La situation à Gaza est marquée par des conflits récurrents et des tensions exacerbées. Depuis le 7 octobre, les événements ont suscité des interrogations sur la nature des actions menées et leurs conséquences sur la population.
Plus de 40 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis le début, le 30 mars, de la "grande marche du retour", un mouvement de protestation massif dans la bande de Gaza le long de la frontière avec Israël.
Un certain nombre d’arguments visant à justifier l’assaut sanglant contre la flottille sont répétés en boucle depuis le 31 mai. L’assaut s’est produit dans les eaux internationales. Les eaux territoriales sont limitées à 12 miles nautiques des côtes, limite que les bateaux étaient loin d’avoir atteinte. Qui plus est, la situation ne pouvait en aucun cas justifier l’emploi de la violence armée.
L’article 51 de la Charte des Nations unies définit de manière précise le droit à la légitime défense : « Dans le cas où un membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée ».
Effectivement, certaines images montrent que des soldats israéliens ont pris des coups lors de l’assaut. Et alors ? C’est l’armée israélienne qui a attaqué les navires, pas l’inverse. Des commandos armés investissent un bateau par la force, en violation du droit international : n’est-il pas logique que les passagers du bateau, qui sont dans leur bon droit, se défendent ?
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Pour faire une comparaison, c’est comme si un pirate de l’air auquel l’équipage résisterait physiquement prétendait que c’est l’équipage qui l’a agressé. Israël n’a pu, à l’heure actuelle, montrer aucune arme à feu.
La flottille avait prévu de débarquer à Gaza. Or, jusqu’à preuve du contraire, le Hamas est l’organisation politique majoritaire au Parlement palestinien et c’est lui qui administre la Bande de Gaza. Il est logique et conforme au droit international de s’adresser aux autorités locales et de se coordonner avec elles. Et juste une question : avec qui l’État d’Israël discute-t-il pour tout ce qui concerne Gaza, ou encore Gilad Shalit ?
Israël laisse, depuis quelques semaines, « un peu plus » d’aide humanitaire pénétrer dans la Bande de Gaza. Mais, pour une population de 1,5 million d’habitants, les quantités sont dérisoires ! Depuis 2007, ce sont 95% des entreprises qui ont fermé et 98% des emplois du secteur privé qui ont été détruits. Les centrales électriques fonctionnent par intermittence.
Les derniers chiffres de l’ONU indiquent que 70% des Gazaouis vivent avec moins d’un dollar par jour, que 80% de la population dépend des aides alimentaires internationales, ou encore que plus de 60% des habitants de Gaza n’ont pas accès à l’eau courante.
Conclusion : Israël n’avait pas le droit d’intervenir là où il l’a fait, rien ne pouvait justifier une telle violence, les passagers n’ont fait que se défendre avec des armes de fortune.
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La flottille entendait transporter de l’aide pour une population qui en a besoin et briser symboliquement un blocus illégal et criminel, dénoncé par nombre d’ONG et d’agences de l’ONU.
Sur son lit d'hôpital à Gaza, Mohammed al-Moughari se rappelle qu'il aurait pu passer le doigt à travers sa plaie quand il a été blessé à la jambe par le tir d'un soldat israélien.
Mais les médecins sont troublés par l'afflux de patients avec de très graves blessures, notamment dans la région du genou. La plupart des milliers de Palestiniens qui manifestent se tiennent prudemment à distance de la barrière lourdement gardée par les soldats israéliens.
Mais des groupes vont défier le danger en s'approchant pour lancer des pierres ou faire rouler des pneus enflammés vers les soldats.
Mohammed al-Moughari refuse de dire s'il prenait part aux violences.
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L'armée israélienne dit ne tirer "à balles réelles qu'en dernier ressort, quand tous les autres moyens de parer la menace ont été épuisés". Il s'agit, dit-elle, de protéger les soldats, et d'empêcher les Palestiniens de forcer la barrière, puis de menacer les civils israéliens riverains de Gaza.
Selon elle, les manifestants sont instrumentalisés par le mouvement islamiste Hamas qui dirige l'enclave et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008. Les Etats-Unis, grand allié d'Israël, ont bloqué les démarches en ce sens à l'ONU.
Sur le terrain, les médecins font le constat répété de blessures sévères évoquant des situations de guerre.
"Ce qui est inhabituel, ce sont les lésions, l'étendue des plaies et les fragmentations multiples des os", dit Marie-Elisabeth Ingres, une responsable de Médecins sans frontières. MSF dit avoir dispensé des soins post-opératoires à presque 600 patients depuis fin mars.
Abdel Latif el-Hajj, directeur général des hôpitaux à Gaza, accuse Israël d'utiliser à dessein un type particulier de munitions causant une infirmité irréversible.
Selon Amnesty International citant les autorités gazaouies, plus de 5.500 Palestiniens ont été blessés depuis le 30 mars, parmi lesquels plus de 1.700 à balles réelles, dont la moitié atteints aux jambes, notamment aux genoux.
La nature des blessures suggère l'emploi d'armement "visant à causer le maximum de dommages" et "l'apparente volonté de tuer ou de mutiler", dit l'organisation dans un communiqué.
L'armée israélienne a dit à l'AFP qu'elle se servait "uniquement d'armement standard et de munitions légales au regard du droit international".
