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En 1990, un ensemble de rectifications de l’orthographe touchant entre autres le trait d’union et la soudure ont été proposées par le Conseil supérieur de la langue française, ensuite approuvées par l’Académie française et publiées dans les « Documents administratifs » du Journal officiel de la République française le 6 décembre.

C’est surtout au Dictionnaire de l’Académie française qu’il revenait au début de diffuser l’information sur les rectifications de l’orthographe du français. Il en fait mention depuis le premier volume de la 9e édition parue en novembre 1992. Néanmoins, cet ouvrage était peu accessible à l’ensemble de la population (de plus, le premier volume de ce dictionnaire s’arrête à la lettre E), il appartenait donc aux dictionnaires de grande diffusion de faire connaître les nouvelles graphies.

Mais le but principal de cet article est de trouver les réponses à un ensemble de questions telles que : comment utiliser un trait d’union avec l’orthographe rectifiée ? Les règles où le trait d’union disparaît et est remplacé par la soudure sont-elles respectées par les dictionnaires usuels ? Le trait d’union a-t-il alors tendance à disparaître au profit de la soudure des mots nouvellement intégrés dans Le Petit Robert et Le Petit Larousse illustré ? Une analyse détaillée des dix dernières éditions de ceux-ci (pour les millésimes 2011-2020) aura pour but non seulement de répondre à ces questions, mais aussi de dresser une liste assez complète des mots affectés par la nouvelle soudure.

1. Le trait d'union en français

Le trait d’union est un signe typographique et orthographique qui a l’apparence d’un tiret court. Selon Nina Catach (1968 : 81), il a été emprunté au macaph ou maqqeph hébreu signifiant encerclant. Il apparaît d’abord dans les traductions de la Bible d’Olivetan de 1535, notamment pour transcrire les noms propres composés.

On peut le voir ensuite entre le verbe et le pronom pour indiquer l’inversion du sujet, où il a remplacé l’accent enclitique (apostrophe) des versions précédentes, dans la troisième édition de la Briefve Doctrine parue à Lyon chez Pierre de Sainte-Lucie en 1538. Son usage restant encore limité au cours du XVIe siècle, il se généralise au siècle suivant et englobe d’autres fonctions que celle de l’inversion du pronom et du verbe (Mathieu-Colas, 1994). L’usage ancien de la soudure cède ainsi peu à peu du terrain devant une conscience analytique générale de plus en plus vive de la structure morphosémantique de la langue, d’une part, et d’autre part par une normalisation typographique venant des imprimeurs.

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Fonctions du trait d'union

Le trait d’union a différentes fonctions en français. Riegel et al. :

  1. emplois lexicaux - le trait d’union sert à marquer la liaison entre certains éléments de mots composés librement formés (train-train) ou des suites de mots figés (va-nu-pied). Cependant, le trait d’union n’est pas toujours employé, la composition avec le trait d’union est en concurrence avec la composition par soudure ou agglutination (contresens) ou avec le figement d’expressions dont les termes sont autonomes dans la graphie (compte rendu), notamment dans les composés comportant une préposition (pommes de terre). De manière particulière, il peut aussi représenter la décomposition orale expressive d’un mot en syllabes ou un allongement de voyelle.
  2. emplois typographiques - le trait d’union est employé comme signe de division en fin de ligne. Il montre « qu’un mot dont la première partie est coupée à l’extrémité d’une ligne ne fait qu’un avec la suite reportée au commencement de la ligne suivante » (Damourette, 1939 : 127, cité par Riegel et al., 2010 : 164).

Mathieu-Colas (1995) ajoute encore d’autres fonctions du trait d’union : il peut séparer des éléments chiffrés (numéros de téléphone, dates, références administratives, etc.), il peut aussi se substituer à une préposition (les pages 63-72), surtout dans la désignation des périodes (heures, jours, mois, années, siècles).

