Dès le commencement de la Première Guerre mondiale, une arme de petit calibre va démontrer une efficacité redoutable sur les champs de bataille : la mitrailleuse. Cependant, ce type d’arme, par essence lourde, sur affut et donc peu mobile ne se prêtait pas un usage « polyvalent » dans son rôle d’appui de l’infanterie. Aussi, une arme d’appui dotée d’une « portabilité » appropriée, dont les prémices précèdent la guerre de quelques années, sera au cœur de la recherche et développement pendant et après la Première Guerre Mondiale.
David Numovich Bolotin, historien soviétique de l’armement, nous révèle que les études Russes sur la conception d’un fusil-mitrailleur, pré-date en réalité la Première Guerre Mondiale, mais ces projets ont été « enterrés dans les archives militaires ». Face à ce besoin, la Russie Impériale aura recours à des armes de conception étrangères, et notamment, à des fusils-mitrailleurs Madsen, Lewis, Benet-Mercier Mle. 1909 et CSRG Chauchat. Le tout, dans des calibres différents…autant dire une joyeuse pagaille logistique.
Héritant de cette situation, la première action des Soviétiques sur la voie d’une adoption d’un fusil-mitrailleur indigène sera de commander une « adaptation » de la mitrailleuse Maxim en fusil-mitrailleur. Ivan Nikolaevich Kolesnikov et Fedor Vasilievich Tokarev ont été sélectionnés pour cette tâche, dans le but de mettre à contribution les infrastructures de production des mitrailleuses Maxim, existantes en Russie depuis le début du XXe siècle.
L’idée est évidemment de mettre à contribution les infrastructures de production des mitrailleuses Maxim, existantes en Russie depuis le début du XXe siècle. De même, l’utilisation d’une conception et de pièce commune est un avantage évident d’un point de vue opérationnel et logistique. Cependant, si l’idée était séduisante sur le papier, la mitrailleuse Maxim, utilisant un mécanisme de court recul du canon associé à un encombrant verrouillage « par genouillère », ne se prête que difficilement à l’exercice. Les deux fusils-mitrailleurs issus de ces travaux, les « Maxim-Koleshnikov » et « Maxim-Tokarev », seront évaluées, ce qui conduira le 26 Mai 1925 à l’adoption du fusil-mitrailleur Maxim-Tokarev ou « MT ».
Ce premier fusil-mitrailleur de l’Union Soviétique sera donc sans surprise, profondément imparfait : outre un problème évident de poids et d’encombrement, l’arme ne s’avéra pas particulièrement fiable. Si F.V. Tokarev fera bien des propositions visant à corriger ces problèmes, les solutions envisagées comportaient un désavantage de taille : s’éloignant un peu trop de la mitrailleuse Maxim 1910 réglementaire, elles exigeaient la mise en production de nouvelles pièces et perdaient l’avantage de l’interchangeabilité et de la rationalisation productique. En 1926, un rapport du comité d’artillerie stipula très clairement que l’URSS ne disposait pas d’assez de fusils-mitrailleurs, et qu’aucune des armes en stock n’était chambrée pour la cartouche Russe.
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Vassili Alexeïevitch Degtyarev, née à Tula en 1880, commença sa carrière dans l’armurerie en tant qu’apprenti à l’usine de Tula. À partir de 1906, il a travaillé avec Vladimir Grigoryevich Fedorov sur la conception d’un fusil automatique. V.A. Degtyarev conçu sa première arme - un fusil automatique - en 1916, utilisant un système associant un emprunt de gaz à une culasse à verrou mobile. Il commença ses travaux sur un fusil-mitrailleur de sa propre initiative en 1923. Son fusil-mitrailleur a été testé en 1924 et a été remarqué pour son originalité, sa fiabilité, sa cadence de tir et sa maniabilité.
