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L'histoire des Gardes Suisses est riche et complexe, marquée par leur fidélité, leur courage et leur rôle dans des événements historiques majeurs. Cet article explore leur histoire, leur organisation, leur armement et leur service en France et au Vatican.

Les Gardes Suisses au Service de la Papauté

Il y a 500 ans, le pape a choisi les mercenaires suisses pour sa protection. Ce choix n’est pas un hasard, car les soldats helvétiques ont toujours été reconnus pour leurs grandes qualités militaires. Tacite, un historien romain du Ie-IIe siècle ap. J.-C., les mentionne déjà comme tels ! Pourquoi les Suisses se vendaient-ils comme soldats? Par nécessité ! La région était alors très pauvre. Sur les 500000 habitants de l’époque, environ 15000 hommes étaient disponibles pour ce travail organisé par la petite Confédération des cantons.

Ce système de mercenaires était très répandu entre le XVe et le XIXe siècle. On retrouve des Gardes suisses en France, en Autriche, en Savoie, ou encore à Naples durant cette période. La Garde suisse pontificale est aujourd’hui la dernière Garde suisse encore existante, et la plus ancienne armée en activité. Elle est chargée de veiller à la sécurité du pape, du palais apostolique, et des entrées du Vatican.

La Garde suisse pontificale fut officiellement fondée le 22 janvier 1506, lorsque les premiers Gardes arrivèrent au Vatican. L’un des événements les plus marquants de son histoire est le sac de Rome en 1527. Lors de cette attaque, 147 Gardes suisses périrent en défendant le pape Clément VII contre les troupes de Charles Quint. Depuis 2018, son effectif est passé de 110 à 135 hommes, faisant d’elle la deuxième plus petite armée du monde, juste après la Compagnie des Carabiniers du Prince de Monaco.

L'Armée Papale et l'Émergence de la Garde Suisse

En 1454, la paix de Lodi permet au pape de reprendre en main ses forces armées : il décide de doter ses États d’une véritable armée quasiment professionnelle, ce qui est une première en Italie. S’ouvre ce que l’on peut appeler un âge d’or de l’armée papale. Une période symbolisée par la foudroyante carrière du condottiere Giovanni de Médicis, dit Giovanni dalle Bande Nere (1498-1526). La disparition du célèbre condottiere ouvre une période trouble pour le Saint-Siège culminant avec le sac de Rome en 1527 par les troupes impériales de Charles Quint. C’est là que s’illustre une nouvelle unité de l’armée papale destinée à un avenir prestigieux : la Garde suisse.

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En 1540, l’armée pontificale devient même conquérante en mettant fin par la force à l’autonomie de Perugia. Mais une longue période de déclin s’ensuit fin XVIIe et tout le long du XVIIIe siècle symbolisée par la défaite de Faenza, le 4 février 1797, contre les troupes françaises envoyées par Bonaparte : les faibles milices pontificales s’enfuient dès le premier coup de canon. C’est à partir du Risorgimento italien que l’armée du pape retrouve de l’importance. Si en 1849, celle-ci combat en faveur des Italo-Sardes contre les Autrichiens, le pape comprend, dès l’indépendance italienne acquise en 1860-1861, que l’annexion de ses États et surtout de Rome devient une priorité pour les nationalistes italiens comme Garibaldi.

La sanglante défaite de Castelfidardo en 1860 qui fait perdre la moitié de ses territoires au pape sonne l’alarme. Il fait alors appel à de nombreux mercenaires pour renforcer son armée qui atteint le chiffre record de 20 000 hommes en 1862. Citons notamment les Zouaves pontificaux ou la Légion d’Antibes formés de catholiques français, la plupart des nobles mais aussi les Irlandais de la brigade de Saint Patrick, des Allemands, Polonais, Canadiens, etc. La France du Second Empire maintient également un contingent officiel depuis 1849. En 1870, alors que Napoléon III retire son soutien, Rome est envahie et la petite armée. Malgré une dernière bataille à Rome (Porta Pia), rien ne peut être fait pour empêcher la ville de devenir la capitale de l’Italie.

