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De quelle manière les guerres contemporaines sont-elles devenues meurtrières ? Par quel processus l’anéantissement physique de l’ennemi s’est-il imposé comme l’objectif central de beaucoup de ces conflits ? Comment expliquer que la dimension homicide des conflits ait régulièrement pris le pas sur ses aspects politiques ?

Selon une idée largement répandue, il existe un lien consubstantiel entre la notion de guerre et l’homicide de masse. Empiriquement, lorsqu’on étudie l’histoire des guerres contemporaines, le constat est certainement fondé. Il suffit par exemple de s’intéresser à l’histoire des deux guerres mondiales pour s’en rendre compte.

Cependant, le fait que la guerre s’avère meurtrière ne découle pas de la nature du mot « guerre » elle-même mais, comme cela a été montré par des recherches historiques, de conditions techniques, sociales et politiques spécifiques. En suivant cette voie, nous cherchons à montrer dans cette analyse que la létalité de la guerre contemporaine s’explique en partie par l’introduction de techniques qui ont rendu le tir automatique, et donc la capacité de tirer en rafales, possible.

Historiquement, cette technique joue un rôle de premier plan dans la détermination des formes qu’ont pris les conflits « sur le terrain », en particulier à partir de la Première guerre mondiale. En schématisant quelque peu, on peut dire que les tentatives d’élucidation des guerres, de leurs causes et des formes qu’elles prennent, ont fait la part belle à la notion de rationalité instrumentale des groupes politiquement organisés.

À tort ou à raison, on fait volontiers remonter cette conception aux écrits de Thucydide sur l’histoire des guerres du Péloponnèse (Thucydide, 2000). Plus près de nous, on la retrouve dans l’école de pensée dite réaliste des relations internationales qui insiste sur le rôle de l’intérêt national (Aron, 2004). Si l’on suit le raisonnement basé sur l’intérêt, le degré de létalité de la guerre s’expliquerait par l’importance des enjeux pour les communautés politiquement organisées. Plus l’enjeu est important, plus le calcul rationnel est censé imposer aux belligérants de se sacrifier et d’user de moyens brutaux.

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Cette explication ne s’avère cependant pas satisfaisante. Historiquement, dans bien des conflits, les dépenses et dégâts humains et matériels se sont avérés tellement immenses qu’il est difficile de prétendre au maintien d’une quelconque forme de rationalité instrumentale dans le chef des belligérants. En réaction à cette critique, on voit apparaître des travaux insistant sur le rôle des représentations sociales plutôt que sur la rationalité instrumentale.

Selon nombre de ces travaux, le niveau de violence lors des conflits est corrélé à l’intensité des représentations déshumanisantes de l’adversaire. Ainsi, pour ces recherches, la brutalité militaire à l’Est lors des deux guerres mondiales découle des représentations nationalistes et racistes allemandes (Bartov, 1991 ; Liulevicius, 2010). De façon relativement équivalente, les brutalités américaines vis-à-vis des Haïtiens pendant la première moitié du xxe siècle ou des Japonais pendant la seconde guerre mondiale s’expliquaient par la diffusion de représentations racistes et paternalistes aux États-Unis (Dower, 1986 ; Cameron, 1994 ; Rusell, 1996 ; Renda, 2001).

En règle générale, ces recherches comblent une partie des lacunes des approches rationalistes évoquées 69préalablement. Dans cette contribution, nous prenons acte de l’importance des représentations sociales mais nous cherchons en même temps à réintroduire l’élément technique qui fait quelque peu défaut dans ces travaux.

Pour ce faire, nous nous appuyons sur d’autres recherches « culturalistes » qui se sont intéressées aux imaginaires stratégiques liés à l’émergence de certaines catégories d’armements1. Sur le plan empirique, on trouvera dans cette catégorie des travaux qui se sont par exemple concentrés sur les représentations sociales de l’arme nucléaire, du bombardement aérien ou encore du napalm (Boyer, 1985 ; Sherry, 1987 ; Neer, 1985).

