Le passage à une « économie de guerre », annoncé par le président de la République Emmanuel Macron en 2022, implique pour les industriels nationaux de se mettre en capacité de produire plus, plus vite, à la demande et dans la durée.
L’évolution des besoins en termes de défense s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par le retour des logiques de puissance, la montée des tensions et les incertitudes sur l’implication de l’allié américain.
Face à un contexte géopolitique dégradé depuis une quinzaine d’années, les dépenses militaires n’ont cessé d’augmenter au niveau mondial, progressant par exemple de 9,4% entre les seules années 2023 et 2024. Les exportations d’armes sont en hausse de 15% sur la période 2010-2025 (SCET, Les dividendes du réarmement).
Cette nouvelle donne nécessite un renforcement des capacités de production et un appui plus marqué que précédemment à l’innovation dans le secteur de la défense en France et en Europe, qui passe notamment par un renforcement des financements.
Le Ministère des Armées affiche d’ailleurs aujourd’hui l’objectif d’« être capable d’assurer un effort dans la durée en cas de nécessité pour nos armées ou au profit d’un partenaire ».
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Afin de monter en puissance, la Loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), adoptée en 2023, prévoit de consacrer 413,3 milliards d’euros aux armées en 7 ans, soit une hausse de 40% par rapport à la LPM précédente.
Dans cette période budgétaire contrainte, le quasi doublement du budget est justifié par un contexte de tensions internationales, avec la menace russe aux portes de l’Europe, le conflit au Moyen-Orient, ou encore les attaques des Houthis impactant le commerce maritime dans le Golfe d’Aden.
En résumé, la France a fait le choix d'augmenter ses dépenses militaires pour être en mesure de répondre aux différentes formes de menaces.
Les pays membres de l'Otan souhaitent désormais consacrer 3,5 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux dépenses militaires d'ici 2035. Cela suppose pour la France, qui y consacre actuellement 2 points de PIB, une augmentation du volume d’achat dans la défense de 31 Md€ d'ici à 2030.
La France doit répondre à ses propres besoins de modernisation des équipements, tout en honorant sa place de deuxième exportateur mondial. La hausse des exportations tricolores est notamment portée par le succès du Rafale auprès de l'Inde, du Qatar et de l'Egypte. De 2019 à 2023, la France a exporté 94 avions de chasse de Dassault Aviation, pesant pour le tiers des exportations. 37% du chiffre d’affaires du secteur est réalisé à l’export, qui constitue une condition de sa viabilité. Aujourd’hui cependant, la majorité des exportations tricolores se fait hors de l’Union européenne...
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Outre les équipements visibles et emblématiques de la défense (avions, chars, navires de guerre…), ce mouvement entraîne une multitude d’activités et de services, impliquant : Les sous-traitants industriels, dans des secteurs tels que la motorisation, l’électronique, la mécanique, le transport, etc.
Avec l’augmentation des commandes à venir, nos infrastructures et nos capacités industrielles ont-elles réellement l’envergure nécessaire ? La base industrielle et technologique de défense (BITD) est déjà sous tension, à 91% de son taux d’utilisation. Sans investissement massif, il paraît difficile d’envisager d’augmenter les cadences.
Et cette hausse n'est pas seulement due aux besoins en armes et munitions de l'Ukraine... Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les États européens membres de l’OTAN importent des armes en provenance des États-Unis, notamment l’objectif de maintenir des relations transatlantiques ainsi que des questions plus techniques, militaires et liées aux coûts.
La France se tient quant à elle plus en retrait, car elle a développé un modèle quasiment complet de BITD qui lui permet une importante autonomie, avec notamment son propre avion de chasse, le Rafale de Dassault. Les dirigeants français restent pour la plupart fidèles à la ligne du Général de Gaulle en affirmant que la défense européenne doit rester en Europe.
Le changement de stratégie américain avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, qui n'a de cesse de prendre ses distances avec l’Alliance atlantique, a eu pour mérite de remobiliser les Européens sur la question de la défense, leur faisant prendre conscience de leurs faiblesses.
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L’Europe n’a pas de défense partagée et paie plus de 20 ans de non-collaboration dans ce domaine. Chaque pays a développé sa propre industrie, ce qui le rend forcément moins compétitif que les géants américains...
L’A400M Atlas, un exemple de réussite européen Cet avion de transport militaire incarne une vision politique et industrielle, celle d’une Europe capable de concevoir et de produire un cargo militaire polyvalent et de classe mondiale. Entre l’origine du projet dans les années 1980 et le premier vol, qui a eu lieu en 2009, pas moins de 20 ans se sont écoulés, illustrant bien les difficultés de cette coopération ! Il a été porté par sept pays européens.
« Dans l’armée, on utilise de plus en plus de systèmes civils pour transmettre nos données. La connectivité nous permet d’aller plus vite.
La ministre des Armées et des Anciens combattants a d’ailleurs annoncé vouloir faire monter le secteur en puissance sur des sujets précis, tels que la dronisation, la guerre électronique ou les sujets concernant l’espace.
