Parmi les cartouches les plus emblématiques et durables de l’histoire de l’armement, le 7,62x54 mm R occupe une place de choix. Développée à la fin du XIXᵉ siècle pour l’armée impériale russe, cette munition a traversé plus d’un siècle d’évolutions technologiques, de guerres mondiales et de changements géopolitiques. L’histoire du 7,62x54 mm R commence en 1891, lorsque l'Empire russe cherche à moderniser son armement après l’invention de la poudre sans fumée. À cette époque, les grandes puissances militaires s'équipent de fusils à répétition modernes et la Russie impériale ne veut pas être en reste. Cette cartouche présente un calibre de 7,62 mm et une longueur totale de 54 mm. À l’origine, la cartouche utilise une ogive ronde qui était courante pour l'époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, diverses variantes ont vu le jour, y compris des cartouches avec des projectiles perforants, traçants, incendiaires et à blanc, adaptées à des usages spécifiques.
Une caractéristique notable de cette cartouche est l’utilisation généralisée de l’étui en acier, introduit par l’Union soviétique pour réduire les coûts de production et les besoins en matières premières stratégiques comme le laiton.
Le Mosin-Nagant, souvent orthographié Mossine-Nagant en français, est un fusil militaire à répétition manuelle d'une capacité de 5 cartouches. Il a été utilisé par les forces armées de la Russie impériale, puis par l'Union soviétique et divers pays du bloc de l'Est. Entre son adoption en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications ont été apportées aux fusils existants. Parmi ces modifications, on note le changement des organes de visée, l'implantation d'une culasse renforcée, la suppression des doigts d'acier derrière le pontet, un nouveau canon et l'installation d'un montage à galets.
Avec l'entrée en guerre de la Russie en 1914, la production a été restreinte au M1891 cavalerie et au M1891 infanterie pour des raisons de simplicité. Un grand nombre de Mosin-Nagant capturés par les forces allemandes et austro-hongroises ont été utilisés dans les lignes arrière du front et dans la marine allemande.
Après la victoire de l'Armée rouge, un département a été créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui a ensuite été utilisé pendant trente années supplémentaires. Cela a conduit au développement du modèle 1891/30, basé sur la conception du modèle cavalerie original.
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Les changements incluent la réintroduction d'organes de visée arrières plats, le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l'antique archine sur les armes du tsar, et le raccourcissement du canon de 5 mm. De plus, une nouvelle baïonnette à ressort a été conçue pour ce nouveau modèle. Le fusil est conçu pour tirer avec la baïonnette déployée, ce qui augmente sa précision grâce aux vibrations harmoniques créées quand une balle est tirée.
Dans les années 1930, le Mosin-Nagant a connu une version de précision (en 1932) et a été utilisé par les tireurs d'élite soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a notamment servi pendant la bataille de Stalingrad, qui a fait des snipers russes des héros comme Vassili Zaïtsev ou Roza Chanina.
Dans les années de l'après-guerre, l'Union Soviétique a arrêté la production de tous les Mosin-Nagant pour les remplacer progressivement par la série des SKS et des AK. Malgré cela, le Mosin-Nagant a été utilisé dans le bloc de l'Est et dans le reste du monde pendant plusieurs dizaines d'années, notamment pendant la guerre froide au Vietnam, en Corée, en Afghanistan et tout le long du rideau de fer.
Récemment, une grande quantité de Mosin-Nagant a été retrouvée sur les marchés américains d'antiquités et de collectionneurs, car c'est aussi une arme fiable pour la chasse, assez précise et bon marché. On peut actuellement trouver des modèles standard à des prix aux environs de 80 dollars, grâce aux immenses excédents créés par les industries soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Il existe de nombreux modèles pour snipers, mais ils sont beaucoup plus chers.
Le Mosin-Nagant a été largement utilisé dans le monde entier, souvent modifié ou adapté aux besoins spécifiques de chaque pays. Voici quelques exemples :
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En une centaine de jours, le Finlandais abat 259 soldats russes avec son fusil, un chiffre porté à 542 si l’on comptabilise les ennemis tués au pistolet-mitrailleur lorsqu’il est engagé comme simple fantassin lors de la bataille de Kollaa. Le 6 mars 1940, la chance abandonne Simo Häyhä. Un sniper soviétique qui le traque finit par le débusquer et l’avoir dans sa mire. L’homme ne rate pas sa cible : sa balle frappe Häyhä en plein visage. Elle lui arrache la moitié gauche de la mâchoire et, déviée, ressort sous l’oreille, sans toucher le cerveau ni la carotide. Inconscient, baignant dans une mare de sang parsemée de fragments d’os, « Belaya Smert » est ramassé par des soldats finnois qui s’étonnent de le trouver encore en vie alors que, selon leurs propos, « il lui manque la moitié de la tête ».
