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Le braconnage d’animaux protégés est-il en voie de devenir un « sport national » comme le dénonce l’association FERUS ? Les statistiques de l’ONCFS en charge de la police de la chasse ne font état que des cas connus et il y en a peu. Tous ces cas ne relèvent pas du braconnage.

Depuis 1990, en l’état des connaissances disponibles, 26 cadavres de loups tués illégalement ont été retrouvés - intégralement ou partiellement. Comparativement aux ours et aux lynx, c’est un nombre assez important, car 3 ours et 11 lynx ont été abattus illégalement pendant la même période. Les instructions judiciaires sur les ours Melba et Canelle ont abouti à un non-lieu pour légitime défense. En revanche et jusqu’à preuve du contraire, les 26 loups ont été exclusivement braconnés.

Les techniques utilisées sont assez limitées :

  • Empoisonnement (cyanure, strychnine ou anti-coagulant)
  • Mort par balle
  • Collision volontaire
  • Piégeage

L’association FERUS estime, à partir d’une comparaison entre les loups recensés et le développement type qu’aurait dû suivre leur population, que le nombre réel de spécimens braconnés depuis 2000 peut être estimé à une centaine. Les cas recensés par l’ONCFS ne représenteraient donc qu’environ 8 % du total présumé. Le braconnage étant clandestin, toutes les conjectures sont permises.

Car comme acte illégal, le braconnage n’est connu que dans 3 cas :

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  • Par les cadavres découverts a posteriori
  • Quand il échoue et que le braconnier est arrêté
  • Quand il est sciemment revendiqué

Quelques cas ont retenus notre attention. En avril 1999 à Saint-Martin de Vésubie (Alpes-Maritimes), le cadavre de loup retrouvé avait été écorché et décapité. En novembre 2000, un loup tué par balle a été retrouvé pendu par les pattes arrière à un arbre à l’entrée d’Allevard (Isère) ; un écriteau « Ras le bol du Loup » était posé à ses cotés. En 2005, un cadavre de loup est volontairement déposé sur le ballast d’une voie ferrée entre Breil-sur-Roya et Saorge (Alpes-Maritimes). En juillet 2006, des pattes arrière de loup sont déposées devant les gendarmeries de Trèves (Gard) et de Rivière-sur-Tarn (Aveyron). En mars 2007, des restes de loup sont une nouvelle fois déposés devant ces deux gendarmeries. En février 2008, c’est à Presles (Savoie), qu’est cette fois retrouvé un cadavre de loup décapité.

Ce qu’ont en commun ces quelques cas, c’est qu’ils témoignent systématiquement d’un usage symbolique du cadavre. Sans doute, la revendication du braconnage, voire la mise en scène des animaux abattus illégalement n’est pas un phénomène nouveau. Mais dans le cas de cette catégorie spécifique que sont les animaux protégés, je voudrais proposer de montrer comment ces pratiques de braconnage peuvent être interprétées comme des formes d’action politique informelles.

Les auteurs de ces abattages illégaux ne sont pas connus. Il s’agit donc ici, à partir d’un ensemble d’indices organisés en une piste, de construire des hypothèses. C’est à partir de ces observations de terrain que je souhaite proposer une montée en généralité sur la politisation des pratiques ordinaires des chasseurs et proposer une interprétation des cas de braconnage mentionnés.

Je voudrais montrer que ces interactions particulières concernent toujours des animaux anthropisés par des politiques publiques ; que cette qualité reconfigure les interactions où ils sont engagés avec des chasseurs ; ces dernières se transforment alors en un rapport de force à la fois symbolique et pratique avec les pouvoirs publics dont l’enjeu est l’institution sociale de la nature.

Des animaux embrigadés

C’est par leur redondance, sur des terrains géographiquement éloignés, que des pratiques me sont apparues au fil d’enquêtes comme moins marginales qu’elles ne semblaient au premier abord, puis que j’ai décidé de les construire en objet de recherche. Ce qui spécifie ensuite ces pratiques, c’est une forme rhétorique de disqualification par l’établissement d’un lien entre ces présences animales et des groupes sociaux, comme les touristes, les randonneurs, ou « les gens du lotissement », voire, et c’est ce qui nous intéresse plus spécialement, par l’association des animaux à un parti politique - les Verts - et plus souvent encore à la puissance publique et à ses représentants, comme Dominique Voynet qui était ministre de l’Environnement au moment de ces enquêtes).

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Ainsi, lors d’une promenade dans la campagne bourbonnaise, un agriculteur qualifie du nom de la ministre une buse variable que j’observe : « C’est une Voynet cette saloperie-là. » En Savoie, c’est un chasseur qui associe les renards avec « ceux de la ville ».

