La passion pour l'astronautique, les fusées et tout ce qui touche à l'espace, y compris le domaine militaire, suscite un intérêt pour l'histoire des missiles et lance-roquettes.
De toutes les fusées américaines qui ont vu le jour pendant la Seconde Guerre mondiale, la plus connue est indiscutablement le BAZOOKA. Il s'agit d'une grenade propulsée par fusée qui fut employée avec un grand succès sur tous les fronts, tant en Europe et en Afrique que dans le Pacifique.
L'idée de cette arme n'est pas nouvelle, puisque dès la Première Guerre mondiale, Robert H. GODDARD, grand pionnier de l'astronautique, en avait étudié une du même principe. Les événements qui conduisirent à la réalisation du bazooka eurent comme point de départ, en décembre 1940, la présentation par le colonel d'artillerie Leslie A. Skinner au colonel Gregory J. Kessenich d'une ébauche représentant une arme du genre Bazooka.
À peu près à la même époque, Henry H. Mohaupt, ingénieur suisse, avait proposé à la direction technique de l’Artillerie une idée de projectile perforant pour cuirasses. Une grenade munie de l' « ogive spéciale Mohaupt » fut essayée et se révéla satisfaisante, excepté le fait que, à cause de son recul, elle ne pouvait être tirée avec une arme appuyée sur l'épaule, ce qui était une condition imposée. Skinner eut alors recourt à la technique des fusées pour résoudre le problème du recul.
Les conseils techniques mis à la disposition par Hickman pendant la première période de recherches et de mise au point contribuèrent à une rapide solution. Skinner, aidé par le lieutenant Edward G. Uhl ne tarda pas à avoir prêt pour la production son tueur de char individuel.
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Sous la supervision du lieutenant-colonel W.T.More, les premières pièces du tube et des fusées étaient fabriquées à l'arsenal Franckford au printemps de 1942. Uhl, devenu entre-temps capitaine, fit les premiers tirs de Bazooka sur son épaule, d'abord aux champs de tir du N.D.R.C. (National Defense Research Committee), puis au polygone d'Aberdeen.
Selon Hickman, lors d'un des premiers essais du tube à Aberdeen, aucune n'était disponible pour cette arme. Alors :« Lorsqu'un des officiers lui demanda [au lieutenant Uhl ] de faire une démonstration de l'arme sans recul, il bricola deux mires pour l'avant et pour l'arrière, avec du fil de fer. Il atteignit un char en marche neuf fois sur dix et ils [les officiers] disaient : « c’est cela qu’il nous faut. »
Un commandant qui était présent demanda en quoi cela consistait. Ils lui déclarèrent que c’était une arme sans recul. Il dit : « Je trouve qu’il ressemble au Bazooka de Bob Burns » [ce comédien se produisait à l’époque sur la scène avec un instrument musical en forme de tuyaux de poêle, qu’il appelait « Bazooka »]. Du coup, le nom du lance-roquettes bazooka était né et lui est resté jusqu’à ce jour.
Une démonstration en règle pour l’armée, la marine et les officier du N.D.R.C. ce déroula à Camp Sims, en juin 1942, en prenant pour cible un char moyen. Puis le Bazooka entra en action lors des débarquements fait en novembre en Afrique du Nord et, par la suite il fit parti de l’équipement de l’équipement ordinaire de l’infanterie.
Cette arme nouvelle comportait deux élément essentiels : le tube lanceur et le projectile. Le tube lance-fusées, muni de son appuie pour l’épaule, sa poignée, la gâchette, la hausse et le mécanisme de sécurité, mesurait 137 cm de longueur et 7,6 cm de diamètre et ne pesait que 6 kg. La rockette mesurait 55 cm de longueur et 6 cm de diamètre ; elle pesait 1 540 g, dont 710 g de charge explosive, et était mise à feu par un allumeur électrique.
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Le Bazooka pouvait mettre hors de combat un char en mouvement à 200 m. Pour les abris et autres objectifs fixes, sa portée efficace atteignant 650 m. Il était l’une des armes favorite des fantassins américains.
Dans des circonstances favorables, il faisait d’un simple troupier l’égal d’un char.
