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C’est pour répondre à la curiosité légitime de tous ceux qui s’intéressent au sujet qu’a été rédigée cette encyclopédie. Jean Huon est un des plus grands spécialiste des armes européen.

L'évolution des armes à feu

La véritable révolution dans la conception des armes s’effectua surtout au XIXe siècle. Dans l’univers des armes de poing, le XIXe siècle était aussi une période de progrès exceptionnel. En 1835, après que Samuel Colt lança sur le marché son revolver à percussion, et qu’Horace Smith et Daniel B.

Le rôle des armes et technologies militaires dans le développement des empires européens constitue un sujet d’étude consacré à la fin des années 1980 par les travaux de l’historien Geoffrey Parker. Selon lui, l’amélioration des capacités de tir au canon sur mer, l’apparition du mousquet et d’une artillerie de campagne plus efficace, et la construction de forteresses entre 1500 et 1800 avaient été à l’origine d’une véritable « révolution militaire ». C’est cette « révolution » qui aurait donné aux Européens les moyens de la conquête impériale.

Au cours de ce siècle, la fabrication d’armes à feu augmente tout d’abord pour satisfaire les besoins de l’échange colonial. Dans les Amériques, aux Indes et en Afrique, les Anglais offrent des fusils aux populations locales et les troquent contre des esclaves afin de s’en faire des alliées politiques. La production d’armes s’accroît ensuite dans le contexte des guerres qui opposent les Européens entre eux, telles que la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la guerre de Sept Ans (1756-1763), la guerre d’indépendance en Amérique du Nord (1775-1783) et les guerres napoléoniennes (1803-1815). Pour les Britanniques, les enjeux de ces conflits sont surtout liés à la conservation ou l’agrandissement du domaine colonial.

Lorsqu’il commande du matériel militaire, l’État n’est pas perçu comme un parasite mais comme un agent actif du changement économique. Pour le dire autrement, les commandes militaires constituent des opportunités économiques pour l’industrie. C’est dans ces circonstances guerrières qu’émerge une industrie dispersée qui opère sous la houlette de l’État, alors que la production tend à reposer sur des processus et composants de plus en plus standardisés.

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L'arsenal et les manufactures

Le terme de « manufacture d’armes » va se confondre de plus en plus avec celui d’« arsenal », qui désignait au XVIIe siècle un espace fermé, dans les grands ports militaires (Brest, Rochefort, Toulon, Marseille pour les galères, puis Lorient et Cherbourg), pour, entre autres, la préparation de l’armement des vaisseaux de guerre.

Tandis que les fonderies de canons de marine se détachaient des arsenaux portuaires, à Indret sur la Loire, Ruelle sur la Charente, ou Rennes-Redon sur la Vilaine, les ateliers de la petite métallurgie se transforment en industries de guerre, et les manufactures de Charleville, Tulle, Saint-Étienne travaillent à l’entreprise pour l’État sous le contrôle des inspecteurs d’artillerie. La production est progressivement normalisée jusqu’aux fusils réglementaires, dont la norme de fabrication et la qualité sont garanties par un poinçon.

Une autre forme de contrôle était le stockage d’armes de guerre dans des bâtiments fortifiés à proximité des enceintes urbaines (le « magasin de la Bastille » qui est l’Arsenal de Paris, l’arsenal à la confluence de la Saône et du Rhône à Lyon) ou dans les places-fortes à proximité des frontières (Strasbourg, Metz, Douai, Grenoble...). C’est à ces bâtiments enclos que l’on donne le nom d’ « arsenaux de terre » ; ils seront naturellement au centre des mouvements révolutionnaires.

La législation sur les armes à feu

Si la définition générale de l’objet (« Armes : instruments servant à attaquer et à se défendre5 ») est suffisamment vague pour laisser une grande latitude d’interprétation de son usage, la distinction armes blanches/armes à feu est toutefois devenue cruciale pour toute la législation sur les armes à feu.

La législation pour le contrôle des armes se durcit à la fin du XVIIe siècle. L’Édit de 1666 devient la référence absolue pour tous les textes ultérieurs. Il donne la liste des armes prohibées, des peines encourues pour tout manquement à la règle, des conditions grâce auxquelles les citadins peuvent continuer à utiliser les armes licites. Ces dispositions inaugurent de fait une vaste entreprise de désarmement.

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Les critères objectifs sont la longueur de l’arme et du canon ; la dague, épée courte à lame large, le poignard, couteau dont la lame ne dépasse pas 25 cm, le pistolet de poche, sont des armes qui peuvent être facilement dissimulées. À ce titre, elles présentent une menace grave. Les textes réglementaires sont convergents ; il faut proportionner l’usage privé à la taille. L’arme doit être suffisamment longue, ou volumineuse, pour ne pas être dissimulée. L’objectif de l’État est l’exposition publique des armes portatives, ce qui rend plus facile le contrôle de leur circulation.