Mais le geste parfois suffit à pratiquer cette association discriminante sans être pour autant accompagnée d’une parole plus explicite. En baie de Somme, un chasseur me raconte une anecdote pour dénoncer l’absurdité de Natura 2000 : « À cause des nouvelles réglementations, y a même des chasseurs qui ont bullé la mare à tritons pour être tranquilles chez eux. »

L’urodèle et l’orchidée sont alors directement éliminées à cause de leur association au programme Natura 2000 qui les protège. Dans l’interaction d’enquête, ce récit avait moins pour finalité de dénoncer cette pratique excessive que de dénoncer la cause qui poussait certains chasseurs à de tels excès : l’emprise des idéologues écologistes sur le territoire au nom de la présence d’animaux rares.

Ces formes à la fois pratiques et discursives de discrimination ont été également observées dans d’autres contextes et par d’autres chercheurs. La rumeur de lâchers de vipères par hélicoptères, étudiée par Véronique Campion-Vincent, est le comble du lien fait entre la présence d’animaux et une volonté politique. Cette forme rhétorique n’est pas exclusive à la France et un rapport de Pro Natura sur le braconnage des lynx en Suisse en donne aussi des exemples : Hans Egger, président de la Société de chasse de l’Oberland bernois, associe le développement des populations de lynx à tous ceux qui voudraient jouir exclusivement de la nature :

« Les jeunes et les vieux, les motorisés, les joggers, les individualistes, les fondamentalistes, les opportunistes indécrottables, les éternels insatisfaits, les donneurs de leçon et les bien-pensants. »

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Une nouvelle catégorie de nuisibles

Les animaux mobilisés dans ces associations d’idées sont la plupart du temps des animaux qui ont été classés ou sont encore classés dans la catégorie des « nuisibles ». Ainsi, sur le littoral picard, à la réserve du Hâble d’Ault, les cygnes qu’un sauvaginier peut apercevoir de l’observatoire provoquent sa colère :

« Après il y a des cygnes en veux-tu en voilà. Quand on sait qu’un couple de cygne, au moment où ils couvent, il leur faut un hectare d’eau, le mâle monte la garde, y’a rien, personne n’approchera, tout ce qui approche est mort. Alors moi, je dis à X [directeur de la réserve], le petit passereau qui va couver là, il n’a aucune chance, faudrait pas qu’un cygne tombe dessus. »

Réaction que l’on retrouve de manière analogue en Isère :

« On fait tout pour le loup mais pour l’instant on fait pas grand-chose pour le mouton. Y a quelque chose qui va pas ! Le loup il a lieu d’être, ouais, peut-être, tout en sachant que nos ancêtres se sont débarrassés du loup... Ils avaient sans doute de bonnes raison. »

Les moutons ici, comme les passereaux en baie de Somme, sont mobilisés pour délégitimer la protection des anciens « nuisibles » - cygnes, cormorans, busards et loups - qui déciment leurs rangs. La catégorie de nuisible a pour finalité de qualifier les animaux qui font obstacle à une modalité de gestion de la nature, que ce soit à une fin agricole, cynégétique voire naturaliste. Quand ils s’indignent au nom des nichées de perdreaux décimées par des rapaces « nuisibles », les chasseurs usent de la catégorie de nuisible pour défendre des animaux auxquels ils sont plus ou moins associés par des liens de domestication même s’ils sont indirects. Cette catégorie de (dé)classement est toujours justifiée par une conception de l’ordre naturel.

Ce qui est intéressant dans le cas des tritons ou des liparis, c’est que ces animaux ou plantes étaient auparavant indifférents aux chasseurs, c’est-à-dire non classés dans une de leurs catégories de perception de la nature ordinaire. Ce qui n’aurait pas été le cas avec les cormorans, par exemple, volatiles classés parmi les nuisibles, c’est-à-dire déclassés dans la hiérarchie des animaux dignes d’intérêt. Cette qualité des tritons permet de mieux objectiver les ressorts du reclassement de ces animaux.

Ce qui pousse les sauvaginiers à devenir attentifs à ces animaux, c’est le surcroît d’attention que l’on exige d’eux à cet égard. C’est surtout que cette attention est imposée à travers tout un ensemble de prescriptions qui contreviennent aux usages cynégétiques coutumiers des espaces concernés. Les logiques d’usage de la catégorie de « nuisible » se poursuivent donc par rapport à certains prédateurs connus, mais elles se renouvellent aussi en s’appliquant à des animaux d’un autre genre ignorés jusqu’alors : la protection crée causa sui, et c’est un phénomène spécifique et original, une nouvelle catégorie de nuisibles constituée d’animaux qui ne concurrencent pas les chasseurs comme les prédateurs déjà cités, mais qui nuisent également à la chasse parce qu’ils justifient un encadrement astreignant de son usage des espaces naturels.

En définitive, c’est au nom de leur participation à un dispositif normatif de définition de l’usage légitime des ressources naturelles que ces animaux sont disqualifiés comme cheval de Troie d’un groupe social. Ces dispositifs sont plus particulièrement les politiques de protection de la nature et les dispositifs de naturalisation des campagnes qui substituent à la construction sociale anthropocentrique de la nature produite par les chasseurs ou les agriculteurs une construction cognitivo-centrique de légitimité scientifique.

