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À chaque catastrophe son lot d’intox. Depuis que l’ouragan Irma a frappé Saint-Martin, la semaine dernière, les rumeurs les plus folles circulent sur les réseaux sociaux. Leur propagation a été favorisée par les coupures de téléphones et d’électricité, qui ont coupé l’île du reste du monde jusqu’à la fin de la semaine dernière. Difficile alors de s’assurer de leur véracité.

Les Rumeurs et les Faits

Plusieurs rumeurs ont circulé concernant des évasions de prisonniers, des pillages d'armureries et des attaques contre les forces de l'ordre. Voici un point sur ces informations :

Des prisonniers se sont-ils évadés dans la partie Hollandaise de l’île ?

Non, aucun prisonnier ne s'est échappé de la prison située dans le quartier Pointe-Blanche, dans la partie hollandaise de l'île. Le Premier ministre a démenti lui-même, samedi, cette rumeur à l'issue d'une réunion de crise à l'Elysée. Cette information avait été communiquée un peu plus tôt à un reporter de BFMTV par une capitaine de gendarmerie de la brigade de Saint-Martin, avant d'être reprise par d'autres médias. Elle indiquait au journaliste qui l'interrogeait qu'une « partie de la maison d'arrêt s'est effondrée » et que « 250 détenus se seraient évadés en passant par l'armurerie ». Elle soulignait néanmoins que cette information n'était pas « confirmée ». Le service communication de la gendarmerie reconnaît qu'il s'agit d'un « couac » et explique que la militaire a sans doute parlé « un peu trop vite ». « Il est apparu très vite que c’était une fausse information, et qu’en réalité, elle était fondée sur quelque chose qui a affecté la prison, mais les Hollandais ont parfaitement géré la situation et ont maîtrisé toute tentative d’évasion », a en outre expliqué à franceinfo le général Jean-Marc Descoux, à la tête des gendarmes de Guadeloupe et des îles du Nord.

L’armurerie de la police aux frontières a-t-elle été pillée ?

Cette rumeur a notamment été rapportée par l’envoyée spéciale du Figaro à Saint-Martin. Plusieurs sources soufflent qu’il s’est effectivement bien passé quelque chose à l’armurerie de la police aux frontières, sans dire précisément quoi. Interrogé, le service communication de la police nationale refuse de confirmer ou d’infirmer cette information. Il indique simplement qu’« à ce stade, aucune arme n’a été signalée disparue ».

Les gendarmeries ont-elles été attaquées ?

Il n’y a pas eu d’attaques de gendarmerie à Saint-Martin et aucune arme n’a été volée aux militaires, affirme le service communication de l’institution, précisant que les locaux n’ont jamais été laissés seuls, même au plus fort de l’ouragan. En temps normal, environ 200 gendarmes sont basés sur l’île. Par ailleurs, les gendarmes n’ont pas été ciblés par des tirs d’armes à feu et n’ont jamais utilisé les leurs, précise la gendarmerie.

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Les gendarmes ont-ils reçu l’ordre de ne pas interpeller les pilleurs ?

Peu après le passage d’Irma sur l’île, des commerces de proximité ont été pillés. Sur les réseaux sociaux, certains affirment que les gendarmes ont reçu l’ordre de laisser faire. Ce que dément le service communication de la gendarmerie. D’ailleurs, les militaires ont interpellé 23 personnes en lien avec des vols depuis le 6 septembre. Les scènes de pillages sont de plus en plus rares avec la mise en place d’un couvre-feu et l’envoi de renforts de gendarmes. 200 militaires sont arrivés sur l’île ce week-end et près de 300 autres arriveront dès demain pour assurer la sécurité des habitants.

Des familles ont-elles été prises en otage ?

Plusieurs témoignages publiés sur les réseaux sociaux font état de familles prises en otage par des hommes armés. Une rumeur « totalement infondée », affirme une source judiciaire sur place, soulignant qu’aucun « événement de cette gravité a été rapporté à ce jour ». « 80 % des informations que nous recevons sont des fakes, mais les gendarmes sont obligés de se déplacer pour vérifier chacune d’elle. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse.

