Un mortier est une bouche à feu tirant à inclinaison élevée (plus de 45°), pour effectuer des tirs indirects.
La trajectoire courbe, en forme de cloche, du projectile permet d’atteindre un objectif placé derrière un obstacle, qu’un canon ne permet pas d’engager car la trajectoire de son projectile est plongeante ( < 45°) voire tendue ( < 12°).
C’est la ressemblance de l’arme avec le mortier des pharmaciens qui a donné à celle-ci son nom en anglais et en français.
L’arme possède un tube court et généralement lisse ( < 15 calibres).
L’énergie produite par le recul est directement absorbée par le sol ou la plate-forme renforcée d’un véhicule.
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Dans la plupart des cas, il est chargé par la bouche, la munition étant mise à feu en tombant sur un percuteur fixe.
Cependant, les plus forts calibres et des canons plus longs, ont parfois rendu nécessaire l’adoption du chargement par la culasse pour ce type d’arme, et donc l’emploi d’un mécanisme de percussion.
Le mortier est né au XVIIe siècle, du besoin d’artillerie capable d’effectuer des tirs contre des objectifs masqués lors d’un siège.
En effet, la généralisation et l’augmentation des canons, avait fait évoluer les travaux de défense vers d’épais remblais de terre, inattaquables par un boulet en tir tendu.
On eut alors l’idée d’envoyer un nouveau projectile, la bombe en tir courbe par dessus les fortifications pour atteindre les défenseurs, jusque là abrités.
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Le projectile arrivant moins vite et moins apte au rebond, avait du être adapté, on utilisa un corps creux rempli de poudre et mis à feu par une fusée.
L’usage de celle-ci nécessitant un double allumage difficile et dangereux, le projectile puis la charge propulsive, ainsi que les calculs savants pour la trajectoire, le mortier restait une arme maniée par des spécialistes.
L’apparition des fortifications en béton à la fin du XIXe siècle, provoqua l’apparition de mortier de siège encore plus puissant tirant des munitions perforantes spéciales, pour venir à bout du toit des casemates.
Développé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ce type de mortier, finira par disparaître au cours de celle-ci, faute d’objectif nécessitant son emploi.
Le mortier moderne, lui, va naître dans la boue des tranchées de la Première Guerre mondiale, l’infanterie a besoin d’une arme pour atteindre son adversaire dans la tranchée en face.
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On va mettre au point une série d’armes pratiquant le tir courbe, comme les lance-torpilles ou les lance-grenades.
En 1915, Sir Wilfred Stokes met au point son trench mortar, littéralement mortier de tranchée, qui devient le premier mortier moderne.
Appelés crapouillot, par les soldats français, cette arme et ses dérivés sont utilisés tout le long de la guerre avec un grand succès.
En effet sa trajectoire courbe permet d’atteindre plus facilement les tranchées adverses que l’artillerie qui tire très en arrière du front.
Après la guerre ces armes sont améliorées et donneront le mortier tel qu’il existe de nos jours.
Il est rendu démontable et transportable par de petites équipes et les munitions sont rendues extrêmement efficaces par l’emploi de la fusée percutante, explosant au choc.
Cette nouvelle arme est très mobile car elle se démonte en trois parties, une embase, le tube et le bipied, tous les trois transportables par un homme à pied.
Sa munition, l’obus de 81 mm, est terminée par une queue empennée, autour de laquelle est fixée la charge propulsive.
Elle est facile d’emploi : il suffit de la lâcher dans le tube et, arrivant au fond, l’amorce, située à son extrémité arrière, est mise à feu par un percuteur fixe au fond du tube.
Ce principe est simple, le tube n’a pas de parties mobiles et compliquées à fabriquer et un tireur entraîné arrive à tirer entre vingt et vingt cinq obus à la minute.
