Les anciennes boîtes de cartouches calibre 11mm à percussion centrale et poudre noire, utilisées avec le revolver Modèle 1873, représentent aujourd'hui un objet de collection prisé. Ces boîtes témoignent d'une époque révolue et suscitent l'intérêt des passionnés d'armes anciennes et d'histoire militaire.
La cartouche du Modèle 1873 a connu plusieurs évolutions au fil du temps :
Selon le Manuel du Gradé d'Infanterie de 1925, la cartouche est décrite comme ayant "étui à bourrelet en laiton, charge de 1 gr. 10 de poudre superfine pour artifices."
Les cartouches étaient livrées en paquets marqués. On distingue plusieurs types de boîtes :
Il existait également des cartouches spécifiques pour les revolvers de la marine, dites "cartouche Modèle 1870" et "cartouche Modèle 1870-1875". L'instruction du 20 Décembre 1879 rendait réglementaire une cartouche légèrement différente pour les Pistolets-Revolvers à broche Mod. 1858 transformés à percussion centrale, sans tampon en carton comprimé. Ces paquets de 6 cartouches étaient marqués "6 cart. Mle 1879 pr. P.R.".
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Pour les collectionneurs, ces boîtes de munitions représentent un témoignage précieux du passé militaire français. Elles peuvent être exposées en vitrine ou utilisées pour compléter un coffret d'armes anciennes.
La reconstitution de boîtes de munitions Winchester 1873 par des passionnés est également un domaine prisé, avec un souci du détail poussé à l'extrême pour reproduire fidèlement les étiquettes et les défauts d'impression d'époque.
Lorsqu'on participe à des concours CAS, il faut toujours emporter beaucoup de munitions. Bien que le calibre en arme de poing et en arme longue soit le même (45 Long Colt), les chargements sont différents pour les deux.
Les étiquettes permettent d'identifier d'un coup d'oeil :
Le révolver réglementaire français modèle 1873 n’est pas le premier révolver à cartouche métallique de l’armée française. Avant lui, le révolver LEFAUCHEUX modèle 1854 a largement été adopté par les officiers français (et parfois étrangers), qui pouvaient (devaient serait un terme plus approprié) s’équiper à leurs frais.
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Sa version adoptée officiellement par la « Royale » (la marine de guerre française) le sera sous la dénomination « modèle 1858 ». Les deux modèles avaient déjà largement été utilisés lors de la guerre de 1870.
En 1873, cependant, la « Royale » faisait transformer ses LEFAUCHEUX pour tirer une cartouche métallique, mais cette fois à « percussion centrale ».
Dès avant la fatidique guerre franco-prussienne de 1870, l’Empereur Napoléon III, amateur d’arme éclairé et partisan du « modernisme » souhaitait voir les officiers de l’armée française équipés d’un révolver réglementaire, en lieu et place des pistolet mono-coup ou à « double coup » (2 canons) en service jusque là, et totalement obsolètes. Il met en place pour cela une « commission permanente de tir » au fort de VINCENNES dès 1868….trop tard pour la guerre qui se profile déjà !
Au lendemain de cette guerre de 1870 cependant, les bases de l’adoption d’un révolver « réglementaire » pour l’armée française sont là. Dès 1872, après avoir écarté différents modèles de conception variés (la France ne manque pas à cette époque d’armurier de qualité, souvent « inventeurs » et « concepteurs » de toutes sortes d’armes…) il reste en lice 2 armes, conçues respectivement par l’armurier GALAND avec son modèle 1872 « de guerre » et les associés CHAMELOT & DELVIGNE avec leur modèle 1871.
C’est ce dernier qui sera adopté, après que différentes modifications « mineures » soient apportées à la conception de l’arme dans le but de simplifier au maximum sa fabrication et son entretien.
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La fabrication est lancée fin 1873, raison pour laquelle il portera l’appellation « Modèle 1873 », l’adoption officielle se faisant en Août 1874. L’arme porte de nombreux poinçons et ses pièces sont presque toutes numérotées, entièrement ou partiellement avec la fin du numéro de série. Il s’agit entre autre des poinçons des « contrôleurs », figurant dans un petit cercle sur le coté gauche de la partie octogonale du canon. Sur le pan droit symétrique figue l’année de fabrication. Sur le pan supérieur est gravé le nom du modèle de l’arme en lettres cursives (Mle 1873).
