Si le char, en tant que véhicule blindé doté d’un armement offensif, a révolutionné la pratique de l’art militaire, force est de constater qu’il peut être relié à des origines très anciennes. Avec l’aviation, le char constitue le second symbole majeur de la guerre au XXème siècle. Pour autant, il est tout sauf une création ex nihilo.
Tout d’abord, le char peut être envisagé comme une version modernisée des chars de l’Antiquité tractés par des chevaux et qui étaient parfois utilisés sur les champs de bataille. Ensuite, le char peut aussi être considéré comme la continuité de la cavalerie militaire traditionnelle, la faisant passer du cheval à la machine. Cette conception se heurte toutefois au fait que les premiers chars construits par les britanniques n’ont pas à remplir les mêmes missions que la cavalerie.
En effet, dans un premier temps, les chars vont être cantonnés à des missions de soutien d’infanterie. Ils seront lents et peu mobiles, là où la cavalerie doit à l’inverse user de sa mobilité et de sa vitesse pour exploiter les brèches faites dans les lignes de l’ennemi. Cette conception du char comme prolongement de la cavalerie conviendra bien mieux à la doctrine française dans laquelle on remarque une continuité entre le cheval et le char, avec en étape intermédiaire le tracteur.
Le monde agricole a ainsi participé d’une façon non négligeable au développement des blindés, même si ce sont les ingénieurs militaires qui ont flairé le gain que pourrait représenter cette innovation, mise au service des armées sur le terrain. Ces derniers ont par exemple préféré l’usage de chenilles au détriment des pneus, jugés trop fragiles pour faire face aux terrains accidentés des No man’s land.
Pour autant, en 1914, les différents bellicistes sont loin de repérer avec évidence le potentiel dévastateur que pourrait représenter une version remise au goût du jour des chars antiques. Les généraux français en charge au début du conflit refusent de penser que l’aviation aura un rôle décisif, autre que celui de la reconnaissance... alors de là à imaginer que des formations de chars pourraient nous apporter la victoire... il y a vraisemblablement tout un monde. Le fait est qu’aucun des deux camps ne prévoit l’imminence du blocage général et massif que va connaitre l’ensemble du front Ouest.
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Tous sont persuadés que la guerre sera de courte durée. On sera bien évidemment à Paris/Berlin pour Noël. Dans les faits, la réalité est toute autre. La « course à la mer » sonnant la fin de la guerre de mouvements, les deux armées s’enterrent à partir de 1915 dans des réseaux de tranchés toujours plus denses et perfectionnés.
À peine quelques mois après le début de la Première Guerre mondiale, dès le mois d’octobre 1914, un tacticien de la British Army, le colonel Swinton, revient d’une visite au front convaincu que la combinaison de la guerre de tranchées et de la mitrailleuse exigeait un véhicule armé, blindé et équipé de chenilles. Après quelques atermoiements, ce projet atterrit sur le bureau de Winston Churchill qui en comprend l’intérêt et constitue un comité pour l’étude de prototypes dits de « lands chips ».
En 1915, il ordonne donc la création du « Landships Committee ». Regroupant des élites militaires et des ingénieurs, ce comité est chargé de gérer la conception, le développement et la construction du premier char de combat employé lors de la Première Guerre Mondiale : le Mark One. Ainsi, le char est envisagé comme une réponse à un contexte particulier.
Selon les responsables britanniques de l’époque, il permettra d’apporter la solution qui contournera le blocage et le problème de la guerre des tranchés. Indirectement, cela doit mener les armées de l’Entente à la victoire, car elles sont sur la défensive depuis le début du conflit dans lequel ce sont bel et bien les Allemands qui ont gagné du terrain. Le char doit permettre à l’Entente de sortir de sa torpeur et de son immobilisme. Il est également chargé de faire sauter le verrou des tranchés allemandes pour permettre aux armées franco-britanniques de reprendre l’initiative.
Les attentes importantes placées dans le projet « Landship » vont justifier le secret le plus total dans lequel il est mené. Ainsi, le projet se développe dans le secret le plus total. Le mot « tank » lui-même peut se traduire par « réservoir ». La supercherie est utilisée par les Britanniques pour tromper les espions allemands. Outre le fait de duper les Allemands, les chars doivent être construit également sans que la population civile britannique ne soit mise au courant.