En 1924, V.A. Degtyarev et V.G. Fedorov ont été convoqués à une importante réunion organisée par Mikhaïl Vassilievitch Frounze. V.A. Degtyarev s’est vu encourager dans la poursuite de ses travaux, notamment par l’adjonction de tout moyen nécessaire à cette tâche. Avec l’aide notable de V.G. Fedorov, mais aussi de Georgy Semyonovich Shpagin et Sergueï Gavrilovitch Simonov, le prototype de ce qui allait devenir la « Degtyarev Pekhotiny » (DP) a été prêt en 1926. Au moment de son adoption, la mise en production de la DP avait déjà commencé à l’usine de Kovrov en 1927, avec une première commande de 2500 armes. Au cours de l’année 1928, elle a été améliorée notamment du point de vue de sa durabilité et de l’interchangeabilité des pièces. La DP constituait une avancée d’un point de vue productique, divisant de façon considérable le temps de travail et la matière consommée par rapport à une mitrailleuse Maxim.
L’arme sera également déclinée en mitrailleuse de char (Degtyareva Tankovy) et d’aviation (Degtyareva Aviatsionny).
Le « Degtyareva Pekhotiny Modernizirovanniy » (DPM), version « modernisée » de l’arme, a été adopté au cours de l’année 1944. Supervisée par V.A. Detyarev lui-même, cette modernisation corrigeait les défauts de la DP, avec un bipied repensé, une relocalisation de l’ensemble récupérateur, un re-dessin total de l’extracteur, le remplacement de la sûreté à pédale par un levier de sûreté, et un re-dessin complet de la crosse avec l’ajout d’une poignée pistolet.
Le « Rotnyy Pulemet 1946 » (RP-46) est une version de la DPM qui se voit adjoindre un système d’alimentation à bande, qui s’installe en lieu et place du chargeur habituel, ce qui permet la conversion à moindre frais des stocks de DPM existant. L’arme se voit dotée d’un nouveau canon (plus lourd) et d’un nouveau régulateur d’emprunt de gaz. Cette évolution est le fruit du travail de Petr Petrovitch Polyakov, Aleksey Alexandrovitch Dubynin et Aleksandr Ivanovitch Shilin. L’arme utilise les mêmes bandes que les mitrailleuses SG-43 et SGM.
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Au sein de l’Union soviétique, le fusil-mitrailleur DP a glorieusement marqué l’histoire, faisant partie des armes clés de la Grande Guerre patriotique. Construit en nombre conséquent avant même la guerre, son atout tactique et ses qualités en feront une arme de prise de choix, aussi bien par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (sous l’appellation MG 120(r)) que par les Finlandais pendant la Guerre d’Hiver qui précéda le conflit mondial. On la rencontre encore fréquemment sur bon nombre de zones de conflit, et notamment en Afrique ainsi qu’au Moyen-Orient…et même en Ukraine notamment au début du conflit.
La carrière de V.A. Degtyarev ne s’est pas limitée à la conception de ces fusils-mitrailleurs et mitrailleuses. Pendant plusieurs décennies, il a été présent sur la majorité des projets d’arme à feu, devenant, à l’instar de V.G. Fedorov, un des pères de la pensée soviétique en matière d’arme petit calibre. Il a également été nommé général, directeur de l’usine de Kovrov, et a été décoré à de très nombreuses reprises. V.A. Degtyarev est décédé à Moscou le 16 janvier 1949, à l’âge de 69 ans. Il a milité en faveur de la mitrailleuse SG-43 de Petr Maximovitch Goryunov face à sa DS-39, et a abandonné publiquement ses travaux sur son Avtomat afin de favoriser les travaux du jeune M.T. Kalashnikov.
Les armes développées en calibre 6,5×50 mm SR Arisaka ont été conçues en étant pensées comme « une arme individuelle entre le fusil et le fusil-mitrailleur », dans un contexte qui prédate la Première Guerre mondiale. L’arme qui en résulte est ainsi plus proche d’un fusil d’infanterie automatique que d’un fusil-mitrailleur ou d’un « fusil d’assaut ».
Au début des années 1920, des prototypes de fusil-mitrailleur réalisés sur la base du Fedorov 1916 ont bien vu le jour, mis au point par V.G. Fedorov et V.A. Degtyarev. Munis de canons plus lourds, certains modèles furent dotés de système de refroidissement par air forcé et d’autres de système de refroidissement par eau. Si ces prototypes n’ont pas convaincu les soviétiques en tant qu’arme opérationnelle, ils ont cependant semé une idée : l’intérêt d’un système d’arme unifié autour d’un mécanisme serait une avancée importante en matière d’armement d’infanterie.
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