Des agriculteurs ont à nouveau utilisé des cadavres de sangliers en région pour protester contre les dégâts agricoles causés par le grand gibier, notamment les sangliers et les cervidés, en particulier les chevreuils.
Ce lundi 25 novembre 2024, un rassemblement d’agriculteurs a eu lieu devant la DDTM de Rennes (Direction départementale des territoires et de la mer, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
Une semaine plus tôt, en Dordogne, les agriculteurs de la Coordination Rurale avaient déjà accroché des peaux de sangliers devant des services de l'État, tandis que début novembre, dans les Côtes-d’Armor, un sanglier mort avait été pendu par les pieds dans un champ à la vue des automobilistes.
En janvier dernier, le cadavre éventré d'un sanglier avait déjà été pendu à un arbre par des agriculteurs en colère à Agen (Lot-et-Garonne). Si les exemples récents d'actions coup de poing de ce type se multiplient en régions, la raison de la colère, elle, n'est pas nouvelle.
Comme ailleurs en Europe, la population de sangliers s'est multipliée dans l'Hexagone au cours des dernières décennies, aidée par des hivers plus doux, l'absence de prédateurs naturels et une chasse qui s'est faite pendant longtemps "de façon à (...) assurer la préservation, voire le développement" des animaux, selon un rapport parlementaire paru en 2019.
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Les suidés prolifèrent dans certains territoires, où ils ravagent des cultures entières, à commencer par les champs de maïs. Dans les départements très touchés, les syndicats agricoles réclament que l'espèce soit classée nuisible pour permettre les prélèvements toute l'année.
À titre de repère, 36.000 sangliers étaient tués au début des années 1970, 700.000 en 2017, 760.000 en 2018 pour dépasser les 800.000 en 2020, soit vingt fois plus, selon les données recueillies par le réseau Ongulés sauvages OFB-FNC-FDC. Après avoir atteint près de 850.000 prélèvements en 2022, ces derniers sont repassés sous la barre des 800.000 animaux tués lors de la saison 2023. D'après les chiffres de la dernière saison, relayés fin octobre, les prélèvements de sangliers ont repassé la barre des 800.000 en 2024.
Or, la surpopulation de sangliers va de pair avec une augmentation des dégâts agricoles, en particulier sur le maïs, le blé tendre et les prairies. Ainsi, 80% des dégâts agricoles qui représentent plus de 30 millions d'euros par an sont imputables au sanglier, soulignait le rapport parlementaire de 2019.
Pour rappel, c'est à la Fédération départementale des chasseurs que revient selon la loi l'obligation d'indemniser les agriculteurs en cas de dégâts sur leurs parcelles. Toujours à titre d'illustration, 10% de l'ensemble des communes françaises concentrent 75% des indemnités versées en raison des dégâts causés par le grand gibier. Certaines zones sont donc plus touchées que d'autres par cette prolifération et ses conséquences.
Parmi les territoires envahis par cet animal sauvage figurent huit départements, les seuls à afficher des prélèvements supérieurs à 20.000 sangliers tués. Durant la saison 2023/2024, le Loir-et-Cher et le Gard ont ainsi dépassé les 30.000 animaux tués, suivis de l’Hérault (23.599 sangliers abattus), du Cher (23.706), de la Dordogne (21.263), de l'Ardèche (20.890), du Loiret (20.789) et de l'Aisne (20.093).
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En Ille-et-Vilaine, où les agriculteurs sont actuellement très mobilisés contre les dégâts liés au grand gibier, le nombre de sangliers prélevés a été multiplié par six en moins de vingt ans pour atteindre les 6000 bêtes tuées en 2023, pour 4000 dans les Côtes-d’Armor, selon les chiffres relayés par les fédérations départementales des chasseurs respectives.
En Ille-et-Vilaine, les agriculteurs ont notamment réclamé ce lundi que les sangliers soient classés comme nuisibles afin de permettre leur prélèvement toute l’année et le maintien des indemnisations pour les victimes de dégâts.
Ces derniers mettent aussi en cause le système de bracelets dont le coût, à savoir 40 euros par sanglier prélevé, est susceptible de freiner la chasse. Pour le grand gibier (sangliers, chevreuils et cerfs), la mise en œuvre de mesures de protection (pose, surveillance et entretien) peut être réalisée par les chasseurs.
En Ardèche, en 2025, celles-ci sont : chien viverrin, vison d’Amérique, raton laveur, ragondin, rat musqué, fouine, renard, et sanglier. Cas spécifique des sangliers en Ardèche : Le piégeage est autorisé sur certaines communes dont la liste fait l’objet d’un arrêté préfectoral.
Les personnes habilitées à faire la demande de piégeage sont les titulaires du droit de destruction que peuvent être le propriétaire, le possesseur ou le fermier des terres. Ce droit peut être délégué par exemple à un agriculteur, propriétaire, président d’ACCA ou piégeur agréé. L’accord par écrit du propriétaire est indispensable ainsi qu’une déclaration en mairie.
