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Il y a eu hier, à la Chambre, un débat dont le sujet était restreint, mais qui était important par sa signification.

Les socialistes réclamaient la libération de onze mille soldats, sursitaires ou ajournés, qui ont été incorporés en octobre 1929. La commission était opposée à cette mesure. Le ministre de la guerre la combattait. Le président du conseil a posé la question de confiance et par cent voix de majorité, la Chambre a donné raison au gouvernement.

Dans une brève intervention, M. Maginot a expliqué les difficultés d'application qu'offrait la loi d'un an. Il a fait valoir qu'étant donné les effectifs réduits dont l'armée dispose, un déficit de onze mille hommes n'était pas indifférent. Il a ajouté, sans appuyer, que, dans les circonstances présentes, une pareille mesure était impossible et que personne ne pourrait s'y résigner.

La Chambre a compris. Malgré l'insistance des socialistes, malgré l'insistance des radicaux extrémistes, elle a écouté le ministre. On voudrait croire que l'Assemblée commence à prendre conscience de ce que sont les problèmes réels dans l'ère nouvelle, ouverte par l'évacuation prématurée de la Rhénanie.

Ce n'est pas que les invitations lui manquent pour s'occuper d'autre chose. Les couloirs étaient bourdonnants hier d'agitations vertueuses et de conspirations de justiciers. Tout ce beau zèle prouve surtout que l'opposition continue son effort contre le ministère. Les revenants du cartellisme imaginent que la situation générale est de nature à leur rendre la confiance de la nation. Ils ont interpellé sur les affaires financières, ils ont parlé au cours de l'interpellation sur la politique extérieure. Ayant échoué, ils rêvent de recommencer.

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Ce sont là les grands sujets qui les occupent. Pendant ce temps, les discussions de Genève révèlent les manœuvres obstinées de l'Allemagne à propos du désarmement et les entreprises subversives des Soviets. Dans des conférences documentées à Paris, les orateurs font apparaître la collusion entre la Reichswehr et la Russie bolcheviste. Les récentes élections allemandes montrent que les partisans de Hitler continuent d'exercer un grand pouvoir sur les masses. Il y aurait là de quoi réfléchir.

L'opposition radicale et socialiste se contente de répondre par les mots de désarmement et de conciliation, sans vouloir remarquer que la politique de liquidation a accumulé les échecs. Si la Chambre, en votant hier selon le désir du gouvernement dans une question touchant l'armée, a voulu manifester sa clairvoyance et ses préoccupations, il faut retenir ce signe. Mais de quoi sera-t-il suivi ?

L'organisation militaire réclamera dans les années qui viennent beaucoup d'attention. Elle en réclamera davantage dans quelque temps, et davantage encore en 1935. La Chambre se doute-t-elle de l'étendue et de l'importance des problèmes qui l'attendent, elle et l'Assemblée qui lui succédera ?

Voici les chiffres intéressants fournis et les importantes déclarations faites par M. Maginot au sujet du service d'un an :

« Du fait de l'application anticipée de la loi d'un an anticipée puisque certaines conditions préalables n'étaient pas remplies et que les opérations à réaliser pour passer de l'incorporation à 20 ans à l'incorporation à 21 ans ne seront réalisées qu'en avril 1932 il en résulte, pour nos effectifs, un déficit très appréciable. »

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C'est ainsi qu'au lieu de 240.000 hommes du contingent normal, nous n'avons que 218.000 hommes. A ce déficit de 22.000 hommes, le vote de la proposition en ajouterait un nouveau de 11.000, car il est impossible de séparer des sursistaires les ajournés, dont le cas est plus intéressant, puisque leur ajournement est indépendant de leur volonté. (Applaudissements au centre et à droite.) »

« Or, je le déclare, un déficit de 33.000 hommes est inadmissible pour l'application du service d'un an. »

« D'autant que ces 11.000 hommes sont tous instruits, et sur un contingent de 218.000 hommes, la moitié seulement est instruite. Y a-t-il donc un seul Français qui trouve que 120.000 hommes, ce soit trop pour l'armée française et qui accepte de réduire ce chiffre ? »

« Au surplus, la libération de ces 11.000 hommes désorganiserait complètement l'instruction, et vous risquez, de ce fait, de donner aux adversaires du service d'un an un argument sérieux. »

« Or, vous avez voulu le service d'un an et vous voulez le conserver laissez donc à ceux qui ont la délicate mission de l'appliquer les moyens qui leur sont nécessaires pour y parvenir. »

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« Quand une loi a été votée, il faut l'appliquer honnêtement et ne pas recommencer aujourd'hui ce que nous avons fait pour le service de dix-huit mois, qui n'a jamais pu donner son plein rendement par suite des pertes d'effectifs qu'on lui a fait supporter. »

La Société des Nations et la Sarre

M. de Fels, directeur de la Revue de Paris, vient de proposer à la méditation des diplomates un « arrangement » qui suscite déjà bien des commentaires dans les journaux. Les lecteurs de Figaro en ont déjà trouvé un écho dans notre revue de la presse.