Les Gardes Suisses au Service de la France

Les troupes suisses tenaient une place à part depuis la Renaissance, symbolisée par leur présence au sein de la Maison militaire du souverain. De fait, on croise très souvent les troupes suisses dans les relations des sièges et des campagnes menées par les armées françaises de la guerre de Hollande à la guerre de Succession d’Espagne, et elles ne sont pas absentes des récits portant sur les réformes mises en œuvre dans l’armée par le roi et son ministre Louvois. Mais au-delà de la place des unités suisses dans la vie de cour, des spécificités de leur recrutement et des privilèges que leur accordent leurs capitulations, la place et le rôle des Suisses dans les armées et les guerres de Louis XIV demeurent souvent mal connus en France, en dehors peut-être du cas des Gardes suisses auxquels plusieurs études spécifiques ont été consacrées.

Si le gouvernement personnel de Louis XIV est un jalon important dans l’histoire des troupes suisses au service de la France en ce qui concerne leur organisation, qu’il s’agisse de celles de la Maison du roi ou des régiments permanents qui apparaissent alors, c’est aussi une période marquée par d’importantes évolutions dans le domaine militaire et dans l’art de la guerre, évolutions qui restent souvent sous-estimées, notamment en France où on considère volontiers que le retrait de la scène de Turenne et Condé en 1675 ouvrent une période de stagnation voire de déclin de l’art de la guerre, symbolisée par les défaites de la fin du règne.

Organisation et Place des Troupes Suisses

On a coutume de présenter les troupes suisses comme une armée dans l’armée, voire un État dans l’État, tant leur effectif est important et surtout leur gestion est particulière au sein des armées royales. La compagnie des Cent-Suisses dits « de la garde ordinaire du roi » assure la garde du dedans avec les gardes du corps. Les Cent-Suisses (en fait 127 hommes d’élite, armés d’une hallebarde) sont en effet chargés de la garde à l’intérieur des résidences du souverain et notamment de monter la gardes aux portes des appartements royaux. Dotés d’un uniforme reconnaissable entre tous, ils jouissent d’une grande réputation de valeur et de fidélité et on considère que leur origine étrangère les rend moins soumis aux intrigues de la cour.

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Ils doivent tous être catholiques et les soldats sont tous suisses mais depuis 1658 les charges d’officiers sont doublées (un lieutenant suisse et un lieutenant français, etc.) ; cela n’est pas sans occasionner des tensions avec les officiers suisses. Les charges d’officiers des cent-Suisses sont très recherchées du fait de leur proximité avec le roi. Le capitaine ou capitaine-colonel des Cent-Suisses jouit de l’une des charges les plus prisées de la cour, il est comme un cinquième capitaine des gardes et prête serment au roi comme les capitaines des gardes. Il marche devant le roi quand le capitaine des gardes en quartier marche derrière. Un règlement de 1610 prévoit qu’il doit toujours y avoir douze Suisses autour du roi jour et nuit, dormant dans la salle des gardes. Cinquante-deux hommes accompagnent le roi dans ses déplacements.

Toutefois les Cent-Suisses voient leur rôle dans la garde de la personne du roi de plus en plus concurrencé sous Louis XIV par les quatre compagnies des gardes du corps, avec lesquelles ils partagent la garde du roi en effectuant un service commun. Les gardes du corps tendent à devenir le premier cercle protégeant le corps du souverain, et les cent-Suisses le deuxième cercle protégeant les résidences du roi. Les uns sont à cheval et les autres à pied quand le roi est en carrosse, ce qui est complémentaire. Les gardes du corps deviennent le fer de lance de la cavalerie française, comme l’illustre la victoire spectaculaire de Leuze en 1691. Les Cent-Suisses souffrent de la comparaison, même s’ils suivent le roi en campagne pour assurer sa garde. Ils sont davantage assimilés à un corps de parade alors que Louis XIV fait des autres unités de sa maison militaire des troupes d’élite.

