La mitrailleuse est l’arme emblématique de la Grande Guerre. Utilisée massivement par les deux camps, elle est à l’origine de très nombreuses pertes humaines.
Les premières mitrailleuses sont apparues en France à la veille de la guerre de 1870. Les premières mitrailleuses sont apparues en France à la veille de la guerre de 1870. Mal utilisées pendant le conflit, elles ont fait l’objet par la suite de nombreux développements qui se sont concrétisés au début du XXe siècle par l’adoption timide et limitée d’un engin très performant développé par la société Hotchkiss.
Dans le même temps, soucieux de préserver les intérêts de l’état (sic), on développe dans les arsenaux une arme médiocre qui ne parvient pas à s’opposer, ni en qualité, ni en quantité face aux mitrailleuses Maxim mises en œuvre par les Allemands en 1914. On tente alors de remédier au problème en réintroduisant la mitrailleuse Hotchkiss, qui conduira nos troupes à la victoire et qu’on retrouvera faute de mieux en 1939.
Pour mieux comprendre l’emploi des mitrailleuses sous la Commune, il faut d’abord remarquer que l’apparition de celles-ci, dans les années 1860, est liée à l’histoire de l’artillerie. Plutôt que de se focaliser sur le perfectionnement des canons et de leurs munitions, on étudie le moyen d’envoyer à partir d’une même pièce des projectiles beaucoup plus petits mais qui se succèdent à très grande cadence. Ce principe général va donner lieu dans son application à deux « écoles » : l’école américaine et l’école belge et française.
Napoléon III, qui avait une formation d’artilleur et était curieux des innovations techniques, s’intéresse dès le début à cette nouvelle arme. C’est le capitaine Verchère de Reffye, d’abord officier d’ordonnance de l’empereur, qui va mettre au point en secret au camp de Satory, de 1863 à 1866, le principal modèle français (il y en aura d’autres en province), appelé alors « canon à balles ». Celui-ci s’inspire largement au début de la mitrailleuse belge. Il est composé de vingt-cinq tubes rayés en acier de calibre 13 mm, eux-mêmes englobés dans un autre tube, en bronze, de plus grand diamètre. Celui ci était monté sur un affût de canon muni de grandes roues comme les pièces d’artillerie. D’où la confusion fréquente avec les canons classiques.
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Le canon à balles, adopté en 1867, est fabriqué à l’atelier de Meudon, en banlieue parisienne, et, au moment de la guerre franco-allemande, en province, notamment à Nantes et au Creusot. Au moment des essais, le canon à balles est apprécié pour sa précision, au moins jusqu’à 1 000 m, sa quasi-absence de recul (en raison de son poids, 1485kg avec l’affût) et sa facilité d’emploi.
Mais c’est surtout une doctrine d’emploi déficiente, plus que ses défauts de conception, qui va pénaliser l’utilisation du canon à balles. Il était considéré - ainsi que son nom l’indique - comme une pièce d’artillerie, non une arme d’infanterie. À ce titre, il était destiné à combler le vide entre 500m (la portée des boîtes à mitraille) et 1200m (la portée minimale des shrapnels). Il était lui-même hors d’atteinte du fusil allemand Dreyse qui tirait à 600m.
À la déclaration de guerre, 168 canons à balles, groupés en batteries de 6 pièces, sont disponibles pour le service en campagne. Leur utilisation au sein de l’artillerie, apporte surtout des déconvenues : ils sont surclassés par les canons prussiens qui tirent plus loin. En outre, quand il capitule à Metz (27 octobre 1871), Bazaine va livrer 12 batteries à l’adversaire.
Pourtant, lorsque dérogeant à la règle, les canons à balles sont utilisés contre l’infanterie ou la cavalerie, ils provoquent de véritables hécatombes. C’est le cas par exemple à la bataille de Saint-Privat, pourtant défaite française (18 août), où la Garde prussienne est décimée par le tir des canons à balles. La prise du pouvoir en mars 1871 par les communeux ne se traduit pas par une rupture en ce qui concerne les mitrailleuses - c’est le terme générique qui remplace désormais celui de canon à balles - aussi bien pour ce qui est de leur production que de leur utilisation sur le terrain.
