La guerre de 1914-1918 est reconnue comme le premier conflit industriel de l’histoire. La capacité des industries militaires à innover (chars d’assaut, artillerie, aviation, sous-marins, cuirassés) et à produire des armements et munitions en très grande quantité a marqué un tournant décisif.
L’arsenal de Rennes a fabriqué des munitions et de l’armement depuis la Révolution jusqu’en 2000. L'histoire de l'Arsenal a laissé des traces dans la géographie de Rennes, notamment rue des Munitionnettes. La Révolution et la guerre contre l’Angleterre ont accéléré la création d’un premier arsenal en 1793. La pose de la première pierre a eu lieu en 1844, non loin de la gare, près des casernes.
À l’Arsenal de Rennes, les femmes étaient chargées du tri des douilles déjà utilisées pendant la guerre 1914-18, et qui devaient être rechargées.
Lorsque la guerre éclata en 1914, l’on croyait généralement que le conflit prendrait fin rapidement, mais la bataille de la Marne et la « course à la mer » présentèrent le conflit sous un jour nouveau. L’arrière apparut soudainement d’autant plus important que les réserves de munitions étaient pratiquement épuisées.
La France réagit dans l’urgence au changement de la situation militaire, et parmi ses nouvelles priorités figurait une augmentation rapide de la production de munitions. En matière d’artillerie, par exemple, le GQG (Grand Quartier Général) réclama le 17 septembre une augmentation de la production d’obus pour le canon de 75 mm de quatorze mille à quarante mille par jour. Comme les usines de fabrication de guerre de l’Etat étaient incapables de faire face à ces augmentations, le gouvernement fit appel à l’industrie privée.
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Les autres puissances belligérantes connurent elles aussi très tôt de graves pénuries de munitions. Le gouvernement pressa les fabricants privés d’augmenter la production, mais après des années de parcimonie gouvernementale, l’industrie anglaise de munitions n’avait pas la capacité d’augmenter rapidement son rendement. Pour l’assister, le gouvernement mit des fonds importants à la disposition de l’industrie et prit des mesures pour améliorer la coordination et le contrôle par l'Etat de cet effort, ce qui aboutit à la création d’un ministère des Munitions à la fin du printemps 1915.
En France, la responsabilité d’organiser la production de guerre incomba au ministre de la Guerre, Alexandre Millerand. Il convoqua les principaux industriels le 20 septembre 1914 pour jeter les bases de la production française d’armements pendant la guerre. La décision fut prise de diviser les industries privées d’armement par régions, chacune étant dirigée par un « chef de groupe ». Tous les ordres iraient directement au chef de groupe qui les répartirait parmi les usines appartenant à sa région. Cette mesure permit au secteur industriel privé d’établir son propre organisme et de le faire fonctionner indépendamment de l’Etat.
Loucheur fut parmi ceux qui répondirent à l’appel du gouvernement. Mobilisé comme lieutenant d’artillerie lorsque la guerre éclata, il servit d’abord comme officier de liaison entre les armées du front et les arsenaux de l’Etat, mais à l’automne il réintégra le secteur civil, et pendant les deux années suivantes il produisit des munitions en tant que fabricant privé. Quand la France fut confrontée à une grave crise de l’artillerie lourde au printemps de 1916, Loucheur améliora sa réputation auprès du gouvernement en soumettant un plan audacieux pour augmenter la production. En conséquence, lorsqu’un ministère de l’Armement fut créé à la fin de 1916, Loucheur était un excellent candidat à ce poste important.
Anticipant les besoins en obus après la bataille de la Marne, Loucheur, suivant la suggestion de son ami et associé Lazare Lévy, conçut un plan pour les produire à grande échelle en utilisant de l’équipement américain et une main d’œuvre non qualifiée. Le ministère de la Guerre exprima des doutes, mais en fin de compte, le gouvernement décida d’accorder à Loucheur des fonds substantiels pour lancer son programme de production.
Loucheur se mit immédiatement au travail avec son énergie habituelle. La rapidité avec laquelle il agit est évidente dans sa création d'une importante opération de production d’obus à Lyon dans le cadre de son usine Eclairage électrique. Si certaines personnes avaient douté que Loucheur pût produire dix mille obus par jour, il n’en fut rien : très vite, il dépassa ce chiffre. A la fin de 1916, le complexe de Lyon produisait trente mille obus par jour.
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Le succès de Loucheur était dû en grande partie à ses méthodes, dont un élément clé était d’établir des buts ambitieux. Il utilisait également le travail à la chaîne qui lui permettait d’accélérer le rendement et d’utiliser une main d’œuvre féminine. Alliés à son esprit de décision, à son génie pour l’organisation, et à son choix de subordonnés doués, de telles méthodes mirent Loucheur en tête des fabricants de munitions.
Les prouesses de Loucheur pendant l’hiver 1914-1915 furent remarquées par Albert Thomas, homme politique socialiste qui travaillait alors à organiser les fabrications au ministère de la Guerre.