Un comité ministériel législatif israélien a approuvé, dimanche 31 mai, un texte qui permettrait de condamner lourdement toute personne jetant des pierres sur des véhicules en mouvement, a annoncé la ministre de la justice.
Ce texte, qui doit encore faire l'objet de plusieurs lectures au Parlement, est un amendement à une loi préexistante qui fixe à vingt ans de prison la peine maximale pour avoir lancé des pierres sur des véhicules, mais uniquement si l'intention de blesser est prouvée. Cette mention ne figure pas dans l'amendement proposé.
« Jeter des pierres ou d'autres objets sur des véhicules en mouvement d'une façon qui pourrait mettre en danger la sécurité du passager » est punissable de dix ans de prison, est-il écrit.
Actuellement, les peines qui frappent les lanceurs de pierre dépassent rarement trois mois de prison quand les blessures occasionnées ne sont pas trop graves.
Le texte doit retourner à la Knesset, où la coalition gouvernementale du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, détient 61 des 120 sièges.
La ministre de la justice, Ayelet Shaked, du parti nationaliste et religieux Foyer juif, qui a présenté le texte et dirige le comité, a affirmé que les lanceurs de pierre étaient « punis de façon très légère au vu de leur crime » parce qu'il était difficile de prouver l'intention de faire du mal.
Dans la région de Khan Younès, frappes aériennes et tirs d’artillerie se poursuivent sur des secteurs à l’est de la ville, qui se trouvent du côté israélien de la «Ligne jaune». Cette ligne trace la démarcation à l’intérieur de la bande de Gaza entre la partie encore occupée par les troupes israéliennes, qui représente plus de la moitié du territoire, et celle dont elles se sont retirées comme prévu par l’accord de trêve avec le Hamas, en vigueur depuis le 10 octobre.
Ici, sur ces zones tenues par l’armée israélienne, des dizaines de milliers de Gazaouis vivent sous des tentes ou dans des maisons endommagées par deux années d’une guerre meurtrière et dévastatrice. Et des habitants interrogés par l’AFP craignent d'être contraints de quitter leur village, pour se rendre à l’ouest de cette nouvelle frontière.
«On ne dort pas de la nuit à cause de la peur, les bombardements sont incessants», lâche Oum Ahmed, 40 ans. «Mes enfants tremblent à chaque explosion et me demandent: où pouvons-nous aller? Et je n’ai pas de réponse», poursuit cette mère de cinq enfants. Sa maison est «totalement détruite», mais la famille est restée dans une tente plantée aux abords du domicile. C’est «plus facile que d’affronter l’inconnu», souffle-t-elle.
Elle n’envisage pas de franchir la «ligne jaune» pour aller dans la région d’al-Mawassi, à l’ouest de Khan Younès, où les tentes s’alignent à perte de vue, dans des camps de fortune accueillant des Palestiniens ayant fui les combats.
«Il n’y a plus de place pour personne, ni suffisamment de nourriture ou d’eau», estime Oum Ahmed, au moment où Gaza est en proie à une grave crise humanitaire.
Déclenchée le 7 octobre 2023 par une attaque du Hamas en territoire israélien ayant entraîné la mort de plus de 1.200 personnes, selon un bilan établi par l’AFP à partir de chiffres officiels, la guerre à Gaza a fait plus de 70.000 morts, d’après les chiffres du ministère de la Santé du Hamas, jugés fiables par l’ONU. Et déplacé l'écrasante majorité des 2,2 millions d’habitants.
Avec la trêve, une «ligne jaune» traversant Gaza du nord au sud a fait son apparition sur les cartes des négociations, et l’armée israélienne s’est repliée à l’est.
«La ligne jaune constitue une nouvelle frontière - une ligne de défense avancée pour les localités (israéliennes) et une ligne d’attaque», assurait début décembre le chef d'état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, s’exprimant à Gaza face à des réservistes.
Interrogée par l’AFP sur les craintes palestiniennes, l’armée israélienne n’a pas donné suite.
Régulièrement, elle annonce avoir ouvert le feu sur des combattants présumés qui auraient tenté de franchir cette ligne.
Pour le maire de Khan Younès, Alaa al-Batta, qui dénonce des bombardements israéliens «en violation avec l’accord de cessez-le-feu», la stratégie est claire. «Ces frappes ont pour objectif de chasser les habitants, leur faire peur et les contraindre à se déplacer vers l’ouest», accuse-t-il.
Mahmoud Baraké, 45 ans, rapporte des tirs d’artillerie «incessants» et des démolitions continues de maisons. «Les explosions résonnent tout près», lâche-t-il. Pour lui aussi, «le but de l’occupation (israélienne, NDLR) est clair: nous faire partir, pour vider la région».
A 70 ans, Abdel Hamid al-Fara a vécu les conflits successifs ayant opposé Israël et le Hamas. Lui aussi, avec cinq de ses enfants et leurs familles, est resté près de sa maison endommagée, au nord de Khan Younès, plutôt que d’aller à al-Mawassi «qui n’a plus la capacité d’accueillir» de nouveaux arrivants. «Nous ne partirons pas (...), ici c’est notre terre», martèle le grand-père septuagénaire.
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