Depuis une dizaine d’années, le Royaume-Uni est confronté à une montée inquiétante des attaques au couteau, devenues une urgence nationale. Les rues du Royaume-Uni sont de plus en plus ensanglantées par une violence qui ne faiblit pas. Près de la moitié des homicides commis entre 2022 et 2024 ont été perpétrés avec un couteau ou une arme blanche, selon les données de 38 forces de police britanniques.
Les statistiques obtenues via une requête d’accès à l’information montrent que 49 % des meurtres enregistrés au Royaume-Uni au cours des trois dernières années ont été commis avec une arme blanche. Sans surprise, Londres est la ville la plus touchée, avec 65 % des meurtres commis par arme blanche.
Le Royaume-Uni, qui a interdit les armes à feu et donc dépossédé les citoyens de la capacité à se défendre, se retrouve aujourd’hui face à une explosion du crime au couteau qui démontre l’inefficacité des politiques de désarmement à prévenir la violence.
Au Royaume-Uni, les attaques au couteau ont augmenté de plus de 70% en dix ans. En dix ans, leur nombre a augmenté de plus de 70%. Une attaque au couteau a lieu toutes les 11 minutes au Royaume-Uni.
Les armes utilisées sont des machettes ou encore des couteaux crantés, appelés "couteaux zombies". Ils sont vendus en ligne ou dans la rue, à la vue de tous. C'est l'un de ces couteaux dont a été victime Abdoul Lelo, membre de l'association "One with the village". Ces huit derniers mois, près de 250 personnes ont perdu la vie lors d'attaques au couteau.
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En mars 2025, les statistiques officielles relevaient 53 047 infractions impliquant un couteau et 3 508 hospitalisations pour blessures au couteau. Depuis le milieu des années 2010, le nombre d’infractions impliquant un couteau a augmenté de manière marquée.
Les recherches montrent que les jeunes victimes de blessures au couteau viennent majoritairement de zones marquées par la pauvreté. Les exclusions scolaires permanentes (fortement en hausse dans les années 2010) ont aussi contribué à placer des adolescents vulnérables hors du système éducatif, dans un environnement où le port d’armes devient plus courant.
Les victimes, comme les auteurs, sont de plus en plus jeunes. C’est l’âge des victimes et des agresseurs qui suscite le plus d’émoi. En effet, ce sont surtout les jeunes qui sont victimes de ces attaques. De fait, sur les 30 jeunes tués cette année, 26 ont succombé à des blessures faites au couteau.
Jeudi soir, un garçon de 16 ans est mort après avoir été poignardé à Hillingdon, dans l’ouest de Londres (Angleterre). La police a été appelée vers 19h30, quelques minutes après qu’une autre agression a coûté la vie à un adolescent de 15 ans, à Croydon, dans la banlieue sud.
Le commandant Alex Murray a estimé : « Je suis profondément attristé par chaque homicide commis cette année, et très préoccupé par ceux commis par des adolescents. Chacun d’eux est une tragédie qui laisse derrière elle des familles au cœur brisé et des communautés en détresse. Mes pensées vont aux victimes et à tous ceux qui sont touchés. Ce ne sont pas des statistiques, ce ne sont pas de simples numéros, ils ont tous des familles, et ils auraient tous dû avoir la vie devant eux ». Il a affirmé que la violence des jeunes était la « priorité numéro un de la Met Police à Londres ».
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Selon le commandant Murray, de plus en plus de jeunes portent des couteaux « pour se protéger », dans un climat de grande tension due à la pandémie qui a accru la détresse économique ou psychologique de nombreuses familles.
Un couteau de cuisine est accessible à tous. Il ne coûte presque rien et ne nécessite pas de réseau criminel pour s’en procurer, contrairement aux armes à feu. Si le nombre de couteaux en circulation est si élevé, c'est en partie parce qu'il est très difficile d'acquérir une arme à feu au Royaume-Uni.
On peut voir dans cette série comment les réseaux sociaux et les discours masculinistes poussent à la violence. La violence est alors produite à l’aide d’un objet banal : le couteau.
Les contrôles policiers, notamment les « stop and search », visent à limiter le port d’armes, mais sont critiqués pour leurs biais raciaux. Résultat, on a un climat de méfiance réciproque entre jeunes et forces de l’ordre, qui renforce l’isolement et la peur.
Les experts et les associations rappellent que la répression, bien qu’indispensable, ne suffira pas. Les autorités organisent régulièrement des « surrender schemes », des périodes où il est possible de remettre des armes prohibées à la police sans poursuites. Les campagnes de sensibilisation s’appuient parfois sur des figures publiques. En 2024, l’acteur Idris Elba, originaire de Londres-Est, a mené une campagne nationale qui a contribué à l’interdiction des machettes et des couteaux zombie.
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Inspirée de l’exemple écossais (Glasgow, années 2000), l’Angleterre a mis en place des Violence Reduction Units (VRU) dès 2019. Ces structures rassemblent la police, les écoles, les hôpitaux et les associations pour travailler ensemble sur la prévention.
Le gouvernement Labour avait promis de diviser par deux les meurtres au couteau d’ici à dix ans. Si 250 personnes sont mortes à la suite d’attaques à l’arme blanche au Royaume-Uni, en 2024, l'objectif du gouvernement est de diviser ce chiffre par deux d’ici 10 ans.
Le VRU (''Violence Reduction Unit''), financé par les autorités locales, a mis en place un programme novateur visant à réorienter les jeunes arrêtés pour des faits de violence ou de délinquance. Des travailleurs sociaux spécialisés sont déployés dans les centres de garde à vue de Londres. Selon un rapport, le programme est un véritable succès : « Jusqu’à 9 jeunes sur 10 sont détournés de la récidive », affirme Lib Peck, directrice de la VRU londonienne.
Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été menées à travers le pays : les jeunes sont invités à déposer anonymement leurs armes dans des commissariats ou via des associations. Des conteneurs spéciaux ont été installés à cet effet dans tout le pays. Londres en compte 24.
Enfin, la série documentaire Adolescence, sortie sur Netflix il y a trois mois, est proposée dans les collèges britanniques.
Aux États-Unis, les armes à feu provoquent chaque année plus de 40 000 morts. Cette comparaison montre bien que la nature de l’arme disponible détermine l’ampleur des violences. Si les armes à feu étaient aussi accessibles au Royaume-Uni qu’aux États-Unis, les chiffres britanniques exploseraient.
À titre de comparaison, 10 397 attaques au couteau ont eu lieu en France sur la même période.
| Pays | Nombre d'attaques au couteau (2023-2024) |
|---|---|
| Royaume-Uni (Londres) | 15 016 |
| France | 10 397 |
En conclusion, la violence au couteau n’est pas une fatalité culturelle britannique. Ce n’est pas une solution miracle qui sauvera la société britannique du fléau des couteaux, mais une combinaison patiente de mesures. Tant que le débat public sera biaisé par une censure idéologique des données criminelles, aucune solution efficace ne pourra être mise en place.
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