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Sous ce couvert, l’Angleterre va donc recruter ses premiers tankistes qui formeront le « Royal Tank Corps ». Officiellement, et toujours pour que les Allemands ne se doutent de rien, ils rejoignent la « Heavy Section Machine Gun Corps », ce qui laisse présager qu’ils deviendront des servants de mitrailleuses. Derrière cette idée et cette culture du secret, on retrouve Winston Churchill qui, épaulé par John French, commandant du BEF, vont être les deux grands promoteurs de ce projet.
Dès lors, un cahier des charges est vite fixé. Le véhicule devra servir de soutien à l’infanterie, la protégeant derrière son blindage et lui permettant de progresser à travers le No man’s land sans subir de pertes trop importantes.
La vitesse du tank ne doit pas excéder celle d’un fantassin progressant sur le champ de bataille, afin de permettre à l’infanterie de rester au contact de la protection qu’offre le blindage du véhicule contre les tirs de mitrailleuses et de fusils. Il est donc inexact d’expliquer la lenteur des premiers chars par le seul facteur des limitations technologiques des moteurs de l’époque. Le véhicule devait être suffisamment massif, armé et imposant pour déblayer les barbelés, obstacles et autres fortifications jalonnant le champ de bataille, afin de permettre de détruire les premières lignes ennemies avec le support de l’infanterie.
Par ailleurs, puisque le tank doit être capable de franchir les lignes de tranchés sans se retrouver bloqué dans les boyaux, il doit adopter une forme assez longue. Le premier prototype de châssis anglais, baptisé « Little Willie » fut certes fonctionnel, mais jugé inapte à traverser les tranchées.
Au sein de l’armée britannique, le général Haig était particulièrement impatient de gagner du terrain au cours de la bataille de la Somme. Il voulut disposer des premiers 50 engins disponibles. Ce furent les chars Mark I avec leur forme rhomboïde, conçus pour franchir une tranchée de près de 4 m de largeur et un obstacle de plus de 1 m de haut. Toutefois, une fois franchie la tranchée, ils devaient obliquer et longer la tranchée pour la mitrailler latéralement, d’où la disposition des mitrailleuses sur les côtés de la caisse.
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Prenant part dans le cadre de l’offensive de la Somme, menée par les troupes du Commonwealth, la bataille de Flers Courcelette correspond au premier engagement connu des chars Mark One sur le terrain. Si la bataille de la Somme commence le 1er juillet 1916, les combats à Flers ont lieu dans la journée du 15 septembre de la même année. Petite parenthèse pour les éventuels anglophobes qui pourraient lire cet article : l’offensive de la Somme était initialement prévue deux à trois mois plus tard, mais devant l’essoufflement de l’armée française à Verdun, nos alliés britanniques ont pris sur eux d’en précipiter le lancement afin de soulager nos Poilus. Le résultat : 57.000 morts pour l’armée britannique la seule journée du 1er juillet 1916. Aussi, tachez de penser à ces 57.000 hommes, la prochaine fois que vous trouverez judicieux de tirer à tout va sur les Anglais.
L’engagement des premiers blindés à Flers n’a rien de la révolution et du grand succès prédit par Churchill. Dans les faits, les résultats furent mitigés, pour ne pas dire décevants. Les pertes effroyables connues par l’infanterie britannique dans les premières semaines de l’offensive ont poussé l’état-major anglais à accélérer le déploiement des chars Mark One sur le terrain afin de limiter le carnage.
L’apparition de ces monstres d’acier a toutefois eu le mérite de provoquer un énorme choc psychologique chez les troupes de premières lignes de l’armée allemande, saisies par l’effroi et terrifiées face à cet objet inconnu, semblant indestructible. Il faut se rappeler que personne n’avait jamais vu de tank à l’époque. Aussi, il est aisé d’imaginer la panique des fantassins allemands face à ce nouveau genre d’arme.
Heureusement pour eux, les blindés britanniques pêchent au moins autant par leur lenteur que par leur manque de fiabilité. Leur faible mobilité les rend incapables d’exploiter les brèches pour transformer un succès tactique local en une victoire stratégique de grande échelle s’appliquant à l’ensemble du front. Ainsi, 15 chars Mark One se retrouvent bloqués dans la boue, sans compter de nombreuses pannes en tout genre. Les gains territoriaux sont faibles et les résultats de l’opération s’avèrent plus que décevants.