L’Édit de Turgot de 1776 va réunir arquebusiers, couteliers et fourbisseurs en une seule communauté. C’est une tentative de contrôler étroitement la diffusion des armes. L’ordonnance de police du 21 mai 1784 durcit la réglementation, en interdisant les épées, à une période où le port de l’épée se généralise au sein d’une population qui conteste le monopole du port de cette arme par la noblesse ; jusque-là, c’étaient les cannes-épées ou « cannes à dard » qui contournaient le privilège social.

Le contrôle des armes et les militaires

Toutefois, cette séparation ne signifie nullement un libre usage des armes par les militaires ; bien au contraire, la quête du monopole de la violence concerne également ces derniers, au premier chef, pourrait-on dire. Les soldats sont souvent impliqués dans des rixes, dans les grandes métropoles, ou dans les villes de garnison ; ils participent parfois à des activités illicites (contrebande, maisons de jeu, prostitution). Le pouvoir monarchique a cherché à surveiller et à contrôler les mouvements et les activités de ses militaires en les concentrant dans des casernes, autre bâtiment sensible du décor urbain.

À Paris, les Gardes-françaises ne doivent pas « vaguer la nuit hors de leur quartier » après 6 heures du soir en été, et 9 heures du soir en hiver, « avec épées et autres armes, s’ils n’ont l’ordre par écrit de leur capitaine ». Durant la journée, ces soldats ne peuvent se déplacer armés hors de leurs quartiers (le quartier de la caserne) s’ils sont plus de quatre. La réglementation ...

La prolifération des armes et son contexte

La prolifération des armes au cours de la Révolution est fondamentale, mais elle se présente sous plusieurs aspects. Elle relève d’abord du principe de l’auto-défense, et, à ce titre, elle invoque le droit naturel. La possession d’une arme devient la prérogative du citoyen, elle accompagne donc les formulations du droit positif. La dimension symbolique transcende toutefois la réglementation positive. La nature des armes en circulation renvoie non seulement à leurs usages, mais aussi aux représentations individuelles et communautaires auxquelles elles sont associées.

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Enfin, le contrôle croissant de l’Etat sur la circulation des armes sous la monarchie administrative illustre la recherche du monopole de la violence légitime. Elle se décline de différentes façons : la réglementation des métiers, l’édification des arsenaux, le contrôle de la production. Cette tentative, parallèle à la révolution militaire, vole en éclats dans les premières années de la Révolution.

Tel est le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique, adopté en 1791 avec dix autres articles qui constituent une déclaration des droits, en préambule au texte constitutionnel. Il est considéré jusqu’à nos jours comme un des legs les plus précieux de la « Révolution américaine » et, pour une bonne partie de l’opinion outre-atlantique, imprescriptible. On peut certes souligner les réserves et les limites posées à l’exercice de ce droit dès l’époque de sa formulation, liées pour la plus grande part aux contours précis de la notion de « peuple souverain ».

Quant à l’autre grande référence implicite du deuxième amendement, celle du constitutionnalisme républicain, il renvoie à la tradition classique, que Victor Davis Hanson avait transcrite comme « modèle occidental de la guerre », qui liait étroitement le « militarisme civique » et la conception juridique de la liberté.

Certes, le champ de bataille n’est pas le forum, mais il en est à la fois la condition et la projection ; et c’est dans cette indétermination même, entre le danger externe et la corruption interne, entre l’état civil et l’état militaire, comme disait Diderot3, que le « militarisme civique » s’élève contre une des conséquences du processus de « révolution militaire » entamé dans les États occidentaux depuis la XVe siècle4 ; la concentration de la fabrication, de la circulation, et de la détention des armes, par les institutions spécialisées de l’État moderne, pour tendre au monopole de la violence publique.

Je chercherai donc, dans un premier temps, à faire un bilan de cette quête du monopole par la monarchie administrative à la veille de la Révolution française. La transition révolutionnaire inaugure une nouvelle donne dans cette recomposition du monopole, avec le transfert de souveraineté de l’État monarchique au « peuple souverain ». Dès lors, on peut esquisser un parallèle entre les républiques américaine et française dans la diffusion large du principe de la citoyenneté armée. Ce sera le deuxième moment. L’issue est toutefois bien différente, et il n’existe aucune transcription du deuxième amendement dans les modalités d’application du droit primordial à la sûreté, qui est un des droits fondamentaux (article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme, avec la liberté, la propriété, et la résistance à l’oppression) dans le droit positif français.