Cette photo de 1942 présente le bazooka originel portant la signature de ses inventeurs, A. Skinner, C. N. Hickman et Edward g. Uhl
Le tandem formé par Skinner et Hickman se révéla aussi très efficace en concevant la fusée pour tir de barrage la plus employée de toute la guerre, la 4,5-incher (fusée du calibre 4,5 pouce ou 114 mm), qui fut employée en de très grande quantités par toutes les armées.
À l’origine, cette fusée devait être un missile air-sol. En 1941, Skinner lui ayant soumis plusieurs schémas de fusées conçues pour être lancées par des avions, Hickman porta son choix sur ce type de quatre pouces et demi comme étant la plus petite qui pût portée une charge suffisante et assez de propergol (carburant) pour atteindre une vitesse de 1100 km/h. Skinner dressa alors les plans des fusées et bricola les prototypes expérimentaux en se servant de corps d’extincteurs.
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Puis 22 fusées furent construites à la Manufacture navale d’armes de Washington qui furent lancées au centre d’Indian Head avec des résultats satisfaisants. Skinner et Uhl arrêtaient alors les plans du modèle définitif après avoir tenu compte des suggestions faites par Hickman. En 1942, une première commande de 500 fusées de ce type et de 500 d’un calibre inferieure (3,25 pouces ou 82,5 mm). Fut passée à la firme Dresser Manufacturing Co. (le petit calibre devait de véhicule pour l’essai de fusées de proximité qui était à l’étude.)
La fusée avait était conçue comme une arme air-sol, mais, comme Skinner le dit : « Le peu d’empressement que montrait l’Air Corps à essayer ses fusée avant qu’elles n’ait été employés sur des avions par les Britanniques incitèrent le N.D.R.C. et moi-même à prendre contact avec les forces terrestres pour voir si , de ce côté-là, il y avait quelque intérêt à utiliser ces armes. A la suite de cette démarche, les forces terrestres leur première commande pour la production de ces fusées, commande suivie peu de temps après d’une autre, formulée par l’Air Corps… « La commande initiale devait être de 780 000, mais elle se trouva réduite à 15 000 quand elle parvient au département de l’Artillerie. La commande des forces terrestres qui portait sur un grand nombre (environ 500 000 si mes souvenirs sont exacts), obligea à établir des plans […] pour la production industrielle de poudre à double base de la qualité spécialement requise pour les fusées. »
La 4,5-pouces fut fabriquée en un certain nombre de variantes. La « M-8 » était tirée à partir d’automobiles et de char spécialement équipées d’affût Xylophone (8tubes) ou Calliope (60 tubes). Pour les opérations conduites dans la jungle, la « M-8 » pouvait être tirée par un tube sommaire, qui était sacrifiée. Un modèle amélioré la « M-12 » était pourvut d’ailettes rabattables et était lancé à l’aide de tripodes en plastiques. La « M-16 » l’était avec des affuts de 24 tubes Honey-comb (nid d’abeille) ou de 60 tubes Hornet’s Nest (nid de frelons), ainsi que à partir des bateaux lance-fusées de la marine qui avait comme mission de d’affaiblir les défenses ennemis avant les opérations amphibies.
Un autre modèle de la 4,5-pouces, connue sous le nom d’Old Faithful (vieux fidèle), un peu plus court que les autres types, était lancée par les péniches de débarquement lorsqu’elles approchaient des rivages. Ces fusées pouvaient recevoir des ogives anti personnel ou à mitraille et comblaient le temps mort entre la fin du bombardement fait par les canons de la marine ou par les avions et le moment ou les troupes mettaient le pied sur la plage.
La fusée « M-8 » lancée par les avions ne différait guère de celle employée au sol. Sa longueur était de 84 cm et son poids d’in peut plus de 17 kg, dont environ 2 kg de charge utile. Elle ne brulait que pendant 3 secondes et atteignait une vitesse de l’ordre de 950 km/h. Cette version fut employée pour la première fois pendant l’hiver 1943/1944, lors de l’attaque de l’installation japonaise en Birmanie.
