Les Mosin Nagant ont toute une histoire, ou plutôt deux. L’une, bien connue des collectionneurs et tireurs, retrace son parcours de la fin du XIXe siècle à la seconde moitié du XXe, marqué par le sang et la bravoure. L'histoire du fusil Mosin Nagant est intrinsèquement liée à celle de sa cartouche de 7,62×54 R, née en 1891 et choisie par le même homme, Sergueï Mosin. Cette cartouche, à la balistique intraitable, est encore réglementaire dans certains pays, notamment dans les excellents fusils de sniper Dragounov.
Les Mosin Nagant ont terminé leur carrière en 1967 (en Albanie, si ma mémoire est bonne), totalisant plus de 75 ans de service. Très peu de Mosin ont été re-chambrés réglementairement, témoignant de la qualité et de la durabilité de l'arme conçue par Sergueï Mosin.
Sergueï Mosin est né en 1849 à Ramon, une petite ville de l’Oblast de Voronej. Fils d’un sous-lieutenant à la retraite d’extraction paysanne modeste, il intégra un lycée militaire à 12 ans, où il excella. Ses brillants résultats le conduisirent à la prestigieuse École militaire Alexandrovskoïe. Il opta pour l’artillerie, arme savante où les officiers d’origine modeste avaient plus de chance de faire carrière.
C’est là qu’il mettra au point son célèbre fusil, en collaboration avec un belge, très intéressé par l’énorme marché militaire russe de l’époque, Émile Nagant. On appellera, et on appelle encore parfois, le fusil de Mosin le « fusil 3 lignes ». Pourquoi 3 lignes ? Son activité, son invention qui libérait la Russie de sa dépendance aux brevets étrangers, sa capacité à organiser rapidement une fabrication domestique en grand nombre de cette arme pour la colossale armée russe après que les premiers (et très rares!) exemplaires du Mosin aient dus être fabriqués en France à Châtellerault faute d’outil industriel adapté, valurent à Serguei Mosin, honneurs et récompenses financières substantielles.
Mais il y a une autre histoire que celle de l’arme et de sa cartouche derrière celle de la carrière historique du fusil Mosin Nagant. Et de façon surprenante, c’est une très belle histoire d’amour. Jeune officier encore, Serguei Mosin tomba amoureux d’une femme totalement hors de sa condition, Barbara Nicolaievna Arsenieva, femme mariée, noble et épouse d’un conte russe de la meilleure noblesse. Accessoirement nièce de l’écrivain Tourgueniev et mère de deux enfants qui plus est. Le mari avait deux fois l’âge de l’épouse et, en prime, était le fils du seigneur de la terre où étaient nés les humbles Mosin. Le mari était parfaitement au courant de cette situation. Et ce premier mariage était définitivement voué au naufrage.
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Homme d’honneur, au bout de trois ans de relations platoniques, et alors que la très belle Barbara était enceinte de son troisième enfant légitime, Serguei se présenta au mari, pour lui avouer officiellement les sentiments des amoureux, lui demander d’accepter la demande de divorce de son épouse, s’engageant à l’épouser elle immédiatement et à le dédommager lui de tous les troubles. Mosin le provoqua donc en duel. Le mari refusa un duel contraire à sa condition et porta plainte contre Mosin. Peut-être pensait-il aussi que le temps aurait raison des sentiments de son épouse et de Serguei Mosin. Mosin fut astreint à… trois jours d’arrêts à domicile.
Quelques temps après, Mosin renouvela son offre de duel. Et pris cette fois-ci deux semaines d’arrêts de rigueur. Punition assez sévère et très rare pour un officier. Deuxième avertissement. Les amoureux durent souffrir et patienter. Plus de quatre ans, passèrent. Le mari comprenait que rien n’y ferait. Mais il était ulcéré. Mosin renouvela alors son offre de divorce. Le mari consenti cette fois mais, perversement, exigea 50.000 roubles en « Otstypnix » pour signer - traduisons le mot russe poliment par « compensation » plus que « dédommagement ».