Les Gardes suisses, organisés définitivement en 1616 pour la garde du jeune Louis XIII, constituent avec les Gardes françaises l’essentiel de l’infanterie de la Maison du roi. Leur effectif varie avant de se stabiliser à 12 compagnies de 200 hommes soit 2400 hommes. Les compagnies sont avouées par différents cantons et recrutent exclusivement des Suisses. Les grades suisses assurent la « garde ordinaire », ou garde du dehors avec les Gardes françaises. Quand le roi se déplace, notamment dans Paris, ils forment la haie pour protéger son parcours. Plus généralement, quand il entre et sort des résidences royales, les soldats forment la haie. Une compagnie des gardes suisses et des gardes française assure ainsi chaque jour la garde de l’extérieur du palais royal.

Les Suisses tiennent donc une place centrale et tout à fait particulière dans le cérémonial de cour qui se fixe progressivement avec l’installation de la cour à Versailles, et dans la mise en scène de la puissance et de la majesté royale, notamment lors des grandes cérémonies et réceptions d’ambassades. Comme les autres troupes de la Maison du roi, les gardes suisses sont souvent passés en revue, notamment dans les années qui précèdent la guerre de Hollande pendant lesquelles Louis XIV peaufine l’outil militaire à sa disposition.

L’armée française des années 1660 comprend également des Suisses recrutés au sein de compagnies franches, c’est-à-dire non enrégimentées, qui servent en campagne mais sont en général attachées à une place forte à partir de laquelle elles pratiquent la petite guerre ou guerre de partis étudiée par Sandrine Picaud-Monnerat. Ce sont ces compagnies et le besoin exprimé par Louis XIV de disposer d’effectifs à la hauteur de ses ambitions qui sont à l’origine de la levée des régiments réglés permanents. Un personnage a joué dans ce processus un rôle de premier plan : il s’agit de Pierre Stoppa. Ce capitaine aux gardes suisses, protégé de Louvois, joue le rôle d’intermédiaire au profit de la France.

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Il crée un réseau de bureaux clandestins de recrutement dans les États frontaliers de la Suisse. Stoppa s’emploie non seulement à lever des compagnies non avoués jusqu’à sa mort en 1701, mais également à favoriser la levée de ces régiments capitulés permanents qui constituent une nouveauté (en dehors du cas des Gardes suisses) dans la mesure où les régiments suisses qui avaient pu être levés jusque-là étaient réformés au bon vouloir de la monarchie. En 1671, Louis XIV envoie Stoppa en mission, d’abord secrète puis officielle, dans plusieurs cantons dans le cadre de la préparation de la campagne de Hollande. Louis XIV peut ainsi mettre sur pied en 1671 et début 1672 quatre régiments : Erlach, Stoppa-Vieux, Salis-Zizters et Pfyffer. D’autres unités suivront puisque s’y ajoutent pendant la guerre de Hollande les régiments de Greder en 1675 et Stoppa-Jeune en 1677, à partir de compagnies franches et de nouvelles levées.

Les débuts de la guerre de la Ligue d’Augsbourg provoquent de nouvelles créations de régiments avoués permanents : Salis-Jeune et Courten en 1689, Monnin et Polier devenu Schellenberg en 1690. Malgré le fait que chaque capitulation puisse être différente, c’est un même cadre qui est mis en place avec des compagnies de 200 hommes (donc bien plus fournies que les compagnies des régiments français d’environ 50 hommes) qui ont le même nombre d’officiers (un encadrement assez faible d’ailleurs que Louis XIV s’emploie à accroître). En général ce sont des régiments à 12 ou 9 compagnies soit 2400 ou 1800 hommes. Les effectifs des troupes suisses employées par le roi de France, qui varient en fonction des années de paix ou de guerre, finissent ainsi par représenter un total très important : plus de 37 000 hommes au cours de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