Quelques semaines après la guerre d’Hiver, en récompense de ses formidables états de service, le maréchal Mannerheim le promeut directement au grade de Luutnantti (sous-lieutenant) ! Il est couvert d’honneurs et décoré notamment des quatre classes de la Croix de la Liberté, la plus haute distinction du pays.
Comme le Colt M1911 de calibre .45 ACP, le Luger P.08 de 9×19, le TT 33 fait partie de ces armes qui ont marqué l’histoire. Associé à tout jamais à l’URSS et à la Second Guerre mondiale, il constitue dans beaucoup de pays où l’acquisition d’armes de poing est possible, un achat sûr, l’arme étant fiable, « puissante », et souvent peu coûteuse. Parmi les différences entre le pistolet semi-automatique soviétique emblématique de la Grande Guerre Patriotique et les deux autres armes mentionnées dans l’introduction, on peut distinguer que celle-ci est bien plus tardive que les deux autres et qu’elle n’emploie pas une munition conçue localement, mais bien une munition d’origine étrangère : la 7,63 Mauser.
Ainsi, lorsque la révolution d’Octobre éclata, parmi le grand nombre d’armes de poing d’origine étrangère qui côtoyaient le Nagant 1895, un nombre substantiel de C96 fut employé par tous les belligérants au cours de la guerre civile qui suivit pendant près de 6 ans. Au lendemain de la révolution, le 7,63 Mauser était ainsi familier de tous. Il n’est donc pas surprenant que préalablement à la création d’un pistolet pour la toute jeune armée Rouge, cette munition fut choisie et « soviétisée » à la fin des années 1920.
Cette soviétisation consista surtout à adapter les côtes et les tolérances pour pouvoir uniformiser la fabrication des canons. Ainsi, les âmes des canons de 7,62×25 et 7,62×54 R seront identiques (tout comme celle du 7,62×39 à son adoption). Dès lors, les outillages de production et de contrôle sont les mêmes : une simplification productique des plus rationnelles.
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De façon assez usuelle en Union Soviétique, les concepteurs d’armes sont mis en compétition pour l’adoption d’un pistolet semi-automatique de calibre 7,62×25. Les deux camarades Serguey Aleksandrovitch (oui, ils ont les mêmes prénoms !) avaient déjà concouru pour l’adoption d’un pistolet en 6,35 Browning. Le modèle de Korovin, devenu Tula Korovin 1926 (présenté ici par Luc Guillou), avait alors été sélectionné.
S.A. Fedor V. Tokarev (1871-1968), lui, avait également commencé sa carrière au service du Tsar de toutes les Russies, en tant qu’armurier du 12e Régiment de Cossack en 1891. En 1907, il créa son premier fusil semi-automatique à chargeur amovible par conversion d’un fusil Mosin-Nagant 1891. L’arme sera perfectionnée entre 1908 et 1914 à l’arsenal de Sestroretsk, mais ici aussi, la Première Guerre mondiale et la révolution d’Octobre mettront un terme à ses travaux. Cependant, sa créativité aura marqué les esprits, et au lendemain de la Guerre Civile Russe, elle sera largement mise à contribution : dès 1925, il développera la mitrailleuse « Maxim-Tokarev », et après la fin des travaux de Fedorov sur son fusil automatique, il créera le premier « pistolet-mitrailleur » soviétique en 1927 (dont certains détails sont développés dans l’article sur la PPSh-41).
Les concepteurs proposent leurs modèles en 1929, S.A. Korovin et S.A. Prilutsky ayant adapté leurs travaux précédents à la 7,62×25 comme demandé. De son côté, F.V. Tokarev proposera…un pistolet rafaleur ! Dotée d’une lourde culasse non-calée, d’un sélecteur de tir, d’un canon démesurément long…l’arme ne répondait pas vraiment au critère de la compétition. Il présenta donc en suivant, un pistolet semi-automatique à culasse calée de dimension plus raisonnable : ce prototype, après quelques modifications, allait devenir le TT30.
Du 25 Juin au 13 Juillet 1930, les armes vont être testées et comparées à des productions étrangères…comme à l’accoutumé ! L’arme de Tokarev s’avéra être la plus compatible avec les exigences d’une arme de service. Son arme n’était pas la plus précise (c’était celle de Korovin), mais elle était la plus compact et la plus fiable. L’arme de Prilutsky se distingua par sa facilité de démontage.
Le 7 janvier 1931, un test de la nouvelle mouture est réalisé devant des officiers de haut rang. Concluant, le 12 Février 1931, une demande est formulée pour commander un premier lot d’arme et le 13 Février, 1000 armes sont commandées. L’arme sera officiellement désignée « 7,62mm Pistolet obr. 1930 » mais fut également dénommée « TT » pour « Tula Tokarev », du nom du concepteur et de la ville située à 200 km au sud de Moscou et accueillant l’usine de production de l’arme.