Si l’on suit le point de vue de leurs auteurs, la brutalisation de la guerre résulte non seulement de l’introduction de nouvelles techniques de combat capables de provoquer des destructions immenses mais aussi et surtout de la normalisation de leurs usages. Dans cette perspective, il est nécessaire d’analyser les processus de légitimation des armes qui s’appuient sur des discours politiques, techniques (procédures et conceptions opérationnelles militaires) ou encore « populaires » (comme les romans, les films, les jeux vidéo) et sont, le cas échéant, à l’origine de processus « d’engourdissements psychiques » vis-à-vis de leurs effets (Lifton et Mitchell, 1995).

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À la lueur de ces éléments, nous faisons ici l’hypothèse que l’émergence d’une conception de la guerre contemporaine basée sur l’anéantissement physique de l’ennemi s’explique en partie par la normalisation des équipements capables de tirer en rafale (tels que les mitrailleuses, les pistolets-mitrailleurs ou encore les fusils d’assaut) et qui est elle-même basée sur des éléments techniques et des représentations sociales2. Sur 70un plan conceptuel, on considérera que ces moyens et ces représentations ont joué un rôle capital dans le développement de ce que le philosophe Achille Mbembe a appelé la nécropolitique, c’est-à-dire une conception de la souveraineté qui repose sur le fait de pouvoir tuer ou laisser vivre (Mbembe, 2003).

Bien entendu, il ne s’agit pas d’affirmer que les armes automatiques font apparaître la nécropolitique. En effet, dans le domaine militaire, on pourrait certainement faire remonter la nécropolitique à l’apparition des forces armées étatiques qui voient le jour au sortir du Moyen Age.

Les Débuts de l'Arme Automatique

L’ambition de pouvoir produire des armes capables de tirer sur un mode automatique est loin d’être un phénomène contemporain. Au xviie siècle déjà, on s’interroge sur la possibilité de récupérer l’énergie produite lors du tir afin de réamorcer une arme (Ellis, 1986 ; Smith, 2002). L’éjection d’une balle hors d’un canon repose sur la combustion de la poudre qui génère des gaz en expansion. C’est aussi ce processus qui est à l’origine du recul. Plusieurs siècles de tâtonnements techniques sont nécessaires pour parvenir à canaliser le surplus d’énergie (qui n’est donc pas, ou plus utile, à l’expulsion de la balle en direction de sa cible) dans le but de produire un tir automatique.

Avant d’en arriver là, une toute première étape en direction du tir automatique est franchie avec l’invention du célèbre pistolet à six coups (soit six balles logées dans un barillet) développés par Samuel Colt aux États-Unis durant la première moitié du xixe siècle. En 1851, le terme « mitrailleuse » est forgé par le capitaine belge Fafschamps qui conçoit une arme basée sur un barillet activé manuellement (SIPRI, 1978, p. 9 ; Smith, 2002, p. 64). À partir d’un principe de fonctionnement proche de celui du pistolet Colt à six coups, l’arme est capable de tirer en rafale. L’histoire ne retient cependant guère cette invention.

La Mitrailleuse Gatling

Pour la postérité, la « première » mitrailleuse est 71celle de l’Américain Richard Gatling (Sleeman, 1884 ; Roark, 1962 ; Ellis, 1986, p. 25-33 ; Smith, 2002, p. 56-76). La Gatling gagne rapidement en célébrité, y compris en dehors des frontières américaines3. Beaucoup d’Européens s’y intéressent, comme en atteste le fait qu’on produise l’arme en Autriche, en Grande-Bretagne et en Russie. La Gatling se retrouve également dans des arsenaux égyptiens, chinois et sud-américains (Menning, 1992, p. 33, 107-108 ; Smith, 2002, p. 62-63).

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En dépit de cette notoriété, les militaires se montrent circonspects vis-à-vis de cette nouvelle arme. Lors de la guerre de Sécession, par exemple, les Nordistes ne lui font guère confiance. Il est vrai que les premières mitrailleuses ne sont pas toujours fiables sur le plan technique. La mitrailleuse parvient néanmoins à s’imposer dans deux domaines.

D’une part, on rencontre les mitrailleuses aux États-Unis du côté de la Garde Nationale ou du patronat lors de conflits sociaux (Ellis, 1986, p. 42-44). En 1863, les responsables du New York Times font l’acquisition de trois Gatling pour défendre leurs bureaux à Manhattan. Ils craignent d’être pris à partie du fait du soutien que leur quotidien apporte au renforcement des lois sur la conscription (Ellis, 1986, p. 42 ; Smith, 2002, p. 16). À plusieurs reprises également, la Garde National déploie des mitrailleuses pour menacer grévistes et manifestants, sans tirer cependant. Le massacre de Ludlow dans le Colorado en 1913 constitue une exception notable. Lors de cet épisode, une milice patronale se sert entre autres d’une mitrailleuse contre des mineurs.

D’autre part, les mitrailleuses sont déployées dans les colonies (Ellis, 1986, p. 79-109 ; Smith, 2002, p. 109-134 ; Vandervort, 1998, p. 49-50 ; Porch, 2000, p. 122-123). La force publique du Congo, au service du roi Léopold, dispose par exemple de mitrailleuses à usage statique, qui servent à protéger des bâtiments). Les Américains les utilisent dans 72leurs guerres contre les Indiens à la fin du xixe siècle. Les Britanniques, pour leur part, en utilisent en Afghanistan et Afrique. Les Allemands et les Portugais recourent également à des mitrailleuses dans leurs colonies africaines. Les Russes s’en servent dans le Caucase, dans une situation de type quasi coloniale.

Dans un premier temps, les mitrailleuses ont pourtant un impact limité du fait des problèmes de fiabilité. Progressivement, leurs concepteurs les améliorent et elles deviennent de plus en plus meurtrières4. En 1879, les Britanniques utilisent une Gatling contre les Zoulous. D’après certains témoignages, l’arme tuera 473 Africains en quelques minutes (Roark, 1962, p. 318). À partir des années 1890, les armes s’améliorent encore sur le plan technique. En 1898, les Britanniques recourent entre autres à leurs mitrailleuses lors de la bataille d’Omdurman au Soudan. Ils tuent 10 883 Derviches et en blessent 16 000, alors qu’ils ne perdent eux-mêmes que 28 soldats (Ellis, 1986, p. 130).

L'Avènement du Tir en Rafale Automatique

C’est également à la fin du xixe siècle qu’une nouvelle génération de mitrailleuses voit le jour. Ce sont des engins qui fonctionnent grâce à un mécanisme de recyclage des gaz. En plaçant un tuyau au bout du canon, il est possible de récupérer une partie des gaz produits par la poudre brulée. Le tuyau en question ramène une partie de la pression produite par ces gaz vers le mécanisme de percussion. Le percuteur est ainsi mécaniquement et rapidement réarmé. Le tireur qui maintient son doigt sur la gâchette fait partir un autre coup et relance le cycle. Cette technique s’incarne matériellement avec la mitrailleuse de l’Américain Hiram Maxim (qui porte son nom). C’est le début du tir en rafale automatique. Avec l’emploi de ces armes, certains commentateurs en viennent à parler d’exécution plutôt que de guerre (Smith, 2002, p. 129).

L’inventeur de la Gatling confère une conception économique à sa création (Ellis, 1986 ; Smith, 2002). Selon lui, grâce à sa mitrailleuse, les armées ont eu besoin de moins d’hommes pour faire la guerre. Plus encore, cette arme doit augmenter l’efficacité des armées et, de ce fait, contribuer à réduire la durée des conflits. Dès lors, la mitrailleuse se présente, toujours selon ses concepteurs, comme une arme qui « humanise » le conflit.

Dans la réalité, comme la première partie du xxe siècle en atteste, la prolifération de mitrailleuses et d’autres armes automatiques ne réduit ni la durée de guerre, ni les effectifs militaires. Les armes automatiques participent au processus qui transforme la guerre en une célébration du gaspillage humain et matériel (Caillois, 1963).

Pour éclairer ce processus, il est également pertinent de faire référence aux travaux d’Hannah Arendt (2010). Pour la philosophe, les Européens expérimentent dans les colonies nombre de pratiques arbitraires et de techniques de contrôle social au xixe siècle. Au xxe siècle, ils sont confrontés à un effet boomerang lorsque ces pratiques et techniques débarquent sur leur propre territoire. Toujours selon Hannah Arendt, ces mêmes pratiques et techniques coloniales jouent un rôle central dans l’avènement des régimes totalitaires.

La Mitrailleuse dans les Conflits Interétatiques du XIXe Siècle

La généralisation du recours aux mitrailleuses lors des deux guerres mondiales peut également être appréhendée par ce biais. Les mitrailleuses sont ponctuellement utilisées lors des conflits interétatiques du xixe siècle. On en rencontre quelques-unes lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et pendant celle qui oppose la Russie à la Turquie en 1877-1878 (Roark, 1962 ; Ellis, 1986, p. 61-68 ; Menning, 1992, p. 33 ; Smith, 2002, p. 181). Lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905, la mitrailleuse cause aussi des dégâts importants. Mais cette expérience n’engendre pas de vastes remises en question technique, tactique et opérationnelle en Europe ou en Amérique du Nord (Quelloz, 2009, p. 515).

De fait, au cours de cette période, les militaires se montrent assez peu intéressés par 74cette catégorie d’armes lorsqu’il s’agit de combattre un adversaire symétrique. Tout d’abord, ils jugent que l’arme manque de fiabilité (Goya, 2014, p. 211). Ensuite, il existe au sein des forces armées des résistances corporatistes à l’introduction des mitrailleuses. Les artilleurs, qui se considèrent par ailleurs comme membres d’une élite technique, craignent en effet que des unités de mitrailleuses ne viennent directement concurrencer leurs batteries de canons (Sleeman, 1884, p. 369-370).

L’historien Jacques Pauwels souligne le fait que la perception négative de la mitrailleuse parmi les officiers découle aussi d’une attitude « aristocratique » lors de la Première guerre mondiale. Une telle attitude est par exemple perceptible chez le général Douglas Haig, qui fut à la tête du contingent britannique déployé en France au début du conflit (Pauwels, 2014, p. 574). Selon Jacques Pauwels, Haig considérait la mitrailleuse comme une arme de prolétaire, ses faveurs allant plutôt à la cavalerie et à sa « noblesse ».

L’historien Michel Goya revient également sur ces éléments à travers un compte-rendu plus technique basé sur une étude de cas portant sur la France (Goya, 2014, p. 162-167). Selon lui, le corps des officiers n’avait globalement pas confiance en la qualité des hommes d’infanterie. face à ces officiers issus de la bourgeoisie, les hommes du rang sont victimes de préjugés sociaux encore très forts. On les soumet donc à la fois à l’endoctrinement patriotique et à la mécanisation des gestes. Les soldats seraient par nature enclins à gaspiller les munitions, entre autres pour réduire leur stress (Goya, 201, p. 132). En fait, le concept 75même du tir automatique provoque le scepticisme parmi les officiers (Goya, 2014, p. 131)5. En France au début du conflit, la perception est que l’utilisation de la mitrailleuse s’avère en définitive moins efficace que le recours à des soldats dotés de fusil...

Commando Jeff (Big Jim)

L'un des personnages les plus emblématiques de la gamme Big Jim est le Commando Jeff. Il est fourni avec de nombreux accessoires, ce qui le rend difficile à compléter. Voici la liste des accessoires :

  • Un jean
  • Un pull à côtes bleu
  • Un bonnet à côtes bleu
  • Une paire de bottes
  • Un détonateur noir
  • Une dynamite rouge
  • Une mitrailleuse
  • Une crosse pour la mitrailleuse
  • Une paire de palmes noires
  • Un masque de plongée noir
  • Un couteau noir
  • Un pistolet noir avec silencieux
  • Un holster marron
  • Un sac à dos en cuir noir
  • Un gilet tissu couleur rouille
  • Une paire de jumelles
  • Un talkie-walkie noir

Soit 19 éléments ! Le mannequin a le corps noir (slip et torse). Les jambes sont élastiquées. Les mains sont agrippantes.

Il existe une version blonde du commando Jeff dont le gilet est différent (en feutrine).

tags: #mitrailleuse #big #jim #histoire

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