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La personne qui pose le piège doit avoir réalisée une formation préalable « piégeur agréé », celle qui met à mort l’animal doit être titulaire du permis de chasser et avoir réalisée la formation « piégeage du sanglier ».
Les demandes d’autorisation de piégeage ainsi que les besoins en formation sont à transmettre à la Fédération Départementale des Chasseurs de l'Ardèche. Ce signalement est à réaliser dès l’apparition de dégâts : Si ceux-ci interviennent hors période de récolte ou avant mise en œuvre de travaux, ils doivent faire l’objet d’un constat provisoire.
Après un 1er constat provisoire, la Fédération Départementale des Chasseurs de l'Ardèche n’est pas tenue de missionner un estimateur à chaque nouvelle déclaration. Les déclarations « intermédiaires » seront prises en compte lors de l’évaluation finale de l’estimateur.
Sinon, ils font l’objet d’un constat définitif, 8 jours ouvrés (hors week-end et jours fériés) au moins avant la date d’enlèvement des récoltes.
La parcelle sinistrée ne doit pas être récoltée avant la venue de l’estimateur. La Fédération Départementale des Chasseurs de l'Ardèche peut facturer une partie ou la totalité des frais d’expertise si les quantités déclarées sont trop éloignées des quantités estimées par l’estimateur.
De plus, le seuil minimal d’indemnisation est de 150 € par exploitation et par campagne cynégétique. Même si elles ne permettent pas d’engager une procédure d’indemnisation, ces signalements sont indispensables, notamment pour justifier le classement d’une espèce ESOD.
Attention, cette déclaration de dégâts ne permet pas d’engendrer une indemnisation.
En cas de dégâts de gibiers sur vos cultures, l’Association Communale de Chasse Agrée (ACCA) est à contacter en 1er lieu pour voir dans quelles mesures une action de chasse peut être envisagée.
En cas d’impossibilité pour l’Association Communale de Chasse Agrée (ACCA) d’intervenir (hors période de chasse par exemple), des louvetiers, bénévoles nommés par le préfet (par arrêté préfectoral), peuvent réaliser des actions de chasse.
Pour faire une demande de mesures administratives, rapprochez-vous de la Direction Départementale des Territoires de l’Ardèche (DDT07) en précisant :
L’équarrissage repose sur des bases réglementaires précises, définies dans le code rural et de la pêche maritime, au livre II "Santé publique vétérinaire et protection des végétaux", titre II "mesures de prévention, surveillance et lutte contre les dangers zoosanitaires ", chapitre VI "Des sous-produits animaux".
L'article L.226-6 précise notamment que les propriétaires ou détenteurs de cadavres d’animaux sont tenus d’avertir, dans les meilleurs délais et au plus tard dans les quarante-huit heures, la personne chargée de l’enlèvement, en vue de leur élimination.
Les cadavres d’animaux doivent être enlevés dans un délai de deux jours francs après réception de la déclaration du propriétaire ou du détenteur. Le titulaire du marché n’étant pas tenu de travailler les week-ends et jours fériés.
L'article R. 226-12 rappelle la responsabilité du maire : Lorsque le propriétaire d'un cadavre d'animal reste inconnu à l'expiration d'un délai de douze heures après la découverte de celui-ci, le maire de la commune sur le territoire de laquelle se trouve ce cadavre en avise le titulaire du marché chargé de la collecte et l'invite à procéder à l'enlèvement du cadavre dans un délai de deux jours francs.
Relèvent du service public de l’équarrissage :
Il est interdit de jeter en quelque lieu que ce soit des cadavres d’animaux (L.226-3 du code rural). Les propriétaires ou détenteurs de tous cadavres d’animaux doivent confier ces derniers à un établissement agréé en vue de leur élimination par incinération ou co-incinération.
L’enfouissement des cadavres d’animaux familiers est interdit. L’inhumation d’un animal dans une concession privative d’un cimetière communal est interdite.
Pour les animaux non identifiés (gibiers, animaux sans identification,..) de plus de 40 kg, il convient de prendre contact avec la Direction départementale en charge de la protection des populations qui contactera France AgriMer pour la prise en charge au titre des cas exceptionnels relevant de l’intérêt général, puis avec l’équarrissage pour la collecte. Une attestation de service fait vous sera demandée pour procéder au paiement de la prestation.
Les propriétaires ou détenteurs sont tenus d’aviser l’autorité administrative si l’enlèvement n’a pas été procédé dans les délais. Dans chaque mairie, est affiché l’arrêté du préfet portant à la connaissance du public les noms et adresses des titulaires de marchés chargés de la collecte des sous-produits animaux relevant du service public de l’équarrissage, ainsi que toutes informations permettant de joindre ceux-ci sans délai.
Les propriétaires ou détenteurs de cadavres d’animaux acquittent une participation aux coûts de destruction de ces cadavres (L.
