Le Maroc, terre de traditions ancestrales, possède un riche héritage en matière d'armement artisanal, transmis de génération en génération dans les montagnes de l'Atlas et les souks animés de Marrakech. Parmi les symboles les plus emblématiques de ce patrimoine figure le fusil fantasia, inextricablement lié à la Tbourida, un art équestre spectaculaire.
Le Maroc possède une riche tradition en matière d’armement artisanal. Des montagnes de l’Atlas aux souks de Marrakech, l’art de la forge y est transmis de génération en génération.
Parmi les armes les plus emblématiques du Maroc, on retrouve le koummya, ce poignard courbé à la lame large, souvent finement décoré. Sa garde est parfois en argent ciselé, incrustée de corail ou de pierres semi-précieuses.
Outre les poignards, les sabres marocains, influencés par les traditions arabes et berbères, possèdent des montures souvent gravées et des fourreaux décorés.
Les forgerons marocains perpétuent encore aujourd’hui cet artisanat, que ce soit pour l’usage cérémoniel, la reconstitution historique ou les collectionneurs.
Lire aussi: Noisy-le-Grand : Tirs de mortier
Animal central de la fantasia, le cheval Barbe est parfaitement adapté à cette tradition. Robuste, endurant, agile et intelligent, il est capable de galoper en ligne droite groupée, puis de s’arrêter net sur ordre, sans perdre sang-froid ni équilibre. La robustesse, l'endurance et la rusticité de ce cheval auquel s’ajoute une faculté exceptionnelle d'assimilation et de compréhension faisait déjà la réputation du barbe.
Strabon (58 av. JC, 25 après JC) rapporte dans ses écrits de quelle manière les cavaliers numides d'Afrique du nord montaient leurs chevaux "sans frein" c'est à dire sans harnachement, sans enrênement et sans mors.Louis XIV, Napoléon, Henri IV et bien d’autres doivent leurs plus belles victoires grâce au cheval Barbe.
Son allure fière et son tempérament volontaire font de lui le partenaire idéal du cavalier de tbourida. Il est paré d’un harnachement richement décoré : tapis brodés, selles ouvragées, brides perlées, souvent dans des tons vifs ou métallisés. Le cheval devient ainsi œuvre d’art autant que monture de guerre.
La Fantasia, également connue sous le nom de Tbourida, est une tradition équestre marocaine emblématique. Elle incarne l'art équestre traditionnel marocain qui remonte au XIIIe siècle. Avec son évocation de chevauchées ponctuées d’arquebusades le mot “fantasia” est indissolublement associé au folklore maghrébin, dont il constitue l’un des plus beaux fleurons.
Le terme, pourtant étranger à l’arabe dialectal marocain, mais très largement consacré par l’usage touristique, est employé en français depuis 1833, date à laquelle Eugène Delacroix avait ainsi baptisé un tableau où l’on pouvait admirer des cavaliers lancés au galop, le fusil visant quelque ennemi imaginaire.
Lire aussi: Découvrez le pistolet Nerf géant
En darija, se dit tburida, dérivé de la racine BRD (“poudre”), alors qu’en berbère du Moyen-Atlas (Peyron ; 1993, p. 323), on évoque le phénomène d’envolée (racine FRW), d’où tafrawt/pl. tiferwin.
L'origine de la Fantasia remonte à l'époque préislamique du Maroc, à savoir à la tradition équestre berbère. Durant cette période, les Berbères se servaient du cheval comme une arme stratégique et un moyen de transport. Ils effectuaient avec lui des démonstrations pour célébrer leurs victoires et les événements spéciaux. À cette époque, déjà, on s'en servait pour marquer les grandes célébrations, une coutume maintenue jusqu'à présent.
Sous l'influence militaire arabe, les pratiques ont évolué. La fusion de la culture arabe et berbère a ainsi permis à cet art de s'enrichir. À partir du VIIe siècle, les pratiques incluaient de plus des stratégies de guerre comme les tirs simultanés avec fusils et la charge collective.
La Fantasia au Maroc s'est de plus en plus développée au fil des années et notamment pendant les dynasties marocaines. Elle a été codifiée et plus organisée durant les dynasties almoravides et almohades du XIe au XIIIe siècle et n'a pas été délaissée durant les temps des sultans mérinides et saadiens du XIIIe au XVIIe siècle.
Ces traditions servaient, d'une part, à démontrer la richesse culturelle et la puissance militaire et intégraient, d'autre part, les fêtes religieuses et les célébrations royales.
Lire aussi: Tout sur le Grand Pistolet à Eau
En effet, à l’époque ancienne, plutôt que son côté “grand spectacle”, la fantasia se justifiait selon une logique de maintien sur le pied de guerre, de préparation à l’expédition punitive chez la tribu voisine, ou contre l’ennemi qui menaçait de l’extérieur.