Le 28 mars, au soir de sa proclamation, la Commune dispose de quelque 400 canons. La présence parmi eux de mitrailleuses, encore considérées comme des pièces d’artillerie, est avérée. Mais leur nombre, certainement minoritaire, est mal connu. Le gouvernement de la Défense nationale avait passé des commandes importantes, notamment de « 102 mitrailleuses de divers modèles commandées dans dix établissements différents, 115 mitrailleuses des systèmes Gatling et Christophe… ».
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Concernant la fabrication des mitrailleuses, on peut citer en particulier trois sociétés : les ateliers Flaud, implantés près du Champ-de-Mars (on y avait transféré avant le premier siège la production de ceux de Meudon, où l’on fabriquait les canons à balles) ; Goüin, aux Batignolles (XVIIe) ; la société Cail, regroupée principalement dans le quartier de Grenelle (XVe), près de la Seine. Cail était devenue la plus grande entreprise d’armement. Ses 2 à 3 000 travailleurs, dont beaucoup habitaient à proximité, représentaient la plus forte concentration ouvrière de la capitale. On peut noter ici que, depuis 1848, « les Cail » sont de toutes les luttes sociales. Beaucoup sont affiliés à l’Internationale.
L’armée versaillaise s’était équipée elle aussi de mitrailleuses. Au moment de sa formation, elle dispose de 4 batteries. Elle bénéficie ensuite d’une partie des commandes passées par le gouvernement de la Défense nationale. C’est le cas probablement de 19 Gatling commandées chez Remington, aux USA, et qui sont livrées en janvier 1871, donc trop tard pour pouvoir être acheminées dans Paris assiégé.
Ce dernier est constitué des petites villes et villages de cette proche banlieue, par les positions fortifiées des fédérés entre la Seine et l’enceinte et, au sud, par les cinq forts détachés (Issy, Vanves, Montrouge, Bicêtre et Ivry), plus des redoutes avancées. Au nord, dans le secteur de Neuilly, c’est une guerre de rues qui prédomine : les deux camps, parfois séparés seulement par la largeur d’une chaussée, bénéficient de l’appui de mitrailleuses.
Au centre et au sud, par contre, l’utilisation de celles-ci reflète le déséquilibre croissant qui s’instaure entre versaillais et fédérés. Chez ces derniers, la mitrailleuse, arme antipersonnel, a ici une fonction défensive. Les fédérés peuvent aussi compter sur de petits trains blindés armés de mitrailleuses et de canons qui se déplacent notamment sur le viaduc en retrait et en surplomb de la ligne de Ceinture, près du Point-du-Jour.
Dans le renforcement des défenses, la mitrailleuse présente trois avantages. D’abord, sa puissance de feu : on a calculé que celle d’une batterie (six pièces) était supérieure à l’époque à celle d’un bataillon ; les versaillais progressant avec circonspection, une ou deux mitrailleuses couplées avec autant de canons utilisant des boîtes à mitraille suffisent ; sa facilité d’emploi, ensuite : alors que le canon, depuis toujours l’arme de prestige de la Garde nationale, nécessite des connaissances techniques, la mitrailleuse ne requiert qu’une formation sommaire sur le terrain (il suffit quasiment de savoir tourner une manivelle !) ; enfin, la mitrailleuse tirant par définition des gerbes de projectiles, sa mise en batterie est beaucoup plus sommaire que celle d’un canon qui utilise des obus explosifs, souvent à plus grande distance et sur un objectif précis.
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C’est donc à ce moment qu’elle acquiert de fait son autonomie par rapport à l’artillerie et devient une arme d’infanterie que s’approprient facilement les fédérés. Deux exemples suffisent à le montrer.
De leur côté, les versaillais utilisent aussi leurs mitrailleuses, dans une moindre mesure, semble-t-il, puisque ce sont eux les assaillants. Mais ils en font un usage bien particulier que l’on ne rappellera jamais assez : les exécutions de masse, comme ce fut le cas au Luxembourg, place d’Italie, à la prison de la Roquette et ailleurs ; dans le Bois de Boulogne et probablement aussi un temps à la caserne Lobau, qualifiée parfois d’ « abattoir national » : les « moulins à café » prennent le relais des pelotons d’exécution au-delà de dix ...