Le ministère des Armées a par ailleurs inauguré en septembre 2025 un supercalculateur classifié dédié à l’intelligence artificielle, doté de la plus importante capacité de calcul en Europe.
Les cycles de production longs et les délais de paiement exigent cependant une santé financière solide. L’étude révèle d’ailleurs que 37 % des entreprises spécialisées en défense rencontrent des problèmes de trésorerie, un quart d’entre elles ont du mal à obtenir des prêts bancaires et 20 % peinent à lever des fonds.
Par ailleurs, les nouveaux acteurs éprouvent des difficultés à se faire référencer par les donneurs d’ordre, étape clé pour répondre aux appels d’offres ou envisager d’éventuels partenariats. Pour soutenir cet effort de défense, des innovations sur le plan financier sont nécessaires afin de mobiliser efficacement les entreprises.
Autre enseignement de l’étude, il est parfois plus facile de vendre à l’international, qu’en France !
La Loi de programmation militaire prévoit notamment de renforcer le lien armée-Nation et l’implication de la société civile. En action !
Afin d’accompagner les industriels dans leur montée en puissance, un dialogue a été initié en mars 2025 par le ministre de l’Economie de l’époque, Eric Lombard, qui a réuni l’ensemble de la Place financière ainsi que des représentants de l’industrie de la défense. Il s’agissait de clarifier la compatibilité du financement de l’industrie de défense par les banques, assureurs et institutions, avec la doctrine ESG (environnementale, sociale et gouvernance), permettant d’investir dans des projets de défense.
Ce dialogue de place a permis aux grands groupes bancaires français de réviser leurs politiques sectorielles, affirmant leur soutien explicite à la BITD et substituant à la notion ambiguë d'« armes controversées » celle d'« armes interdites », plus précise juridiquement.
Si l’augmentation des commandes en matière de défense semble être devant nous, les besoins ont évolué.
Renforcer et accélérer le développement de la BITD française est essentiel pour garantir la souveraineté nationale. Le Groupe et ses filiales déploient des solutions de financement, d’investissement et de conseil aux entreprises afin d’améliorer la compétitivité et la résilience de l’industrie de défense française.
Le mode dual - c’est-à-dire le fait de travailler à la fois pour l’industrie civile et celle de défense - est un modèle économique qui peut aider les entreprises à rester viables.
Pour une stratégie raisonnée de diversification vers la défense, les PME, ETI et start-up doivent veiller à maintenir suffisamment d'activités civiles et explorer les débouchés à l'export. Se tourner vers la défense peut permettre de s’adapter à une situation économique fluctuante.
Le groupe Caisse des Dépôts, avec une exposition de plus de 40 Md€, est déjà un acteur clé de l’écosystème national de défense, qui comprend le ministère des Armées et des Anciens combattants, la BITD et l'ensemble des entreprises du secteur privé et du milieu universitaire qui créent et renforcent l'avantage technologique nos forces.
Au sein de l’établissement public, la Direction des Gestions d’Actifs est ainsi exposée à hauteur de plus de 5 Md€ au secteur, dont près de 4 Md€ directement en actions cotés.
Bpifrance participe déjà activement au soutien des entreprises de la BITD via l’ensemble de ses outils d’intervention, que cela soit en fonds propres, en prêts, en soutien à l’innovation, en accompagnement ou en appui à l’export.
Ainsi, la banque publique d’investissement est au capital de plus d’une trentaine d’entreprises du secteur de la défense, comme Chapsvision (cyber intelligence), Exosens (technologies d'amplification, de détection et d'imagerie), MC2 Technologies (hyperfréquences pour des applications de sureté et de sécurité) ou encore Sabena Technics (maintenance aéronautique).
Il est lancé conjointement avec la direction générale de l’armement (DGA) en 2018 et doté de 100M€. Ce fonds, initialement créé pour couvrir la lacune de financements privés des entreprises du secteur de la défense, a investi plus de 70M€ dans 28 entreprises disposant de technologies souveraines et stratégiques.
Le portefeuille du fonds est désormais composé de 25 participations, notamment : Unseenlabs, Cailabs, Reflex CES ou encore Agenium. Il propose aux dirigeants un accompagnement privilégié sur le long terme dans leurs projets de croissance (développement commercial, croissance externe, transition managériale, etc.). Lancé en 2021 par l’Agence de l’innovation de déf...
| Organisme | Type de soutien | Montant (estimé) | Objectifs |
|---|---|---|---|
| Loi de Programmation Militaire 2024-2030 | Financement des armées | 413,3 milliards d'euros sur 7 ans | Renforcer les capacités de défense françaises |
| Caisse des Dépôts | Exposition au secteur de la défense | Plus de 40 milliards d'euros | Soutenir l'écosystème national de défense |
| Bpifrance | Capital dans entreprises de défense | N/A | Soutenir les entreprises de la BITD |
| Fonds Definvest | Investissements dans technologies souveraines | 100 millions d'euros | Couvrir le manque de financements privés |
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