Je mourrai pas gibier est un roman court et percutant de Guillaume Guéraud qui explore les thèmes de la violence, de la misère sociale et de la rébellion dans un village français divisé par des rivalités et des haines tenaces.
L'histoire se déroule à Mortagne, un village où règnent des tensions extrêmes. Ceux qui travaillent le bois ne peuvent pas encadrer les vignerons et inversement. La haine fouette les murs. Les coups tordus pleuvent sans prévenir.
Le narrateur, Martial, est un adolescent coincé dans le village de Mortagne. Pour fuir la scierie, éviter les incidents, Martial préfère apprendre la mécanique le plus loin possible. Il déteste tous les habitants du village, y compris sa propre famille. Martial cherche à tout prix à échapper à un destin minable.
Il est horrifié par la phrase que répètent aussi bien les scieurs que les gars de la vigne : "Je suis né chasseur ! je mourrai pas gibier !".
Martial se lie d'amitié avec Terence, un handicapé mental considéré par tous comme l'idiot du village. C'est pour ça que Martial l'aime bien. Il a la tronche en biais. Il ne sait ni travailler ni chasser.
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Le roman débute par le point de bascule, ce qui va déclencher l'horreur. On ne comprend pas tout de suite ce qui s'est passé, ça nous est expliqué plus tard dans le roman.
Pour sceller une pseudo-alliance entre "ceux de la scierie" et "ceux de la vigne", le frère et le beau-frère de Martial décident donc de se bourrer la gueule, puis d'aller se défouler sur Terence. Arrivée de Martial après les dégâts, qui soigne son ami, mais... ne réagit pas. Quelques temps plus tard, re-alliance et re-séance de défoulement sur Terence. Que Martial trouve à nouveau, dans un état... bref, dans un état qui le rend complètement fou, au sens propre.
Martial va partir complètement en vrille (ça n'est pas peu dire) après que son ami Terence ait été victime (de façon abjecte) de la violence d'autrui. Une fois de plus. Une fois de trop.
Le roman se termine par un carnage (tout le monde y passe, et surtout la famille de Martial, à coups de hache, puis de fusil). A un point qu'il en oublie toute compassion pour Terence, à un point que son unique but, son obsession soudaine, c'est la vengeance. Le narrateur, blessé, est arrêté après avoir massacré plusieurs personnes.
C'est l'histoire d'un adolescent qui est rattrapé par l'horreur, qui franchit la ligne et se retrouve à la fois dans le rôle de prédateur et de vengeur (on a un sentiment presque jouissif à le voir tuer tout le village).
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Guillaume Guéraud livre ici une critique sociale très dure et difficile. C'est une analyse très juste des pires aspects de l'être humain.
Le contexte social du petit village de campagne où employés de la scierie et ceux travaillant pour le domaine viticole se cherchent constamment noises et querelles, est à l'origine des ressentiments de Martial.
Alors que les habitants auraient pu s'en prendre aux responsables de leur aliénation, la violence sociale mute en violence physique à l'encontre du bouc émissaire, ce qui déclenche une violence encore plus grande.
Ce court roman, ou cette nouvelle, est aussi implacable qu'une tragédie classique. Grâce à un style sobre d'une grande efficacité, le lecteur est entraîné dans la spirale de violence que raconte le livre, et qui se nourrit d'une grande misère sociale.
Du Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud, Alfred a fait un album de 112 planches, habité par son implication dans ce projet. Mettre en image le roman de Guillaume Guéraud était un pari risqué et audacieux, mais Alfred nous propose une adaptation réussie qui permet une nouvelle lecture de l'oeuvre.
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Alfred a choisi de dessiner avec un simple stylo bic, sur du vieux papier. Le trait est vif, précis, les visages, comme taillés au couteau. La mise en scène graphique de l'auteur révèle de nouveaux aspects du texte de Guéraud. Ici, le malaise général et intrinsèque qui plane sur Mortagne marque le lecteur.
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