Depuis le début des manifestations des "gilets jaunes", les témoignages vidéos évoquant des manifestants blessés par des policiers sont massivement partagés sur les réseaux sociaux.
Tel a été le cas de la vidéo de Marie-Laure Leroy, professeur de lettres dans un lycée à Quimperlé dans le Finistère, filmée dans l'hôpital Pontchaillou de Rennes ce week-end. Dans cette vidéo de six minutes, elle affirme que son fils de 27 ans, Gwendal, a perdu un œil après avoir reçu une grenade de désencerclement suivi d'un tir de flashball dans le visage à la fin de la manifestation à Rennes samedi.
Sa version des faits concorde avec celle d'un photo-reporter présent sur place, qui a confié à RMC avoir vu le jeune homme tout seul au milieu de la rue, lorsqu'un policier a lancé une grenade de désencerclement. Il s'est alors écroulé.
Du côté de la préfecture, les circonstances de l'accident sont encore inconnues, mais les autorités admettent l'usage de grenades et de flashball à la fin de la manifestation.
Une mère de famille a été grièvement blessée à l'oeil mardi soir, après une opération de police qui a dégénéré à Villemomble (Seine-Saint-Denis), dans la cité de la Sablière. A l'arrivée de la police, ils sont parvenus à s'enfuir, sauf l'un d'eux qui a chuté au sol, facilitant son interpellation, rue Decauville.
Lire aussi: Urinoir Féminin Portable : Une Solution Discrète
Mais cette arrestation a été perturbée par l'interposition de jeunes qui ont encerclé les fonctionnaires. Profitant de la diversion, le motard accidenté a réussi à s'échapper.
La police est parvenue malgré tout à arrêter l'un des assaillants. C'est alors que le frère de ce dernier est intervenu à son tour. Une confusion qui a fait monter la fièvre dans la cité.
Une cinquantaine de personnes se sont massées autour des policiers qui ont fait usage de leur flash ball et de gaz lacrymogène. L'un des projectiles a atteint une femme au visage. Il s'agirait de la mère des deux frères interpellés. Transportée à l'hôpital parisien des Quinze-Vingts, elle a perdu son oeil.
Débordées, les forces de l'ordre ont appellé des renforts. Vingt-cinq équipages (une soixantaine de policiers) ont convergé vers la rue Decauville, où la tension est encore montée. Des jets de pierre ont accueilli les renforts.
Trois policiers ont été légèrement blessés et un véhicule endommagé. Dans le quartier de la Sablière, le calme n'est pas revenu tout de suite. Deux véhicules seront incendiés dans la soirée.
Lire aussi: La profession de sage-femme en détail
Ce mercredi, l'inspection générale des services (IGS), la police des polices, a été chargée de faire la lumière sur cette nuit de violences. Elle a commencé par entendre les deux frères, dont la garde à vue a été prolongée. Elle devrait poursuivre ses investigations en auditionnant les policiers et les témoins impliqués dans l'émeute.
Patrice Calmejane, député maire UMP de Villemomble, s'est ému de ce lourd bilan : «Il est possible que l'ampleur de l'attroupement ait surpris les forces de police. Leur intervention a peut-être été disproportionnée», concède-t-il.
Le 8 décembre 2018, en parallèle d'une manifestation des gilets jaunes à Marseille, une jeune femme de 19 ans est violemment blessée par des policiers : tir d'un lanceur de balles de défense dans la cuisse, coups de pied et de matraque au sol. L'information judiciaire a démontré que les violences ont été infligées par des agents de police, mais l'enquête de de l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) n'a pas pu en déterminer les auteurs.
Maria a reçu une balle de Flash-ball dans une cuisse et elle a été rouée de coups par un groupe de policiers. Résultat : une grosse blessure à une jambe et une trentaine de points de suture au crâne.
Maria a tenté de porter plainte, mais deux commissariats marseillais différents ont refusé de l'enregistrer. Le 19 décembre, à sa sortie de l’hôpital, elle a signalé son agression sur la plateforme de l’IGPN, mais il est resté sans suite.
Lire aussi: Choisir un fusil pour femme
Les investigations de l’IGPN n'ont débuté qu'après la plainte déposée par son avocat Me Grazzini le 30 avril 2019 auprès du parquet de Marseille contre "personnes non-dénommées, cependant identifiées comme exerçant la fonction de policier" pour "tentative d’homicide", "violences volontaires aggravées", "non-assistance à personne en danger" et "non-obstacle à la commission d’une infraction".
En novembre 2019, Mediapart a dénoncé une enquête "partiale" de l'IGPN, qui chercherait à "enterrer les faits et à nier les responsabilités". L'avocat de la victime a estimé de son côté, que "l'IGPN n'est pas allée au bout des choses, n'a pas posé les questions qui fâchent". Il a déploré "une omerta évidente, suintant de chacune des dépositions des personnes entendues".
Trois fonctionnaires seulement ont été suspectés, mais ils ont nié être les auteurs des violences. Les auteurs présumés des faits n'étant pas identifiés et faute de preuves, le juge d'instruction a conclu l'enquête par un non-lieu en septembre 2020.
En mars 2021, à la demande de l'avocat qui a proposé un nouveau témoignage qui n'avait pas été entendu, le parquet de Marseille a rouvert l'enquête. Mais le nouveau témoin a été incapable d'identifier les agresseurs. Le 25 janvier 2022, le juge d’instruction a donc ordonné un deuxième non-lieu.
L'avocat de Maria a fait appel de l'ordonnance. Le parquet général a estimé que le juge d’instruction n’était pas allé au bout des investigations et il a demandé l'annulation du non-lieu début mai 2023.
Le 7 juin, la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence rend sa décision sur la réouverture, ou pas, du dossier. Quatre ans après son agression, Maria souffre encore de séquelles de son traumatisme crânien.
Pour rappel, la jeune femme se trouvait à proximité du Vieux-Port après avoir quitté l’enseigne de prêt-à-porter pour laquelle elle travaillait. À proximité de la rue Saint-Ferréol, elle s’est retrouvée au milieu d’affrontements entre forces de l’ordre et gilets jaunes.
Elle a alors reçu une balle de flash-ball qui l’a mise à terre puis s’est fait rouer de coups par un groupe de policiers, lui occasionnant un important traumatisme crânien.
Quelques semaines après sa sortie de l’hôpital, assistée de son avocat ; Me Brice Grazzini, Maria avait porté plainte auprès du parquet de Marseille pour "tentative d’homicide", "violences volontaires aggravées", "non-assistance à personne en danger" et "non-obstacle à la commission d’une infraction". Une information judiciaire pour "violences aggravées et non-assistance à personne en danger" avait été ouverte à l’été 2019.
Hier soir, toujours de source judiciaire, nous apprenions que les quatre policiers interrogés à l’Evêché devaient être successivement déférés devant une juge d’instruction pour "non-assistance à personne en danger" en vue d’une probable mis en examen.
Selon nos informations, une deuxième vague de gardes à vue devrait suivre concernant d'autres fonctionnaires qui pourraient avoir joué un rôle central, dont au moins un serait aujourd'hui basé à l'étranger, en Afrique.
"Sans l’ombre d’un doute, les individus qui ont violenté (Maria) avaient tous la qualité de fonctionnaires de police et ces violences sont d’autant plus inacceptables qu’elles ont été commises de façon purement gratuite", avait conclu une première fois le juge d’instruction marseillais saisi de ce dossier, en décembre 2020.
Au cours d'une manifestation à Biarritz, Lola Villabriga, 19 ans, reçoit un tir de flashball en plein visage. Alors âgée de 19 ans et étudiante à l'école des arts de Biarritz, elle assiste à une manifestation des gilets jaunes au cours de laquelle elle reçoit un tir de flashball en plein visage.
Aujourd'hui, Lola a 24 ans. En cette date anniversaire du début du mouvement, elle dit sans détour que cet accident a profondément bouleversé sa vie. "Cinq ans plus tard, on essaie toujours de remonter la pente. Il y a toujours des papiers, des procédures, voir des médecins, mais bon, ça va quand même mieux, mais le chemin est encore long."
Elle reconnaît que son engagement politique s’est accentué sans pour autant adhérer à une association, un syndicat ou un parti, sauf au collectif "Les mutilés pour l'exemple", qui soutient les blessés dans leurs démarches médicales, juridiques ou qui ont besoin d’une écoute.
