Envie de participer ?
Bandeau

La rade de Brest, témoin de l'histoire tumultueuse de la Seconde Guerre mondiale, recèle des secrets enfouis sous ses eaux. Parmi eux, une quantité considérable de munitions immergées, vestiges d'un passé conflictuel.

La Pêche et les Munitions : Une Coexistence Risquée

Les pêcheurs de la rade de Brest ont une histoire particulière avec ces munitions. Pendant longtemps, remonter des obus dans leurs dragues était une source de revenus supplémentaires. En effet, en échange de cette aide à la dépollution, les coquilliers recevaient un dédommagement de 300 euros.

Cependant, depuis deux ans, les pêcheurs de la rade de Brest ont cessé de ramasser les obus de la Seconde Guerre mondiale qu’ils remontent avec leurs dragues. Un refus qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

Pêcher une bombe n’est pourtant pas exceptionnel en rade de Brest, où près de 30.000 tonnes de munitions ont été larguées pendant la Seconde Guerre mondiale.

«Ce n’est pas une solution non plus, car c’est une source de polluants», note Philippe Perrot, vice-président du comité départemental des pêches.

Lire aussi: Choisir son Pistolet d'Alarme

Le Système de Dédommagement et ses Dérives

En théorie, les pêcheurs doivent signaler chaque obus remonté dans leur drague. Les plongeurs démineurs de la Marine nationale viennent alors récupérer la «munition» pour la neutraliser.

Mais depuis deux ans, le système s’est grippé. Après un pic de 174 obus ramassés lors de la campagne de pêche 2021/2022, les pêcheurs n’en ont plus signalé que sept et huit lors de chacune des deux saisons suivantes. Et depuis la réouverture de la pêche à la coquille en novembre 2024, seul un obus a été signalé, selon la préfecture maritime de l’Atlantique.

La raison ? Une enquête lancée par la gendarmerie maritime en 2022 sur des infractions à la réglementation.

Au lieu de signaler chaque obus dès sa découverte, certains pêcheurs les mettaient de côté pour les déclarer en plusieurs fois et ainsi toucher plus de primes.

En septembre 2023, deux d’entre eux ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, assortis de 3 à 5.000 euros d’amendes, pour escroquerie, transport, détention et cession de matériel de guerre. Il régnait chez les pêcheurs «un sentiment d’impunité créé par la généralisation de pratiques dangereuses et banalisées», décrit le colonel Pierre-Damien Igau, commandant de la gendarmerie maritime de l’Atlantique.

Lire aussi: Comparatif des munitions 22LR

«La découverte de munitions historiques (...) présente un risque objectif immédiat», souligne-t-il. «Elles peuvent, en outre, être détournées à d’autres fins», ajoute l’officier, en regrettant le «discours délétère» de «banalisation et d’innocuité de ces munitions porté par certains».

De nombreux pêcheurs, suspectés durant l’enquête, en ont gardé un goût amer. «Les gens ont été malmenés et ils ne veulent plus ramasser» les obus, explique M. Perrot. «Les gars ont été pris comme s’ils étaient des délinquants, des trafiquants de drogue», ajoute-t-il, décrivant des écoutes téléphoniques et des balises GPS sous les véhicules de pêcheurs.

«Il y a eu un excès de zèle, une disproportion totale des moyens déployés» par les gendarmes, abonde Me David Rajjou, avocat d’un des pêcheurs condamnés. «Je comprends l’émoi local de la profession», concède le colonel Igau, qui écarte cependant les accusations «d’excès de zèle».

Les Opérations de Déminage : Un Enjeu de Sécurité

La neutralisation de ces munitions est une priorité pour les autorités maritimes. Régulièrement, des opérations de déminage sont menées pour sécuriser la rade de Brest.

Le Groupe de Plongeurs Démineurs (GPD) de l’Atlantique procède régulièrement au contreminage de munitions historiques découvertes dans le secteur de l’avant-goulet de la rade de Brest.

Lire aussi: Utilisations de la Carabine de Jardin

Ces opérations nécessitent la mise en place de mesures de sécurité strictes, notamment l'interdiction des activités maritimes dans un rayon défini autour des engins explosifs.

Le tableau ci-dessous illustre les interdictions mises en place lors d'une opération de contreminage en avril 2025 :

Date Heure Activité Interdite Rayon d'Interdiction
22 avril 2025 12h00 à 16h00 Navigation (plaisance, pêche, commerce) 1300 mètres
22 avril 2025 12h00 à 16h00 Baignade, activités subaquatiques et nautiques 3000 mètres
23 avril 2025 13h00 à 16h00 Navigation (plaisance, pêche, commerce) 1300 mètres
23 avril 2025 13h00 à 16h00 Baignade, activités subaquatiques et nautiques 3000 mètres
24 avril 2025 08h00 à 11h00 Navigation (plaisance, pêche, commerce) 1300 mètres
24 avril 2025 08h00 à 11h00 Baignade, activités subaquatiques et nautiques 3000 mètres

En cas de non-respect des dispositions, « les explosions sous-marines peuvent engendrer de graves blessures sur toute partie du corps immergée dans le rayon de sécurité ainsi que des lésions auditives », rappelle la préfecture maritime.

Des Opérations Spectaculaires

Certaines opérations de déminage sont particulièrement impressionnantes, notamment lorsqu'il s'agit de neutraliser des mines marines de grande taille.

Une opération exceptionnelle de déminage d’un engin explosif aura lieu ce mardi après-midi, en rade de Brest. Il s'agit, précise la préfecture maritime, d'une "mine marine allemande de la Seconde Guerre mondiale".

« Cette munition est la plus grosse jamais neutralisée en rade de Brest depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », indique la préfecture maritime de l’Atlantique dans un communiqué. « Faisant peser une menace sur les usagers du port de commerce et au-delà, sur les habitants et bâtiments des quartiers alentour, elle doit être neutralisée rapidement », poursuit la préfecture.

La première étape consistera au relevage de l'engin dans le port de commerce de Brest, qui sera ensuite remorquée jusque dans la rade de Brest, où les plongeurs-démineurs pourront réaliser "son pétardement en sécurité".

Vestige parmi tant d’autres de la Seconde Guerre mondiale, une munition historique de 400 kg, dont 300 kg d’explosifs, a été neutralisée, ce mercredi 3 décembre 2025, en matinée, en rade de Brest, par la flottille de lutte contre les mines de l’Atlantique. L’opération s’est déroulée conformément aux prévisions opératoires.

tags: #munition #en #rade #de #brest #histoire

Post popolari: