L'étude des catégories socioprofessionnelles d'un ensemble de villes et non d'une ville particulière se doit d'éviter un double écueil : l'éparpillement et l'utilisation de sources à ce point différentes d'un lieu à un autre, d'une période à une autre que les comparaisons n'aient plus aucun sens.
Les registres de capitation, la prise en compte des renseignements fournis par les registres paroissiaux, mais aussi les registres des classes, les rôles d'équipage, nous laissent dresser des tableaux convenables des populations urbaines.
À quelques lacunes près, nous les possédons pour l'ensemble des villes. Ils constituent la source la plus complète et la plus homogène en Bretagne au XVIIIe siècle. Ils ont été établis suivant les instructions des intendants ou des États selon des critères identiques aux différentes périodes et les changements se firent en parallèle d'une ville à l'autre.
À la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, on classait les capités suivant les corps de métiers, puis l'on opta pour un recensement par paroisse ou par quartier, rue par rue, maisons par maison, étage par étage. Ces registres constituent une masse documentaire que seule l'informatique permet de traiter. Ils comportent des inconvénients qu'il convient de préciser.
En premier lieu, les registres ne concernent que les capités, les membres du clergé et les pauvres n'y apparaissent pas ou rarement. Les nobles avaient leur propre registre, de même que les membres des cours souveraine. Il arrive néanmoins qu'un registre comprenne le descriptif complet de la ville avec tous ses habitants.
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La qualification des métiers laisse aussi à désirer. Que de fois ai-je pensé aux discussions qui à la fin des années soixante portaient sur la division des gens de service en trois ou quatre catégories, peu de registres autorisent de telles distinctions et nous sommes heureux quand nous allons au-delà d'une désignation asexuée (domestique) pour trouver servante et valet.
De plus, les registres des petites cités souffrent de l'attitude des enquêteurs-répartiteurs qui, connaissant beaucoup de gens, en particulier ceux de leur milieu, ne voyaient pas la nécessité de préciser, après le nom, une situation professionnelle connue de tous.
Le registre d'Antrain de 1753 ne comporte qu'une liste de noms. Celui de Quintin de 1720, fournit très peu d'indications pour des rues entières : Guenefolle, 27 capités, 3 métiers, faubourg de la Rochouas, 141 capités, 35 indications. Dans les deux cas, nous avons à faire à des quartiers populaires, habités surtout par des journaliers et des tisserands.
Nous avons peu de renseignements professionnels sur la population des rues populaires en raison de la modicité des contributions et sans doute aussi parce que beaucoup de ces gens vendant leur force de travail, n'avaient point toujours une activité bien définie. Une autre difficulté concerne les rentiers dont la détermination à partir de ces registres n'est pas évidente et nous ne pouvons les connaître que grâce à des listes spécifiques.
D'autres documents de qualité inégale nous renseignent sur le statut social et professionnel des citadins : répertoires de nobles, d'artisans, de marchands, listes de mobilisables au titre de la milice bourgeoise, recueils de contribuables, rares dénombrements de pauvres, plus rares encore de l'ensemble des citadins. L'enquête démographique entreprise dans les années soixante-dix apporte aussi ses renseignements.
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Ces documents, moments de la vie citadine, ne permettent pas, ou mal, ou trop rarement, de suivre une évolution, de déceler des changements sauf pour des secteurs limités et à des distances de temps qui n'autorisent que des estimations grossières. Ils laissent échapper les mouvements plus courts, conjoncturels.
En Bretagne au cours du XVIIIe siècle nous possédons une série d'enquêtes portant sur les métiers répartis en jurande et métiers libres. Elles ne concernaient en principe que les maîtres et non l'ensemble de ceux qui exerçaient une profession (compagnons, apprentis) mais l'examen montre qu'en quelques localités, il s'agissait bien de la totalité des travailleurs : là où la structure professionnelle écartait la maîtrise.
Établis pour des raisons fiscales, ces états nous donnent le nombre théorique des maîtres autorisés et non leur nombre réel. Enfin, dans le monde des actifs, les gens de mer avaient une place très importante que nous restituent les registres de classes, complétés par les rôles d'équipages et les rapports des capitaines.
Les sources notariales, l'enregistrement des actes, les inventaires après décès nous permettent d'analyser niveaux et compositions des fortunes, des patrimoines.
À la recherche d'un système de classement simple recouvrant la totalité des situations sans pour autant masquer les individualités, j'ai orienté les présentations des sociétés urbaines en ensembles qui se recoupent et se complètent : le rappel de la société d'ordres, la mise en évidence des secteurs d'activités regroupant des métiers, des professions, des fonctions, enfin l'examen de quelques catégories particulières de citadins.