Elle s’estime chanceuse car "dans les cas de violences policières, ça arrive très peu souvent que les fonctionnaires soient condamnés", mais elle ne digère pas la condamnation à une "simple" amende alors qu'elle a été défigurée. "J'attendais une punition plus symbolique, comme une interdiction de port d'arme pendant un certain temps ou qu'il n'ait plus le droit d'être fonctionnaire et payé par nos impôts. On prend une amende quand on brûle un stop, pas quand on blesse quelqu'un."
Dans une interview accordée à nos confrères de Konbini, le jeune homme raconte comment des membres de la BAC de Marseille l'ont passé à tabac, en marge des émeutes dans la nuit du 1er au 2 juillet dernier. Quatre policiers ont été mis en examen, et l'un d'eux placé en détention provisoire.
"En me retournant, j'ai reçu un impact dans la tête." La suite est un véritable lynchage. "Quand j'ai voulu me relever, on m'a attrapé et on m'a traîné dans un petit coin, où il faisait tout noir. Ensuite, on a commencé à me frapper. Il y en a un qui était allongé sur moi, donc je ne pouvais pas bouger. Il y en a qui m'ont frappé avec les poings, d'autres m'ont frappé avec les matraques. Je me suis fait casser la mâchoire. À aucun moment, on ne m'a demandé mes papiers, à aucun moment on ne m'a demandé ce que je faisais là. J'essaie de leur dire qu'ils peuvent me fouiller quand je suis au sol, que j'ai rien de dangereux. Mais ils ne voulaient rien savoir."
La pluie de coups finit par s'arrêter, "sans raison particulière". Les policiers l'abandonnent à terre, raconte-t-il. Hedi tente péniblement de fuir, "à courir vers la lumière", en l'espèce celle d'une épicerie de nuit. "J'ai voulu me toucher la tête, mais je n'ai pas senti mon crâne."
Une fois à l'hôpital, le jeune homme reste plusieurs heures dans le coma. Il passe ensuite une semaine en chirurgie, deux semaines en neurochirurgie. Il a subi trois opérations, et il en faudra sans doute au moins deux autres, pour son œil "qui voit flou", et pour "remettre son volet crânien".
C'est un miraculé, et il le sait. Ce même soir du 1er juillet, dans la même ville, un autre tir de flash-ball a coûté la vie à Mohamed, 27 ans, touché en plein torse. L'IGPN a été saisie.
Lors qu'on lui demande, Hedi assure que "personne" n'a pris contact avec lui, ni pour lui témoigner un soutien ni pour lui présenter des excuses, officielles ou non. Lui souhaite de toute façon simplement "redevenir comme avant", et "retrouver sa vie d'avant".
Les victimes de tirs de flashball subissent des conséquences physiques et psychologiques importantes. Outre les blessures visibles, telles que fractures, traumatismes crâniens et pertes d'œil, elles peuvent souffrir de séquelles durables, telles que :
Ces séquelles peuvent avoir un impact significatif sur leur vie quotidienne, leurs études, leur travail et leurs relations sociales.
L'utilisation du flashball par les forces de l'ordre fait l'objet de nombreux débats en France. Ses détracteurs dénoncent son caractère potentiellement dangereux et son utilisation disproportionnée dans certaines situations.
Ils demandent son interdiction pure et simple, ou à minima, un encadrement plus strict de son utilisation, avec une formation adéquate des policiers et une obligation de rendre des comptes en cas de blessure.
Les partisans du flashball, quant à eux, estiment qu'il s'agit d'une arme "intermédiaire" nécessaire pour maintenir l'ordre public et protéger les forces de l'ordre face à des individus violents.
| Nom | Ville | Date | Blessures | Suites judiciaires |
|---|---|---|---|---|
| Gwendal Leroy | Rennes | [Date de la manifestation] | Perte d'un œil | Enquête en cours |
| Mère de famille | Villemomble | [Date de l'incident] | Perte d'un œil | IGS chargée de l'enquête |
| Maria* | Marseille | 8 décembre 2018 | Blessure à la jambe, traumatisme crânien | Enquête rouverte en juin 2023 |
| Lola Villabriga | Biarritz | 18 décembre 2018 | Blessure au visage | Condamnation du policier à une amende |
| Hedi | Marseille | 1-2 juillet 2023 | Traumatisme crânien, fracture de la mâchoire | Quatre policiers mis en examen |
* Afin de préserver son anonymat, le prénom de la jeune femme a été changé.
tags: #femme #agressee #au #flashball #témoignages