Avec la perte d'une majeure partie de son arsenal sur le champ de bataille ukrainien, le Kremlin tente d'augmenter sa production militaire afin de pouvoir continuer sa guerre.
Les drones achetés auprès de l'Iran semblent donc être vitaux pour la Russie : peu coûteux (le modèle Shahed 136 coûte 20 000 dollars à produire) mais relativement efficaces au vu de leur prix. Moscou et Téhéran se sont donc associés pour construire une vaste usine de production à la chaîne de ces drones, renommés Geran-2 en Russie.
Les premiers drones Shahed 131 et 136 ont été utilisés à partir de septembre 2022 en Ukraine. Renommés respectivement Geran-1 et Geran-2 par les forces de Moscou, ils participent alors à l'offensive du Kremlin contre le réseau d'infrastructures de l'Ukraine et les forces de Kiev. L'utilisation de tels engins permet à Moscou d'enregistrer des succès au vu de leur très faible prix (un missile Iskander, à 3 millions de dollars pièce, coûte 150 fois plus cher) mais témoigne aussi de l'épuisement des stocks russes, qui force le Kremlin à devoir acheter du matériel produit par l'Iran.
L'objectif russe est de saturer les défenses ukrainiennes, forcées de dépenser beaucoup pour abattre tous les drones qui peuvent malgré tout finir par causer des dégâts, laissant alors le champ libre à des missiles plus coûteux. Selon Popular Mechanics, la Russie a commandé 2 400 drones à Téhéran, dont 2 000 ont pu être comptés par les forces ukrainiennes.
Mais le plan de Moscou est de parvenir à produire ces drones en Russie même, dans la "Zone Économique Spéciale d'Abaluga", dans la région du Tatarstan. L'État russe paye ainsi 2 milliards de dollars pour ce programme, dont 1 milliard à Téhéran pour les secrets technologiques, avec comme objectif d'obtenir 6 000 drones dont 4 000 produits en Russie d'ici septembre 2025. Et ces derniers ont commencé à être utilisés, selon l'organisation d'investigation Conflict Armament Research. Russia began to produce and use its own version of Iran's Shahed-136 drones against Ukraine - Conflict Armament Research researchers. Experts examined the wreckage of two drones shot down in the south of Ukraine. Both drones looked like Iranian Shahed-136s.
Lire aussi: Personnalisation crosse fusil
Preuve qu'il est difficile d'assécher tout à fait les circuits commerciaux malgré les sanctions, on trouve aussi des pièces chinoises, suisses, américaines... Une enquête du Washington Post a pu retracer l'origine de 21 éléments du drone en provenance de l'entreprise Texas Instruments, et de 13 autres construites par l'entreprise Analog Devices, basée dans le Massachusetts. Plusieurs autres compagnies américaines sont également évoquées, de même que l'entreprise chinoise Metastar, qui a fourni un échantillon pour fabriquer les ailes du drone.
Moscou envoie ses drones Kub pour s’écraser et s’exploser sur des soldats et véhicules ukrainiens derrière la ligne de front. C’est la deuxième fois dans l’histoire de l’humanité que des drones kamikazes sont utilisés dans un conflit militaire de grande envergure. Selon l’Eurasian Times, l’armée russe a envoyé plusieurs de ses nouveaux drones “suicides” Kub (ou Kyb en russe) pour attaquer des cibles en Ukraine, particulièrement autour de la capitale Kiev. Ces engins fabriqués par la société Zala - appartenant elle-même au célèbre fabricant d’armes Kalachnikov - ont pour mission de se glisser à travers les défenses ennemies avant de s’écraser sur leur objectif avec une charge explosive de 3 kilos.
Ces drones présentent de nombreux avantages pour Moscou. Tout d’abord, ces appareils sont peu coûteux à construire et peuvent donc être produits en masse. Ils ne sont d'ailleurs pas uniquement destinés à exploser sur un ennemi mais sont aussi capables de mener des missions de surveillance et de reconnaissance. Ces petits engins, volant à basse altitude, sont conçus pour être lancés et pilotés par des troupes sur le terrain, contrairement aux drones plus grands tels que le MQ-9 Reaper américain et le TB-2 Bayraktar turc. Le Kub est équipé d’une liaison radio bidirectionnelle et d’un capteur électro-optique qui donne à l'opérateur du drone une vue en temps réel du champ de bataille.
Une fois que l'opérateur a localisé et identifié une cible, le drone descend en piqué et déclenche sa petite charge explosive de 3 kilos. Cet engin mesure 1,20 mètre de large au niveau des ailes et vole généralement à 80 kilomètres par heure mais peut atteindre plus de 128 kilomètres par heure sur de courtes distances. Zala, le fabricant du Kub, a affirmé que son appareil avait une autonomie de vol de 30 minutes et un rayon d’action de 40 kilomètres.