Les Pillage et la Sécurité Post-Irma

La catastrophe naturelle engendrée par l'ouragan Irma a provoqué des scènes de pillages sur l'île de Saint-Martin. Des individus souvent organisés et parfois armés saisissent l'opportunité pour s'approprier illégalement des biens à l'abandon. Du sucre, de l'eau… et des télévisions. Les lendemains de catastrophes naturelles revêtent des répercussions qui s'ajoutent aux dégâts matériels. C'est le moment propice pour les pilleurs de s'accaparer des vivres ou du matériel dernier cri laissés à l'abandon par des habitants résignés ou par des boutiques désertées et facilement accessibles. Soufflée par des vents à 320 km/h occasionnés par l'ouragan Irma , l'île de Saint-Martin a été le théâtre de pillages avant même l'arrivée des secours. Soumettant la population à des exactions et ajoutant au chaos sur place, ces individus présentent un profil qui pose question. Plusieurs témoins ont évoqué surtout des jeunes gens, des adolescents même, parfois armés.

Saint-Martin n'est pas la seule à assister à de véritables scènes d'anarchie dans ses rues. Avant elle, La Nouvelle-Orléans avait connu les mêmes maux lorsque l'ouragan Katrina avait frappé la région en 2005. Les pilleurs peuvent être différents. Certaines mères de familles viennent récupérer des vêtements en plus des produits de première nécessité dans des supermarchés dont les entrées et sorties sont régulées par les services de police. Mais une autre partie, constituée essentiellement d'hommes, récupèrent des télévisions, des chaînes Hi-Fi et des cigarettes. La facilité déconcertante des habitants à récupérer ces objets semble inhérente au temps d'intervention des autorités pour s'organiser dans un environnement aussi chaotique.

Dans certains quartiers livrés à eux-mêmes, la violence saisit. "On a désarmé la population des gens qui avaient des couteaux, qui terrorisaient la population", a commenté le général Jean-Marc Descoux, qui commande les forces de gendarmerie en Guadeloupe, ajoutant que ce sont "500 ou 600 malfaiteurs (…) d'habitude". Avant l'arrivée du phénomène météorologique, la collectivité d'outre-mer présentait un taux de délinquance particulièrement élevé. Les chiffres rapportés par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) en attestent : en 2015 l'île comptabilisait plus de vols avec armes que l'ensemble des territoires d'Outre-mer. Des petits délinquants organisés en bandes dont certains sont mineurs. "J'ai des jeunes qui sont arrivés, qui nous ont braqués, et ils nous pris le peu de nourriture que l'on avait", s'est désolée Sophie, habitante de Saint-Martin.

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Le mode opératoire des pilleurs de Saint-Martin, s'est révélé être très organisé. "Les premiers arrivent en scooter pour repérer, puis vont chercher des familles entières qui vident les magasins, avec des pick-up. Il y en avait même qui avaient leur sac et qui attendaient les rotations des voitures", commente Clara. Des malfrats qui cherchent également à défendre leur territoire dans des conflits engageant des gangs bien connus sur l'île de Saint-Martin.

A cette situation s'ajoute la pauvreté grandissante dans ces territoires. "On a engrangé beaucoup de colère dans ces quartiers, où vivent les gens qui font les jardins, qui ont des petits boulots, qui viennent des îles voisines, et qui ont des enfants au chômage. Ce que les gens qui vivent dans des maisons précaires ont vécu est terrifiant. Tout cela n’excuse rien, mais ça explique les débordements", a confié la journaliste Marijosé Alie. Les chiffres ne sont pas nombreux concernant la partie française de l'île. En revanche, celui du taux de chômage s'élève à 27%, soit le triple de la partie hollandaise. Une pauvreté souvent affichée comme symbole des problèmes de délinquance.