M. de Fels, constatant que le traité de Versailles semble avoir transformé le territoire de la Sarre en un sujet de querelle entre l'Allemagne et la France, et que ni le retour à l'Allemagne, ni l'annexion à la France, n'apporteront à cette question irritante une solution pacifique, propose simplement que la Société des Nations s'installe définitivement dans la Sarre.

Depuis douze ans qu'elle fonctionne, écrit M. de Fels, il n'est qu'un endroit au monde où la Société des Nations puisse réellement se dire chez elle dans toute la force du terme le territoire de la Sarre: Qu'elle s'y installe donc. Elle y sera placée plus utilement qu'à Genève, puisqu'elle se trouvera précisément au point où les forces belligérantes de l'Europe auraient le plus de chances de s'affronter.

Car, dit le directeur de la Revue de Paris, il n'y a pas de conception plus erronée que celle qui consiste à vouloir mettre le siège de la Société des Nations à l'abri de tout risque. C'est se méprendre absolument sur l'essence même de sa mission qui doit être de se trouver à l'endroit le plus exposé au danger. Que la Société des Nations soit foulée aux pieds par le transgresseur des traités et des pactes, que son armée internationale, si jamais elle vient à en posséder une, soit taillée en pièces, qu'elle apparaisse ainsi au monde en martyre de la paix, ne croit-on pas que ce martyre, suivant une parole célèbre, serait une semence d'unanimité mondiale aussitôt levée contre le coupable ? Toute cause est gagnée quand elle a des martyrs. Où sont ceux de la paix ? »

L'argument n'est pas sans humour, mais il a son prix, et il est difficile de ne pas y être sensible. Transformer « les augures de Genève » en martyrs de la paix, c'est une idée bien faite pour rendre à l'institution un peu de lustre. Nous avons ici une doctrine dont il nous paraît bien dangereux de s'écarter maintenir tous les droits que nous tenons du traité de Versailles. Le sort de la Sarre est régie par lui jusqu'en 1935. A cette date les Sarrois doivent fixer eux-mêmes leur destin. Ce n'est donc qu'en 1935 que la question posée par M. de Fels peut recevoir une réponse et qu'elle peut être plaidée devant l'Europe et devant les Sarrois. Il n'est point sans intérêt, bien au contraire, de réfléchir à cette affaire, et ce n'est pas la première fois que M. de Fels mérite d'être loué pour apporter à de graves problèmes politiques des solutions ingénieuses et pratiques.

Limitation des Armements Navals

La discussion qui s'est ouverte il y a deux jours, à la commission préparatoire pour la réduction des armements, à Genève, porte principalement sur des questions de méthode qu'on avait déjà vu soulever à la conférence tripartite, il y a deux ans, et à Londres au mois de janvier dernier.

Il s'agit de savoir comment, en vue d'une limitation future de leur nombre et de leurs dimensions, on classera les navires des divers types qui constituent une flotte militaire. Les cinq nations signataires du traité de Londres s'étaient mises d'accord, non sans peine, sur une formule de compromis entre la classification minutieuse demandée par la Grande-Bretagne et la liberté complète de répartition du tonnage, que préconisait la France et avec elle l'Italie, qui a changé d'avis depuis.

C'est cette formule qu'on voudrait faire accepter par les représentants des « petites marines », mais celles-ci ne se montrent pas disposées à l'admettre telle quelle elles préfèrent des proportions différentes suivant leur tonnage global, ou, ce qui revient au même, elles prétendent conserver la faculté de faire passer d'une catégorie dans une autre autant de navires qu'il leur plaira.

En fait, c'est le principe même de la classification qui est en jeu et contre lequel s'élèvent des protestations justifiées. Nous ne saurions nous en étonner, ayant toujours répugné à sacrifier la liberté qui devrait appartenir, semble-t-il, en cette matière comme en toute autre, a un pays indépendant. Nous avons cédé cependant, en diminuant le nombre des catégories proposées par les marines anglo-saxonnes, et en réservant la faculté de transférer de l'une à l'autre, moyennant préavis, une partie du tonnage que nous préférerions utiliser autrement.