Ce drone peut également être programmé pour attaquer toute cible correspondant à une certaine description d'image, comme une photo téléchargée d'un char ukrainien. L’utilisation de ces Kub inquiète particulièrement l’armée ukrainienne. En effet, en plus de faire face aux drones “classiques” les troupes de Kiev doivent désormais considérer chaque appareil autonome ennemi comme un drone suicide potentiel, susceptible de plonger sur des soldats et de faire exploser une charge mortelle à tout moment.
Lire aussi: Améliorez votre carabine
USAGE UNIQUE - Moins cher qu'un missile, lançable de partout, le drone kamikaze que lance le russe Kalashnikov vise les armées au budget serré, mais pose la question des robots tueurs, et de l'arsenal des terroristes. A première vue, la machine donne dans le déjà-vu : on dirait une aile volante autonome, un drone comme il en existe dans le grand public, le genre qu'utilisent agriculteurs pour surveiller leurs récoltes et sites industriels pour garder un œil d'aigle sur la sécurité de leurs installations. Pourtant, KUB est bien différent. KUB, c'est le nom de ce drone inventé par la fabricant russe Kalashnikov et dévoilé au récent salon de la Défense d'Abu Dhabi, l'un des tous premiers drones kamikaze. Sous des dehors de drone civil, la machine est en fait un missile, simplifié à l'extrême, où tout serait léger, même le prix.
Après avoir révolutionné la guerre avec l'AK-47 qui a fait de sa marque un nom commun, Kalachnikov veut mettre un pied dans le futur du combat à distance. Avec ses 120 centimètres de large et un petit moteur électrique, le drone peut embarquer une charge explosive de trois kilos environ, qu'il pourra acheminer jusqu'à sa cible, en trente minutes, jusqu'à 70 kilomètres de distance. Kub vole assez haut pour rester discret, puis fond en piqué sur son objectif.
Dans le même ordre d’idée, une filiale de Kalachnikov, ZALA AERO, a aussi présenté un nouveau drone… kamikaze. D’une portée de 40 km et ayant une masse maximale au décollage de 12 kg, cet appareil, appelé « ZALA Lancet » peut chercher et atteindre une cible de manière autonome. « L’utilisation de tels dispositifs coûte moins cher que de transporter et de déployer des systèmes d’artillerie, des chars, etc. sur un champ de bataille.
Ces nouveaux modèles domestiques, qui divergent au niveau des matériaux utilisés et des systèmes de navigation, sont donc fabriqués à Alabuga. Mais il ne s'agit cependant pas, comme on pourrait s'y attendre, d'une usine rassemblant des ingénieurs sur-qualifiés : une enquête conjointe entre l'ONG Protokol et le journal russe indépendant Razvorot a retrouvé la trace des travailleurs, qui sont en grande partie des adolescents sous-payés.
Car Alabuga n'est pas n'importe quelle ville russe. Elle abrite le "Collège Polytechnique d'Alabuga", qui compte 1 000 élèves et a ouvert le 5 avril 2021 pour former "les Elon Musk russes". On trouve dans cette même commune d'anciens locaux d'entreprises qui ont fui après l'invasion de l'Ukraine, dont une usine rebâtie pour 806 millions de dollars afin de construire des bateaux à la chaîne. Ces derniers, âgés de 15 à 17 ans travaillent 12 heures par jour (et jusqu'à 15 selon Radio Free Europe), parfois 7 jours sur 7, pour 350 dollars par mois (le salaire russe minimum est d'environ 172 dollars actuellement, mais les fluctuations du rouble modifient drastiquement la somme convertie en euro ou dollar qui peut fortement chuter ou augmenter selon les jours).
Lire aussi: En savoir plus sur les arbalètes Field
Leur niveau de qualification ne leur permet pour l'instant que d'assembler les drones, les composants étant déjà fabriqués. 1/ Parents of teenagers at Alabuga Polytechnic in Tatarstan say their children are being exploited to work long hours building Shahed kamikaze drones in dangerous conditions. Some parents are rescuing their children from the facility, despite facing large fines for doing so. "Personne ne nous a rémunérés. Personne n'est payé pour les heures supplémentaires pendant les weekends."
Alabuga n'est pas légalement parlant une école, un statut particulier qui permet cette exploitation, qui n'est pas reconnue publiquement par le Collège Polytechnique. Ce dernier se servait déjà avant l'invasion de l'Ukraine des élèves pour effectuer des tâches administratives plutôt que des projets techniques. Les élèves doivent aussi, comme dans le reste de la Russie, se soumettre à des cérémonies patriotiques et participer à des activités censées renforcer les étudiants, comme des parties de paintball.