Loucheur fournit à l’armée plus que des obus. Il mit en service des usines de poudre à Lyon et à Blancpignon et, après que les Allemands introduisirent des gaz à base de chlore sur les champs de bataille au printemps de 1916, il aida à créer une société appelée Le Chlore liquide pour produire des gaz asphyxiants. Depuis son bureau parisien, il surveilla désormais des usines de production de guerre à Paris, Lyon, Suresnes, Pont-de-Claix, Baux-Roux, Blancpignon, et Saint-Ouen.
Pendant que Loucheur se faisait une réputation dans le domaine de l’armement, Thomas fut chargé de la responsabilité suprême pour la production de munitions. A l’automne 1914, Millerand, un ami de Thomas, l’avait invité à aider le ministère de la Guerre à organiser la mobilisation industrielle en lui confiant une sorte d’inspection des fabrications de guerre.
Pendant la Grande Guerre, les travailleuses sont fortement sollicitées par des entreprises alors privées de main-d’œuvre masculine. Beaucoup de femmes sont aussi à la recherche d’emplois pour faire face aux difficultés matérielles causées par l’inflation, et parfois en l’absence de leur conjoint. Elles y sont également encouragées par un discours nouveau tenu par les autorités qui valorise l’emploi féminin alors qu’il avait jusqu’alors été dénigré. Pour la première fois, l’État et les entreprises vantent le courage de ces travailleuses qui, par leurs efforts, participent à la défense nationale.
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La progression du travail féminin concerne tous les métiers : cultivatrices, employées de banque, factrices, conductrices de tramway... Certaines sont attirées par les salaires plus rémunérateurs des entreprises d’armement. Ces ouvrières, que l’on appelle les « munitionnettes », sont 15 000 en juin 1915.
Pendant la guerre, la nécessité de produire rapidement et en grande quantité prime, et la règlementation sociale est suspendue. Les femmes employées dans les usines d’armement sont ainsi soumises à des conditions de travail extrêmement difficiles : tâches répétitives et épuisantes, journées interminables qui peuvent durer jusqu’à 14h d’affilée, bruit des machines, exposition à des substances toxiques… Aux maladies professionnelles s’ajoutent les accidents, fréquents chez ces ouvrières inexpérimentées. Leur rémunération est certes plus élevée que dans la plupart des autres secteurs, mais elle reste inférieure à celle des hommes.
En 1916, pour éviter des mouvements de grève qui risqueraient de paralyser l’effort de guerre, le sous-secrétaire d’État de l’Artillerie et des munitions, Albert Thomas, tente de prendre les devants. Il crée un Comité de travail féminin et adresse une circulaire aux industriels afin que ces derniers assurent aux ouvrières « les conditions d’hygiène et de bien-être indispensables pour leur santé ». Il exige notamment que des « vêtements de travail appropriés » soient fournis aux travailleuses. Ces actions n’empêchent pas un mouvement de grève qui commence en 1916 et s’amplifie l’année suivante, obligeant le patronat à augmenter les salaires.
À peine deux jours après la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, le ministre de l’Armement, Louis Loucheur, fait paraître une circulaire dans laquelle il invite les munitionnettes à reprendre leurs occupations d’avant-guerre afin de céder la place aux combattants revenus du front. Cette mesure est révélatrice d’un mouvement plus général qui, une fois la guerre terminée, pousse les travailleuses à retourner au foyer pour y remplir leur « devoir naturel » d’épouses et de mères.
Les années qui suivent la fin de la première guerre mondiale se caractérisent ainsi par une réaction idéologique qui critique l’emploi féminin. Les travailleuses sont à la fois accusées de déserter le foyer, mais aussi, comme elles sont moins payées, de représenter une concurrence déloyale pour les hommes.
L’arrivée massive de femmes dans des secteurs jusqu’alors réputés masculins crée en réalité un précédent. Des chefs d’entreprise prennent conscience que les travailleuses sont tout aussi capables de donner satisfaction que leurs homologues masculins, et pour des salaires inférieurs. Malgré la force du discours conservateur de l’entre-deux-guerres, le premier conflit mondial a ouvert aux femmes des secteurs jusqu’alors considérés comme des bastions masculins.
Parmi les gros industriels de guerre, les établissements Schneider basés au Creusot en Saône-et-Loire font référence.
A Dijon :
A Lacanche, les usines Costes-Caumartin, spécialisées dans la fabrication de cuisinières, sont également appelées à modifier leur production pour faire face aux exigences de la guerre.
| Aspect | Impact |
|---|---|
| Production d'obus | Augmentation massive de la production, de 10 000 à 100 000 obus par jour |
| Main-d'œuvre | Mobilisation de femmes, de travailleurs coloniaux et de personnes âgées ou trop jeunes |
| Conditions de travail | Dégradation des conditions de travail, longues journées, exposition à des substances toxiques |
| Salaires | Augmentation des salaires des femmes, mais toujours inférieurs à ceux des hommes |
| Après-guerre | Retour des femmes au foyer, critiques de l'emploi féminin |
| Héritage | Ouverture de certains secteurs aux femmes, mais émancipation limitée |
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