Dans les communautés villageoises d’antan, il y avait des lieux fréquentés indifféremment par les deux sexes : c’était principalement l’église, le cimetière, ou la place du marché et les commerces. Par contre, il y avait des espaces où hommes et femmes ne se mélangeaient pas : le bistrot, était fréquenté par les hommes et le lavoir était réservé aux femmes.
C’était en effet un des rares lieux où les femmes pouvaient se réunir et échanger librement. Avec des gestes immuables, les lavandières battent, frottent, rincent et essorent le linge autour des bassins du lavoir. Ce lieu de vie exclusivement réservé aux femmes est une sorte de double du café de village pour les hommes… à cette différence près qu’ici on y travaillait vraiment très dur.
Et comme tout espace éminemment social, c’est là que s’affichent au vu et au su de tous les inégalités, les rivalités et les tensions d’une communauté… C’était également le lieu où l’intimité était révélée aux yeux de tous ceux qui savaient interpréter les souillures ou les tissus élimés et rapiécés. Au lavoir, en effet, la situation sociale de chacun y apparaissait au grand jour, non seulement par la qualité et l’état du linge, mais aussi par le fait que seuls les notables n’allaient pas au lavoir, puisqu’ils employaient des domestiques ou des lavandières professionnelles.
Certes, le lavoir est un lieu de dur labeur, mais c’est aussi un espace de liberté et d’émancipation pour les femmes, à une époque où leur place est avant tout à la maison quand elle n’est pas aux champs ou, plus rarement, à l’église… Les cafés leur sont, en effet, fermés et il n’est pas concevable qu’elles puissent participer à des réunions masculines. Dans un tel contexte, aller au lavoir est presque un acte social !
Lieu de rencontre où la parole est libre, on y échangeait les dernières nouvelles du village, et même de la région. Les femmes, au verbe haut et vert, activaient leurs bras tout autant que leurs langues. Les bavardages et les ragots y allaient bon train, les petits secrets de familles s’y révélaient.
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Des conflits surgissaient parfois, suite au non-respect de certaines règles. Par exemple, on avait prévu un espace minimal de 80 centimètres, ce qui permettait à chaque laveuse de travailler convenablement. Or, certaines lavandières peu scrupuleuses empiétaient sur l’espace des voisines. D’autre part, certaines places étaient plus convoitées que d’autres, notamment celles situées près de l’arrivée d’eau, puisqu’elle bénéficiait d’une eau plus claire et plus saine. Pour éviter d’être mal placée, les plus courageuses arrivaient de bonne heure. Malgré ces précautions, les disputes pouvaient facilement dégénérer et le battoir trouvait alors un autre usage que celui de battre le linge.
C’est la raison pour laquelle beaucoup de lavoirs avait leur code de déontologie : les lavandières les plus âgées avaient les meilleures places, et il y avait même parfois, dans les lavoirs très fréquentés, un « chef de rang » qui organisait les places. Réputé pour être un lieu de médisance, ce lieu n’excluait pas la solidarité, ne serait-ce que pour tordre les draps à deux.
Le lavoir est un lieu essentiel de la vie du village, un lieu de rencontre et d’échange. Le lavoir est un lieu de jugement, c’est là que se font ou se défont les réputations : on y repère la bonne lavandière à sa manière de frotter ou de savonner ; c’est le jury du lavoir qui juge les jeunes femmes venant d’un autre village.
Mais le lavoir était aussi un lieu de convivialité, les femmes savaient s’amuser. Les rires et les familiarités, les chants et les danses faisaient oublier la rudesse de la tâche. Les pauses permettaient de se reposer et de se restaurer.
C’est avant tout dans les villes et les grandes bourgades que s’activaient les lavandières professionnelles. Elles étaient au service de particuliers, de maîtres de grandes maisons, de fermiers, de métayers, de notables.
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Métier de misère (et ne nécessitant aucune qualification), la dureté du labeur n’attirait que les femmes pressées par la nécessité, comme par exemple les veuves sans ressources ayant des enfants à élever. Tout au long du jour, on les voyait battre, tordre et rincer le linge sale. Elles étaient exposées, été comme hiver, à la buée alcaline, à une humidité constante et à tous les courants d’air. La tuberculose est responsable de nombreux décès.