Selon Protokol et le Washington Post, on trouve également dans l'usine des jeunes filles migrantes d'Afrique et d'Asie Centrale, ainsi que des travailleurs "invités" non-qualifiés parlant farsi (la principale langue iranienne), auquel on confisque parfois les passeports pour les empêcher de partir. L'objectif est de parvenir, en se servant de cette main-d’œuvre sans qualification, à une production 100 % locale à partir de 2024 (des parties en provenance d'Iran sont encore intégrées aux drones), avec une usine 2,5 fois plus grande. La Russie espère ainsi finir par produire 200 drones par mois.
L'arsenal de drones russes intègre le Lancet, une muniton rodeuse efficace et à faible coût produite par Zala Aero, lié au consortium Kalashnikov. Le drone explosif russe Lancet-3 est devenu au fil du conflit un atout notable de l'armée russe, notamment contre certains canons fournis par l'Occident, tout en présentant l'avantage d'être à la fois innovant et peu coûteux.
Produite par le groupe Zala Aero, lié au consortium Kalachnikov, cette munition rôdeuse est composée d'un fuselage d'environ 1,60 mètre, équipé de quatre ailes et d'une hélice à l'arrière. Chargée d'explosifs, elle s'illustre depuis des mois par son efficacité et semble pour l'instant étanche aux régimes de sanctions mis en place contre Moscou. Ce drone est équipé de plusieurs systèmes de ciblage et d'une caméra pour transmettre en direct la vidéo qui confirme que la cible a été atteinte.
Le Lancet met sous pression l'artillerie ukranienne, notamment certains canons de 155mm fournis par les Occidentaux, les Russes utilisant ce drone "comme une forme de contrebatterie", explique l'analyste indien Girish Linganna dans la publication Frontier India.
Quand un de ces canons tire côté urkainien, le commandement russe le cible et "l'assigne automatiquement au Lancet-3 le plus proche", qui peut venir frapper le canon s'il n'a pas changé d'emplacement assez rapidemment, explique-t-il. D'un faible coût, estimé entre 20 et 40.000 dollars pièce, selon Girish Linganna, "il présente l'avantage d'être peu vulnérable aux moyens de défense adverses (pour l'instant)", souligne Stéphane Audrand.
La prochaine génération de Lancet est en préparation. L'appareil quadricoptère a été dévoilé par l'équipementier Zala Aero sur le réseau Telegram le 29 décembre 2023, accompagné d'une seule photo et sans trop de détails quant à ses spécifications. «Je pense que c'est un mode d'autonomie optimal, a déclaré Zachary Kallenborn, analyste en sécurité et en technologie militaire pour le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS). Le drone est capable de naviguer, et peut-être de sélectionner et de toucher des cibles sans contrôle humain.
Les médias russes et ukrainiens ont révélé que cet appareil kamikaze contre lequel les troupes de Kiev ont du mal à se prémunir va bientôt être doté d’une intelligence artificielle. Celle-ci permettra à l’engin autonome de survoler le champ de bataille en essaim pour attaquer les véhicules et les positions de l’armée ukrainienne. Cette nouvelle variante de la munition rôdeuse est pour l’instant baptisée Izdelié-53 (Produit-53 en français). D’après The Kyiv Post, ces drones seront lancés successivement à partir de lanceurs conçus sur mesure pour déployer rapidement tout un essaim d’Izdelié-53.
Lorsqu’un appareil de ce groupe volant détectera un véhicule hostile, comme un char d’assaut par exemple, il préviendra le reste de son essaim pour lancer une attaque coordonnée contre la ou les cibles ennemies. “Cette variante de la munition rôdeuse communiquera avec les opérateurs en utilisant des moyens qui seront autonomes... et avec lesquels il sera impossible d'interférer", a soutenu Alexandre Zakharov, le concepteur en chef de Zala Aéro, le fabricant du Lancet.
Les opérateurs russes de cet engin semblent aussi viser des cibles de grande valeur, difficiles à remplacer, telles que les systèmes de défense aérienne occidentaux et les radars de contrôle des tirs d'artillerie. Pour arriver à ses fins, l’appareil kamikaze emportera la même charge explosive que son prédécesseur : une ogive de 5 kilos. Celui-ci devrait aussi voler à plus de 110 kilomètres par heure sur une distance allant de 40 à 70 kilomètres.