Mesures Judiciaires et Renforcement de la Sécurité

Suite à l'ouragan Irma, le parquet de Basse-Terre, avec le groupement de gendarmerie de Guadeloupe, a mis en place une nouvelle chaîne pénale à Saint-Martin dans les locaux de la caserne de gendarmerie de Concordia. Depuis le 10 septembre, cette chaîne a traité 30 procédures concernant 55 auteurs dont 5 mineurs. Parmi elles, 18 alternatives aux poursuites ont été ordonnées, 26 convocations en justice ont été délivrées, et 2 personnes en possession d'armes de catégorie B sur des barrages d'autodéfense ont été déferrées devant un magistrat du parquet et ont été remises en liberté après notification d'une date de convocation et saisie de l'arme. De plus, cinq personnes en possession d'armes à feu ont été interpellées alors qu'elles commettaient des vols dans des locaux commerciaux ou en possession de marchandises volées et ont été déferrées à Basse-Terre pour être jugées en comparution immédiate et ont été écrouées.

Au total, 6 armes de poing de catégorie B ont été saisies, ainsi que des munitions de catégorie B et des produits stupéfiants, dont 2 kg d'herbe de cannabis. De nombreux stocks de marchandises volées ont également été découverts et seront restitués à leurs légitimes propriétaires. La ministre des Outre-mer Annick Girardin, qui s'était rendue sur place, avait elle-même été témoin de ces actes, ce qui a incité l'État à renforcer la présence des forces de sécurité. Le président Emmanuel Macron a également estimé qu'il n'était "pas normal" qu'il y ait "autant d'armes en circulation" sur Saint-Martin et a fixé pour objectif de "désarmer" l'île.

Témoignages et Situations Locales

Sur l’île française de Saint-Martin, Irma a fait parler sa violence, l’homme laisse maintenant éclater la sienne. Au sein même des décombres et des ruines prolifèrent bandes armées, pillages, agressions. Le chaos. La loi du plus fort. « C’est la mort ici. On est enfermé dans la résidence, plus de logement, ça pue la pisse, la merde, l’horreur. On peut pas sortir dehors : coups de feu, coups de machette. » « À Saint-Martin, ce n’est plus la force de la nature, mais la loi du plus fort. Mon père ne peut plus sortir, car dans les rues, les gens se baladent avec des armes et tirent sur la population pour récupérer des biens et des denrées alimentaires.

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À Grand-Case, sur l’île de Saint-Martin, les habitants expriment autant leur colère que leur désarroi. Nicolas, un fonctionnaire installé là depuis six ans, s’est rendu près d’une galerie marchande qui sert désormais de caserne aux secours. Sur place, pompiers et gendarmes sont confrontés aux dévastations et aux pillards. Résignée, souriante mais fataliste, Sidonie Jasaron, 67 ans, a pu rester dans sa modeste maison au toit en tôle, où elle est désormais réfugiée avec ses six enfants et petits-enfants.

L'Aide et la Reprise

Quelques jours après ce que toute la planète décrit comme l’apocalypse, à des milliers de kilomètres de l’île paradisiaque devenue infernale, un gendarme de métropole répond à l’appel volontaire national. Comme lui, d’autres vont rejoindre Saint-Martin, dévastée par l’ouragan Irma. Sa mission ici ? Endiguer le phénomène, patrouiller, enquêter. Et dans le même temps « rassurer et aider la population, prendre en compte les plaintes qui se sont accumulées ». Conscient que cette mission lui apporte « richesse personnelle et professionnelle », Matorai doit composer avec une population accoutumée aux armes à feu, pistolet, carabine. Alors lui et ses confrères engagent une « chasse ». Dans le même temps, la majeure partie des habitants réclame protection. Au rendez-vous, selon lui : « On pouvait croiser dans les rues des gendarmes toutes les 5 minutes ». Cette parenthèse dans la vie de Matorai lui a fait toucher du doigt toute l’humanité qui se dégage quand un peuple se relève. « J’ai senti le traumatisme des Saint-Martinois, même s’ils n’ont pas tout dit. » Mais un genou reste encore à terre.

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