Penser l’institution de la nature ordinaire

Comment penser ces comportements ? Trop souvent, les différents usages sociaux de la nature sont ramenés à des représentations antagonistes de la nature. La formulation la plus courante de cette approche est l’opposition de la culture rurale des chasseurs à la culture urbaine des écologistes et autres entrepreneurs savants de nature. La première représentation de la nature serait caractérisée par une visée productive : il s’agit d’ordonner la nature pour cultiver ses ressources appréciables, qu’elles soient des perdrix, du bois, des fruits ou des céréales. La seconde serait caractérisée par une visée récréative, esthétique ou savante : il s’agit de jouir du calme ou du spectacle de la nature, que ce soit par la randonnée où l’ornithologie. Ces deux idéaux-types correspondent indéniablement à des aspects de la réalité.

Mais la typologie, en reconstruisant en système de propositions abstraites les relations instituées à la nature, abstrait ce produit objectivé de ses modes de production et produit l’illusion de leur analogie. Les usages peuvent alors être commodément décrit comme relevant d’intérêts différenciés et concurrents. Or, si l’on passe de l’opus operatum au modus operandi, les représentations, mises en équivalence par l’abstraction typologique, se trouvent très distinctes par leur mode de production.

Il y a une autre déclinaison de l’approche des pratiques environnementales en termes de consommation qui n’est pas moins perverse que celle en termes de représentations sociales. En effet, elle suppose une altérité entre sujet et objet, en l’espèce entre la nature et les multiples usages qui en sont socialement possibles. La nature est considérée comme un pré-donné objectif.

Que faire si vous êtes témoin de braconnage ?

Si vous êtes témoin d'un acte de braconnage, il est crucial de réagir de manière appropriée. Voici les étapes à suivre :

  1. Ne vous mettez pas en danger : N'intervenez pas directement si vous pensez que les braconniers peuvent être armés ou dangereux.
  2. Rassemblez des informations : Notez autant de détails que possible, tels que la date, l'heure, le lieu exact, la description des personnes impliquées, les véhicules utilisés et le type d'activité suspecte.
  3. Contactez les autorités compétentes :
    • Office Français de la Biodiversité (OFB) : C'est l'organisme principal chargé de la police de la chasse et de la protection de la nature.
    • Gendarmerie ou Police : En cas d'urgence ou si vous pensez que l'infraction est en cours.
  4. Signalez les faits : Fournissez toutes les informations que vous avez recueillies aux autorités. Plus vous serez précis, plus l'enquête sera efficace.
  5. Restez discret : Évitez de divulguer publiquement les informations que vous avez, car cela pourrait nuire à l'enquête.

Bases réglementaires et peines encourues

Le Code de l’environnement prévoit des dispositions pénales sévères contre le braconnage, notamment aux articles L.428-1 à L.428-29 et R.428-1 à R.428-19.

  • Infractions : Chasse sur le terrain d'autrui sans consentement, chasse dans les réserves, chasse en temps prohibé, utilisation d'engins prohibés, emploi de drogues pour enivrer le gibier.
  • Peines : Jusqu'à un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende en cas de circonstances aggravantes (déguisement, fausse identité, violence).
  • Peines accessoires : Retrait ou suspension du permis de chasser, confiscation des armes et du matériel utilisé pour le braconnage.

Il est également puni de mettre en vente, vendre, acheter, transporter ou colporter du gibier en dehors des périodes autorisées.

Le rôle des associations et des citoyens

Les associations de protection de la nature, comme FERUS, jouent un rôle crucial dans la sensibilisation et la dénonciation du braconnage. Les citoyens peuvent également agir en signalant les faits aux autorités et en soutenant les actions de ces associations.

Exemple concret : Arrestation de braconniers

Un exemple récent illustre l'importance de la surveillance et de la coopération avec les autorités. Dans une affaire, des gardes-chasses ont observé deux frères chassant illégalement le grand gibier de nuit avec des phares puissants. Les gendarmes ont retrouvé des têtes de chevreuils et de la viande à leur domicile. Les braconniers ont été condamnés à de la prison avec sursis, une amende et une interdiction de chasser.

En conclusion, la lutte contre le braconnage est l'affaire de tous. En signalant les actes de braconnage et en soutenant les actions de protection de la nature, nous pouvons contribuer à préserver la faune sauvage et les écosystèmes.

Il n’est absolument pas normal qu’en 25 ans de chasse, je n’aie jamais eu à montrer mon permis de chasser à qui que ce soit. Je n’ai jamais été contrôlé. Pas de permis ? Pas d’assurance ? Braconnage ? Vous vous dites peut-être que ma démarche est proche de la délation ; je vous réponds que c’est le seul moyen de sortir de la chasse les gens qui salissent la chasse par leur inconsistance.

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