Le succès des Lancet est si important que l’armée russe a demandé au groupe Zala - filiale du géant de la défense Kalachnikov - de tripler sa production et de fournir plus de 45.000 drones par mois à Moscou. Pour relever ce défi, l’industriel peut compter sur une aide financière colossale de la part de l’État russe. Avec cet argent, le groupe Zala a acheté un centre commercial pour le transformer en usine de production de drones en l’espace de huit semaines.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine est aussi le théâtre d’une bataille de drones. Autant que les tanks, les avions de chasse ou les hélicoptères de combat, les drones sont désormais une arme de guerre commune, que la population se doit de connaître. Leur utilisation durant ce conflit armé entre la Russie et l’Ukraine confirme une fois de plus leur place essentielle dans l’arsenal d’une armée moderne. Pas une semaine ne passe sans que l’on recense de nouveaux morts causés par ces robots volants.
Le repérage, l’inspection et l’espionnage constituent souvent la mission première d’un drone. On distingue des drones ISR (Intelligence - Surveillance - Reconnaissance) de taille classique ne dépassant pas les trois mètres d’envergure, des nano-drones qui tiennent dans la paume d’une main. « Un des usages notoires durant cette guerre, c’est leur aide dans l’acquisition d’une cible », nous explique Joseph Henrotin, chercheur à l’Institut de Stratégie comparée.
« Tout se joue en temps réel. Le drone peut rester au-dessus de l’emplacement désiré. Évidemment, l’appareil permet d’aiguiller la précision de frappe des missiles en offrant des coordonnées précises. Pour les Ukrainiens, lorsqu’ils sont en position défensive, ils peuvent prévoir les déplacements de l’ennemi et agir en fonction. La Russie produit des drones ORLAN depuis une dizaine d’années. Ce modèle ressemble à une mini-avion à hélice, vole à des vitesses comprises entre 90 et 150 km/h, jusqu’à à 5 km d’altitude et pour une durée maximale de 18 heures.
L’utilisation de drone civils détournée à des fins militaire est suffisamment importante pour être souligné. Côté russe comme ukrainien, des drones d’ordinaire utilisés pour le loisir servent de moyen de reconnaissance aux militaire. Numerama a été en mesure de prouver que des régiments tchétchènes se servent d’onéreux modèles de la marque chinoise à partir d’une vidéo diffusée sur une chaine Telegram russe. Quant à l’armée ukrainienne, elle accepte volontiers tous les achats et offres de drones civils.
De nombreux modèles peuvent à la fois surveiller et attaquer l’ennemi si l’occasion vient à se présenter. L’invasion de l’Ukraine est l’occasion pour les Russes de tester ses appareils dit « suicide », qui foncent s’écraser directement contre une cible lorsqu’ils les remarquent. Fabriqué par l’entreprise Kalachnikov, le KUB-BLA, avec une envergure de 1,2 mètre ressemble à un petit avion de chasse sans pilote.
Les Etats-Unis, en réponse aux Russes, auraient fourni aux Ukrainiens, une centaine de leur propre modèle « kamikaze ». Le Switchblade 300 est plus petit que son concurrent russe, ne pesant que 2,7 kg pour une longueur de 1 m. Il file à plus 150 km, pour une durée de vol d’une quarantaine de minutes et contient un charge explosive de la taille d’une grenade, utile contre les blindés.
Dans l’attente d’une issue au conflit, l’Ukraine mise sur la formation et recrute volontiers ceux qui font les meilleurs pilotes : les gameurs. « Bien sûr qu’on joue aux jeux vidéo, confirme le commandant, Nikola, les joues rouges de froid sous son bonnet The North Face. Ceux qui se sont entraînés sont nettement plus à l’aise pour piloter les drones. »
« Les fantassins des tranchées ne peuvent rien aujourd’hui sans ces nouveaux bataillons stratégiques de dronistes qui, depuis 2023, ont remplacé l’artillerie lourde et bouleversé les combats », poursuit le militaire sous le poster d’une bimbo en soutien-gorge, rangers et kalachnikov. Les drones sont désormais responsables de 70 % des morts parmi les combattants, russes comme ukrainiens, et l’usage de ceux-ci a rendu la troisième année de guerre plus meurtrière que les deux premières réunies.
| Drone | Fabricant | Portée | Charge Explosive | Vitesse Maximale |
|---|---|---|---|---|
| Shahed 136 (Geran-2) | Iran/Russie | Inconnue | Inconnue | Inconnue |
| Kub | Kalachnikov | 70 km | 3 kg | Jusqu'à 128 km/h |
| Zala Lancet | Zala Aero (Kalachnikov) | 40 km | Inconnue | Inconnue |
| Switchblade 300 | États-Unis | Inconnue | Taille d'une grenade | 150 km/h |
tags: #fabricant #armes #russe #kalachnikov #drone #kamikaze