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Deux remarques préliminaires : la première concerne les ordres, la seconde la distinction entre actifs et non actifs. En ce qui concerne les deux premiers ordres, faire l'impasse de la présentation du clergé et de la noblesse dans les villes serait une erreur et les isoler du tiers une autre.
Nos sources ne nous permettent pas d'une manière vraiment satisfaisante d'étudier l'ensemble des non actifs qui regroupe des gens issus de milieux distincts, dans des situations différentes : nobles, bourgeois vivant de leurs rentes, chômeurs, infirmes, grabataires etc. Comment mesurer l'importance des non actifs sans risques graves d'erreurs ?
Le fait qu'aucune indication professionnelle n'accompagne le nom d'un contribuable ne signifie pas qu'il s'agissait d'une personne vivant de ses rentes ou assistée par sa famille. Dans bien des cas force est de les compter dans la catégorie des « sans indication ». Ici, seules les sources notariales laissent dessiner les contours de la bourgeoisie rentière.
De même la présence de beaucoup de veuves fait penser qu'une partie vivait de maigres biens mais combien ? Les archives hospitalières nous fournissent les noms de tous ceux qui ne pouvaient travailler, mais ceux qui habitaient avec leurs familles ? Seul le registre de capitation de Morlaix en 1770 nous permet pour cette ville, d'en saisir l'importance.
La comparaison satisfaisante de cité à cité est impossible et nous aboutissons à une impasse, sauf à extrapoler dangereusement à partir de quelques cas particuliers. Les problèmes liés aux femmes et aux retirés plutôt que retraités, ne sont pas non plus entièrement résolus. Dans la plupart des études, ils ne sont même pas mentionnés et J. Dupâquier propose de les mettre à part.
Or, ils surgissent de nos sources par milliers et s'imposent à notre étude, surtout les femmes, dames, demoiselles, filles, veuves. L'examen des milieux actifs nous réserve aussi quelques insatisfactions : l'étude du milieu des marchands, rencontre les difficultés soulevées par bien d'autres chercheurs.
La distinction entre salariés et patrons disparaît souvent des sources alors qu'elle est une réalité sociale partout présente. Les compagnons apparaissent quand ils habitent avec leurs maîtres, quand ils sont désignés comme tels dans les registres du début du siècle en particulier, mais, dans la plupart des cas, maîtres et compagnons se confondent sous la dénomination du métier et les côtes fiscales ne constituent pas un indice suffisant pour distinguer les uns des autres. Les apprentis ne sont que rarement signalés.
Rien n'empêche de croire que l'organisation des métiers, le nombre des compagnons et des apprentis par atelier diffère d'ailleurs comme les règlements des corporations nous le confirment pourtant, force est de constater que les sources fiscales rendent mal compte de cette réalité. Or les salariés constituent une réalité urbaine incontournable, par leur nombre, par leur situation dans le mode de production, par leur place dans les sociétés urbaines.
Au bout du compte, travaillant à la suite d'auteurs remarquables, il serait facile de s'appuyer sur leur autorité pour dresser un tableau d'ensemble satisfaisant si les classements proposés par les uns et par les autres ne différaient sensiblement dans la mesure ou leurs travaux concernent des villes singulières.
Des divergences concernent les métiers rangés dans un secteur ou un autre, dans les professions libérales, administratives, de la justice. Avocats, notaires, procureurs sont ici comptés avec les gens des professions libérales et là avec ceux des officiers de justice.
Regrouper les secteurs d'activités et les professions autour d'un matériau consiste à mettre ensemble des systèmes de nature différente et aboutit à des incohérences. Ainsi, les menuisiers doivent apparaître dans les métiers du bois et dans le secteur du bâtiment donc dans deux systèmes de classement distincts.
Il en est de même pour les cuirs, les tanneurs et chamoiseurs fournissent aux cordonniers, tabletiers, savetiers, carrossiers, selliers, bridiers, bourreliers, tapissiers, relieurs, gainiers, coffretiers, gantiers, culottiers, boursiers, des produits pour des secteurs d'activité différents, pompes pour navires, harnois, selles, équipages, chaussures, souliers, bottes, brodequins, guêtres, tapisseries, sofas, fauteuils, bureaux, couvertures de livres, portefeuilles, petits meubles, gibernes.
Le secteur des transports se trouve quasiment ignoré. Outre sa réelle importance, il permet de prendre en compte une série de métiers souvent classés dans les divers dont les porteurs, les manutentionnaires. Cette catégorie des divers souvent pléthorique doit être diminuée.