Une fois passé la terreur et le choc psychologique, les Allemands ont vite appris à faire face à ce nouvel adversaire. Ils se ressaisissent et utilisent leur artillerie lourde, se rendant compte que la lenteur des chars en fait des cibles privilégiées. Aussi, il faut bien prendre garde à ne pas surestimer l’impact des premiers chars utilisés en 1916. 25 réussissent à passer les premières lignes britanniques et à s’insérer dans le No man’s land, 7 chars ayant essuyé des pannes diverses au moment de se lancer à l’assaut. 9 chars seulement arrivent à atteindre les lignes allemandes pour opérer une percée.
Churchill lui-même regretta la précipitation dans le déploiement des tanks, estimant qu’une invention d’une valeur inestimable a été dévoilée à l’ennemi dans le but de reprendre quelques villages en ruines.
Se pose alors la question de la fiabilité dont manquent grandement les chars britanniques. La non réussite des Mark One est en effet davantage imputable aux diverses pannes qu’ils ont rencontrés qu’à l’opposition des troupes allemandes. Il faudra attendre 1918 et la Bataille de Cambrai pour voir des chars Mark IV et Mark V plus fiables être utilisés avec davantage de réussite.
Tout n’est pour autant pas bon à jeter et l’on aurait tort de qualifier le bilan de ce baptême du feu « d’échec total ». En effet, outre le choc psychologique terrible infligé aux Allemands, la présence des chars a également eu pour effet de redonner de l’allant et du moral aux troupes de l’Entente sur le terrain. Douglas Haig, successeur de French à la tête du BEF, estima ainsi que les troupes atteignirent leurs objectifs là où les chars avancèrent et échouèrent là où les chars n’étaient pas parvenus. On peut donc estimer que le bilan est mitigé.
Ainsi, il est présenté aux civils sur Trafalgar Square, en 1916, quelques semaines après la bataille de Flers. La presse anglaise fait sa Une de l’arrivée des chars sur les champs de bataille de la Somme. Au cœur de la nation anglaise, dans ce centre névralgique du monde britannique qu’est Trafalgar Square, une foule énorme se presse alors pour venir admirer et découvrir l’engin.
Conscientes des gains à tirer de cet attrait de la population civile, les autorités britanniques ne tardent pas à lancer une campagne de « Warbonds » et les citoyens britanniques sont priés de débourser une petite somme d’argent en échange du droit de voir les chars. Cette campagne sert à financer l’effort de guerre, mais aussi le développement des chars.
Un championnat est même organisé entre les différentes villes où le char effectue sa tournée, telle une star parcourant tout le pays pour se produire. Il s’agit de voir quelle ville sera la plus généreuse en termes de donations dans une compétition permettant de récolter toujours plus de fonds. Au final, un lien particulier se créé entre les civils et les chars, si bien qu’après la fin de la Première Guerre mondiale, nombreuses seront les communes qui récupèreront en contrepartie de leur effort financier un char obsolète. Malgré cela, l’immense majorité de ces véhicules sera malheureusement démontée, leur métal refondu pour servir au moment le plus difficile du second conflit mondial. Cela explique que peu de ces chars ont survécus aux ravages du temps.
Développer un char afin de servir la propagande et l’effort de guerre, c’est une bonne chose, mais c’est loin d’être suffisant par rapport aux immenses attentes initiales de Churchill qui, rappelons-le, voyait en le char la solution pour remporter la guerre et contourner le blocage des tranchés. Afin de faire du char une arme redoutable, il convenait d’améliorer sa fiabilité et l’utilisation qui en était faite. C’est dans ce but que fut développé le Mark IV.
Offrant une vitesse maximale de 6km/h, il continuait de répondre à l’impératif de soutien de l’infanterie, constituant un véhicule toujours aussi lent et massif, vulnérable aux tirs des canons. Avec son réservoir de 75 litres, il avait une autonomie de 40 km, ce qui reste très faible, même pour l’époque.
Les conditions de vie à l’intérieur étaient plutôt difficiles à supporter, le moteur fonctionnant pouvant faire monter rapidement la température interne vers les 50 degrés. Des dysfonctionnements sur les premières versions firent que certains équipages furent gazés par leurs propres chars dont émanait des vapeurs hautement toxiques à respirer. Par ailleurs, le char avançant lentement vers les lignes ennemies une fois en mission, toute sortie en était exclue, sous peine de se faire abattre par les Allemands. Les communications se faisaient donc via des pigeons voyageurs que l’équipage pouvait lâcher à travers une fente ouvrable. Cela signifie aussi que les hommes utilisaient généralement les douilles des obus pour faire leurs besoins et qu’ils n’avaient pas la possibilité de les jeter dehors avant leur retour à la base.