La cartouche que tire cette arme n’est pas celle prévue initialement par les concepteurs de l’arme. Pour une raison encore difficile à expliquer, le « Comité de l’armée » chargé de l’adoption des matériels militaires a demandé à CHAMELOT & DELVIGNE de redessiner une cartouche moins puissante que celle prévue initialement ! Le calibre de 11 mm ne change pas, mais la cartouche sera plus courte et contiendra de ce fait moins de poudre (noire, bien entendu, vu l’époque…). Un « chanfrein » est même prévu dans la chambre du barillet, déterminant la longueur maximum de la cartouche.
La Marine de Guerre, fidèle a sa réputation d’indépendance vis à vis de l’armée de terre, mais à qui on a « forcé la main » pour qu’elle adopte également le CHAMELOT & DELVIGNE en remplacement de ses LEFAUCHEUX Modèle 1858 et 1870 dont elle est très satisfaite aura une exigence non négociable. Elle exigera que la cartouche utilisée par ses nouveaux révolvers soit de puissance au moins équivalente à celle qu’elle utilise actuellement dans ses armes !
En conséquence de quoi les barillets des Modèle Réglementaire 1873 de la Royale ne seront pas chanfreiné, et la cartouche utilisée par la Marine sera plus puissante que celle de l’armée de terre…supprimant de ce fait le plus grand reproche fait à cette arme très moderne et magnifiquement fabriquée : une munition plutôt « anémique ».
Pour pouvoir distinguer les armes de la « Royale » ne chambrant pas la même cartouche, les révolvers de la Marine porteront sur le pan supérieur une indication légèrement différente de celles de l’armée de terre, à savoir « Mle 1873 M ». Ce « M » supplémentaire sera longtemps interprété comme voulant dire « Marine » ; on parle maintenant de « Modifié »…A terme, l’armée de terre adoptera à son tour une cartouche un peu plus vitaminée, et le « M » disparaitra sur les dernières fabrications, les armes étant alors identiques.
Les armes de la Marine portent en général, en plus, un poinçon en forme d’ancre de marine sous la calotte, mais pas de façon systématique. Certaine arme de fabrication « terre » porte également ce poinçon indiquant possiblement une utilisation par l’infanterie coloniale. Celle-ci est « embarquée » mais dépend en effet de l’armée de terre.
Parfois ce poinçon se retrouve sur des armes « terre », ajouté par des margoulins souhaitant maquiller des modèles « terre » en modèle « marine » plus rares et donc plus cotés aux yeux des collectionneurs (ils tentent également de rajouter le fameux « M », qui se retrouve ainsi décalé, mais tout le monde n’est pas forcément bien informé)…
La production du modèle 1873 pour l’armée de terre sera de 325.659 exemplaires (et 2332 exemplaires connus comme « série X » armes non acceptées pour le service, et utilisée pour l’instruction) pendant la période de 1873 à 1885.
La version « marine » sera fabriquée à 13.188 exemplaires entre 1877 et 1886.
Une version « officier » verra le jour, sous la dénomination Modèle 1874, en version « terre » et bien sur « Marine ». Ce modèle sera une sorte d’aboutissement en terme de « pièce d’armurerie » fabriquée en série. C’est une version allégée et bronzée du modèle 1873. Elle est dotée d’un barillet cannelé.
Ces armes seront également largement copiées et fabriquées par l’industrie privée, en France comme à l’étranger, et particulièrement en Belgique, avec des niveaux de qualité variables.
En conclusion, le révolver réglementaire français modèle 1873 est une arme très moderne de conception pour son époque. Conçu avec un minimum de pièces, sensées être « interchangeables » par le biais d’une fabrication standardisée, il se démonte pour l’entretien sans aucun tournevis ou autre accessoire. En effet, l’axe de barillet est équipé d’un « méplat » qui fait fonction d’outil. Le mécanisme est facile d’accès, et donc d’entretien, via une plaque de recouvrement. La portière de chargement (de type ABADIE) permet un rechargement aisé.
Enfin, l’arme fonctionne en simple et en double action, et elle est équipée d’un « chien rebondissant » supprimant (normalement) les risques d’enclouage du percuteur sur les amorces, améliorant notablement la sécurité et la fiabilité du fonctionnement de l’arme.
Ce beau révolver connaitra surtout son « Heure de Gloire » sur des théâtres d’opération extérieurs, durant l’époque de la « colonisation », un peu partout dans le monde, particulièrement en Afrique et en Orient. Il servira encore longtemps, en particulier en « seconde ligne » ou au sein des forces de gendarmerie. Il aura été remplacé entre temps au sein des forces armées par le dernier révolver réglementaire de l’armée française, à savoir le révolver réglementaire modèle 1892…mais ceci est une autre histoire…
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