Huit ans passèrent encore - Mosin avait été cette fois largement récompensé pour son travail. C’est le travail acharné de Mosin sur son fusil et sa mise en production qui lui donna les moyens de se ruiner à peine fortuné quand il se présenta au mari pour payer les fameux 50.000 roubles. De guerre lasse, et ayant le premier prononcé ce chiffre, le mari céda. La somme fût réglée. Le divorce fût prononcé. Barbara et Sergueï purent enfin se marier. 16 ans étaient passés depuis leur première rencontre.
On ne connait pas à Serguei Mosin d’autre relation féminine que celle-là. Ils furent heureux, toujours ensemble, mais n’eurent pas de descendance. Lui fût enterré littéralement sur son lieu de travail dans le cimetière proche de l’Arsenal de Sistrorietsk qu’il dirigeait. Barbara lui survécu jusqu’à la Révolution de 1917. Vieille femme de haute noblesse, elle a disparue dans la tourmente bolchévique dans des circonstances inconnues et sans laisser aucune trace.
Le Mosin-Nagant Modèle 1891 est à l’origine une carabine à verrou de conception simple, élaborée par le capitaine russe Sergei Mosin, montée avec un magasin de cinq cartouches conçu par les Belges Émile et Léon Nagant.
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Les canons destinés aux fusils de précision disposent de marquages spécifiques sur le tonnerre. Les caractères cyrilliques "CH" sur les modèles Tula indiquent un canon destiné aux fusils PU. Chez Izhevsk, ce marquage est différent : il s'agit d'un "C" inscrit dans un cercle. Les canons des Mosin Nagant PU étaient fabriqués séparément de ceux des 91/30 standards.
Le Mosin Nagant a été utilisé dans de nombreux pays à travers le monde, souvent modifié pour répondre aux besoins locaux.
Les militaires de Bulgarie, Tchécoslovaquie, Estonie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Serbie ont tous utilisé le Mosin-Nagant à un moment ou à un autre durant le XXe siècle. Les Mosin dans ces pays subirent souvent des modifications, et furent souvent utilisés dans les années 2000-2006 comme fusils d’entraînement.
Après avoir conquis son indépendance, la Finlande acheta de nombreux Mosin à l’étranger, essentiellement des fusils autrichiens et allemands capturés aux Russes pendant la Première Guerre mondiale. Ces fusils, plus vieux, étaient ordinairement rénovés ; cela pouvait être aussi infime que les poinçons de l’armée finlandaise (SA) et une nouvelle bretelle, ou très important comme une refonte totale avec de nouveaux montages, organes de visée, détentes et un canon plus précis en diamètre 308 et non 311.
L’Empire allemand a capturé une grande quantité de Mosin-Nagant durant la Première Guerre mondiale. Ceux-ci ont reçu des modifications variées, notamment un recalibrage en 8x57S Mauser. Beaucoup étaient équipés d’un montage adapté pour recevoir une baïonnette-lame allemande.
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Dans les années 1920, la Pologne recalibra environ 77 000 Mosin-Nagant en 8mmMauser (8x57S). Beaucoup de modifications furent effectuées : les canons furent rechambrés en 8 mm et raccourcis à 23 pouces de longueur.
Les États-Unis et les forces militaires alliées ont rencontré des fusils et des carabines Mosin-Nagant en action dans les mains de la guérilla Viet Cong et des soldats de l’armée nord-vietnamienne. Un certain nombre de M-1944 russes et de Type 53 chinois furent utilisés comme fusils lance-grenades avec des copies locales du lance-grenade US M7.
Pratiquement tous les pays qui reçurent une aide militaire de la vieille Union Soviétique utilisèrent le Mosin-Nagant à un moment ou à un autre.
Récemment, une grande quantité de Mosin-Nagant a été retrouvée sur les marchés américains d’antiquités et de collectionneurs, car c’est aussi une arme fiable pour la chasse, assez précise et bon marché. On peut actuellement trouver des modèles standard à des prix aux environs de 80 dollars, grâce aux immenses excédents créés par les industries soviétiques pendant la seconde guerre mondiale.