Ayant des fonctions très diversifiées dans la langue française, le trait d’union constitue une des difficultés majeures de l’orthographe française. Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit trouvé au centre des rectifications proposées. Comme il a déjà été dit, certaines règles recommandées en 1990 portent sur la question du trait d’union et proposent la soudure des éléments dans de nombreux mots composés.

Comme mentionné ci-dessus, les rectifications de l’orthographe visent à simplifier quelques règles comme celle du trait d’union qui s’impose dans l’emploi de tous les numéraux. Avant la nouvelle orthographe, on utilisait un trait d’union seulement pour les numéraux inférieurs à cent.

Rectifications de l'orthographe (1990) et le trait d'union

Les Rectifications de l’orthographe (disponibles sur le site web de l’Académie française) préconisent aussi la soudure des mots fortement ancrés dans l’usage.

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  1. Le trait d’union est remplacé par la soudure dans tous les composés formés avec des éléments prépositifs contr(e)- et entr(e)-, p. ex. dans contrechoc ou entrejambe.
  2. Le trait d’union est remplacé par la soudure dans tous les composés formés au moyen de préfixes latins extra-, infra-, intra- et ultra-, sur le modèle des composés en en-, sur-, supra-, déjà soudés (extraconjugal sur le modèle de extraordinaire).
  3. Le trait d’union est remplacé par la soudure dans les mots composés comprenant un élément d’origine savante, en particulier, lorsque le premier élément est terminé en -o (autovaccin).

Analyse des dictionnaires usuels

De nombreux ouvrages de référence tiennent compte des rectifications de l’orthographe de 1990.

Nous avons opté pour explorer deux dictionnaires choisis (Le Petit Robert et Le Petit Larousse illustré) tout en sachant que plusieurs études ont déjà montré que les dictionnaires éditoriaux ne sont pas cohérents linguistiquement et que les mots composés sont les éléments du vocabulaire pour lesquels existent le plus de variantes dans ces dictionnaires, comme l’a montré entre autres Mathieu-Colas (1988). Son article met en évidence de nombreux désaccords entre les deux ouvrages, concernant principalement l’emploi du trait d’union et la soudure (audio-visuel ou audiovisuel). Les différences entre les dictionnaires de référence et l’instabilité graphique des mots composés sont aussi soulignées par Silberztein (2010). Néanmoins, les auteurs de ces études sont unanimes qu’il est urgent que les dictionnaires fassent preuve de cohérence.

Plusieurs études, par exemple celles mentionnées en note de bas de page, ont aussi montré que la question de la nouvelle orthographe était diversement abordée par les dictionnaires.

Il est vrai que la maison d’édition Le Robert s’exprime à propos de sa politique orthographique déjà en 1991 dans la brochure La réforme de l’orthographe au banc d’essai du Robert. Dans l’introduction de cet ouvrage, on nous apprend que les Dictionnaires Le Robert ne sont pas hostiles à un réajustement des graphies qui respecte le système d’écriture. Les auteures Rey-Debove et Le Beau-Bensa précisent ensuite que l’objectif principal de cette publication est de proposer « aux lecteurs une liste alphabétique des mots du Petit Robert 1991 visés par le texte du Journal officiel, suivis de leur forme nouvelle, afin qu’ils se fassent une opinion concrètement motivée ». « On peut dire, avec d’autres spécialistes du mot écrit (linguistes, pédagogues, correcteurs), que les rectifications proposées par le Conseil ne sont pas toujours simplificatrices, que de nouvelles exceptions sont venues remplacer les anciennes […] » (1991 : 6).

Il n’existe pas un pareil document chez la maison d’édition Larousse. Celle-ci fait preuve d’une plus grande prudence et s’en tient longtemps à l’orthographe traditionnelle. C’est une autre publication, Le point sur les Rectifications de l’orthographe en 2005, qui précise que « la politique chez Larousse (comme chez Robert d’ailleurs) étant de “suivre l’usage”, on se refuse à évoluer, et les Rectifications sont souvent ignorées » (2005 : 29).