Le pistolet Tokarev se caractérise avant tout pour sa simplicité : pas de fioritures, un minimum de pièces et un minimum de fonctionnalités. L’arme qui est en simple action, dispose comme unique sûreté, d’un cran de demi-armé qui, en plus de neutraliser l’action du chien, immobilise la culasse.
Au niveau mécanique, l’arme trouve bien évidemment des inspirations à l’étranger tout autant que des innovations indigènes : la chose sera récurrente avec les Soviétiques. Il n’est pas question ici d’orgueil national bien placé, mais de produire un outil qui correspond à un besoin.
Au niveau de la fiabilité, rien à redire : ayant tiré plusieurs Tokarev depuis près de 20 ans, peu (pas ?) d’enrayages et un bris de pièce : le séparateur du FEG M48 m’a quitté voilà quelques années.
L’apparition du premier calibre intermédiaire en Union Soviétique, adopté sous sa première forme 7,62×41 mm M43 en 1943, puis sous sa version définitive 7,62×39 mm M43 en 1945, aboutira à la mise en service de 3 armes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Repéré dès 1918 par V.A. Degtyarev alors qu’il travaillait sur des pièces des armes conçues par V.G. Fedorov, Sergei Gavrilovich Simonov sera très rapidement associé à la conception de fusil et de carabine semi-automatique et automatique. Il présentera de nombreux prototypes à partir de 1926 et connaitra une première consécration avec l’adoption de l’AVS-36 en 1936.
C’est donc en toute logique que S.G.Simonov fera partie des personnes sollicitées pour le développement d’une carabine semi-automatique pour le tout nouveau calibre intermédiaire adopté en 1943 : la 7,62×41 mm. Parmi les autres concepteurs d’armes qui furent sollicités, on trouve V.A. Degtyarev, N.V. Rukavishnikov, F.V. Tokarev (selon Maxim Popenker), mais aussi de façon très documentée, M.T.
En conséquence, après quelques modifications qui donneront naissance à l’arme que nous connaissons, la carabine de S.G.Simonov est « validée » avant la fin de la guerre par l’Armée Rouge et sera officiellement adopté 1949. Son appellation sera « 7,62-мм Самозарядный Карабин системы Симонова образец 1945 года » (« Samozaryadny Karabin sistemy Simonova, obrazerts 1945 goda » soit « Carabine Semi-automatique système Simonov, modèle de l’année 1945).
Si les Soviétiques furent prolifiques en matière d’armement, le pistolet de poche en fut longtemps un parent pauvre, notamment représenté par le pistolet « Tula-Korvin » ou TK-26 de calibre 6,35×17 SR.
Officiellement adopté en 1972, le Pistolet Samozaryadniy Malogabaritniy (pistolet semi-automatique de petite taille) en abrégé PSM fut développé à Tula, un des hauts lieux de l’armement Russe et Soviétique.
Le cahier des charges de l’arme insistait notamment sur un poids et des dimensions réduites, « semblables à une boîte d’allumettes » pour reprendre les termes de A.A. Simarin, mais aussi sur la fiabilité de l’arme qui devait être en adéquation avec un usage militaire.
Cette petite munition possède un poids total inférieur à 5 g pour un poids de projectile compris entre 2,4 et 2,6 g. Son étui à collet rétreint et à gorge accueille une charge de 0,15g de poudre. Le dessin définitif de la munition réglementaire aurait été finalisé par Aleksandr I. Bochin en 1979, soit près de 7 ans après l’adoption de l’arme !
L’auteur Russo-soviétique D.N.BOLOTIN lui attribue une efficacité proche du 9×18 Makarov. Ceci mérite quelques explications. L’efficacité terminale d’une munition de petit calibre à usage militaire peut se définir dans les grandes lignes selon deux critères : perforation et potentiel vulnérant.
Lors du basculement, le projectile expose son flanc, long de 14.20 à 14.50 mm à la cible et favorise une rapide transmission d’énergie par déplacement de matière. Concernant la perforation, outre la composition du projectile, la vitesse et la densité de section du projectile constituent deux facteurs importants de l’équation. Ici, on constate que les vitesses en 9×18 M et 5,45×18 sont comparables (voisines des 315 ms-1) et que la densité de section de la 5,45×18 est supérieure à celle du 9×18 M. Les performances en terme de perforation sont donc en toute logique supérieures à celle du 9×18 Makarov.
| Arme | Calibre | Type | Période d'Utilisation |
|---|---|---|---|
| Mosin-Nagant | 7.62x54 mm R | Fusil à répétition | 1891 - Après-guerre |
| Tokarev TT-33 | 7.62x25 mm | Pistolet semi-automatique | Seconde Guerre mondiale - Années 50 |
| Carabine SKS | 7.62x39 mm | Carabine semi-automatique | Après Seconde Guerre mondiale |
| Pistolet PSM | 5.45x18 mm | Pistolet semi-automatique compact | Depuis 1972 |
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