D'autres systèmes de classement mettent en évidence, les rapports des hommes avec le travail, leur place dans le procès de production. Un classement datant du XVIIIe siècle concernant La Guerche, place les marchands non artisans en tête suivis des marchands et artisans vendant et produisant, puis les artisans ne s'occupant que du travail qu'on leur fournissait (texiers, sergers etc.), ensuite ceux qui ne travaillaient qu'à la journée (maçons, charpentiers, mais pas les menuisiers placés dans la seconde catégorie), enfin les métiers de la santé, les perruquiers qui constituent avec d'autres un ensemble de divers.
La logique de cette répartition se retrouve plus élaborée dans les distinctions ultérieures entre artisans dépendants et indépendants, entre artisans marchands et marchands artisans largement étudiées par Albert Soboul. Jean-Claude Perrot distinguait trois groupes à Caen : les productifs, les gens des services et les inactifs, proposition tentante qui rencontre dans son établissement à l'échelle d'une province des difficultés.
On ne peut établir le groupe III d'une manière satisfaisante. La répartition professionnelle rennaise montre qu'il s'agit ici d'une impasse : sur 6588 capités on dénombre 92 rentiers désignés comme tels (1,39 %) mais 1037 personnes au statut indéfini (15,74 %). Le registre de la capitation de Vannes de 1701, ne signale aucun rentier et la part des indéterminés est de 6,86 %. Par contre, 156 « bourgeois », c'est-à-dire rentiers vivaient à Lorient en 1789. À l'inverse les registres de Concarneau, nous permettent d'établir qu'il y avait 5,2 % des capités vivant de leurs rentes en 1720, 5,4 en 1739, 6,4 en 1780, 3,5 en 1788. Néanmoins à titre indicatif, voici les résultats obtenus pour quelques villes.
Dans ces villes, petites ou moyennes, services et production à quelques points s'équilibrent (sauf à Lamballe et à Montfort). Le pourcentage penche du côté des services à Aurai, Concarneau, Montfort et en sens inverse à Dinan, Josselin, Lamballe, Vitré. La présence de tous ceux qui s'occupaient de manutention dans le groupe Il déforme la structure professionnelle des deux villes maritimes. L'importance du groupe III (22,99 % à Auray, 4,91 % à Lamballe) dépend de l'imprécision des sources.
Faute de mieux, rabattons-nous sur le certain, prenons en compte les indications précises, laissant de côté les indéterminées, abandonnons toute comparaison reposant sur des sources trop incomplètes sauf à les recouper, ne déterminons pas des taux de progression, des pourcentages sur des échantillons ridicules ou en nombre par trop limité.
La présence du clergé en Bretagne s'inscrit dans le cadre des 1440 paroisses dont 120 urbaines, circonscriptions religieuses réparties entre les neuf évêchés de Dol, Nantes, Rennes, Quimper, Saint-Brieuc, Saint-Malo, Saint-Pol-de-Léon et Tréguier. La présence de collégiales donnait à d'autres villes telle Lannion, prestige et fierté. Matignon pourtant simple trève en tirait un tel orgueil qu'elle ne réclamait même pas d'être érigée en paroisse.
Dans chaque ville épiscopale existait un certain nombre de dignités. La cathédrale de Dol possédait 31 chapelles, celle de Saint-Malo, 11. Il existait à Saint-Brieuc « une église collégiale avec 10 prébendiers ». Mais l'archidiacre de Dinan résidait à Saint-Malo, celui de Châteaudun à Chartres. Au-dessous de ces dignitaires vivait un personnel séculier nombreux et leur présence, leurs besoins, quelquefois leurs prétentions marquaient la vie des cités.
Il est bien difficile de savoir combien de prêtres vivaient dans un diocèse et dans une ville bien que nous sachions qu'ils suffisaient pour desservir les cures et garnir les chapitres. Berthelot du Chesnay, Jean Meyer pense de même, estimait que les villes bénéficiaient de la présence d'un nombre en proportion plus élevé de prêtres que les paroisses rurales, car « beaucoup de prêtres d'origine bourgeoise en particulier montraient peu d'empressement à y vicarier » mais que toutes ne possédaient pas le même attrait. Les paroisses de Rennes et de Nantes donnaient aux jeunes habitués sortant du séminaire, aux non bénéficiers l'espérance d'y trouver des revenus.
Le nombre total d'ecclésiastiques en Bretagne (séculiers et réguliers) fut chiffré en 1696 à 17 789, Béchameil de Nointel n'en décelait que 13 116. En 1666-1667, les réguliers étaient un peu plus de 5 000. Alain Croix considère qu'il faut accepter les dires de l'intendant ce qui donnerait quelques 8 000 prêtres, soit un pour 212 habitants, près de six par paroisse en moyenne avec une répartition très inégale. Étudiant cinq diocèses, Berthelot du Chesnay calculait qu'ils possédaient 3 370 prêtres diocésains à la veille de la révolution.
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