Les opérations de pointage et de mise en batterie restent simples et ne nécessitent pas un personnel nombreux ni des équipements spécifiques comme les pièces d’artillerie conventionnelles, on règle la portée en inclinant plus ou moins le tube avec une manivelle située sur bipied et en ajoutant et retirant des portions de la charge propulsive.
L’observation et le réglage du tir peuvent être menée à la jumelle.
Cette arme va très vite s’imposer et être adoptée ou copiée de façon plus ou moins modifiée par la plupart des nations.
C’est cette dernière qui va faire évoluer le mortier à l’approche et pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1938, elle met en service un modèle plus lourd d’un calibre de 120 mm, destiné à l’échelon régimentaire.
Poussés par leur manque d’artillerie conventionnelle, suite aux terribles pertes de l’été 1941, les Soviétiques vont inventer une nouvelle façon d’employer le mortier en le confiant à des artilleurs privés de canons.
Leurs mortiers lourds regroupés dans des régiments, voire des brigades de mortiers, comprenant 108 pièces, compenseront le manque d’obusiers ou de canons.
En 1943, ils sortiront un modèle encore plus puissant de 160 mm, puis après guerre un de 240 mm, dont l’obus de cent kilogammes dépasse largement la puissance destructive d’un obus de 155 mm d’obusier.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, bien que le mortier soit assez mobile, pour suivre les troupes à pied apparaît le besoin de lui fournir un support automobile, pour pouvoir suivre les unités mécanisées naissantes.
La première solution trouvée est d’utiliser un simple mortier d’infanterie à partir d’un véhicule dont le plancher a été renforcé, on utilise alors des semi-chenillés de transport d’infanterie, voire de simple camions, mais aussi des chars démodés où le mortier est installé dans le puits de tourelle, en lieu et place de celle-ci.
L’arme peut être alors démontée et servie à terre en dehors du véhicule.
Par la suite, apparaîtront de véritables mortiers automoteurs où l’arme est intégrée au véhicule et ne peut être servie qu’à partir de celui-ci.
Une des armées pionnière dans ce domaine, sera Tsahal, qui réutilisera de nombreux tubes lourds d’origine soviétique, sur des châssis comme celui du M4 Sherman.
Les soviétiques, leur emboîteront le pas avec des modèles comme le 2S4, ou le 2S9.
Un autre domaine d’emploi, apparaît au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’usage contre les sous-marins.
En effet, lors de l’attaque d’un submersible, un navire doit à cette époque naviguer au dessus de lui pour utiliser ses rampes de charges de profondeur, situées à l’arrière.
Ce faisant il perd le contact maintenu grâce à son ASDIC ou son sonar.
L’idée naît alors de propulser les charges sur l’avant du bâtiment, en employant des mortiers.
Le premier essai réalisé, le Hedgehog, de la Royal Navy utilisera des mortiers à spigot.
Par la suite, un type de mortier plus conventionnel sera utilisé dans les systèmes Squid et Limbo.
Après la Bataille de la Marne, début septembre 1914, Allemands et Alliés s’engagent dans « la Course à la mer », puis entreprennent des travaux d’enfouissement sur l’ensemble de la ligne de front.
Les réseaux défensifs devenant toujours plus infranchissables, la guerre s’immobilise dans la boue des tranchées.
Alors que d’antiques armes de siège sont remises en service, l’artillerie adopte de nouveaux mortiers du type « crapouillot ».
Relativement lourdes et peu mobiles, ces armes sont peu adaptées à l’appui des troupes d’infanterie progressant dans les boyaux.
Des armes plus légères sont donc bricolées à la hâte.
Mobilisé dès le début du conflit au sein du 154e Régiment d’Infanterie de Nancy, l’unité dans laquelle il a effectué son service au début du siècle, Edgar Brandt prend rapidement conscience de ces lacunes.
Né à Paris le 24 décembre 1880, ce fils de métallier a poursuivi des études à l’École professionnelle de Vierzon, avec son frère Jules.
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