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L'armistice a été signé il y a 100 ans, et pourtant, la Première Guerre mondiale n’est pas prête de sortir de nos vies, au sens figuré comme au sens propre : sous le sol, le long des 750 km de ligne de front, dorment des milliers de tonnes de munitions.

Certaines sont encore actives, comme en Alsace, où les démineurs de Colmar y consacrent plus de la moitié de leurs interventions.

Quelque 30 000 soldats français et allemands sont morts sur cette montagne des Vosges, le Vieil Armand, anciennement Hartmannswillerkopf, surnommée "la mangeuse d’hommes". Des centaines de milliers d’obus et de grenades ont été tirés. Et beaucoup d’engins qui n’ont pas explosé sont encore là.

Le Champ de Bataille du Hartmannswillerkopf

Vue aérienne du champ de bataille du Vieil Armand, ou Hartmannswillerkopf, où près de 30 000 Français sont morts pendant la Première Guerre mondiale.

Gilbert Wagner, guide au champ de bataille du Hartmannswillerkopf sort de sa remise un seau qu’il tend aux démineurs. Dans ce sceau en plastique noir, la récolte d’une journée : sept grenades et un obus.

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Il y a toujours eu des duels d’artillerie, notamment le 21 décembre 1915, lors du dernier grand assaut.

"Le sol est infesté de munitions," abonde Didier Schaal, commandant du Centre de déminage de Colmar. "C’est la Grande Guerre qui a amené des milliards d’engins dans les sols. Quand on sait qu'en temps de guerre, le non-fonctionnement va jusqu’à 15%..."

Cent ans après, le service de déminage détruit les munitions par explosion parce que l’explosif qui est dedans est encore très actif.

Le commandant Didier Shaal, du service de déminage de Colmar, devant des munitions retrouvées sur le champ de bataille du Hatmannswillerkopf, novembre 2018.

Les Dangers Persistants

Une fois les munitions récoltées par Gilbert Wagner mises en sécurité, la journée des démineurs n’est pas finie.

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Il n’y a pas que les grands champs de bataille où l’on trouve encore des munitions. Trois enfants ont joué avec une munition de la Première Guerre mondiale, et malheureusement, la munition a fonctionné suite à une chute au sol.

Les démineurs ont été appelés par une famille, dont le fils de neuf ans a trouvé trois pièces métalliques rouillées en jouant dans la forêt.

"Il est revenu avec un sac avec trois morceaux d'obus inactifs.

Nombre de travaux sont encours dans les places françaises.

L'Alsace vit sur un tapis de munitions non explosées, susceptibles encore de semer la mort, cent ans après le début du premier conflit mondial.

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Difficile d’estimer le nombre des déchets de guerre qui sommeillent encore au fond des jardins, dans les champs ou les caves alsaciennes.

Sur le milliard et demi de munitions tirées pendant le conflit, 20 % n’au-raient pas explosé, selon le centre interdépartemental de déminage de Colmar. Autant de bombes à retardement que les démineurs de la sécurité civile doivent mettre hors d’état de nuire, à mesure qu’elles ressurgissent de la terre et du passé.

Le Travail des Démineurs

« Du travail pour sept siècles » Sept jours sur sept, 24 heures sur 24, ces hommes s’assurent que la « Der des Der » ne tue plus.

« Depuis la fin de l’hiver, on reçoit une dizaine de demandes d’interventions par jour » , indique le chef des démineurs de Colmar, Didier Schahl.

Chaque année, une vingtaine de tonnes d’obus, grenades et autres mortiers datant des deux guerres mondiales sont récoltées par cette unité.

Une mission titanesque qui devrait durer encore « sept siècles » , estime cet expert, qui dirige douze maîtres-artificiers.

Direction Aspach-le-Haut, à 12 km de là. Des employés d’une déchetterie viennent de découvrir des obus chimiques, disséminés dans un amas de cailloux lors d’une opération de concassage. L’explosion accidentelle a été évitée de justesse.

« Dans ces cas-là, le risque est important car il y a des contraintes énormes sur les dispositifs de sécurité de mise à feu » , souligne le démineur Frédéric, qui gratte, de ses mains gantées, les ogives des obus pour déterminer la composition des explosifs.

Car derrière leur aspect dégradé, ces projectiles n’ont rien perdu de leur dangerosité. « Avec l’oxydation, l’explosif migre et devient plus sensible qu’avant » , explique-t-il.

En Alsace, de rares catastrophes ont durablement marqué les esprits. Comme en 1981, lorsque six enfants ont perdu la vie en manipulant un projectile de mortier dans la cour de leur école à Bremmelbach (Bas-Rhin).

« Ça a été le début d’une prise de conscience de la population. Les gens nous ramenaient directement les obus qu’ils trouvaient » , se rappelle Édouard Hannauer, mémoire vivante des démineurs alsaciens.

Les Risques et les Précautions

Mais la très grande majorité des accidents pyrotechniques serait liée à des fautes de comportement graves de la part de collectionneurs ou de pilleurs de champs de bataille imprudents, précisent les démineurs.