En principe les Français ne peuvent servir parmi les Suisses, et une ordonnance de 1671 a invité les soldats français des compagnies suisses à passer dans des troupes françaises, avant qu’une ordonnance de 1696 exclue des compagnies suisses tout ce qui n’est pas suisse, allemand, polonais, suédois ou danois (il y a en fait des Alsaciens). Les Suisses peuvent au besoin recruter jusqu’à un tiers d’Allemands lorsque les hommes manquent pendant les guerres. Les recrues sont plutôt d’origine rurale, catholiques et francophones (rappelons que les ordres sont donnés en allemand dans les unités germanophones).

Un mémoire de l’ambassadeur Amelot daté du 2 août 1697 montre que malgré l’intérêt économique de l’engagement, la dureté des temps et l’importance des pertes n’encouragent pas les vocations : « Il est encore certain que les Suisses s’enrôlent bien plus volontiers lorsqu’ils voient déployer un drapeau et qu’ils entendent battre la caisse pour une nouvelle levée que lorsqu’on veut les engager pour recruter les compagnies, ce qui ne leur donne que la triste idée de remplacer ceux de leurs compatriotes que la guerre a enlevés et privés pour toujours du retour dans leur patrie.

Les recrues viennent de Suisse mais aussi parfois de France et l’on recourt par ailleurs aux déserteurs en campagne, notamment aux déserteurs allemands que le roi préfèrerait pourtant voir enrôlés dans ses régiments allemands. On dispose d’un témoignage intéressant sur les suites de la bataille de Fleurus de 1690, lorsque le maréchal de Luxembourg voit 600 prisonniers s’évanouir dans la nature après qu’ils aient été en fait recrutés en grande partie par les Suisses qui les ont fait boire, en ont déguisé certains, ont cédé ces recrues à d’autres unités contre argent, en « n’oubliant rien, dit Luxembourg, de tout ce qui pouvait leur faire avoir des recrues qui ne leur coutassent rien, ceste nation ayant une âpreté pour cella au-delà de tout ce que l’on peut dire ». Luxembourg doit se justifier à Louvois et explique qu’il avait confié ces prisonniers aux Suisses car il les croyait plus disciplinés.

Les capitulations, négociées avec un ou plusieurs cantons, assurent l’unité du recrutement réalisé dans le canton par un officier mandaté par les autorités cantonales. Elles prévoient non seulement une solde supérieure aux troupes française, de 7 puis 6 écus par mois. Les régiments suisses bénéficient également d’autres privilèges dont l’exercice libre de la religion, même après la Révocation de l’édit de Nantes (l’ordonnance du 12 février 1687 confirme la tolérance de l’identité protestante des troupes suisses).

L’une des particularités de l’organisation et de la gestion des troupes suisses réside en outre dans le maintien d’un état-major propre à ces troupes, alors que Louis XIV, dans le cadre de la reprise en main de l’armée, a supprimé le colonel général de l’infanterie et que les autres colonels généraux ou équivalents n’ont plus qu’un rôle réduit ou presque à sa dimension honorifique. On trouve ainsi un colonel général des Suisses et Grisons, dont l’autorité s’étend sur toutes les troupes suisses sauf les Cent Suisses, un commissaire général des Suisses, chargé des montres et revues des régiments à l’exclusion des commissaires des guerres, un secrétaire général des Suisses (chargé de la correspondance avec les cantons, les bureaux de la Guerre, et du travail avec le colonel général).