Une fois le linge propre, la lavandière livrait celui-ci au client. Le plus souvent, le paiement s’effectuait contre un repas ou en échange de quelques sous.
À Campile, une poignée de retraitées scrutent méticuleusement les châtaignes pour les nettoyer de leur tanin, cette fine peau duvetée qu'il faut soigneusement retirer avant le passage au moulin. Des dames retraitées du village, totalement bénévoles, prêtent leurs mains à cette étape fastidieuse. Elles trient aussi les châtaignes un peu gâtées par les vers.
Perfectionniste, Jean-Marie Vecchioni ne veut produire que de la farine de grande qualité, certifiée en AOP Farina castagnina corsa. Mise en sachets, la farine est vendue cette année 20 euros le kilo. Un prix qui peut faire bondir mais qui n'est pas si élevé au regard du travail que cette farine demande, estime Jean-Marie Vecchioni : "Il y a onze étapes de travail, de l'entretien des arbres à la vente de la farine, dont plusieurs sont totalement manuelles."
Dans le Cantal, depuis quelques années, la châtaigne connaît un réel engouement. Des passionnés essayent de renouver avec les belles heures de cette culture. Car pendant longtemps, la châtaigne a permis de faire vivre de nombreux paysans, devenant ainsi l'emblême du département.
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Joseph Labrunie raconte : « L’âge d’or de la châtaigne a duré jusqu’aux années 1950 et a commencé avant 1900. Au moment de la guerre de 1914, il y avait des wagons de châtaignes qui partaient sur le front pour les soldats. C’était l’époque où à Mourjou, en 1890, il y avait 1 200 habitants : il y avait beaucoup de monde à nourrir et c’était le maximum de la population. Il y avait le souci d’avoir beaucoup de châtaigniers. A cette époque, il n’y avait pas encore la maladie de l’encre. Au début du XXe siècle, il y a eu un peu plus de maladies. Les élus demandaient à la préfecture d’avoir des variétés qui résistent à la maladie de l’encre ».
Le trésorier ajoute : « Les paysans, les gens qui étaient dans les campagnes, produisaient ces châtaignes. Il y avait une volonté d’avoir de la nourriture quasiment sur toute l’année car on pouvait les conserver et les manger jusqu’en avril. Les gens avaient cette nourriture sur place. Ils en vendaient dans les villes proches, comme Aurillac, Figeac, Decazeville. Ils n’en vivaient pas forcément. A l’époque, il n’y avait ni commerces ni voitures. C’était une consommation très locale. Ils vivaient beaucoup de la vente des bêtes, notamment les cochons. Les porcs étaient nourris en grande partie avec les châtaignes ».
A cette époque, le châtaignier était surnommé l’arbre à pain : « On dit cela car c’est un arbre qui évite la famine. Plusieurs rois de France auraient incité des régions à planter du châtaignier parce que c’est un fruit qui se conserve bien et qui pouvait réduire les famines. Ce n’est pas tellement parce qu’il sert à faire du pain mais dans le sens où il remplace le pain. C’est une alimentation qui peut s’étaler sur l’année. Mais, dans les années 50, sont arrivés les voitures, les bulldozers, les tracteurs. Il y a eu un changement d’agriculture et de nourriture. Après cela, la châtaigne n’avait aucun intérêt ou très peu. Du coup, c’est tombé en désuétude ».
| Étape | Description |
|---|---|
| Entretien des arbres | Assurer la santé et la productivité des châtaigniers. |
| Récolte des châtaignes | Ramasser les châtaignes à l'automne. |
| Séchage | Sécher les châtaignes pendant environ 21 jours. |
| Décorticage | Enlever la première peau des châtaignes. |
| Tri manuel | Retirer la seconde peau et trier les châtaignes. |
| Mouture | Transformer les châtaignes en farine. |
| Mise en sachets | Conditionner la farine pour la vente. |
| Vente | Commercialiser la farine. |
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