Habitués à côtoyer la mort en permanence, les professionnels ne sont pas non plus à l’abri d’un accident. En 2007, deux démineurs ont ainsi trouvé la mort à Metz alors qu’ils reconditionnaient des munitions en vue de leur destruction.

Reliées à une mine antichar, les vieilles munitions sont maintenant enfouies dans une gravière, dont le lieu est tenu secret. Cette opération est effectuée chaque semaine à heure fixe, en accord avec les communes voisines.

« Quatre, trois, deux, un… Feu ! » , lance Didier Schahl, en appuyant sur le bouton rouge du détonateur, pour un dernier bouquet final.

Munitions Chimiques et Pollution

En lisant ce dossier, faites attention où vous mettez les pieds. Vous entrez dans les champs de bataille de trois guerres modernes, 1870, 1914-1918, 1939-1945.

Les combattants ont utilisé des quantités incalculables de munitions innovantes, performantes, perforantes, insidieuses et polluantes.

Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres équivalant à 15 millions de tonnes de métaux ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat.

Près de Verdun, dans les forêts de chênes, des taux considérables d’arsenic ont été repérés par des universitaires allemands là où des obus chimiques ont été détruits par incinération au lieu-dit La Place à Gaz.

Le gibier et les produits végétaux issus des forêts de guerre peuvent être pollués par le plomb, d’autres métaux et des composés chimiques.

Les munitions chimiques ne sont pas les seules à polluer. Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols.

Les autres munitions dégradées et rouillées ou leurs fragments enfouis dans le sol contiennent des explosifs ou des résidus d’explosifs comme le trinitrotoluène (TNT), le dinitronaphtalène et le trinitrophénol ou acide picrique.

En cours de dégradation, ils libèrent dans l’environnement des substances toxiques, écotoxiques, herbicides, insecticides, biocides, solubles dans l’eau.

Le Hartmannswillerkopf: Une Étude de Cas des Combats et des Pertes

Durant la Première Guerre mondiale, plus précisément de la fin de l’année 1914 à l’automne 1915, les batailles à l’Est du front français se cristallisent sur un sommet des Vosges, au nom difficilement prononçable pour les Français : le Hartmannswillerkopf, aussi appelé HWK par les Allemands et Vieil-Armand par les Français.

Depuis la perte de l’Alsace en 1871, le gouvernement de la IIIe République n’avait qu’une idée : reconquérir cette province française.

La guerre 14-18 ayant été déclenchée par l’Allemagne, l’occasion était trop belle de lancer une offensive rapide en plaine d’Alsace. Dès le 7 août, le 7e corps d’armée franchit la frontière et le soir-même, le 133e Régiment d’Infanterie (RI) entre dans Thann sous l’acclamation de la population.

Le lendemain, l’armée française prend Mulhouse puis pousse jusqu’au pied des Vosges jusqu’à Cernay ainsi qu’au nord-ouest de Mulhouse en dépassant Lutterbach.

Cependant, le 9, la riposte allemande se fait violente et la situation tourne mal pour les Français. Ils reculent puis regagnent du terrain ; cet effet yo-yo dura plusieurs semaines durant l’été jusqu’à la stabilisation du front vers la fin octobre dans les Vosges.

Alors que le front se calme, le haut commandement français veut reprendre l’offensive et fixe la date au 25 Décembre 1914, mais les attaques aboutissent peu : l’artillerie allemande est bien plus puissante que l’artillerie française.

Les assauts du 25 échouent mais le lendemain, les lisières de Steinbach et Aspach-le-Haut sont atteintes et le 27 des soldats ont continué la lutte à Steinbach, maison par maison. Aucun d’entre eux ne reviendra. Le village tomba aux mains des Français le 3 janvier 1915.

Dans la nuit de Noël, le 28e BCA fait la conquête de L’Hartmannswillerkopf très difficilement en raison de l’absence de chemin, mais il n’y a aucun ennemi. Le bataillon creuse des tranchées en contre-pente.

Les Allemands essaient de déloger les Français dès le lendemain en attaquant au nord et au sud. Dès le début du mois de janvier 1915, les combats font rages entre Français et Allemands, chacun lançant un assaut après l’autre sans jamais maîtriser le territoire de manière définitive.

Les combats sont plus décrits dans les écrits allemands que français. Par exemple, l’attaque allemande du 9 janvier est décrite en une phrase et demie par le général de Pouydraguin alors que du côté allemand elle est décrite sur trois pages. Cependant, d’autres jours sont décris et nous avons le résumé de certaines offensives.

Ces récits montrent la dureté des combats et ô combien les soldats, allemands ou français, ont eu d’horreurs à subir. Chaque obus pèse 100 kg : 20 coups suffisent à provoquer la reddition de la compagnie d’alpins.

L’auteur mentionne qu’au 3ème tir, le sous-lieutenant qui la commande est décapité par un obus. tête emportée par un obus, le dépôt de vivres et de munitions détruit ».

Durant des jours, les récits montrent que les pertes des sous-officiers et officiers, ce qui laisse apparaître la même évidence pour le reste des soldats.

tags: #munition #guerre #14-18 #Alsace

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