Jusqu’en 1673 et la mort du comte de Soissons, le colonel général nomme les colonels et capitaines suisses, ensuite le roi se réserve le pouvoir de nomination aux charges vacantes. Mais le colonel général propose des noms, et les provisions passent par le colonel général qui y met son attache pour installer les officiers. Il joue aussi un rôle d’intermédiaire en défendant les doléances de Suisses auprès du roi et en facilitant les recrutements ou œuvrant aux négociations avec les cantons. Après la décision de Louis XIV d’accorder la charge à son fils naturel le très jeune duc du Maine, né en 1670, c’est en fait Pierre Stoppa qui assure les fonctions de colonel général des Suisses et Grisons à partir de 1674.

Le portrait dressé par Saint-Simon souligne l’importance du personnage lorsqu’il meurt deux jours après le secrétaire d’État de la Guerre Barbezieux : « Stoppa, colonel des gardes suisses et d’un autre régiment suisse de son nom, mourut en même temps. Il avait amassé un bien immense pour un homme de son état, avec une grosse maison pourtant et toujours grande chère. Il avait toute la confiance du roi sur ce qui regardait les troupes suisses et les cantons, au point que tant qu’il vécut, M. du Maine n’y put et n’y fit aucune chose. Le roi s’é…

Tableau des Régiments Suisses au Service de la France sous Louis XIV

Régiment Année de Création Fondateur
Erlach 1671 Louis XIV
Stoppa-Vieux 1671 Louis XIV
Salis-Zizters 1671 Louis XIV
Pfyffer 1671 Louis XIV
Greder 1675 Louis XIV
Stoppa-Jeune 1677 Louis XIV
Salis-Jeune 1689 Louis XIV
Courten 1689 Louis XIV
Monnin 1690 Louis XIV
Polier (Schellenberg) 1690 Louis XIV

La Révolution Française et la Fin du Service de France

En France, par exemple, lors de la journée du 10 août 1792, les Gardes suisses défendirent le roi et le palais des Tuileries. La quasi-totalité d’entre eux fut massacrée par la foule après avoir, sur ordre de Louis XVI, cessé le feu et déposé les armes.

Depuis Louis XI, près d'un million de soldats helvétiques ont servi la France. Souvent cités mais bien mal connus, les « Gardes-Suisses » étaient une véritable troupe d'élite de l'armée royale. En ce matin du 10 août 1792, lorsque quelques royalistes présents aux Tuileries entonnent l'air célèbre de Grétry « O Richard, O mon Roi, l'univers t'abandonne ! », seule, à leurs côtés, une unité d'élite, restée fidèle et en bon ordre, veille à ce que la monarchie s'écroule avec dignité. Cependant, les ouvrages généraux sur la Révolution, hormis quelques mentions épisodiques, négligent la plupart du temps d'expliquer ce que ces étrangers faisaient au beau milieu d'un conflit qui ne les concernait pas.

Une réponse fameuse du Corps helvétique aux Ligueurs en 1583 explique, à deux siècles de distance, le dénouement tragique de la journée du Dix-Août : « Nous ne connaissons dans nos traités d'alliance et de paix perpétuelle que le roi. En vain tous ses sujets seraient résolus de le détrôner, nos serments qui doivent être notre règle défendent de soutenir les rebelles. Le roi est notre seul allié, et nullement ses sujets, enfin c'est lui seul que nous devons défendre ».

Louis XVI utilisera le même expédient. C'était une solution de facilité pour les Bourbons que de recourir aux « bons compères », comme les appelait Henri IV. N'avaient-ils pas permis de rétablir quelques situations périlleuses lors de la Fronde ? Près d'un million d'Helvétiques servirent ainsi la France, depuis Louis XI (1461-1483) jusqu'en 1830. Un cahier des charges, appelé « capitulations », faisait de ces troupes d'élite une véritable « armée dans l'armée », selon l'expression d'André Corvisier.