Le terme Fantasia, signifie « divertissement », quelques soit son origine (latine ou européenne). C’est le symbole de la virtuosité guerrière. Elle assure la continuité des coutumes équestres militaires. Au XIXème siècle, elle reproduisait les glorieux assauts de la tactique militaire arabe et berbère.
Une Fantasia est un spectacle équestre qui implique des cavaliers et leurs chevaux. La démonstration commence toujours par un défilé durant lequel les cavaliers se mettent en ligne et défilent avec une musique traditionnelle.
Le moment le plus intéressant, autrement dit le cœur de la pratique, s'avère être la charge ou Tbourida. Durant ce moment, les cavaliers tirent en l'air au galop avec leurs fusils à poudre noire. Les démonstrations se font toujours à l'unisson et en ligne.
Les cavaliers adoptent une formation précise incluant différents groupes appelés « serba », dont chacun est dirigé par un chef. Ils exécutent des charges en toute vitesse, tout en restant synchronisés et précis dans leurs gestes.
A la fin de la charge, en bout de terrain, le M’qaddem tire un coup de feu en l’air, signal déclenchant tous les coups de fusil qui doivent alors résonner comme un seul et unique puissant coup de feu.
Pour synchroniser les tirs et n'entendre qu'une seule détonation, ces cavaliers sont "dirigés" par un chef qui leur indique à quel moment tirer en l'air en criant « Hadar Lamkahal ! » (A vos fusils !). C'est ensuite l'intensité des « youyous » des femmes qui détermine les vainqueurs. La cohésion de groupe est essentielle.
Les cavaliers s’élancent au cri du signal « Hadar l’khayle !
Chaque cavalier sur son cheval porte un costume traditionnel marocain décoré. Les cavaliers sont vêtus d’une combinaison blanche, d’une ceinture nouée par derrière, et d’un « haïk » pièce d’étoffe dans laquelle ils sont drapés. Des babouches hautes au pied, ils portent aussi en bandoulière une petite sacoche de cuir contenant des extraits du Coran, et d’un poignard recourbé.
Les chevaux de race berbère ou arabe sont spécialement sélectionnés pour une telle représentation. Agé au minimum de quatre ans, le dressage des chevaux Barbes ou Arabes-Barbes, répond à des règles spécifiques. Le cavalier et son compagnon doivent connaitre l’enchaînement exact des figures préparées en groupe.
Soie brodée, cuirs maroquinés, métaux dorés ou niellés, les chevaux exhibent également des harnachements fastueux.
La Fantasia joue un rôle crucial dans la préservation et la promotion de la culture marocaine. Le spectacle perpétue effectivement des traditions pratiquées depuis des siècles. Elle préserve et transmet les compétences équestres et militaires issues de la fusion de la culture berbère et arabe. En plus, cette démonstration symbolise le courage, la discipline et l'honneur ancrés dans la culture du pays.
Les grands événements marocains mettent en avant cette tradition. Il est possible de la voir dans le cadre de la quasi-totalité des festivals et des célébrations locales. Elle est également organisée par des familles à titre privé, notamment pour les mariages, les fêtes religieuses, les anniversaires, les circoncisions…
Certaines occasions spécifiques permettent également d'assister à ce spectacle typique du Maroc :
Le fusil fantasia, souvent appelé "moukala", est bien plus qu'une simple arme. C'est un objet d'art, un symbole de statut social et un instrument essentiel de la Tbourida.
Ces fusils sont généralement de véritables armes, utilisées à blanc pour le spectacle, mais pas de simples tubes de chauffage. La fabrication de ces fusils était un artisanat spécialisé, avec des canons parfois fabriqués à Liège et exportés vers l'Afrique du Nord pour être montés sur des crosses et décorés localement.
Si certains éléments, comme le bois, les garnitures en laiton et les décorations, étaient produits dans la région, les canons et les platines étaient souvent importés d'Europe.
Devant une telle tradition il apparaissait inévitable que l’art s’empare de ces manifestations culturelles. Eugène Delacroix l'a représenté en 1833 dans la peinture appelée “Fantasia”, actuellement conservée au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
Outre Delacroix, à qui l’on attribue habituellement la primeur du mot “fantasia”, d’autres artistes du xixe siècle ont représenté cette manifestation si caractéristique du tempérament maghrébin. On se contentera de citer Eugène Fromentin (1869), qui a dépeint un spectacle équestre où les cavaliers d’une tribu font “parler la poudre” pour honorer deux chefs ; ainsi qu’E. Bayard, dont une gravure remontant à 1879, représente une cavalcade guerrière devant les remparts d’une des villes impériales du Maroc (Gasnier, 1980).
tags: #grand #fantasia #artisanat #armes #à #feu