Le gibier tant qu'il vit à l'état de liberté naturelle est considéré comme res nullius, c'est-à-dire qu'il n'appartient à personne. Il n'est pas susceptible de propriété tant qu'il n'a pas été capturé ou mis à mort.
La chasse constitue un mode d'acquisition de la propriété du gibier. On considère que c'est le premier qui s'est emparé de l'animal qui en devient propriétaire. Le gibier n'est pas approprié tant qu'il n'est pas appréhendé.
La jurisprudence admet la solution qui permet au chasseur d'aller chercher son gibier mort, tombé chez un voisin.
Suite à l’appel de plusieurs syndicats agricoles début novembre, les agriculteurs ont repris ce lundi 18 novembre, le chemin de la manifestation. Dans le Périgord, ce sont les locaux de la fédération de chasse, situés à Marsac, qui ont été directement visés. Les agriculteurs périgourdins dénoncent une inaction des chasseurs face aux sangliers qui prolifèrent dans le département et provoquent de nombreux dégâts dans les cultures.
Des actions similaires avaient été menées lors du premier mouvement de janvier, provoquant notamment l’indignation et la colère du Parti animaliste. Qu'a fait ce pauvre sanglier pour mériter d'être pendu et éventré ? Si le combat des agriculteurs est juste, cette violence est insupportable et intolérable ! De tels actes doivent être condamnés !
Les quelque cinquante agriculteurs mobilisés ce jour-là se sont également rendus devant plusieurs autres endroits qu’ils estiment stratégiques et représentatifs de leur mobilisation.
En Brière (Loire-Atlantique), l’ouverture de la chasse s’est déroulée dans une ambiance funèbre, sur fond d’épidémie de botulisme et de sécheresse historique. Face à l’assèchement du marais, les chasseurs tirent la sonnette d’alarme et pointent la responsabilité d’une gestion de l’eau dictée, selon eux, par le lobby agricole.
Ce dimanche 21 septembre, alors que sonnait l’ouverture nationale de la chasse, la Brière affichait un visage méconnaissable : quatre mille cadavres d’oiseaux, victimes du botulisme, avaient été ramassés cet été dans le marais, la moitié étant des canards colverts.
« C’est un silence de mort dans le marais », racontent à nos confrères de France Bleu, les chasseurs, désemparés devant la raréfaction du gibier et l’absence d’oiseaux. Même le canal principal affiche un niveau désespérément bas : « Il manque 20 cm à cette période », constate-t-on sur place. La Brière, ce sont 7 000 hectares d’eau douce, de tourbières et de biodiversité menacés.
« Ça fait des années qu’on alerte, cette fois, on touche le fond. La deuxième zone humide française est mourante ». Pour ces chasseurs, la gestion de l’eau a basculé sous la pression des intérêts agricoles. Ils dénoncent la politique des élus locaux : « Les pouvoirs publics cèdent tout au lobby agricole. Pourquoi ce choix ?
Frédéric Richeux poursuit : « Le marais est asséché, tout ça pour permettre aux agriculteurs de passer leurs tracteurs et de venir faucher la paille pour le fourrage qui est ensuite bien souvent revendu. Au-delà du drame immédiat, la question de fond reste la gestion future de cette zone humide. Pour les chasseurs, le marais doit devenir une « bassine naturelle » face au dérèglement climatique : « Tout est là, c’est gratuit, mais on préfère détruire ».
Le préfet est venu constater les dégâts des sangliers à Dussac chez les frères Gaillard, en présence du maire et du vice-président de la Chambre d'Agriculture. Deux frères exploitants à Dussac ont montré à Jean-Sébastien Lamontagne l'étendue des dégâts.
Nicolas et Olivier Gaillard emmènent le préfet de la Dordogne en bottes en haut de leur parcelle de maïs située à Dussac, en Périgord Vert : "vous voyez au bout, il n'y a plus de vert", les bottes peuvent écraser les plans de maïs, de toute façon expliquent les deux frères, la parcelle est perdue.
"Les sangliers, ils ont gratté le sol avec leur groin pour manger le grain de maïs, et ils ont retourné les rangs. La parcelle n'est plus exploitable, il reste peu de plans encore debout et ceux qui restent ne vont pas bien se développer", explique Nicolas. Le sanglier a remonté le rang avec son groin pour manger la graine, les plants ont disparu de la rangée sauf un.
D'après l'expert, raconte Olivier, "sur les douzes hectares, un seul peut être encore exploitable". Le préfet de la Dordogne ne peut que constater les dégâts, il sort tout juste d'une réunion de travail sur le problème des sangliers en Dordogne. Un sujet qui prend de l’ampleur dans le département.
Yannick Francès, vice-président de la Chambre d'Agriculture, rappelle que la situation des deux frères est un exemple parmi d'autres : "On est dans une situation qui est explosive dans le département, les dégâts se répercutent sur les exploitations et on est dans un contexte climatique pourri, on n'arrive pas à mettre en place nos cultures et les seules que l'on arrive à mettre en place sont quasiment toutes détruites par les sangliers".
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