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Il faut attendre jusqu’à 2011 avant que la politique orthographique de la maison d’édition Larousse change. Pour son édition 2012, qui a bénéficié d’une refonte totale, Le Petit Larousse illustré intègre complètement l’orthographe rectifiée. La liste de 11 pages présentant auparavant les mots du Petit Larousse qui sont touchés par les rectifications a été remplacée par la mention directe, dans les entrées, des graphies issues de la nouvelle orthographe.

Quant au Petit Robert, à cette époque-là, il n’est encore que partiellement à jour en nouvelle orthographe, avec seulement 61 % des graphies rectifiées attestées après une refonte partielle en 2009 et avec 66 % en 2016 (donnée fournie par la Banque de dépannage linguistique), même si la percée des Rectifications de l’orthographe de 1990, connaissant un important épisode en 2009, continue pour le millésime 2013.

Dans la préface de l’édition 2009 du Petit Robert, sous le paragraphe Graphies et prononciations, il est précisé que le dictionnaire n’a pas entériné les Rectifications de l’orthographe de 1990. Dans la suite du propos, il est signifié que Le Petit Robert reste « très attentif aux évolutions des graphies », qui tendent souvent à plus de simplicité », et qu’on peut observer dans le dictionnaire la soudure des éléments préfixés ainsi que des mots composés. Quelques exemples de modifications graphiques sont ajoutés qui vont toutes dans le sens des rectifications (Rey & Rey-Debove, 2009 : XIX). Rey y fait aussi une mise au point sur l’orthographe en précisant que, lorsque deux formes sont possibles, celle qui correspond à l’usage est placée en premier plan. Concernant la soudure des mots composés, nous pouvons y lire ceci : « On a aussi enregistré l’habitude qui se généralise, d’écrire des noms composés sans division interne : AUTOSTOP, PAREBRISE sont donnés en premier, avant AUTO-STOP et PARE-BRISE ».

La préface de l’édition 2009 reste inchangée jusqu’à 2017 où elle a été actualisée (pour le millésime 2018), et son ancienne composante L’orthographe : mise au point a été remplacée par la section Orthographe, mais, à vrai dire, son contenu n’a pas beaucoup changé.

Mais comme le mentionne Martinez dans le compte-rendu du Petit Robert 2019, en 2018, « l’opération de plus grande ampleur s’est déroulée » dans l’orthographe. Beaucoup de graphies tirées des rectifications orthographiques, qui manquaient encore dans le dictionnaire, ont été ajoutées et plusieurs de celles qui figuraient déjà ont été promues. Certains articles, déjà modifiés en 2009, retouchés ensuite en 2013, subissent une nouvelle modification.

Méthodologie de l'analyse

Notre analyse s’est faite en deux temps. Nous avons commencé par la recherche des mots nouvellement intégrés dans Le Petit Robert et Le Petit Larousse illustré, utilisés avec un trait d’union pour pouvoir comparer leur proportion dans dix éditions successives des deux dictionnaires (pour les millésimes 2011-2020) et dévoiler les raisons pour lesquelles le trait d’union est maintenu dans ceux-ci.

Données quantitatives

Après avoir analysé les listes des mots nouveaux effectuées par Martinez et publiées par le Club d’orthographe de Grenoble, nous pouvons constater que, sur la période considérée, 1 171 nouveaux mots sont entrés dans Le Petit Robert et 25117 nouveaux mots dans Le Petit Larousse illustré. Parmi eux, nous avons relevé 55 mots composés avec un trait d’union dans Le Petit Robert, soit 4,7 %, et dans Le Petit Larousse illustré, il y en avait 189, soit 7,53 %. Notre corpus comprend donc au total 244 mots à trait d’union. Leur répartition selon la date d’intégration dans ces dictionnaires figure dans le tableau 1. Pour chaque année d’édition, le premier chiffre correspond au nombre d’articles entrés cette année-là dans un des dictionnaires analysés, le deuxième indique le nombre de mots écrits avec un trait d’union et le troisième représente la proportion des mots unis par un trait d’union, exprimée en pourcentage.