Celles des infinies variantes d’une arme exemplaire, mondiale qui est devenue mythique. L’histoire de son concepteur aussi est exemplaire. Et « le Mosin », c’est donc aussi un thème de collection infini pour une arme et une munition qui ont fait l’Histoire.
A la fin de la seconde guerre mondiale, la malheureuse Hongrie, qui a commit l’erreur deux fois de suivre l’Allemagne dans ses folles aventures et qui a été deux fois entrainée par elle dans sa défaite (le plus grand cimetière militaire hongrois au monde est en Russie du coté de Voronej), est punie de son choix par l’occupant soviétique qui limite son armée à 25.000 membres. Elle ne lui laisse que 10.600 carabines des modèles 1935 et 1943, 6.250 pistolets mitrailleurs de divers types, et… 1274 armes de poing au titre des armements individuels.
L’armée hongroise complète néanmoins ce très modeste arsenal avec quelques achats de fusils Mosin 91/30, de carabine Mosin modèle 1944, de PPSH41 et de pistolets TT33 auprès de ce qui deviendra dans quelques mois son « grand frère soviétique ».
En 1948, face à l’OTAN qui se constitue, la Hongrie est pressée par l’URSS de rejoindre le Pacte de Varsovie. Elle est désormais autorisée à construire sous licence du matériel soviétique et ne va pas s’en priver. Ces armes sont construites dans la fameuse usine FEG ( Fémáru Fegyver és Gépgyá) de Budapest qui fabriquait d’excellentes armes depuis la période impériale austro-hongroise de ce pays et l’an de grâce 1891 très exactement.
Le code pays de la Hongrie dans la nomenclature du Pacte de Varsovie étant le « 02 », cela explique que l’on puisse reconnaitre immédiatement ces « Mosin Hogrois » au code « 02 » complété de la lettre « B » pour Budapest qui orne leur crosse comme sur notre exemplaire. Environ 220.000 (seulement dans l’absolu) de ces armes seront produites. Et ce sont pour l’essentiel des carabines 44 (160.000 exemplaires) et sur deux années seulement de 1952 à 1953.
Si l’on croise de temps à autres la carabine M48 hongroise (ex44 russe), c’est vous dire la réelle rareté du « Mosin 91/30 hongrois » comme le notre. Il semblerait que ces fusils et carabines M48 aient répondu, dans l’esprit des producteurs hongrois, à un projet commercial d’exportations plus que de dotation des armées.
Ces armes de temps de paix sont remarquablement produites et par des ouvriers très qualifiés. Elles sont très bien finies notamment au niveau des bois, des attaches de bretelle et des ajustements ou du moins mieux que les Mosin russes de 1941 - 1944 produit eux en millions d’exemplaires pour une guerre gigantesque.
Anecdote supplémentaire, ils sont si bien finis que 6.000 d’entre-deux seront transformés en version Sniper doté d’une lunette PU de conception soviétique mais de fabrication hongroise. Ces armes de tireurs d’élite ont fini pour beaucoup au… Vietnam au titre de l’assistance à un pays frère attaqué. Elles constituaient d’ailleurs une arme de prise très recherchée par les GI et autres Marines, avides de trophées !
Pour les thuriféraires des Mosin snipers, ce sont bien sûr tous des fusils et pas des carabines. Ils sont tous de 1952, en série « BC » (série qui n’existe pas sur les autres fusils et mais que l’on trouve sur des carabines mais, dans ce cas, rien à voir avec un fusil de sniper).
Il porte un poinçon d’épreuve allemand et une mention de calibre. Il est en parfait état mécanique avec d’excellents ajustements - ses bois sont superbes (peu de traces de manipulation et aucune enture) et son canon est beau à damner un saint et il vous donnera « beaucoup bonheur au stand » (prendre l’accent brésilien pour dire ça). Bref une arme de qualité « premium plus » pour un modèle fort rare in fine.
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