La mitrailleuse de campagne modèle 1900 est mise au point par Benjamin Berkely Hotchkiss qui, depuis longtemps, rêvait de substituer une arme automatique à son canon revolver actionné à la main par une manivelle. Elle se compose essentiellement d’un canon unique assujetti dans une boîte de culasse renfermant le mécanisme. Ce canon ne diffère d’un canon de fusil ordinaire que par sa plus grande épaisseur lui permettant de mieux résister aux vibrations de l’arme et à l’échauffement dû à un tir prolongé.
En dessous et parallèlement au canon avec lequel il communique par un orifice de prise de gaz, se trouve un cylindre renfermant un piston qui porte des cames destinées à manœuvrer les mécanismes de culasse et d’alimentation. Lorsque le piston est lancé en arrière par les gaz provenant de l’explosion de la poudre, il est retenu au terme de sa course, par une détente placée dans la boite de culasse. En appuyant sur la détente, le piston n’étant plus maintenu, est lancé en avant à sa position initiale par le ressort de rappel qu’il avait comprimé dans son mouvement en arrière. Si on appuie constamment sur la détente, le piston ne pourra plus s’accrocher et rester en arrière. Pendant le mouvement arrière du piston, la culasse est ouverte, la douille vide est extraite puis éjectée et la bande-chargeur se trouve transportée dans l’arme d’une certaine quantité vers la droite.
Mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914. Le chargement se fait en poussant successivement les bandes dans le couloir d’alimentation. Les bandes articulées sont enroulées dans des boites en chêne que l’on pose près de l’arme au moment de tirer. Pour charger, il suffit d’introduire l’extrémité de la bande dans le couloir d’alimentation. Le mécanisme d’alimentation comprend un entraineur formant double pignon l’un des pignons engrène avec des cames formées sur la tige du piston et prend ainsi un mouvement de rotation intermittent.
Deux hommes sont généralement nécessaire pour assurer le service de la pièce, l’un faisant fonction de tireur et l’autre de chargeur.
La mitrailleuse française du modèle Saint-Étienne 1907, qui est en service dans l’armée concurremment avec la Hotchkiss, procède du même principe de construction que cette dernière. Elle emprunte l’énergie motrice de son mécanisme aux gaz développés lors de la déflagration de la poudre. La pression des gaz prélevés dans le canon pousse en avant un piston muni d’une tringle dont le déplacement agit sur un levier qui lui-même fait fonctionner la culasse. Celle-ci comporte les dispositifs nécessaires d’ouverture et de fermeture de l’âme, d’approvisionnement, d’éjection et de percussion. Un ressort antagoniste ramène le piston à sa place et provoque, après le départ du coup, le recommencement du cycle.
L’excellente qualité de l’acier dur dont est fait son canon, lui permet de tirer notre balle D sans éprouver aucune usure. Le refroidissement pendant le tir est assuré, sans manchon à eau et sans ailettes réfrigératrices, par l’adjonction, à la partie qui avoisine l’âme, d’une masse métallique suffisante pour dissiper la chaleur produite.
Cette mitrailleuse sera nommée pendant la première guerre la faucheuse d’hommes. C’est une pièce très moderne à tir automatique.
La mitrailleuse Saint-Étienne modèle 1907 comporte deux fardeaux (arme et affût) dont le poids avoisine les 50 kg. Arme encombrante, les mitrailleuses ne s’en montrent pas moins d’une efficacité meurtrière. Les « nids » de mitrailleuses, en formant un mur de feu, étaient particulièrement craints par les combattants lors des assauts.
Son nombre n’a cessé de croître au sein de l’armée française, passant de 5000 pièces en 1914 à un peu plus du double en 1916 puis 32 000 en 1918. Les servants, au nombre de quatre à six, comprenaient le chef de pièce, un tireur, un chargeur et un aide chargeur.
Arme létale pour les fantassins, en particulier lorsqu’elle est couplée à des réseaux de barbelés, qu’on devine en arrière-plan, la mitrailleuse est un objectif à détruire lors des préparations d’artillerie.
Avec la guerre de position, elle joue un rôle défensif de premier plan. Son utilisation est codifiée : le tir est dense, profond mais étroit. Les mitrailleuses sont disposées en profondeur et cachées.
Pourtant, en 1918, les Allemands démontrent le contraire. Les mitrailleuses deviennent l’ossature de l’attaque.
Image sidérante des mitrailleuses bénies par un pope, sur le front serbe. Les communiqués victorieux citent toujours le nombre de machines prises à l’ennemi. Elles sont montrées aux politiques, comme ici le président Poincaré.
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