Mais d'autres nations, qui n'ont pas les mêmes raisons que nous de tenir à un accord, entendent conserver leur initiative, et nul ne saurait lé leur reprocher. Si l'entente est si difficile sur une simple question de méthode, que sera-ce quand il s'agira de mettre des chiffres dans les colonnes du tableau que l'on cherche à dresser aujourd'hui en blanc ?

On peut déjà le prévoir par les tentatives qu'a faites le représentant de la Russie des Soviets pour mêler les deux ordres d'idées. Ses propositions ont été rejetées, mais avec un nombre d'abstentions qui indique tout au moins une grande incertitude sur l'objet même du débat. A Rome, en 1924, une conférence des puissances navales de second ordre avait cherché en vain le moyen dé faire appliquer dans le monde entier les principes du traité naval de Washington. Ce sont les règles du traité de Londres qu'on voudrait maintenant rendre universelles. Mais, en six ans, aucune des raisons qui avaient amené l'échec de la première tentative n'a disparu, et l' « esprit de paix ne semble pas avoir fait beaucoup de progrès. On peut douter qu'une discussion entreprise dans ces conditions serve la cause de limitation des armements.

Le Nerf de la Guerre et la Lutte Économique

Nous avons exposé précédemment quel appel, parfois imprudent, nous fîmes dès 1914 aux ressources des pays étrangers, notamment à celles des Etats-Unis d'où nos alliés et nous faisions venir la moitié de nos importations totales, dont les deux tiers des produits nécessaires à notre force armée. La continuation de la lutte était donc étroitement subordonnée au maintien de notre crédit dans le monde et tout particulièrement en Amérique.

Car de payer comptant, il ne fut naturellement plus question dès les premiers mois de la guerre, nos dépenses qui atteignaient déjà des chiffres astronomiques n'étant plus compensées que par des recettes insignifiantes, résultat nécessaire, non seulement de la diminution de notre force productrice, mais aussi de la politique consistant à ouvrir nos frontières à l'entrée, tout en la fermant la sortie. Nous n'avons pas à revenir sur cette démonstration.

Au moment de la déclaration de guerre, nous étions, avons-nous dit, un pays largement créditeur, puisque notre portefeuille étranger atteignait 40 milliards et qu'il s'augmentait en moyenne de deux milliards par an. Sur les quelque trente milliards d'or monnayé qui circulent sur la planète, nous en détenions presque le tiers, dont quatre milliards à l'encaisse de la Banque de France. Néanmoins, malgré notre fortune, nous traversions une période de crise due à l'augmentation continue des impôts sous la poussée démagogique.

L'encaisse or de la Banque d'Angleterre n'était, il est vrai, que de 900 millions, mais le portefeuille étranger de notre alliée s'élevait à 80 milliards. Son industrie, en outre, était moins atteinte que la nôtre, sa mobilisation n'étant point, surtout au début, aussi complète. De plus, elle continuait à toucher quelques milliards par an, à raison de ses frets, et à recevoir bon an mal an, du Transvaal, un milliard de métal jaune.

La Russie et l'Italie, enfin, avaient des encaisses or se montant respectivement à 4 et 1 milliard mais, par contre, elles étaient débitrices. Il fallut les soutenir, ainsi que les petites nations, Serbie, Grèce, etc. Les Etais-Unis également étaient débiteurs de plusieurs milliards, dont deux à la seule GrandeBretagne. La situation des alliés apparaissait donc excellente dans l'ensemble, au début des hostilités. Si elle eût été moins bonne, peut-être aurions-nous fait, dès les premiers mois, un effort sérieux d'organisation et de restriction, d'économie, pour tout dire, et peut-être en serions-nous moins pauvres. Mais ceci n'est que du regret rétrospectif.

Après des péripéties qu'il serait trop long d'exposer, l'Angleterre, qui nous fournissait elle-même beaucoup de produits, devint, dès avril 1915, le banquier de l'Entente vis-à-vis des Etats-Unis. Elle nous assurait des crédits sur l'Amérique contre envoi d'une somme d'or égale à un tiers de ces crédits, somme qui, à partir de 1916, fut seulement prêtée. Les Etats-Unis exigeant la moitié en or, on voit que la perte était sensible pour notre alliée. Celle-ci nous ouvrait en outre, sans contre-partie, des crédits pour les dépenses faites sur son propre territoire.

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