Ces conditions, assez difficiles à supporter, restent toutefois préférables à celles du fantassin de l’époque dont on estime la durée de vie sur le front en moyenne à deux semaines contre plus de six mois pour un tankiste. Même s’il ne constitue pas encore une machine de guerre irréprochable, le Mark IV est une véritable innovation, bien plus fiable que ses prédécesseurs.
Du côté allemand, cela pose la nécessaire question de la lutte antichar. Durant un temps, le seul manque de fiabilité des chars anglais pouvait suffire à empêcher l’armée allemande d’avoir à faire face au problème, mais vu que les chars anglais sont de moins en moins défaillants, il s’agit de développer des solutions efficaces pour les contrer. Par l’usage des premiers fusils antichars, armements à l’efficacité douteuse et rudimentaire, semblant davantage avoir pour mission de rassurer le fantassin en lui donnant l’impression qu’il a une chance de s’en sortir face au char, plutôt que d’être capable de véritablement le mettre hors combat. La cartouche de ces fusils, si elle pouvait en effet percer le blindage des chars britanniques, n’était en revanche pas à même de mettre hors de combat les huit membres de son équipage.
Par l'utilisation des chars allemands, soit directement capturés aux Anglais, soit développés à partir de ces véhicules capturés. En effet, ils développeront également leurs propres chars à partir de ces modèles britanniques tombés en panne et récupérés sur le champ de bataille.
Outre les chars, l'armée britannique a développé et utilisé une variété d'armements et de véhicules essentiels pendant la Seconde Guerre mondiale :
Le char Challenger 2 incarne l'excellence de l'ingénierie blindée britannique. Considéré comme l'un des chars les plus protégés au monde, ce véhicule de combat a forgé sa légende sur les champs de bataille modernes en affichant un taux de survie exceptionnel. C'est en 1994 que le Challenger 2 entre en service actif au sein de la British Army, remplaçant progressivement le Challenger 1.
Dans les années 1980, le Royaume-Uni dispose du Challenger 1, un char performant mais présentant certaines limitations, notamment en matière de précision de tir et d'électronique embarquée. Le programme Challenger 2 démarre officiellement en 1986, avec pour objectifs principaux : un blindage inégalé, une précision de tir exceptionnelle, et une fiabilité maximale.
Le Challenger 2 est l'un des chars les plus lourds en service actif, ce poids considérable résultant directement de son blindage exceptionnel. Le char est équipé d'un moteur diesel Perkins CV12 de 1 200 chevaux, spécialement développé pour ce programme. La transmission TN54 à 6 vitesses avant et 3 arrière permet une bonne manœuvrabilité malgré le poids du véhicule.
La décision britannique de conserver un canon rayé plutôt qu'un canon lisse comme tous les autres chars modernes est délibérée : les rayures impriment une rotation au projectile, garantissant une précision supérieure sur longue distance. Ce système confère au Challenger 2 une probabilité de touche au premier coup supérieure à 90 % à 2 000 m, même en conditions de combat difficiles.
Ce coût élevé s'explique par le blindage exceptionnel, la fabrication en série limitée (seulement 446 exemplaires produits au total), et la complexité des systèmes embarqués. Face au M1A2 Abrams américain, le Challenger 2 offre une protection supérieure mais une mobilité moindre. Comparé au Leopard 2A7, il présente un blindage plus épais mais des systèmes électroniques moins modernes (avant LEP). Le Challenger 2 incarne la philosophie britannique : "survivre d'abord, détruire ensuite".
En 2023, le Royaume-Uni fournit 14 Challenger 2 à l'Ukraine, marquant leur premier engagement contre forces russes modernes. Le programme Challenger 3 garantit que le Royaume-Uni disposera d'une capacité blindée de premier plan jusqu'en 2040.
Le char Challenger 2 a prouvé au combat ce que l'ingénierie britannique peut accomplir : un blindé virtuellement invincible, capable de protéger son équipage dans les situations les plus extrêmes.
| Char | Période d'utilisation | Caractéristiques notables |
|---|---|---|
| Mark I | Première Guerre Mondiale | Premier char de combat britannique, forme rhomboïde |
| Mark IV | Première Guerre Mondiale | Amélioration du Mark I, plus fiable |
| Churchill | Seconde Guerre Mondiale | Solide blindage, faible vitesse |
| Firefly | Seconde Guerre Mondiale | Canon antichar de 76,2mm, puissant |
| Challenger 2 | Moderne | Blindage exceptionnel, précision de tir |
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