 1937 et le Browning écarté. Ecoeurée, la FN claque la porte et revend la MAP.

Carrière opérationnelle du PA 1935 A

En 1939-1940, elle a été plus que discrète. J'ai eu beau chercher dans divers ouvrages, aucune photo d'un PA 1935 A au poing d'un combattant de 1940. Cela s'explique probablement par les faibles quantités fabriquées mais sans doute encore plus réduites attribuées aux troupes. Les chiffres de livraison selon Stéphane FERRARD sont identiques à ceux de HUON pour la Marine et l'Air mais notablement différents pour la Terre avec seulement 1900 armes (HS Gazette des Armes N°8 l'armement de l'infanterie française 1918-1940). Ce modèle particulier est réservé aux officiers, toujours selon Stéphane FERRARD (Mai 1940, armement des fantassins français, Ed° ETAI, p. 34).

Dans la Gazette des armes N°46 de Février 1977, François Vauvillier cite le seul témoignage faisant état du PA 35 dans les combats de 1935-1940, à savoir dans l'ouvrage "Ceux des chars" de Pierre Voisin - Ed° Archat, L...

Tableau présentant par N° de série la fabrication et la première affectation

Numéro de série Période de fabrication Destination en sortie d’usine, notes
A1-A50 Octobre 1937-novembre 1938 Etablissement d’Expériences Techniques de Versailles
A51-A76 Octobre 1937-Novembre 1938 Commission d’Expérimentation de l’Infanterie, Mourmelon
A77-A81 Octobre 1937-Novembre 1938 Laboratoire Central des Fabrications d’Armement
A82-A100 Octobre 1937-Novembre 1938 Etablissement d’Expériences Techniques de Versailles
A101-A450 Février 1938-mai 1938 Parc Régional du Matériel de Bourges
A451-A455 Février 1938-mai 1938 Laboratoire Central des Fabrications d’Armement
A456-A476 Février 1938-mai 1938 Etablissement d’Expériences Techniques de Versailles
A477-A500 Février 1938-mai 1938 Commission d’Expérimentation de l’Infanterie, Mourmelon
A501-A3175 Juin 1938-décembre 1938 Parc Régional du Matériel de Bourges
A3176-A5200 1939 Parc Régional du matériel de Bourges
A5201-A5225 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Rochefort
A5226-A5440 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Toulon
A5441-A5500 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Lorient
A5501-A5600 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Brest
A5601-A5670 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Cherbourg
A5671-A5700 1939 Direction de l’Artillerie Navale à Bizerte
A5701-A6000 1939 Parc Régional du matériel de Bourges
A6001-A6300 1939 Direction de l’entrepôt de l’Air 306 à Nanterre
A6301-A8275 1939 Parc Régional du matériel de Bourges
A8276-A9750 Janvier 1940-juin 1940 Parc Régional du matériel de Bourges
A9751-A10000 Janvier 1940-juin 1940 Manufacture d’Armes de Tulle (évacuation devant l’invasion allemande)
B1-B50 Janvier 1940-juin 1940 Parc Régional du matériel de Bourges
B51-B600 Janvier 1940-juin 1940 Manufacture d’Armes de Tulle (évacuation devant l’invasion allemande)
B601-B700 Janvier 1940-juin 1940 Inconnue (évacuées? Saisies par les allemands ?)
B701-B1250 Octobre 1940-décembre 1940 Militärverwaltungbezirk à Angers, poinçon WaA 655
B1251-B2100 Octobre 1940-décembre 1940 Militärverwaltungbezirk à Angers, poinçon WaA 251
B2101-B2700 1941 Militärverwaltungbezirk à Angers, poinçon WaA 251
B2701-B8820 1941 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
B8821-B10000 1942 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
C1-C5445 1942 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
C5446-C10000 1943 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
D0001-D2165 1943 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
D2166-D4550 Janvier 1944 - 15 avril 1944 OKH-Heereswaffenamt Dienstelle à Paris, WaA 251
D4551-D5200 Automne 1944 - Décembre 1944 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
D5201-D10000 1945 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
E0001-E10000 1946 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
F1-F970 1946 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
F971-F10000 1947 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers, début du montage de l’anneau de dragonne au cours de la série F.
G1-G1945 1947 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
G1946-G10000 1948 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
H1-H2915 1948 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
H2916-H10000 1949 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
J1-J3885 1949 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers
J3886-J4950 1950 Réserve générale de l’artillerie à Poitiers

Bibliographie

  • Jean HUON, Les pistolet automatiques français (Histoire et collections), PP. 136-137 pour le Browning 1936
  • Jean HUON, Eugene Medlin, Les armes de pong de l'armée française, 2ème édition (Crépin-Leblond)
  • Jean HUON, les pistolets-mitrailleurs français (Crépin-Leblond)
  • Stéphane FERRARD, Le pistolet mitrailleur STA, Gazette des armes N° 65 novembre 1978
  • Dominique MASTIER, Stéphane FERRARD, le chemin de croix du PM MAS 38, Gazette des armes N° 66, décembre 1978

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