Il ressort du tableau 1 que, si l’on mesure l’évolution entre 2011 et 2020, les résultats obtenus ne montrent pas de tendance nette à la diminution ou à l’augmentation de la proportion des mots écrits avec un trait d’union qui ont fait leur entrée dans Le Petit Robert ou Le Petit Larousse illustré au cours de la période considérée. Les pourcentages varient d’une année à l’autre, p. ex. dans Le Petit Larousse illustré, la proportion des mots unis par un trait d’union diminue entre 2012 et 2013 (de 6,85 % à 5,75 %), mais elle repart vite à la hausse en 2014 (avec 7,07 %).

Tableau 1: Répartition des mots à trait d'union selon la date d'intégration
Année Le Petit Robert (Nouveaux mots / Mots avec trait d'union / %) Le Petit Larousse illustré (Nouveaux mots / Mots avec trait d'union / %)
2011-2020 1 171 / 55 / 4,7% 25117 / 189 / 7,53%

Raisons du maintien du trait d'union

Pour pouvoir mieux répondre à notre question initiale, nous nous pencherons sur l’étude des raisons pour lesquelles le trait d’union est maintenu dans 244 mots à trait d’union relevés dans les deux dictionnaires.

  1. des mots composés formés avec des mots autonomes (noms, adjectifs, pronoms, verbes, adverbes, etc.). Exemples : bas-culotte, bien-pensance, brasse-camarade, chasse-moustiques, court-termiste, dix-heures, faux-fruit, glisser-déposer, mort-vivant, pollueur-payeur, porte-chéquier, prête-plume, quart-temps, quatre-heures, vivre-ensemble, etc. Dans la plupart des cas, les termes mis ensemble sont sur le même plan, c’est-à-dire que l’un ne modifie pas l’autre (p. ex. pollueur-payeur désigne les pollueurs à qui l’on fait payer leur pollution). Mais, dans d’autres cas, l’emploi du trait d’union dépend du degré de cohésion des composants pour former une expression dont le sens est distinct de celui de la suite de mots dont il est formé (cœur-de-bœuf désigne une tomate charnue en forme de cœur, col-de-cygne indique une tuyauterie doublement coudée pour absorber la dilatation due aux produits chauds, etc.).
  2. des mots composés construits avec un préfixe ou un élément savant. Les dictionnaires conservent le trait d’union pour éviter la rencontre de deux voyelles (ai, au, oi et ou) qui risquerait de susciter des prononciations défectueuses ou des difficultés de lecture (exemples : auto-infection, auto-intoxication, éco-industrie, radio-identification, rétro-inhibition, etc.), de deux voyelles identiques (micro-ondable), de deux consonnes identiques (post-traumatique) ou lorsque le premier élément n’est pas en fait le préfixe (c’est le cas de auto-scooter où auto ne signifie pas par soi-même mais indique la voiture) ou que le deuxième élément commence par une majuscule (micro-État). Les dictionnaires analysés le conservent également avec les préfixes ou éléments savants demi- (demi-fin), semi- (semi-marathon, semi-précieux), vice- (vice-champion). Il est à noter que tout cela correspond aux règles d’application mentionnées en 1.1. Néanmoins, nous avons également observé quelques exceptions concernant la soudure avec le préfixe super- qui s’écrit généralement sans trait d’union, mais avec un trait d’union dans les mots composés occasionnels (néanmoins, la question se pose de savoir pourquoi proposer d’enlever le trait d’union à supergéant mais pas à super-héros ?), celle avec le préfixe post- qui est d’habitude soudé avec ce qui le suit sauf si ces mots sont issus du latin (néanmoi...

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