Les 14 000 soldats suisses que comptait le royaume en 1789 bénéficiaient d'une sorte de régime d'exterritorialité : ils conservaient un commandement propre, jouissaient de la liberté de culte et de l'exemption de l'impôt, et ne relevaient que des tribunaux de leur pays. La Confédération helvétique était alors une constellation de petits États pauvres, mais admirablement situés sur l'échiquier européen. La paix perpétuelle signée en 1516 puis l'Alliance dont le dernier renouvellement remontait à 1777, avaient permis aux Suisses à la fois de se protéger des visées de l'Autriche et de tisser en France un important réseau d'influences.

Comme les Suisses ne pouvaient être employés outre-mer ou dans une guerre offensive contre la Prusse, contre la maison d'Autriche ou contre le Saint-Siège, il fallait vérifier avant de les engager sur le champ de bataille s'il ne se trouvait pas d'autres Suisses dans le camp adverse. Leur emploi était de ce fait limité. Louis XI, ils étaient essentiellement devenus, au XVIIIe siècle, une force de police et de répression. Leur répartition géographique l'attestait d'ailleurs. Ainsi, le régiment des Gardes, le premier des corps de la « nation amie et alliée », était réparti selon un plan de protection des résidences royales de Versailles, de Marly et de Saint-Germain.

Car chaque étape de la Révolution trouve en face d'elle des troupes helvétiques - ce qui souligne la fragilité du régime. On se souvient de Camille Desmoulins haranguant la foule, le 12 juillet 1789, après le renvoi de Necker, sur le thème des bataillons suisses et allemands arrivant pour égorger les patriotes. A Aix-en-Provence, le 28 février 1792, le régiment d'Ernst, premier régiment suisse de ligne au service de la France, fut désarmé par les fédérés de Marseille. Le gouvernement de Berne ayant décidé de rappeler ses soldats, le démantèlement de cet élément allogène, symbole et soutien de la monarchie en Provence, sonna comme une sorte de répétition générale du 10 août. En focalisant sa haine contre ces étrangers à la Nation, le peuple fit d'eux le symbole de la fragilité du pouvoir réduit à s'appuyer sur ceux qui n'étaient pas ses sujets.

C'est moins le service de France qui s'achève une première fois en 1792, avant un retour éphémère sous la Restauration, qu'une forme d'union personnelle entre les treize cantons et le roi. Quand la France recréera la Suisse a son image en 1798, elle prendra soin de la lier par ce qui avait toujours permis d'attacher les Suisses à elle : le service militaire. Napoléon utilisera les quatre régiments suisses dans ses campagnes innombrables. De cette époque héroïque subsistent quelques lieux évocateurs telles ces salles dites des Suisses qui précèdent les appartements royaux à Saint-Germain-en-Laye ou à Fontainebleau, une pièce d'eau célèbre à Versailles, quelques expressions évocatrices telles « pas d'argent pas de Suisse » ou « boire en Suisse » qui rappellent une époque où ces soldats de métier vivaient en marge d'une population qui un jour d'août 1792 finit par les massacrer.

Évolution des Armes à Feu et Disparition des Armes Spectaculaires

On imagine volontiers les guerriers du Moyen Age comme des colosses, combattant avec des armes d’une taille et d’un démesurés. Autour de l’épée « à deux mains » s’est donc développé un mythe tenace, très éloigné de la réalité. Ce type d’arme apparaît tardivement dans la panoplies guerrière médiévale : après les grandes défaites de la chevalerie pendant la Guerre de Cent ans, les hommes d’Armes ont pris l’habitude d’abandonner leurs montures, très vulnérables face à des archers, et de combattre en mettant pied à terre. Les « joueurs » d’épée sont présents en petit nombre au sein des Unités d’infanterie car les moulinets qu’ils effectuent sont dangereux pour leurs camarades. Ils ont pour fonction de ménager des brèches dans la forêt des piques adverses en coupant les hampes de ces armes d’hast qui dépassent parfois cinq mètres de long.

La multiplication des armes à feu entraîne, dès la seconde moitié du XIVe siècle, la disparition de ces armes spectaculaires qui ne sont plus conservées que comme emblème des unités d’infanterie.

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