A partir de décembre 1944, une super 4,5-incher conçue pour être tirée par des avions était prête, mais jamais elle ne reçue de baptême du feu. Elle avait été prévue pour mettre hors de combat des objectifs qui résistaient aux modèles ordinaires. Son poids de 47 kg contenait une charge utile de 18 kg dont près de 4 kg d’explosif très puissant. Elle mesurait 1,80 mètre de longueur, avait une portée de 5 à 6 km et atteignait une vitesse de 1400 km/h. Quatre grandes ailettes assuraient sa stabilisation.
Les témoignages les plus marquants des progrès accomplis par la technique allemande des fusées, il faut la voir dans les Vergeltungswaffen, ou armes de représailles. Le V1, bien qu’assez révolutionnaire, était la plus conventionnelle des deux armes de représailles. Il s’agissait d’une bombe volante, missile ailé conçue par les services techniques du ministère de l’Air allemand.
Cet engin était mû par un pulsoréacteur construit par l’Argus Motoren Gesellschaft, qui consommait de l’essence et développait une poussée de 500kg. Le principe de ce moteur avait été trouvé par un Munichois, Paul Schmidt, dont les première recherches furent prisent en charge conjointement par les services de recherche de l’armée et de l’aviation allemande. La cellule du V1 était était l’œuvre de Robert Lusser, ingénieur en chef de la firme Flieseler Fluezaug...
Au début de la Deuxième Guerre mondiale, l’armée allemande avait un équipement antichar assez varié mais pas forcément très efficace et elle va rapidement chercher à développer de nouvelles armes. En effet, les fusils antichars PzB38 et PzB39 étaient lourds et de moins en moins efficaces avec l’évolution des blindages. Les canons antichars comme les PaK38 bien que puissants ne pouvaient pas être rapidement déployés et les grenades anti-char manquaient de portée et mettaient souvent en danger les soldats.
Les ingénieurs allemands travaillent également sur une arme équipée de roquettes avec une charge creuse permettant d’être plus efficaces qu’un projectile classique car la pénétration ne va plus dépendre de la vélocité du projectile. Cette arme est le Raketenwerfer 43 qui était un lance-roquette de 88 mm monté sur un affût et l’ensemble pesait 143 kg rendant ainsi cette arme difficilement déployable en urgence.
Cependant, ce qui va vraiment lancer le développement de ce qui va devenir le Panzerschreck est le lance-roquette américain M1 car en novembre 1942, les Allemands vont capturer un Bazooka en Tunisie et ils vont vouloir concevoir le même. Les Allemands vont donc fabriquer un nouveau lance-roquette assez simple à produire en s’appuyant sur le design américain mais ils vont faire quelques changements notamment augmenter le diamètre du tube pour conserver l’ogive du Raketenwerfer. Cependant les roquettes sont différentes et non sont pas interchangeables.
La production des premiers Panzerschreck désignés RPzB 54 va commencer en septembre 1943 et sur les premiers Panzerschreck, il n’y avait pas de bouclier accroché au tube ce qui était problématique car contrairement au bazooka, la propulsion de la roquette allemande se poursuivait après qu’elle ait quitté le canon sur une distance d’environ 2 mètres projetant ainsi les gaz sur le tireur. Les soldats opérants cette arme devaient être équipés d’un masque et de gants pour se protéger. Les ingénieurs allemands vont donc modifier l’arme en lui rajoutant un bouclier.
Ces armes seront efficaces contre les chars alliés car elles pouvaient pénétrer jusqu’à 20 centimètres de blindage.
| Caractéristique | Bazooka (Américain) | Panzerschreck (Allemand) |
|---|---|---|
| Origine de l'idée | Robert H. Goddard (Première Guerre Mondiale), développé par Skinner et Uhl | Inspiré du Bazooka capturé en Tunisie |
| Propulsion de la roquette | Impulsion initiale au moment du tir | Propulsion continue après la sortie du canon |
| Protection du tireur | Pas de protection faciale nécessaire | Nécessite un bouclier facial (ajouté après les premiers modèles) |
| Efficacité | Met hors de combat un char en mouvement à 200m | Pénétration jusqu'à 20 cm de blindage |
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