À travers la requalification de la catégorie de « peuple », c’est toute une mécanique du contrôle de la fabrication et de la circulation des armes héritée des instruments du pouvoir monarchique qui est ainsi redéfinie. Je montrerai dans un troisième temps comment cette redéfinition est parallèle à une requalification de la citoyenneté, essentiellement distincte du substrat communautaire sur laquelle se fonde l’auto-défense.

Le rôle social des armes

Priya Satia s’intéresse ensuite à ce qu’elle nomme « la vie sociale des armes », qui recouvre les rôles de plus en plus nombreux conférés aux armes, en métropole et dans les colonies. On remarquera d’emblée que le sens et l’utilité sociale des armes ne sont pas partout les mêmes. Dans les colonies d’Afrique de l’Ouest, où les armes à feu exportées sont souvent de qualité moindre, les armes ne jouent pas qu’un rôle guerrier : ce sont des objets cérémoniaux, des emblèmes de pouvoir et une monnaie d’échange, notamment pour acheter des esclaves.

En métropole, l’image sociale de l’arme à feu est très différente. Elle est associée à l’idée d’auto-défense et de refus de la violence : l’arme à feu permet à l’individu de rester à distance de ce qu’il appréhende comme une menace. La violence de l’arme à feu est perçue comme impersonnelle et ce d’autant plus que le manque de précision des armes à feu rend difficile d’atteindre la personne visée. En appuyant sur la détente, le tireur déclenche des mécanismes dont l’effet ultime est difficile à prédire. Le tireur va-t-il tuer, blesser ou « simplement » effrayer ?

Au niveau des représentations sociales, cette imprévisibilité se traduit par l’idée selon laquelle le tireur n’est pas totalement responsable des effets qu’il cause. L’arme à feu est en ce sens le revers du couteau, arme du crime passionnel ou du règlement de compte. À la violence froide de l’arme à feu s’opposerait la violence chaude du couteau qui ne manque pas sa cible. Pour ces raisons, l’arme à feu, selon la vision qu’on en a au XVIIIe siècle, est plus « humaine ».

Ces représentations doivent se comprendre à la lueur du clivage possédants-travailleurs au sein de la société britannique. La possession d’armes à feu devient un privilège réservé aux nobles, aux riches et à ceux qui les servent. Avec les clous, les charnières et les serrures, les armes à feu sont une technologie au service de la protection de la propriété.

L'impact des guerres et la brutalisation

Au sein des forces armées, des changements surviennent également aux XVIIIe et XIXe siècles. L’élévation de la cadence de tir, plus que la précision, est au cœur des règlements tactiques, français puis européens, produits à partir des guerres napoléoniennes. Il en résulte une augmentation de la mortalité par armes à feu sur les champs de bataille. Au même moment, on assiste à une augmentation du nombre d’homicides causés par armes à feu dans la société civile, ce qui pose la question d’une brutalisation de la société britannique liée à l’expérience des guerres de la Révolution.

Entre 1810 et 1815, dans la région de Londres, 12 % des accusations de meurtres renvoyaient à des décès provoqués par des armes à feu. Selon Priya Satia, c’était : « une proportion plus élevée que jamais. Les guerres massives qui avaient commencé en 1793 avaient également changé la façon dont les armes étaient utilisées dans les actes de violence entre des civils. Toute une génération était capable de violence impersonnelle par arme à feu, sans lien avec la propriété, à laquelle elle avait été familiarisée » (p. 252).

Après cette évocation du rôle des armes en Europe, Priya Satia revient sur le cas des colonies, où ces armes servent la mise en place d’un régime de propriété favorable aux Britanniques. Chez Daniel Defoe, le personnage de Robinson Crusoé, « propriétaire » de son île, équipé de son fusil face aux « sauvages », met en exergue le lien unissant le récit colonial paranoïaque de la recherche de sécurité absolue et la détention d’armes à feu.

Les politiques de contrôle des armes au XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, un changement s’opère dans la politique britannique de contrôle des armes. La Grande-Bretagne cherche à consolider sa position impériale dominante et son intérêt consiste parfois à ne pas vendre d’armes à l’étranger pour ne pas mettre de l’huile sur le feu de conflits locaux déstabilisants. C’est dans ce cadre qu’une législation plus restrictive est adoptée.

Cette politique plus prudente s’avère malgré tout difficile à pérenniser face aux pressions de l’industrie. La concurrence persistante d’autres États - comme la Belgique - incite la Grande-Bretagne et d’autres puissances coloniales à développer des normes communes afin de réguler le commerce des armes. La première initiative internationale d’envergure en la matière est la conférence de Bruxelles de 1890 pendant laquelle les puissances adoptent une convention qui porte sur le commerce des armes à destination de l’Afrique.

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